Lizzie Crowdagger : le blog

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Crowbook, logiciel libre pour convertir vos livres écrits en Markdown vers PDF, HTML et EPUB, maintenant en version 0.13.0

, 19:59 - Lien permanent

Logo du logiciel libre Crowbook, qui convertit du Markdown vers PDF, HTML et EPUB

Vu que ça fait plus de six mois que je n’en avais pas parlé, voici un nouveau billet consacré à Crowbook !

Crowbook, c’est quoi ?

Crowbook est un logiciel libre (licence LGPL) qui convertit des livres écrits au format Markdown vers les format HTML, EPUB et PDF (en passant par LaTeX). Par rapport à d’autres équivalents, Crowbook essaie de faire un peu plus attention à la typographie, particulièrement française, et propose quelques fonctionnalités un peu particulières.

C’est ce que j’utilise maintenant pour la totalité de mes textes auto-édités, que ce soit pour la version disponible sur ce site, pour les fichiers vendus sur les plate-formes de vente en ligne, ou pour les impressions papier. Si vous voulez voir à quoi ça peut ressembler, vous pouvez regarder au hasard Pas tout à fait des hommes, en version PDF, HTML ou EPUB.

Le format Markdown

L’intérêt du format Markdown pour des textes de fiction, c’est que c’est essentiellement du texte brut et qu’on peut taper à la chaîne sans se poser de questions : c’est le convertisseur qui s’occupe de tout. Un petit exemple :

# Un titre de chapitre

Il y a un peu de syntaxe pour formater un peu, mais en vrai pour un roman à part les
chapitres (marqués avec un # en début de ligne), les sauts de paragraphe (indiqués 
par une vide) et les *italiques* ,on n'a pas besoin de grand-chose !

*****

Ah, si, il y a la ligne avec les petites étoiles pour séparer des scènes, que j'utilise
pas mal aussi. Voilà, vous connaissez les trois éléments de syntaxe Markdown
nécessaires pour rédiger un roman !

Le « format Crowbook »

Bon, avec ça vous avez un contenu, mais il manque encore des choses pour générer de vrais documents finis, comme donner un nom d’auteur, un titre à l’œuvre, préciser la langue, dire quels formats doivent être générés, éventuellement mettre une image de couverture, etc. Pour ça, il faut passer quelques indications en plus à Crowbook. Pour un texte court, ça peut se faire à l’intérieur du fichier Markdown, en mettant ces indications en en-tête :

---
author: Jean-Pierre Écrivain
title: Ma première Œuvre !
lang: fr

output: [pdf, html, epub]
---

Ma première Œuvre !
=============

Voilà ma première Œuvre ! Je suis *super* content ! 
Grâce à Crowbook, je n'ai pas à me prendre la tête 
avec la mise en page, la typographie et tout ce merdier,
c'est fabuleux !

*****

Je vais de ce pas publier sur les plate-formes de vente 
en ligne et devenir riche.

Une fois le texte écrit, il n’y a plus qu’à exécuter une simple ligne de commande, crowbook -s oeuvre.md, pour générer les fichiers HTML, PDF, et EPUB. Évidement, pour un roman, il y aura plusieurs chapitres, et il faudra un fichier différent pour la configuration du livre que pour les chapitres écrits en Markdown, mais ce n’est guère plus compliqué :

author: Jean-Pierre Écrivain
title: Mon premier roman !
lang: fr

output: [pdf, html, epub]

- prologue.md
+ chapitre_01.md
+ chapitre_02.md
(...)

Fonctionnalités

Bon, vous allez me dire : d’accord, c’est bien beau, mais il y a déjà plein de logiciels libres qui font plus ou moins la même chose, alors c’est quoi les particularités de Crowbook (à part que c’est mon bébé) ?

Grosso-modo, la particularité de Crowbook est de cibler principalement les écrivain·e·s de fiction, avec un focus particulier pour la langue française. Donc concrètement :

  • Crowbook essaie de respecter la typographie, et particulièrement les règles françaises (lorsque la langue est mise à “fr”), sans que vous ayez à faire quoi que ce soit. Il devrait notamment produire des espaces insécables de manière correcte ou des apostrophes typographiques sans que vous ayez à vous en occuper.
  • Pour faciliter la relecture, Crowbook a une option (--proofread) pour s’intégrer à un correcteur grammatical (LanguageTool ou Grammalecte) ou pour détecter les répétitions dans votre texte.
  • Crowbook propose également un support (actuellement) expérimental pour rédiger des fictions interactives.
Exemple d'utilisation de Crowbook pour la relecture, en utilisant Grammalecte pour la correction grammaticale et en soulignant les répétitions en plus
Exemple d’utilisation de Crowbook pour la relecture. Crowbook se connecte au serveur Grammalecte pour corriger la grammaire, souligne également (optionnellement) les répétitions, et génère un fichier HTML pour la relecture.

Installer Crowbook

Si vous voulez installer Crowbook, vous pouvez télécharger les exécutables pour la dernière version :

Vous pouvez aussi regarder les instructions pour le compiler sur la page Github.

Quoi de neuf ?

Bon, et du coup, cette version 0.13.0, elle apporte quoi de nouveau, par rapport à la dernière fois que j’en ai parlé ? Eh, bien, en dehors de corrections de bugs et de petites améliorations, notons :

  • Le support de Grammalecte pour la correction grammaticale ;
  • Un début de support pour écrire des fictions interactives, même si je n’ai pour l’instant pas d’exemple à vous montrer.
  • Des fichiers de configuration un peu moins verbeux, en permettant notamment de spécifier d’un coup output: [pdf, html, epub, odt, proofread.html] pour générer des fichiers de sortie nommés d’après votre fichier de configuration, plutôt que d’avoir à les spécifier individuellement.
  • Plus de possibilités de configuration.
  • L’affichage d’un message d’erreur, tout en essayant de continuer, plutôt que d’arrêter sur le moment.
  • Le support de la coloration syntactique (pour le code) y compris dans les fichiers PDF et EPUB (grâce à Syntect).
Capture d'écran d'une mystérieuse fiction interactive qui est encore en cours de retravail mais à laquelle vous pourrez peut-être jouer un jour
Capture d’écran d’une mystérieuse fiction interactive qui est encore en cours de retravail mais à laquelle vous pourrez peut-être jouer un jour.

Plus d’informations

Pour plus d’informations, consultez la la page Github ou le guide d’utilisation (pour l’instant, les deux sont uniquement en anglais).

Si vous voulez voir un peu plus interactivement à quoi ça ressemble et ce que peut donner Crowbook, vous pouvez jouer avec la version de démo en ligne (plus très à jour, cela dit). Pour des exemples plus concrets (avec des options un peu plus complexes utilisées), vous pouvez aussi regarder le dépôt Github contenant mes textes publics.

Bilan et perspectives

Au départ Crowbook n’était qu’un petit projet expérimental sur lequel je ne pensais pas passer autant de temps. C’est devenu un peu plus gros que ce à quoi je m’attendais. Ça correspond à mes besoins depuis un certain temps, puisque je l’utilise pour tous mes romans et nouvelles, ce qui me donne l’occasion régulièrement de trouver un bug à corriger ou une fonctionnalité à ajouter (c’est le principe du dogfooding)

Si ça peut aussi convenir à d’autres personnes, j’en serai très heureuse. Il y a cependant encore du travail à faire pour rendre ça plus accessible, et notamment pour améliorer la documentation et en proposer une version française (j’ai repris ce passage tel quel depuis mon ancien billet, et je n’ai pas vraiment bossé là-dessus depuis, oups), puisque je pense que Crowbook a surtout de l’intérêt pour les auteurs et autrices francophones. Il y a aussi — toujours — un travail de polissage à faire, améliorer la mise en page proposée par défaut, corriger des bugs, etc, même si je pense que ça s’est amélioré en six mois.

Je me tâte à travailler sur une version proposant une interface graphique, qui pourrait rendre le logiciel plus simple d’accès pour des personnes n’appréciant pas la beauté de la ligne de commandes, mais ça me demanderait pas mal de boulot et dans un domaine pour lequel je ne suis pas très compétente. On verra.

Bref, si vous testez Crowbook et que ça correspond à vos attentes, j’en serai très contente, si vous testez Crowbook et que ça ne correspond pas à vos attentes, n’hésitez pas à faire un bug report pour expliquer ce qui ne va pas.


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Le Crowpack : télécharger librement et d'un seul coup tous mes romans et nouvelles publiés sous licence libre

, 21:20 - Lien permanent

(TL;DR: vous pouvez maintenant télécharger un fichier ZIP contenant l’intégralité de mes textes publiés sous licence libre ici)

Logo de Lizzie Crowdagger, écrivaine de romas de fantasy

Comme vous le savez peut-être, je publie un certain nombre de mes romans et nouvelles (la plupart de fantasy) sous licence libre, en l’occurrence la licence Creative Commons By-ShareAlike.

Cela veut dire que vous avez la possibilité de télécharger ces textes, mais également de les redistribuer et ou de les modifier sous certaines conditions (en gros, tant que ça reste sous la même licence).

Cela fait un moment que j’avais mis en place un dépôt Github pour héberger les fichiers sources de ces textes pour vous permettre d’y accéder plus facilement et éventuellement de proposer des modifications (j’ai eu ainsi quelques corrections de fautes d’orthographe, merci  ^^).

Ces derniers jours, j’ai passé un peu de temps à nettoyer ce dépôt pour faire en sorte que les noms des fichiers correspondent au titre actuel et pas à des choses qui n’avaient parfois plus rien à voir.

La conséquence de ça, c’est que ça m’a permis de réaliser une idée que j’avais en tête depuis un moment : proposer des archives ZIP contenant l’intégralité de ces textes libres.

Vous pouvez donc dès maintenant télécharger le Crowpack, c’est-à-dire une archive ZIP contenant l’intégralité de mes textes publiés sous licence libre. Il en existe trois variantes selon le format que vous préférez : PDF, EPUB ou HTML. Donc si vous ne saviez pas avec quoi remplir votre liseuse pour partir en vacances, ça peut faire un début ^^

Tous mes textes ne sont pas publiés sous licence libre, et ce pack n’inclut donc ni La chair & le sang, ni Enfants de Mars et de Vénus, ni Une autobiographie transsexuelle (avec des vampires), qu’il vous faudra donc vous procurer séparément si vous désirez les lire.

Cela dit, ça devrait quand même pouvoir faire un peu de lecture, puisque ces archives ZIP contiennent les textes suivant :

 

Je prévois de faire des mises à jour régulières de ce pack, lorsqu’il aura de nouveaux textes publiés sous licence libre ou simplement des mises à jour des textes existants.

Télécharger la version actuelle du Crowpack ici.


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Fermeture de la boutique du 12 au 31 juillet

, 19:27 - Lien permanent

Vu que je pars en vacances (youpi), la boutique de ce site sera fermée à partir de mercredi prochain, et ce jusqu’à fin juillet (à priori). Si vous commandez des fanzines durant cette période, ils ne seront expédiés qu’en août.

(Cela ne concerne que les fanzines, et pas les livres numériques.)

(Pour les personnes ayant souscrit un abonnement papier sur Tipeee, je vais essayer de faire tout mon possible pour envoyer l’épisode 4 de La chair & le sang avant de partir.)

 

Tromperies sur la marchandise, une nouvelle de fantasy urbaine avec des sorcières, maintenant publiée sous licence libre

, 20:13 - Lien permanent

Tromperies sur la marchandise, jusqu’ici uniquement disponible pour les abonné·e·s Tipeee, est maintenant publiée sous licence libre (Creative Commons By-ShareAlike). Vous pouvez donc maintenant la télécharger librement sur cette page (ou ci-dessous).

Tromperies sur la marchandise - nouvelle de fantasy urbaineEn cette nuit de solstice d’hiver, le conseil des Sages de la Sororité de Sorcellerie se réunit et doit trancher sur une question inhabituelle : Vénus, qui vient de leur apprendre qu’elle est transsexuelle, peut-être continuer à rester une sorcière ?

Une nouvelle où le surnaturel se mêle aux thématiques transgenres, et où les apparences sont parfois trompeuses…

Tromperies sur la marchandise est une nouvelle dont j’avais publié une première version sur mon blog il y a quelques années, et qui a été largement remaniée en 2016. Elle se déroule dans le même univers (que j’ai maintenant décidé d’appeler le « butchiverse ») qu’Une autobiographie transsexuelle (avec des vampires) — où le personnage principal de Vénus était déjà mentionné, à défaut d’apparaître réellement dans l’histoire — et La chair & le sang.. Le thème de cette nouvelle préfigurait d’ailleurs déjà un peu certains sujets traités dans Une autobiographie transsexuelle (avec des vampires).

Ce texte est disponible aux formats HTML, EPUB et PDF, et les fichiers sources (au format Markdown) sont sur mon dépôt Github. Une version papier au format fanzine peut également être commandée dans la boutique.


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Les licences libres pour la fiction, intérêt et impact pour les auteurs et autrices : les slides

, 20:00 - Lien permanent

Aujourd’hui a eu lieu la conférence autour de l’intérêt et de l’impact des licences libres pour de la fiction, dans le cadre des Rencontres Mondiales du Logiciel Libre 2017. Merci à toutes les personnes présentes, et aux personnes organisant ces rencontres d’avoir accepté ma proposition de conférence ❤️

Je ferai peut-être une version plus rédigée un jour, et il est possible que les RMLL publient un enregistrement sonore, mais en attendant vous pouvez d’ores et déjà télécharger les slides que j’ai utilisés pour la présentation (au format PDF). Les sources sont disponibles au format LaTeX, sous licence CC-By-SA, sur Github.


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Enfin une vraie écrivaine de fantasy : le « guide des personnages » de la série La chair & le sang

, 19:00 - Lien permanent

Depuis le deuxième épisode de la série de fantasy urbaine lesbienne (et vampirico-punko-garou) La chair & le sang, j’ai ajouté un « Résumé des épisodes précédents » au début de chaque épisode. (Sauf pour la version fanzine, pour l’aspect pratique : réduire le nombre de pages rend l’agrafage moins compliqué…)

Il y a évidemment un aspect utilitaire à la chose : rappeler brièvement certains évènements pour les personnes qui suivent le rythme de parution de la série, et ont donc eu deux mois pour oublier ; et éventuellement permettre à quelqu’un qui n’aurait pas compris qu’il s’agit d’une série feuilletonnante (et n’aurait donc pas lu les précédents épisodes) d’espérer un peu se raccrocher en cours de route. Cela dit, un aspect non négligeable qui m’a poussée à inclure ce « résumé des épisodes précédents », c’était que je trouvais l’exercice amusant, et que ça permettait de faire un clin d’œil aux séries télés.

Pour le prochain épisode, qui devrait être disponible dans quelques jours aux abonné·e·s Tipeee (et le premier août pour le reste du monde), j’ai décidé d’y adjoindre aussi un guide de personnages, en l’occurence nommé « Factions en présence ». Là encore, ce n’est pas tant que je pense que c’est indispensable pour suivre l’œuvre, mais parce que j’étais toujours assez amusée par ces livres de fantasy qui commencent par (en plus d’une carte) avoir une généalogie ou un guide expliquant à quelle Maison ou quel clan appartient tel personnage (mention spécial pour les guides de personnages du trône de fer, qui composent à eux seuls un nombre de pages considérables).

Voici donc, en avant première, ces factions en présence (attention : même si la plupart des personnages sont présentés au début du premier épisode, et qu’il y a peu d’indications substantielles, les plus récalcitrant·e·s au spoiler feraient peut-être mieux d’éviter une lecture trop détaillée s’ils ou elles n’ont pas lu les précédents épisodes).


Guide des personnages de la série de fantasy urbaine La chair & le sang(Cliquez sur l’image pour l’agrandir.)

Bref, voilà, ça n’apporte sans doute pas grand-chose, mais ça m’a fort amusée de le faire. Et puis, maintenant, j’ai enfin l’impression d’être une vraie écrivaine de fantasy… quoique, pas tout à fait, il manque encore une carte. Ou peut-être un plan de métro ?


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Conférence à Saint-Étienne sur les licences libres pour la fiction, le 5 juillet, dans le cadre des RMLL

, 21:45 - Lien permanent

Je suis contente de vous annoncer (un peu tardivement) que je présenterai dans quelques jours une conférence autour des licences libres et de la fiction, dans le cadre des RMLL (Rencontres Mondiales du Logiciel Libre), qui commencent dès demain (1er juillet).

Pour plus d’informations, vous pouvez voir la fiche de présentation sur le site des RMLL.

Rencontres Mondiales du Logiciel Libre

Les Rencontres Mondiales du Logiciel Libre (RMLL) sont un cycle de conférences, d’ateliers et de tables rondes autour du Libre et de ses usages.

Elles existent depuis 2000, et ont lieu cette année pour la 17ème fois, 1er au 7 juillet. Cette année, elles se déroulent à Saint-Étienne.

Pour plus d’informations sur les Rencontres Mondiales du Logiciel Libre, vous pouvez consulter le site des RMLL 2017 .

 De quoi je vais parler

Voici la description que j’ai mise dans la fiche de présentation ; et maintenant qu’il s’agit de faire tenir tout ça en quarante minutes, je réalise que j’ai été un peu enthousiaste dans la liste de questions que je voulais aborder, mais je vais faire de mon mieux.

Si certain·e·s auteurs et autrices sont enthousiasmé·e·s par les idées de licences libres, force est de constater que ce n’est pas le cas de tout le monde. Il faut dire que la situation de beaucoup d’auteurs et d’encore plus d’autrices est précaire, et que la perspective que des éditeurs puissent publier une œuvre sans avoir à payer de droits d’auteurs a de quoi inquiéter. De fait, les débats entre « libristes » et « auteurs » (forcément deux camps bien distincts) sont régulièrement houleux et révélateurs de tensions (comme par exemple après la publication de Glénat de la bande dessinée Pepper&Carrot, publiée sous licence libre).

Parallèlement, le monde de l’écriture est en pleine mutation : développement du numérique (certes d’une manière qui chamboule moins le paysage que les évolutions qu’ont connu les domaines de l’audiovisuel), émergence de l’auto-édition et du crowdfunding, popularité des fanfictions… Autant de choses qui rendent moins impensable une conciliation entre licences libres et l’objectif de tirer des revenus de sa plume. Mais, en même temps, qui permettent aussi le développement de technologies pour rendre le lecteur ou la lectrice capti·f·ve et contrôler ses usages.

Au cours de cette conférence, j’aimerais m’interroger (à défaut des réponses tranchées) sur les questions suivantes :

  • Est-il pertinent de calquer les idées de licence libre qui sont avec le logiciel sur de l’art ?
  • Les licences libres nuisent-elle aux auteurs (individuellement et collectivement) ? Sont-elles du pain béni pour des éditeurs peu scrupuleux ?
  • Le développement de l’auto-édition est-elle une force d’émancipation pour les auteurs ? Ou, au contraire, s’inscrit-elle dans une logique d’« ubérisation » ?
  • Faut-il encore défendre le fait de pouvoir vivre de l’écriture et d’en faire son métier, à l’heure où tout le monde est devenu créateur ?
  • Le libre est-il le premier pas vers la collectivisation des moyens de production, ou simplement une manière pour certains d’exploiter le travail gratuit que d’autres fournissent ?

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Merci à toutes les personnes passées samedi à la Plume Noire !

, 09:33 - Lien permanent

Je me rends compte que si je pense (en général) à annoncer les événements auxquels je participe sur ce blog, je pense rarement à faire un billet après, ce qui est un peu idiot.

Je voulais donc, pour une fois, remercier la librairie La Plume Noire de m’avoir accueillie samedi dernier et de m’avoir permise de présenter quelques livres et de discuter de la représentation des personnes LGBT dans la fiction. Je voulais aussi et surtout l’ensemble des personnes présentes, en tout cas pour moi c’était un chouette moment ❤️.

Pour les personnes qui auraient souhaité venir mais ne pouvaient pas être présentes pour une raison ou pour une autre, je posterai sans doute, quand j’aurais le temps, une version un peu rédigée des notes que j’avais prises ; en attendant, vous pouvez toujours écouter l’émission d’On est pas des cadeaux du vendredi 21 avril, où le format était différent mais où j’ai parlé plus ou moins des mêmes thématiques.

Merci encore ❤️


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Rencontre et discussion autour de la représentation des personnes LGBT dans la fiction à La Plume Noire à Lyon, samedi 24 juin à 16h

, 21:38 - Lien permanent

Discussion à la Plume noire sur la représentation des personnes lesbiennes, gays, bis, trans dans la fictionJ’ai le plaisir de vous annoncer que je serai ce samedi 24 juin à la librairie La Plume Noire à Lyon à partir de 16h, pour présenter quelques-uns de mes livres mais aussi discuter autour de la représentation des personnages LGBT dans la fiction. Plus d’information ici, ou copié/collé ci-dessous.


Le samedi 24 juin à 16h, la libraire La Plume Noire accueillera Lizzie Crowdagger pour une rencontre/discussion au cours de laquelle elle présentera quelques-uns de ses romans :

  • Enfants de Mars et de Vénus, polar fantastique avec des lesbiennes, de la sorcellerie, des motos et des camions ;
  • Une autobiographie transsexuelle (avec des vampires), qui comme son titre l’indique parle de transidentité et de vampirisme, mais aussi de ballistique et de pyrotechnie.

Ce sera aussi l’occasion de discuter plus largement de la représentation des thématiques LGBT (et plus particulièrement des lesbiennes et femmes trans) dans la fiction.

En effet, les œuvres de fiction les plus populaires, lues et surtout vues par le plus de personnes, font rarement de place à ces personnages, l’histoire étant généralement centrée autour d’hommes hétérosexuels cisgenres. Lorsque des œuvres traitent principalement de thématiques LGBT (lesbiennes, gays, bis, trans), c’est souvent d’une manière pédagogique ou « éducative », parfois de manière très larmoyante, et pas toujours très powerful pour les personnes LGBT, puisque l’objectif reste souvent de permettre aux personnes hétérosexuelles cisgenres de s’« éduquer » et d’« apprendre des choses », et que peu d’œuvres osent s’adresser directement aux personnes LGBT, et prendre le risque de ne pas être suffisamment « vendeur » pour le plus grand nombre.

Comment, lorsqu’on est lesbienne gay, bi ou trans, peut-on espérer trouver des œuvres de fiction qui puissent permettre de se construire et de se sentir plus fort·e, ou simplement de passer un moment de détente pour oublier un peu les violences, agressions et discriminations quotidiennes ?

Le samedi 24 juin à 16h à La Plume Noire

8 rue Diderot, Lyon 1er (Métro Croix-Rousse/Croix-Paquet)

Plus d’informations sur :


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Réflexion sur le financement participatif, l'auto-édition et les changements dans le rapport à la création

, 13:41 - Lien permanent

Dans un billet précédent, j’ai fait un petit bilan de Tipeee et discuté de son intérêt éventuel pour les auteurs, essentiellement dans une logique bassement financière. Dans ce billet-ci, je voudrais tenter d’esquisser quelques réflexions sur les implications politiques et « éthiques » de ces changements dans la création qu’impliquent ce type de financement participatif, mais aussi l’auto-édition et d’autres évolutions.

Au final, je ne suis pas très satisfaite de cet article et j’ai plus l’impression de jeter des pensées en vrac, mais vu que ça fait un moment que je suis dessus, j’ai préféré le publier tel quel, donc ce n’est vraiment pas à prendre comme une vérité absolue ou une position tranchée, mais bien comme une esquisse de réflexion.

Le modèle classique

Avant de commencer, examinons un peu le modèle « classique ». Dans celui-ci un auteur ou une autrice envoie un manuscrit à un éditeur (ou celui-ci contacte un auteur), qui accepte de le publier (ou n’accepte pas, mais dans ce cas l’histoire s’arrête ici). L’éditeur imprime ensuite le livre, et le vend, en passant par un distributeur et des librairies, et reverse des droits d’auteurs.

Dans ce modèle, celui qui détermine la valeur d’une œuvre, c’est en premier lieu l’éditeur, qui décide de quelle œuvre est digne d’être publiée ou pas. C’est ensuite la critique, et le public (qui décide de l’acheter ou pas), en passant par le distributeur et les librairies (qui décident si le livre sera mis en avant ou pas), mais en pratique c’est souvent le fait d’avoir tel ou tel éditeur qui va conditionner l’accès à telle distribution, telle librairie, et tel réseaux de critiques, et donc en bonne partie au public (un petit éditeur ne sera pas aussi bien diffusé qu’un grand, un éditeur généraliste pas diffusé aux mêmes endroits qu’un éditeur spécialisé, etc.).

L’éditeur est le principal garant de la qualité d’une œuvre : il publie uniquement des œuvres dont il estime que la qualité littéraire est suffisante. Par ailleurs, il les retravaille ensuite, en concertation avec l’auteur. L’éditeur peut prendre des risques, et décider d’investir de l’argent dans une œuvre même s’il sait qu’elle risque de ne pas marcher financièrement. Si les librairies et le distributeur ne décident pas des œuvres qui sont publiées ou non, elles peuvent néanmoins mettre en avant les livres qu’elles jugent les meilleures, d’un point de vue littéraire.

Bref, dans ce modèle, ce qui prime c’est la qualité littéraire de l’œuvre.

Évidemment, le modèle que je viens de présenter est on ne peut plus théorique : en pratique, mis à part (et encore) cas d’associations à but non lucratif, un éditeur aura tout intérêt à publier un livre qu’il trouve médiocre s’il pense qu’il va faire de très grosses ventes, de même qu’un·e libraire aura intérêt à mettre en avant les best-sellers plus que ses choix personnels. Il y a de fait une certaine contradiction entre l’objectif de promouvoir la qualité littéraire (ou du moins une certaine vision de celle-ci, puisqu’elle est indéfinissable et impossible à mesurer) et celui de faire de l’argent, ou du moins de ne pas mettre la clé sous la porte.

Dans ce modèle, on a donc deux facteurs qui permettent de déterminer le succès d’un livre :

  • la popularité auprès du public, c’est-à-dire le nombre de ventes[1] ;
  • la qualité « littéraire », qu’on ne peut pas mesurer en soi mais qui peut être « validée » par un certain nombre d’instances intellectuelles (critiques, prix, etc.), et qui entraine une certaine rémunération en plus de celles provenant directement des ventes (bourses, invitations prestigieuses rémunérées, récompenses, etc.).

Auto-édition

Dans le modèle de l’auto-édition, on squizze complètement l’éditeur, puisque c’est l’auteur ou autrice qui est son ou sa propre édit·eur·rice. Il n’y a donc plus personne pour s’assurer que l’œuvre publiée est d’une certaine qualité, et c’est d’ailleurs un des reproches fréquents faits à l’auto-édition : il y a sans doute des livres bien, mais il y en a beaucoup trop qui sont mauvais, il n’y a personne pour faire le tri, etc..

Dans ce modèle, le principal et quasi unique critère de succès est le nombre de ventes. On a tendance à penser ce système sans « filtre », mais je pense que ce n’est pas tout à fait aussi exact : la plate-forme de vente (qui n’est, au final, jamais qu’une librairie en ligne) effectue un choix de mise en avant un peu de la même manière que peut le faire un·e libraire. Certes, contrairement à ce·tte dernier·e, c’est pratiquement uniquement le facteur commercial qui prime, et principalement sous forme d’algorithmes automatisés, mais il serait illusoire de penser ces algorithmes comme neutres. Le fait de choisir telles catégories pour ranger les livres, de choisir tels critères pour les classer ou les mettre en avant est tout sauf neutre et va privilégier certains ouvrages et en masquer d’autres.

Toujours est-il que dans ce modèle, comparé à l’édition, il n’y a dans les faits qu’une seule chose qui détermine le succès de l’œuvre : la popularité auprès du public, puisqu’à partir du moment où une œuvre n’est pas éditée il est assez illusoire de pouvoir espérer obtenir une reconnaissance littéraire.

Ce qui est intéressant à mon avis, comparé à l’édition, c’est que le seuil pour qu’il s’agisse d’un succès est sans doute plus bas : pour un éditeur, vendre un livre à une cinquantaine d’exemplaires est en général un échec cuisant ; pour un·e auto-édiité·e, cela peut être considéré comme satisfaisant, en particulier s’il s’agit de genres qui n’ont pas un très grand public et ne se vendent pas très bien. L’auto-édition peut donc permettre de publier des œuvres qu’un éditeur ne pourrait pas se permettre de publier (parce qu’il y a les frais d’impressions, de maquettage, de réalisation de couverture, de corrections, etc.).

Le financement participatif

Pour finir, regardons un peu le fonctionnement du financement participatif, qui n’est jamais au final qu’une variante de l’auto-édition[2]. Dans ce modèle, l’auteur ou l’autrice met à contribution son public pour lui demander des dons réguliers (ou pas, d’ailleurs, je pense que cette analyse s’applique aussi pour des financement participatifs non réguliers comme Ulule ou Kickstarter).

En apparence, on pourrait penser que ce système est assez similaire au précédent, et que c’est avant tout la popularité auprès du public qui va déterminer le succès d’un livre ou d’un·e écrivain·e. Il me semble pourtant qu’il s’agit de quelque chose d’un peu différent, qui ne demande pas tant une certaine « popularité » qu’une forme d’« adhésion » ; ou dit autrement, ce n’est pas tant le nombre de lecteurs et lectrices qui importe, mais le nombre de « fans », ou en tout cas de personnes prêtes à passer un cap un peu supérieur à celui du simple achat du livre fini.

Je pense que ça a des conséquences qui sont en partie positives : certains types de livres (ou d’autres médias, d’ailleurs) ont un public restreint, mais qui est prêt à payer parce qu’il y a un vrai besoin que de telles œuvres existent. Le financement participatif peut donc permettre de financer la création d’œuvres qui n’auraient pu se faire ni avec une validation éditoriale, ni en comptant sur un grand nombre de ventes.

D’un autre côté, dans ce modèle il ne s’agit souvent plus tant de payer pour acheter un livre, mais de soutenir un projet ou une personne.Dans ce cas, ce qui détermine le succès d’une œuvre, ce n’est plus uniquement la qualité de celle-ci (qu’il s’agisse de qualité en terme de « popularité » ou en terme de « qualité littéraire »), mais également le « charisme » de l’auteur, ou plutôt du « porteur de projet ».

Un problème de personnalisation

Évidemment, c’est un élément qui n’est pas non plus complètement absent des modèles précédents : on achète souvent un livre parce que c’est Untel qui l’a écrit ; les livres de stars auront sans doute plus de succès, indépendamment de leur contenu, que ceux d’anonymes ; et il est plus facile de trouver un éditeur lorsqu’on a un certain réseau de connaissances. Là où je vois une différence, c’est que j’ai l’impression que ce système pousse beaucoup plus les auteurs et autrices à se « mettre à nu ».

En regardant de nombreuses pages Tipeee et Patreon (que ce soit pour mon article précédent ou pour avoir des idées de contreparties pour le mien), j’ai été assez frappée de voir le nombre de contreparties qui ne concernent pas l’œuvre, mais une forme d’accès à l’intimité de l’auteur ou autrice : chat/visioconférence, accès à des photos, rencontre en tête à tête…

(Même la contrepartie hyper-courante « votre nom dans les remerciements » m’interroge : certes, dire « merci », cela paraît la moindre des choses, mais… lorsque je m’abonne à Mediapart, je ne m’attends pas à ce que mon nom apparaisse dans une longue liste en bas d’un prochain article. Même (pour reprendre la métaphore prisée par le créateur de Tipeee) lorsque je met quelques pièces dans le chapeau d’un musicien qui fait de la guitare dans le métro, je ne m’attends pas à ce qu’il cite mon nom à la fin de la prochaine chanson. Il paraît important de faire sentir au donateur ou à la donatrice qu’il/elle est important·e ; quand bien même c’est fait de manière un peu hypocrite, en fin de générique d’une vidéo Youtube au milieu de cinquante noms que personne ne lit jamais. Certains « créateurs » résolvent ce problème de la surabondance de noms à citer en faisant de « votre nom dans les remerciements » une récompense chère et limitée aux plus généreux (et aux plus riches) des donateurs. Peut-être que je suis une connasse ingrate, mais j’ai choisi de ne pas proposer du tout ce type de contrepartie : après tout, pourquoi quelqu’un qui fait un don sur Tipeee mériterait-il/elle plus d’être remercié·e publiquement que quelqu’un qui a acheté un (voire plusieurs) de mes livres dans une librairie ?)

Cet accès à l’intimité de l’auteur ou autrice se fait aussi dans les descriptions des projets et donc de leur porteurs et porteuses. Quand j’ai créé ma page Tipeee, je me suis d’abord sentie un peu « obligée » d’expliquer pourquoi je demandais de l’argent, et aussi comment obtenir telle ou telle somme impacterait mon quotidien : je pourrais me payer du chauffage, mettre un peu de beurre dans les pâtes, ne plus flipper pour le loyer, me payer une Harley (ça, c’était si je gagnais beaucoup, hein). Comme ça me mettait un peu mal à l’aise, j’ai depuis corrigé le tir, en présentant plutôt ça comme l’accès à du contenu : pour 1€, vous avez du contenu numérique, pour 5€ des fanzines, si j’obtiens 100€/mois je posterai des passages supprimés, si j’en ai 200€ je ferai des autocollants. Il n’empêche qu’avec ce système j’ai l’impression que ça pousse à livrer des bouts de son intimité ou de sa vie privée pour obtenir une sympathie du public et le pousser à donner (en tout cas pour les auteurs et autrices peu reconnues, mais qui sont l’essentiel de ceux et celles qu’on trouve sur ces plateformes). Et j’avoue que je me demande parfois un peu « quand même, si je la jouais un peu plus misérabiliste, est-ce que je ne gagnerais pas un plus d’argent ? ».

(Même si ça ne concerne pas la création, je trouve que c’est aussi quelque chose qu’on voit aussi malheureusement beaucoup dans les « pots communs » pour soutenir une personne en difficulté, payer une opération, etc. Dans un « marché » où il y a beaucoup plus de personnes dans la merde que de personnes prêtes à filer beaucoup d’argent, on ne peut pas juste dire qu’on a besoin d’argent pour payer telle opération, mais il s’agit de montrer des échanges avec le médecin et des honoraires détaillés pour justifier sa bonne foi, d’expliquer à quel point la situation actuelle cause une souffrance physique ou psychique, etc.)

Je fais ce reproche pour le financement participatif, mais je pense qu’il est vrai un peu partout. Même pour un livre édité (et encore plus pour un livre auto-édité), il est de bon ton d’être présent sur les réseaux sociaux ; présence qui implique un minimum d’interactions, et qui encourage quand même pas mal à parler de soi. Je ne suis pas super élitiste à regretter l’époque bénie où les auteurs étaient inaccessibles sur leur piédestal, mais je pense que cette injonction à rendre accessible son intimité est de plus en plus présente, et (évidemment) pas que pour les écrivain·e·s.

Une exposition d’autant plus indispensable qu’on est minorisé·e

Par ailleurs, il me semble que cette forme d’injonction à rendre accessible son intimité est d’autant plus forte, et touche différemment, lorsqu’on est une femme ou qu’on fait partie de groupes minorisés. Ça rejoint d’ailleurs la façon dont les œuvres sont perçues et analysées : les hommes blancs (hétéros, cisgenres, valides, etc.) pourront parler de manière universelle et « détachée » ; tandis que les œuvres de femmes et de personnes minorisées seront beaucoup plus souvent considérées comme autobiographiques, reflétant forcément leur vécu et leur position sociale, là où celle des hommes sera considérée comme « neutre ».

En regardant rapidement sur Patreon des « créateurs » et « créatrices » de fiction LGBT et non spécifiée comme LGBT, j’ai remarqué que la présentation des artistes avait tendance à différer. Dans le premier cas, il s’agit de livrer une forme de liste sur des éléments identitaires de la personne avant ce qu’elle fait : « I’m a twenty-something, gender fluid child playing at being an adult. I am also a self-published writer », « I’m a Mexican trans woman working as a writer, translator, and editor ». Dans le second, il n’y a pas cette première partie, et c’est la deuxième qui est mise en avant : « I’m a writer, editor and publisher of speculative fiction, which means anything from magic realism to horror ».

On peut sans doute expliquer en partie cela par le fait que les groupes minorisés sont constamment soumis à cette injonction à se rendre accessibles et à rendre leur vie privée disponible. Pour prendre uniquement les personnes LGBT, on peut penser à l’omiprésence de questions du type « c’est laquelle qui fait l’homme ? » adressée à un couple lesbien, ou encore « est-ce que tu es opéré·e ? » à une personne trans.

Il y a sans doute également un aspect plus communautaire, ces façons de se présenter reprenant au final une façon de faire (discutable, mais ce n’est pas le sujet) dans certains cercles « militants » ; on peut aussi supposer que l’objectif, pour du financement participatif, est de montrer qu’il ne s’agit pas juste de financer un auteur ou une autrice, mais une personne d’un groupe marginalisé qui est sous-représenté, et donc de faire appel à un soutien communautaire.

Ce soutien communautaire permet à certain·e·s artistes de connaître un certain succès qu’elles n’auraient peut-être pas connues ni dans l’édition classique, ni dans l’auto-édition sur des plate-formes. Mais cette survisibilité peut aussi entraîner des attaques violentes de groupes réactionnaires, comme le montrent les attaques récentes (et pas que récentes, d’ailleurs) contre Sophie Labelle. Les personnes appartenant à des groupes minorisés sont donc d’autant plus poussées à s’exposer, mais en le faisant elles prennent beaucoup plus de risques.

 Un système injuste

Au vu de ce que j’ai dit précédemment, on pourrait en conclure que le financement participatif est un système injuste, et c’est un reproche que j’ai vu pour le critiquer. Je pense qu’il est en partie déplacé, non pas parce qu’il est faux, mais parce qu’il est tout aussi vrai pour les autres systèmes de publication. La rémunération, comme le succès (les deux étant en général corrélés, et le succès est en soi une forme de rémunération) d’un·e écrivaine est quelque chose de fondamentalement injuste, puisqu’à quantité de travail égal, on pourra avoir dans un cas à peu près zéro rémunération/succès, ou alors être un best-seller et gagner des millions.

Dans le cas de la publication par un éditeur, les chances de succès viennent du fait de réussir à convaincre d’une part le public (qui doit acheter l’œuvre) et d’autre part une forme d’« élite littéraire » (d’abord l’éditeur qui décide de publier le livre ou pas, et quel éditeur, puis éventuellement les critiques, les jurys, etc.). Dans l’auto-édition, il s’agit là uniquement de convaincre le public d’acheter l’œuvre. Dans le financement participatif, il s’agit de convaincre la portion la plus enthousiaste de ce public de donner de l’argent régulièrement.

Certes, cela se fait peut-être plus sur des bases de rapport à la personne et moins uniquement sur l’œuvre (même si ce n’est jamais complètement uniquement sur l’œuvre). Cela dit, je ne pense pas que cela en fasse quelque chose de fondamentalement plus injuste et qu’il y ait une forme de pureté de la qualité littéraire. Il me semble qu’au final il s’agit juste de « classements » sur des bases un peu différentes mais au final toutes aussi arbitraires les unes que les autres, qui demandent toutes un mélange de chance et de travail (pour produire un texte étant reconnu comme « littéraire », pour produire un livre « vendeur » , pour construire et garder de bonnes relations avec des éditeurs amis, ou pour apparaître comme quelqu’un de « cool » et qu’il faut soutenir). Le financement participatif est sans doute plein de défauts, mais je pense qu’il peut au moins avoir l’avantage, en suscitant l’adhésion d’une communauté, même restreinte, de permettre le financement de projets ou la rémunération d’auteurs et d’autrices qui sont situé·e·s sur des thématiques qui seraient trop spécifiques pour toucher un public large (du moins pour celles et ceux qui ne bénéficient pas de l’autre levier potentiel qui est la reconnaissance littéraire, mais qui, elle aussi, est plus difficilement accessible pour des groupes minorisés).

Une dévalorisation de la qualité littéraire

Un autre reproche souvent fait à l’auto-édition (et également sous sa forme de financement participatif), c’est la dévalorisation de la qualité littéraire. J’avoue que je ne suis pas sensible à cet argument, et que je ne vais pas m’étaler dessus, parce que je pense que la notion de « qualité littéraire » est assez arbitraire et subjective, et qu’elle correspond plus aux codes de bon goût d’une certaine élite. Après, je pense que le fait de chercher la popularité entraîne des risques de vouloir s’adapter et produire quelque chose de « calibré » pour que ça marche auprès du public ; mais on pourrait dire la même chose lorsqu’il s’agit de vouloir produire des textes étant considérés comme ayant une « haute valeur littéraire », et capables de plaire à la (bonne) critique et de remporter des prix prestigieux.

Au final, je pense que cette situation est l’énième itération d’une sorte de conflit dans la culture, c’est-à-dire qui détermine quelles œuvres sont bonnes ? Le vote du public ? Des critiques ? Des académiciens ? Des éditeurs ? Des libraires ? Je ne pense pas qu’elle soit complètement inintéressante, parce que ça permet aux lecteurs et lectrices de découvrir des livres (si je fais confiance à un éditeur/une librairie/un·e critique, je peux acheter presque les yeux fermés le livre recommandé même si je ne connais pas, en sachant que je vais avoir des chances de l’apprécier), mais je pense que c’est des choses qui évoluent « naturellement » et qui commencent à exister pour l’autoédition (avec par exemple des blogueu·r·se·s littéraires et autres booktubeu·r·se·s qui, qui sait, seront peut-être l’élite littéraire d’après-demain).

Un modèle capitaliste qui va envoyer des gens au chômage ?

Parmi les reproches faits à l’auto-édition et au financement participatif, il y a aussi le fait qu’il s’agit de participer à un système prédateur et capitaliste, qui donne la part belle à Amazon, et qui met en péril tous les métiers de la chaîne du livre que sont les éditeurs, distributeurs et libraires.

Bon, tout ceci n’est pas entièrement faux, mais je trouve que c’est un peu idéaliser l’industrie « classique » du livre : Hachette et la Fnac ne sont pas moins capitalistes qu’Amazon. On met toujours en avant les petites librairies, sans dire que les ventes de livres papiers passent beaucoup par des grandes surfaces spécialisées (Fnac, Furet du Nord) ou pas (Carrefour, Auchan). À l’inverse, dans ce débat on mentionne rarement que si les petites librairies ont du mal à survivre, ce n’est peut-être pas tant à cause de l’auto-édition qu’à cause des augmentations des prix des loyers.

Par ailleurs, en soi l’auto-édition n’est pas spécialement incompatible avec la librairie : une librairie peut très bien vendre des livres papier auto-édité·e·s, et un service indépendant de vente de livres numériques (bref, une librairie numérique) peut très bien accepter les ebooks d’auto-édité·e·s ; si elles ne sont pas très chaudes ou ne font pas d’efforts pour le faire, ce n’est pas vraiment la faute des auto-édité·e·s.

Même pour les éditeurs, ce n’est pas en soi complètement incompatible avec l’auto-édition : souvent, les auteurs et autrices qui s’auto-éditent le font parce qu’ils/elles n’ont pas trouvé d’éditeurs, et sont rarement complètement fermé·e·s à l’idée de signer un contrat avec un éditeur qui propose des dispositions correctes. Le problème principal de ce côté-là, c’est peut-être que d’avoir l’auto-édition comme alternative peut permettre à des auteurs et autrices d’être un peu plus exigeantes sur ce que « conditions correctes » peut vouloir dire.

Et encore, je ne serais pas si optimiste là-dessus. Au contraire, j’envisage très bien des éditeurs mettre en avant qu’un·e écrivain·e a déjà gagné un peu d’argent grâce à son Tipeee ou Patreon comme argument pour donner une rémunération dérisoire (*tousse* Glénat *tousse*).

Après, je pense que les éditeurs peuvent permettre des choses positives que le financement participatif et l’auto-édition ne permettent pas vraiment, en tout cas sous leurs modèles actuels. Idéalement, un éditeur peut permettre de sortir un peu de l’individualisme, en permettant à un·e écrivain·e pas connu·e de « percer » un peu, en profitant du succès d’une œuvre pour remettre en avant une autre qui était passée inaperçue (ou pour financer la sortir d’un livre pas rentable), en aidant un·e écrivain·e à « s’améliorer », etc. De même, les librairies indépendantes peuvent mettre en avant des livres un peu plus confidentiels qui ne seraient jamais mis en avant sur Amazon ou la Fnac, et se servir des ventes des best-sellers pour inviter et donc donner une chance à des auteurs et autrices peu connu·e·s.

C’était mieux avant ?

Ceci étant dit, je pense qu’il y a certainement des choses à repenser un peu dans l’auto-édition, d’autres qui évolueront dans les années à venir (pour le meilleur ou pour le pire), mais je pense qu’on ne peut quand même pas ignorer un fait, c’est que si des auteurs et autrices se tournent vers ces solutions pour gagner de l’argent, c’est quand même en bonne partie parce que la « chaîne du livre » ne permet pas aux auteurs et autrices de gagner leur croûte. Je doute que l’auto-édition ou le financement participatif permette à une majorité d’écrivain·e·s de le faire, mais ça complète un peu, et en tout cas c’est une piste qui est explorée pour ces raisons, de même que des gens deviennent chauffeurs Uber ou livreurs Deliveroo parce qu’ils ne trouvent pas de boulot.

La multiplication de moyens de gagner un peu d’argent avec ses « créations » (le terme « travail » est rarement utilisé) pour compléter un salaire pas mirobolant ou des allocations qui le sont encore moins (en espérant faire partie des quelques élu·e·s — toujours ceux et celles mis·e·s en avant, évidemment — qui pourront en vivre confortablement) s’inscrit dans l’air du temps. Si, lorsqu’on parle de l’auto-édition, du financement participatif pour la culture, etc., on discute beaucoup de l’impact (positif ou négatif) sur l’Art ou la Littérature, je pense que c’est au final une question assez secondaire par rapport à la manière dont ça s’inscrit dans une évolution des rapports au travail, qui vise un peu à transformer tout le monde (ou le maximum de personnes) en auto-entrepreneurs/« indépendants » précaires, où c’est chacun·e pour sa pomme dans sa galère, avec le rêve qu’on fera peut-être partie de la poignée d’élu·e·s qui « réussiront ».

Pour autant, je pense qu’il ne faut pas tomber dans le piège d’idéaliser les modèles précédents, alors que c’est la faillite de ceux-ci qui a conduit autant de personnes à se tourner vers ces solutions (au niveau de l’écriture, le modèle de l’édition traditionnelle, mais on peut parler plus généralement du chômage de masse et de la précarité généralisée).

 Faut-il pouvoir vivre de son art ?

Je pense par ailleurs qu’il faut faire attention avec la revendication de « pouvoir vivre de son art » . Certes, il est plus que légitime que des aut·eur·rice·s ou autres « artistes » veuillent avoir les moyens d’une existence décente et cherchent par conséquent à tirer des revenus de leurs créations, dans un monde porté par le paradoxe du chômage de masse mêlé à la volonté des patrons de faire travailler leurs employé·e·s plus et plus longtemps. Cependant, je pense qu’il faut faire attention à ne pas tomber dans le piège de l’Artiste situé en-dehors du monde (et en particulier en dehors de la catégorie des travailleur·se·s), et, dans un monde idéal, je pense surtout qu’il faudrait que le travail nécessaire au fonctionnement de la société soit mieux réparti entre tou·te·s, pour laisser à chacun·e la possibilité de créer, sans qu’il y ait nécessairement besoin de le monétiser pour pouvoir survivre. À ce sujet, je vous invite d’ailleurs à lire l’article récent de Tanx, portrait de l’artiste en travailleur.

D’un côté, il faut bien admettre que le mantra que je voyais beaucoup quand je commençais à écrire, « de toute façon peu de personnes vivent de l’écriture, la plupart ont un travail à côté »[3], ne marche plus lorsqu’il n’y a plus de travail à côté[4] ; de l’autre, le message que je vois beaucoup chez les auto-édité·e·s, qu’on pourrait résumer à « quand on veut, on peut, et à force d’acharnement on peut avoir du succès et devenir patron à la place du patron » est complètement illusoire et ne donne l’impression de marcher que parce qu’on met en avant les quelques success-stories et jamais les échecs, pourtant beaucoup plus nombreux. Dans tous les cas, ceux pour qui ça marche vraiment, c’est Amazon, Lagardère, Kickstarter et compagnie, bref ceux qui se nourrissent et exploitent sur le rêve de « peut-être que si tu t’acharnes, tu réussiras ».

Au niveau individuel, on en est souvent réduit·e à choisir le moins pire pour soi, mais je pense important d’essayer de conserver une certaine lucidité sur le fait que dans tous les cas c’est un système qui est loin d’être idéal, et est au contraire profondément injuste et inégalitaire. Dans ce grand jeu de roulette (truqué, puisque tout le monde n’a clairement pas les même chances), plutôt que d’espérer croire qu’on fera partie des Élu·e·s si on s’acharne suffisamment et si le Destin nous sourit, il me paraît plus sain (et mathématiquement plus efficace, d’un point de vue probabiliste) d’œuvrer pour renverser la table et construire autre chose.

Notes

[1] Même si l’on trouve parfois des livres que personne ne semble avoir aimé mais que tout le monde a l’air d’avoir lu.

[2] Le financement participatif peut aussi être utilisé par des éditeurs (et est au final une version modernisée de la souscription), mais je parle ici d’auteurs ou autrices qui font appel au financement participatif directement, sans passer par un éditeur.

[3] Qui est tout de même bien pratique pour camoufler le fait que pendant ce temps certains vivent, et pas si mal, du travail des autres.

[4] En particulier, de travail permettant de gagner un salaire correct tout en ayant le temps et l’énergie d’écrire à côté, ce qui implique de ne pas rentrer lessivé·e après sa journée de travail, ou de ne pas devoir enchaîner 70h de conduite dans la semaine pour gagner l’équivalent d’un SMIC.


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Petite note sur les dates de sortie des épisodes 4 et 5 de La chair & le sang

, 17:09 - Lien permanent

Coucou !

Une petite pseudo-annonce à propos des dates de sortie (prévues) pour les épisode 4 et 5 de La chair & le sang.

L’épisode 4, Cupidon tireur d’élite, sortira :

  • en version numérique dans les délais prévus, c’est-à-dire première moitié de juillet pour les abonné·e·s Tipeee, et 1er août pour le reste du monde.
  • en version papier, ça risque d’être un peu plus aléatoire. Je ferai mon possible pour l’envoyer en juillet, mais vu que l’endroit où je vais imprimer est pas mal axé « étudiants » et fermera en juillet-août ça risque d’être un peu tendu niveau délais. Donc soit vous le recevrez un peu plus tôt… soit beaucoup plus tard (fin août), à moins que je trouve d’autres solutions.

Pour ce qui est de l’épisode 5, Plus haut que Carrero, je ne vais pas mentir, c’est un peu plus hasardeux. Je vais essayer qu’il puisse sortir en septembre (octobre pour les non-abonné·e·s), mais je ne suis sûre ni de pouvoir tenir les délais, ni que cet épisode ne se retrouve splitté en deux parties pour des questions de taille. Dans tous les cas, il devrait y avoir du contenu numérique et un fanzine papier pour septembre/octobre pour les abonné·e·s Tipeee.

Voilà, et si vous n’avez pas lu les épisodes 1 à 3, vous pouvez toujours les acheter à prix libre en version numérique ici et commander les version fanzines dans la boutique.

Billets connexes

Petit bilan Tipeee, et réflexion sur son intérêt pour des auteurs de fiction

, 20:52 - Lien permanent

Cela fait maintenant un peu plus de six mois que j’ai mis en place ma page Tipeee, et je me disais que l’heure était peut-être venue d’en tirer un premier bilan et quelques réflexions.

Je vais me concentrer dans cet article sur des aspects pratiques, et des réflexions sur « est-ce que ça peut être une piste pour gagner de l’argent avec son écriture ? », et je vais limiter au minimum les considérations politiques ou éthiques sur les impacts de ce genre de système de financement, non pas parce que je pense qu’elles ne méritent pas d’être posées, mais plutôt pour les traiter dans un autre billet de blog, qui viendra ultérieurement.

C’est quoi le principe ?

Pour les gens qui ne connaîtraient pas forcément, le principe de Tipeee est similaire à celui de l’américain Patreon : un « créateur » lance une page et propose de recevoir des « tips » (pourboires) pour financer sa création, en échange d’éventuelles contreparties (les plus communes me semblant être : remerciements, accès à du contenu numérique (articles, livres, vidéos), carte postale, exemplaires papiers, goodies diverses, chat avec le créateur, etc.).

Par rapport à d’autres systèmes de financement participatif, la particularité est que, même s’il est possible de faire un don ponctuel, c’est surtout le don régulier (et donc l’abonnement) qui est encouragé, le créateur pouvant choisir dans ce cas entre des dons mensuels (proposant donc à son public de donner X€ chaque mois) ou sur une parution de nouveau contenu (proposant de donner X€ chaque fois qu’une vidéo, une nouvelle, ou un article de blog est posté).

Évidemment, il ne s’agit pas d’un service public, et Tipeee (comme Patreon) se met au passage une partie des dons dans la poche (8%).

Petit bilan personnel

J’ai créé une page Tipeee au courant de l’année 2016, et ai publié mes premières nouvelles réservées aux abonné·e·s (peut-être par manque d’esprit start-up, je me refuse à utiliser le terme tippers) en novembre. Et c’est surtout en 2017 que j’ai lancé la publication de la série La chair & le sang, à raison d’un épisode tous les deux mois.

Les deux principales contreparties que j’ai mises en place sont les suivantes :

  • à partir d’1€ par mois, vous avez accès aux version numériques des textes déjà publiés par ce biais ;
  • à partir de 5€ par mois, vous recevez ces textes imprimés au format fanzine dans votre boîte aux lettres.

Mes objectifs en créant cette page Tipeee étaient les suivants :

  1. avoir une alternative à Amazon et autres Kobo pour la diffusion de mes textes en numérique, en proposant un accès à ces textes contre abonnement mensuel ;
  2. me donner une occasion de donner une vie en papier à des textes courts, et là encore d’avoir une alternative à l’impression à la demande par Createspace (qui appartient à Amazon) pour les versions papiers ;
  3. devenir riche, ou tout du moins avoir une certaine stabilité financière.

Pour être honnête, je n’avais aucune idée de ce que ça allait donner : je craignais un peu de rester bêtement à zéro abonné·e·s, même si j’espérais évidemment un succès improbable. Au final, à l’heure où j’écris ces lignes, c’est entre les deux, puisqu’il y a 20 personnes qui sont abonnées sur Tipeee, pour un total de 95€ par mois. Sur lequel il faut enlever :

  • la part que prend Tipeee et la transaction financière ;
  • les cotisations sociales ;
  • les frais d’impression et d’envois postaux pour les fanzines.

Autant dire que pour devenir riche, ce n’est pas tout à fait ça, même si ça fait plaisir de voir qu’il y a un certain nombre de personnes qui aiment suffisamment ce que je fais pour me soutenir financièrement tous les mois. Au niveau de l’impression de fanzines, c’est pour moi la réussite principale de ce projet, que je trouve vraiment satisfaisante même si ça demande d’y consacrer un peu de temps. Pour ce qui est de l’indépendance par rapport à Amazon/Kobo/etc., le bilan est mitigé : certes, ça permet d’avoir une alternative, mais je fais toujours l’essentiel de mes ventes numériques sur ces plate-formes, et mes abonné·e·s sur Tipeee viennent essentiellement de mes followers Twitter et visiblement assez peu de personnes qui auraient acheté l’épisode 1 sur Amazon et se seraient ensuite dit « Ah, on peut les avoir autrement, trop bien, dans ta face Jeff Bezos ! », mais c’était au final assez prévisible.

Personnellement, j’en retire pour l’instant quelque chose de positif, un peu financièrement, un peu pour le fait de me sentir soutenu·e, et aussi parce que ça m’oblige à me fixer une certaine régularité et que ça m’a permis d’explorer un média (le fanzine) que je n’utilisais jusqu’ici pas pour mes fictions.

Et les autres, ils s’en sortent comment ?

Je voudrais regarder un peu comment s’en sortent les autres auteurs et autrices sur cette plate-forme. Pas pas jalousie ou au contraire pour me vanter, mais pour essayer d’avoir une idée de si ça « marche » en général, sachant que pour ce genre de cas comme pour beaucoup d’autres choses, on n’a tendance à parler que des succès, ce qui entraîne un léger biais du survivant. J’ai donc regardé les pages listées dans la catégorie « arts et culture » de Tipeee, en sélectionnant les auteurs et autrices de fiction ; j’ai aussi complété par une recherche google « écrivain Tipeee », car cette plate-forme ne liste que les créateurs qui ont au moins cinq donateurs, ce qui invisibilise forcément les (nombreuses) pages qui ne voient jamais l’ombre d’un seul.

J’ai fini par avoir dix-sept (j’en ai sans doute raté un certain nombre) pages Tipeee d’écrivain·e·s dans mes onglets, ce qui permet de faire quelques statistiques :

  • Trois de ces pages n’ont aucun donateur ; je pense que ce chiffre est très fortement sous-estimé parce que Tipeee ne les liste pas et que ma recherche google ne renvoyait pas tous les résultats (elle ne renvoyait pas ma propre page, par exemple).
  • Quatorze de ces auteurs et autrices écrivent de près ou de loin dans les genres dits « de l’imaginaire » (science-fiction, fantastique, fantasy). Ça fait plus de 80%, ce qui est évidemment une énorme sur-représentation. Je vois plusieurs facteurs qui pourraient expliquer cela : l’âge peut-être en moyenne plus jeune des amateurs de ces genres, une proximité avec les milieux « geeks » au sens large qui entraîne peut-être plus de facilité à se saisir de ces nouveaux outils, etc. En tout cas, je ne m’attendais pas à ce que ce résultat soit aussi marqué.
  • En moyenne, ces écrivain·e·s ont 150€ de tips, avec 17 abonné·e·s en moyenne, et donc un don moyen de 8,8€. Ces chiffres ne veulent cependant pas dire grand chose, car il y a beaucoup d’écart à tous les points de vue.

Pour voir cette répartition un peu plus en détail, je me suis amusée à faire quelques graphes, pour voir la répartition en nombre de donateurs, en terme de somme récoltée, et en don moyen :

donateurs.png

somme_recoltee.png

don_moyen.png

Si le peu de chiffres paraît hasardeux pour en tirer des conclusions, je dois avouer que (pour les donateurs et la somme récoltée, en tout cas), je m’attendais à des écarts plus marqués, avec quelques « gros » d’un côté et une majorité à revenus très faibles de l’autre. Au lieu de cela, il y a un petit « peloton » entre 50 et 150€.

Pour ce qui est des « gros », il faut tout de même pas mal relativiser :

  • Un seul projet arrive à obtenir plus de 1000€… et ce n’est pas à strictement parler un écrivain qui publie ses textes, mais un projet de traduction (ce qui n’est évidemment pas un reproche, mais rend l’inclusion dans ce corpus discutable).
  • Deux auteurs arrivent à gagner un peu plus de 300€ par mois, de manière assez différente. D’un côté, Neil Jomunsi, avec un engagement du public assez fort, qui a plus de 70 abonné·e·s ; de l’autre Jérèm et Nico, « une histoire d’amour et de sexe entre garçons », qui n’a que 8 abonné·e·s mais qui donnent en moyenne plus de 42€.

Dans tous les cas, on est quand même loin de pouvoir devenir riche grâce à Tipeee, ni même de pouvoir vraiment espérer en vivre ; s’il y a quelques succès pour des Youtubeurs (Usul récolte plus de 10 000€ par épisode vidéo réalisé, même s’il s’agit, là aussi, d’une exception), cela semble être plus compliqué pour des écrivain·e·s.

Sur le site américain Patreon, on trouve plus de cas d’écrivain·e·s qui arrivent à gagner une somme conséquente d’argent, mais je ne suis pas sûre que ce soit très pertinent de se baser là-dessus pour espérer croire qu’il y a le potentiel pour aller vers ça, et ce pour deux raisons :

  • en écrivant en anglais il y a une base de public beaucoup plus large, et donc potentiellement plus de donateurs pour les grands succès ;
  • toujours à cause du « biais du survivant » : ces quelques succès viennent aussi sans doute du fait qu’il y a beaucoup plus d’écrivain·e·s inscrits sur Patreon.

Le « modèle économique »

Comme son nom l’indique, le modèle de Tipeee est basé sur le tip, c’est-à-dire le pourboire, avec l’idée qu’on va apprécier la vidéo (ou autre média, mais je pense quand même que ce système est surtout pensé pour les vidéos) et qu’on va soutenir son créateur. Dans une vidéo où il présente son entreprise sur un plateau télé, le fondateur de la boîte fait la comparaison avec le type qui joue de la guitare dans le métro et à qui on met des pièces dans son chapeau.

Pour la plupart des écrivain·e·s, j’ai pourtant l’impression qu’on n’est pas tout à fait dans ce système. Certes, certains proposent des textes gratuitement et une possibilité de tipper, mais souvent l’accès aux textes est conditionné par le « don » (qui, dans les faits, devient plutôt un achat à prix (semi-)libre).

À titre personnel, c’est aussi ce que j’ai choisi : même pour les textes qui peuvent être lus gratuitement, je préfère présenter la possibilité de soutenir sur Tipeee comme un « prix libre » (vous donnez ce que vous pouvez/voulez) plutôt qu’un don. C’est un peu jouer sur les mots, mais ça me donne un peu moins l’impression de demander l’aumône.

Cela dit, si le modèle économique pour l’entreprise est plutôt bien rôdé (avoir le plus d’inscrit·e·s possibles sur son site pour avoir le maximum de dons, mettre en avant les projets les plus « rentables »), pour les écrivain·e·s qui espèrent en profiter, la situation est sans doute encore un peu plus nébuleuse.

En effet, une des questions à se poser lorsqu’on crée un projet de ce genre, c’est le choix des contreparties, et j’avoue que j’ai tâtonné un moment. J’ai vu assez peu d’articles en français sur ce sujet (du moins pour les écrivains), mais un peu plus en anglais (pour Patreon, du coup), et parmi les conseils que j’ai pu lire figurent notamment :

  • Avoir plusieurs niveaux de contribution différents (parfois mis en place de manière très artificielle : « à 1 €, vous aurez mes remerciements, à 10 €, vous aurez de GROS remerciements, à 20 € des remerciements du fond du cœur et un bisou virtuel »).
  • Et surtout, celui qui me paraît être de meilleure facture et pas juste un argument marketing, faire en sorte que ces contreparties ne vous demandent pas (ou peu) de travail supplémentaire, par rapport à celui que vous faites déjà. Vous n’avez pas forcément envie d’une situation où vous allez devoir consacrer 2 semaines par mois pour réaliser les contreparties alors que vous n’avez que trois abonné·e·s. Pour ça, l’accès à des textes numériques est, pour les écrivains, le plus facile (à condition d’avoir des textes déjà écrits, évidemment). Le fait de faire des fanzines ne rentre pas tout à fait dans cette catégorie puisque c’est quelque chose qui me demande un peu de travail, mais au final je ne le regrette pas, parce que c’est quelque chose que j’avais envie de faire depuis un moment et pour lequel je ne trouvais pas la motivation. Par contre c’est ce qui fait que je n’ai pas proposé de récompense type « carte postale », parce que même si je trouve l’idée cool, je n’avais aucune envie de passer une journée par mois à rédiger des cartes postales.

Bref, il me semble qu’il y a un espèce de compromis à trouver entre mettre suffisamment de « contreparties » pour que le projet soit vendeur et attire des abonné·e·s ; et en même temps éviter de se surcharger de travail en partant dans de l’auto-exploitation forcenée. En lisant des témoignages d’écrivain·e·s sur Patreon (qui sont plus nombreux que concernant Tipeee), on trouve certes en priorité les success-stories, mais on retrouve aussi des témoignages de personnes qui se sentent un peu « piégées » et doivent faire beaucoup de travail pour un nombre réduit d’abonné·e·s.

Est-ce que c’est un système que je recommande ?

Bref, tout ceci étant dit, quelles conclusions je tire de tout ça ?

Déjà, je dois dire que je trouve intéressant le système de permettre des dons réguliers, et ça permet quand même d’apporter une certaine stabilité dans un domaine qui en manque : par exemple les revenus de mes ventes numériques provenant d’Amazon oscillent entre 15 et 100€ ; quant à la signature d’un contrat d’édition, c’est en général synonyme d’un à-valoir conséquent suivi de plus rien pendant des années. Certes, les abonné·e·s peuvent se désabonner (encore heureux) mais la probabilité de passer d’un mois à l’autre de 100 à 15€ est quand même plus faible.

À côté de ça, je ne trouve pas Tipeee fabuleux : je trouve que c’est finalement cher pour ce que c’est. 8% de commission, ce n’est quand même pas rien, et si je comprends évidemment qu’on vit dans un monde capitaliste et qu’il s’agit d’une entreprise qui doit tirer des bénéfices, je trouve que ce qui est proposé en retour n’est pas folichon. Notamment, en tant qu’écrivaine, je trouve qu’avoir un système permettant de partager un répertoire contenant les fichiers pour les abonné·e·s, rangés proprement, plutôt que de juste avoir des news privées ne serait pas de trop ; de même, il n’y a que deux niveaux possible pour ces news (privées — réservées aux abonné·e·s — ou publiques), et il n’est pas possible d’avoir du contenu différent pour les abonné·e·s qui ont mis un peu plus. Au final, suivant les contreparties qu’on propose, ça demande à faire pas mal de bidouilles qui marchent plus ou moins bien. Après, voilà, ça reste plus simple à mettre en place si on veut accepter des paiements réguliers Paypal ou CB.

Évidemment, ça ne marche que si vous avez déjà un certain public, et il ne faut pas compter sur Tipeee pour permettre à des lecteurs et lectrices de vous découvrir : vous ne serez, selon toute probabilité, mis·e en avant que si votre projet fonctionne déjà bien et permet de rapporter de l’argent à l’entreprise.

Au niveau financier, à moins d’avoir déjà une énorme notoriété (auquel cas on n’a probablement pas besoin de ça pour gagner de l’argent), il ne faut pas s’attendre à des miracles, mais par rapport à d’autres systèmes je pense que ça peut avoir l’avantage d’être complémentaire plutôt qu’une alternative : le fait de proposer un texte en contrepartie à ses abonné·e·s Tipeee n’empêche pas de l’auto-éditer ensuite sur des plate-formes, voire éventuellement de le soumettre à un éditeur (point peut-être plus discutable, mais à moins d’avoir beaucoup d’abonné·e·es ça ne me paraît pas une diffusion beaucoup plus publique que de faire lire quelques exemplaires à ses potes, sa famille, des bêta-lecteurs, etc.).

Au-delà de l’aspect financier, ça peut aussi être quelque chose de positif pour les écrivain·e·s qui, comme moi, ont une assez forte tendance à la procrastination. Cela dit, je pense que ça peut vite devenir étouffant aussi, et se révéler demander autant de travail qu’un boulot à plein temps sans avoir le salaire qui va avec. Donc si l’idée vous intéresse, je recommande de réfléchir à ce à quoi vous engagez et de voir ce que ça implique. Je pense qu’il vaut mieux commencer en promettant peu, quitte à augmenter par la suite si ça marche bien et si vous arrivez à tenir la cadence, que promettre la lune et entraîner des déceptions, ou vous effondrer à cause d’un burn-out parce que cela vous demande un travail énorme pour peu de résultats.

Bref, ce système n’est pas parfait, encore moins miraculeux, et par ailleurs je pense que la multiplication de ces financements participatifs ne va pas sans poser des questions (que j’ai dit que je n’aborderai pas ici) ; en attendant, ça peut éventuellement permettre de compléter des revenus d’auteurs souvent assez maigrichons et de financer un peu des projets qui ne sont pas forcément les plus rentables sur d’autres médias.


Comme vous l’aurez compris en lisant cet article, vous pouvez me soutenir sur Tipeee, et vous aurez en contrepartie accès à des textes inédits.

Abonnez-vous sur : tipeee

Pour être tenu·e au courant de mes dernières parutions, vous pouvez vous inscrire à ma liste de diffusion (faible trafic, pas plus d’un message par mois) :

Souffrir pour être rebelle, épisode 3 de La chair & le sang, disponible pour les abonnées Tipeee

, 12:25 - Lien permanent

Souffrir pour être rebelle, épisode 3 de La chair & le sang, est maintenant disponible en avant-première en version numérique pour les abonné·e·s Tipeee.

La chair & le sang

Je m’appelle Jessica, je viens d’emménager dans une nouvelle ville, et je cherche juste à faire comme tout le monde : trouver un travail, rencontrer l’amour, et avoir une vie stable et satisfaisante.

Sauf que mes seules opportunités professionnelles sont de bosser pour des vampires, que la voisine sur laquelle j’ai un crush est une skinhead louve-garou, et que mes tendances masochistes ne sont pas toujours très bien comprises ; et que la seule chose de stable dans ma vie, c’est ma capacité à attirer les emmerdes.

Une série de fantasy urbaine qui mêle romance lesbienne, action, enquête et intrigues politiques surnaturelles. La chair & le sang est une série en cours de parution, pour plus d’information, voir la page consacrée.

Dans cet épisode

Jessica a un rendez-vous avec sa voisine louve-garou Chloé, et elle espère bien que cela permettra de faire repartir leurs relations sur de meilleures bases.

Sauf qu’elle n’a pas très envie de lui dire qu’elle s’est engagée, plus tard dans la nuit, à servir de vigile pour une rencontre au sommet entre représentants vampires et loups-garous. Un petit boulot qui devrait être tranquille, si les choses se déroulent comme prévu.

  • Jessica parviendra-t-elle a convaincre Chloé de donner une chance à leur début d’histoire d’amour ?
  • Les dîners en tête à tête peuvent-ils être dangereux et occasionner de graves blessures ?
  • Lorsqu’on est masochiste, apprécie-t-on forcément toutes les formes de douleur ?
  • Le petit boulot de Jessica pour la soirée sera-t-il aussi tranquille qu’on lui a annoncé ?
  • Est-ce qu’on se fait très mal lorsqu’on se casse la figure lors d’une rencontre au sommet ?
  • La relation entre Chloé et Jessica pourra-t-elle survivre aux goûts musicaux de celle-ci ?

Autant de questions (et bien d’autres) dont vous aurez les réponses en lisant ce troisième épisode de La chair & le sang

Pourquoi s’abonner ?

Comme je l’ai dit, cet épisode 3 est d’ores et déjà disponible en version électronique, en avant-première pour les personnes s’étant abonnées sur Tipeee, et sera disponible sur les plate-formes de vente d’ici début juin.

Souscrire à un abonnement (à partir d’1€ par mois), ça permet évidemment de me soutenir et de me permettre d’avoir un rapport un peu plus serein aux questions financières ; et par conséquent de moins avoir à me poser de question du genre « si c’était moins centré sur des histoires de lesbiennes, j’aurais peut-être plus de chances de trouver un éditeur ou de faire de meilleures ventes sur Amazon ». Bref, ça me permet un peu plus d’écrire ce que j’ai envie d’écrire plutôt que « ce qui pourrait se vendre ».

Pour vous, surtout, ça vous donne, à partir d’1€ par mois, accès en avant-première aux versions numériques de la saison en cours (donc si vous souscrivez maintenant, vous aurez aussi accès aux épisodes 1 et 2) ; et à partir de 5€ par mois de recevoir des version papier publiées au format fanzine Do It Yourself (A5 agrafé) (il est aussi possible de commander les épisodes précédents dans la boutique).

Bref, d’un côté ça permet de me soutenir, et de l’autre de vous faire plaisir (enfin si vous aimez ce que j’écris, sinon effectivement vous abonnez pas hein) et éventuellement de briller en société (résultats non garantis) !

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Retour d'expérience : mon « processus » de correction/relecture

, 20:40 - Lien permanent

On m’a parfois demandé comment je m’y prenais pour faire la relecture et la correction de mes textes, et vu que je suis justement dans ce genre de phase pour l’épisode 3 de La chair & le sang, je me suis dit que c’était le bon moment pour faire un billet sur ce sujet (pas du tout pour procrastiner un peu au milieu d’une relecture).

Je ne prétends pas qu’il s’agisse ici de conseils à suivre, ni d’ailleurs d’une sorte de recette que je suis systématiquement, plutôt plus des notes sur une façon de fonctionner qui correspond plus ou moins à ma façon de faire la plupart du temps.

Remarque : je parle ici de la relecture et correction de mes propres textes. Même s’il y a des points communs, il y a aussi certaines différences lorsqu’il s’agit de relire ou corriger un texte écrit par quelqu’un d’autre.

Étape zéro : pendant l’écriture

Pendant l’écriture même d’un texte, je ne me fixe pas d’objectifs particuliers en terme de relecture et de correction : l’objectif, à ce moment-là, est d’arriver au bout du premier jet, pas de commencer à faire de la relecture (ça, ça vient après).

Cependant, il peut m’arriver de relire un chapitre, ou l’intégralité de ce que j’ai écrit pour l’instant, pour me remettre dans le bain. Dans ce genre de cas, évidemment, si je vois des fautes ou des coquilles, je ne me prive pas de les corriger, mais ce n’est pas l’objectif principal à ce stade.

Première étape : juste après avoir fini le premier jet

Après avoir terminé le premier jet de mon récit, j’aime bien le relire dans son intégralité. Il s’agit pratiquement ici d’une lecture « de plaisir », pour voir à quoi l’œuvre ressemble ; mais il s’agit aussi de corriger les fautes et coquilles que je vois, et éventuellement de noter des modifications à apporter sur le fond (« tel chapitre est-il vraiment indispensable ? », « il manque une explication à tel moment », « ce passage n’est pas très clair », etc.). Pour plus tard. Parfois, je suis très motivée et je fais certaines modifications tout de suite… et en général, j’attends plus tard, d’être à tête plus reposée sur ce texte.

Deuxième étape : oublier le texte

Ensuite, je m’efforce d’oublier le texte. Autrement dit, je le range dans un tiroir, et je passe à autre chose.

La durée de cette période varie un peu selon les textes : parfois, ça peut être plus d’une année, parfois à peine quelques semaines, mais j’essaie (maintenant, en tout cas) de ne pas publier le texte immédiatement.

Il y a des exceptions : la première version de Dykes VS Bastards, par exemple, a été publiée juste après le premier jet terminé (avec juste la première relecture), mais il s’agit d’une nouvelle, plus ou moins liée à de l’actualité. Pour les épisodes de La chair & le sang, ce délai est aussi relativement court, avec autour de deux mois seulement de repos pour les épisodes 2 et 3. Mais pour les romans, en général, c’est au moins six mois.

Troisième étape : une première relecture

Cette étape se fait donc une fois que le texte est plus ou moins oublié, et que je le redécouvre donc avec un regard (plus ou moins) neuf.

En dehors du fait qu’elle est à froid et pas à chaud, elle est assez semblable à la première étape : lire, corriger les fautes qu’on voit, les choses qui ne vont pas qu’on peut corriger tout de suite, et noter s’il y a des changements un peu plus importants à faire, des soucis de cohérence, etc.

Étape 3 bis : faire des corrections de fond

Cette étape n’est pas systématique, mais lorsque j’ai noté des corrections de fond à apporter (suppression d’un paragraphe ou d’un chapitre, ajout de passages, modifications de certains, modifier le caractère d’un personnage, etc.), il s’agit maintenant de les intégrer concrètement au texte existant. Ou, parfois, de réaliser que ce n’est pas forcément une bonne idée, et d’appliquer d’autres modifications à la place, ou occasionnellement de réaliser qu’une telle modification déséquilibrerait l’œuvre (ou, hum, demanderait beaucoup trop de travail) et qu’il vaut mieux laisser le texte tel quel.

Dans ce cas, on retourne ensuite à l’étape 3, pour refaire une relecture sur la nouvelle œuvre, qui a quand même pas mal été modifiée.

Quatrième étape : les outils informatiques

Ici, il s’agit d’utiliser des outils informatiques de correction gramaticale pour repérer des fautes que je n’aurais pas vues moi-même. Et, éventuellement, de mettre en avant des répétitions pour voir si elles sont vraiment nécessaires. En pratique, j’essaie de mettre systématiquement un coup de correcteur grammatical à un moment, et je me sers rarement d’un détecteur de répétitions.

Pour information, les outils que j’utilise sont LanguageTool pour la correction grammaticale (j’aimerais aussi passer un coup de Grammalecte, qui ne repère pas forcément les mêmes fautes, mais je ne le trouve pas simple à mettre en place avec les autres logiciels que j’utilise), et Caribon (que j’ai développé) pour détecter les répétitions.

Cinquième étape : le peaufinage

Une fois la grande majorité des fautes débusquées, on ne devrait normalement pas en repérer beaucoup de nouvelles (même si, ça, c’est la théorie… en pratique, c’est aussi le moment où on peut se rendre compte qu’il en reste pas mal, auquel cas… retour à l’étape trois). Cette étape permet donc de repérer les autres problèmes : soucis typographiques, répétitions, mots qui ne sonnent pas très bien et pourraient avantageusement être remplacés par un synonyme, mots qui sont parfois mis en italiques et parfois non (par exemple, dans ma correction actuelle, j’ai harmonisé les utilisation de « skinhead » et de « skinhead »), un paragraphe qui gagnerait à être séparé en deux ou au contraire deux paragraphes qui gagneraient à être fusionnés, est-ce qu’une phrase n’est pas un peu trop longue, etc.

Évidemment, on peut répéter cette étape plusieurs fois, mais comme disait George Marchais, « il faut savoir arrêter la relecture ».

Étape facultative : la lecture à haute voix

Je trouve que l’idéal pour vérifier qu’un texte sonne bien est d’essayer de le lire à haute voix. En pratique, je ne le fais pas systématiquement, surtout pour les romans, parce que c’est long et pas toujours pratique (parce qu’on a un appartement mal insonorisé et qu’on fait ça à deux heures du matin, parce qu’on est avec des gens, etc), mais j’essaie de le faire au moins pour les passages sur lesquels j’ai un doute.

Autres « astuces » supplémentaires

Pour finir, voici quelques petites « astuces » que je m’efforce de suivre lorsque j’en suis à l’étape de relecture.

  • Relire sur des formats différents : les mots ne seront pas au même endroit, peut-être pas la même police, comme ça le cerveau a moins tendance à se dire « Ok, ça je connais déjà » et à survoler. En pratique, j’essaie au moins de faire une relecture sur liseuse et une sur PDF. Idéalement, une relecture sur papier, même si sans imprimante et à une une bonne demi-heure de la boîte à copie la plus proche, ce n’est pas toujours évident (et ça revient vite cher pour des romans). Ça permet aussi de repérer des erreurs de mise en page qui n’apparaissent que dans le PDF, ou que dans la version liseuse.
  • Se forcer à lire doucement. Parfois, quand je lis, je suis emballée par un passage et j’ai envie de connaître la suite. C’est bon signe, parce que ça veut dire que ce passage me plaît au moins à moi, mais pour trouver des fautes, ce n’est pas l’idéal. Un autre avantage de la lecture à haute voix, au passage.
  • Se forcer à faire des pauses au milieu de la relecture : débusquer les fautes est une tâche assez ennuyeuse, sur laquelle il est dur de rester efficace quand on y passe quatre heures d’affilée. Parfois, il est donc pas mal de se forcer à faire des pauses plutôt que de tout enchaîner d’une traite (comme en écrivant un billet de blog au milieu).
  • Se forcer à faire des pauses entre deux relectures : je peux rarement me permettre de laisser mon texte reposer trois mois entre chaque étape de relecture, mais j’essaie quand même de laisser quelques jours. Relire deux fois le même texte dans la même journée, c’est à la fois assez fastidieux et pas très efficace, parce qu’à ce niveau on le connaît presque par cœur.

 

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Des lesbiennes, des vampires, des flingues et des motos : émission d'On est pas des cadeaux à réécouter

, 21:10 - Lien permanent

Bon, le dimanche n’était pas folichon, mais l’émission On est pas des cadeaux sur Radio Canut de vendredi dernier, et la rencontre de samedi à la librairie Terre des livres étaient des moments chouettes, avec pas mal de rencontres et des discussions intéressantes :)

Un grand merci à l’ensemble de l’équipe d’On est pas des cadeaux, ainsi qu’aux libraires de Terre des livres, et à toutes les personnes qui ont fait le déplacement ❤

Pour les personnes qui l’auraient raté au moment de la diffusion et voudraient l’écouter, il est possible de réécouter l’émission de radio d’On est pas des cadeaux ici.

Retour sur "Enfants de mars et de Vénus" #2 : Lev, grosse butch fantastique

, 14:28 - Lien permanent

Dans les épisodes précédents

enfants-mini.png J’ai écrit un livre, Enfants de Mars et de Vénus, un polar fantastique paru le 23 février dernier aux éditions Dans nos histoires. Il peut être acheté en librairie ou commandé directement sur le site de l’éditeur pour le prix de 12€. Si c’est trop cher ou que vous voulez regarder à quoi ça ressemble avant, le livre peut être également être lu gratuitement dans son entièreté, également sur le site de l’éditeur.

Suite à ça, j’ai décidé d’écrire quelques articles de blog pour revenir sur l’écriture de ce livre. Dans le précédent, Alys et les clichés trans, j’expliquais comment j’avais eu l’idée du personnage d’Alys, sorcière trans dans un monde fantastique ; mais que, même avec cette idée de protagoniste et un début d’intrigue en tête, j’avais ensuite eu un blocage.

Le problème

Rétrospectivement, je pense que le problème était qu’Alys jouait le rôle du personnage mystérieux et un peu « barré », et que je voulais absolument lui mettre dans les pattes un personnage jouant le rôle de la « raison », et aussi du personnage plus « normal » auquel un lecteur lambda est censé pouvoir s’identifier plus facilement. Par ailleurs, comme il s’agit d’un univers fantastique, où le surnaturel s’immisce dans le monde réel, ce personnage avait aussi pour fonction de douter. Le résultat, c’est que c’était chiant, et que ce personnage était juste un boulet à l’intrigue. Certes, il ou elle (suivant les versions) avait les réactions à peu près normales qu’une personne à peu près saine d’esprit devrait logiquement avoir dans ces circonstances ; le problème, c’est que ça nuisait au dynamisme de l’histoire, puisqu’en général, en tant que lecteur ou lectrice, on a envie de découvrir l’intrigue et le mystère, pas qu’un des protagonistes fasse tout pour l’éviter. Ça n’allait pas du tout avec l’esprit du roman, bref c’était un peu nul.

Le personnage auquel le lecteur lambda peut s’identifier

Ce qui m’amène à faire une petite parenthèse sur cette idée qu’il faut absolument que l’histoire soit racontée du point de vue d’un personnage auquel le lecteur lambda puisse s’identifier, et surtout pas du personnage un peu hors-norme. L’idée, en gros, c’est que le lecteur découvre les choses en même temps que le personnage. Ça n’est pas forcément nocif : par exemple, que les romans Sherlock Holmes soient racontés du point de vue de Watson n’est pas gênant et, au contraire, je pense qu’on peut argumenter que ça marche à peu près bien. Et parfois, c’est moins réussi, ça rajoute des personnages un peu inutiles (comme le personnage de l’agent du FBI dans l’adaptation en film d’Hellboy, qui a d’ailleurs disparu dans le 2), mais bon, ce n’est pas dramatique.

Le problème, c’est que « lecteur lambda », ça vient avec son lot de suppositions : déjà, j’ai mis au masculin, mais en général ça va aussi être calibré pour quelqu’un de blanc, d’hétérosexuel, cis, etc. Et donc, lorsque l’on parle de thématiques LGBT, il y a toujours cette tendance à vouloir avoir un protagoniste un peu en dehors de ça pour que l’histoire reste accessible aux « gens normaux ». Parce que voilà, le problème de ce procédé narratif dans ce genre de cas, c’est que quand c’est appliqué par exemple pour des thématiques LGBT, ça renvoie vite le message, au final, qu’il y a la norme straight d’un côté et les bizarreries LGBT de l’autre qu’il faut impérativement expliquer aux gens normaux.

(Évidemment, on peut jouer là-dessus. Par exemple, dans Une autobiographie transsexuelle (avec des vampires), Cassandra joue ce rôle de personnage « normal », qui n’est ni une vampire, ni une louve-garou, ni une sorcière, et découvre plus ou moins cet univers en même temps que le lecteur ou la lectrice. Dans ce cas, je trouvais intéressant de faire notamment de sa transidentité, non pas un élément de « bizarrerie », mais justement quelque chose qui ancrait le récit dans le monde réel par rapport aux éléments surnaturels.)

Quand j’avais ce projet en tête, ce n’était pas quelque chose que je me disais consciemment, en mode « il faut un héros hétérosexuel et cis plus ou moins normal pour faire en sorte que le lecteur ne soit pas trop rebuté par la thématique trans » ; mais c’était quelque chose qui était forcément dans un coin de ma tête et qui venait de la façon dont ce genre d’histoires est souvent structuré.

Le fantastique

Un autre problème avec le(s) personnage(s) « point de vue » que j’avais en tête à la base, c’est le rapport au fantastique, c’est à dire à l’immersion du surnaturel dans le monde réel. Le problème de mettre un personnage ayant des réactions à peu près « normales » dans ce genre de cas, c’est que, forcément, on passait beaucoup de temps à se demander « est-ce que c’est réel ou pas ? comment est-ce possible ? est-ce que le personnage est en train de sombrer dans la folie ? ». Certes, c’est un peu la base du fantastique, mais autant s’attarder sur ce genre de considérations marche bien pour un roman d’horreur, autant pour quelque chose à la tonalité un peu plus rock’n roll, c’est moins adapté. Or, Enfants de Mars et de Vénus est quand même moins inpiré de Lovecraft que de Doom (à qui il doit d’ailleurs en partie son titre).

Lev

Et puis, un jour, j’ai eu l’idée du personnage de Lev, une grosse butch plutôt bourrine, qui n’a pas peur de grand-chose, a une tendance au doute assez limitée et, même quand c’est le cas, qui est plutôt « dans le doute, on n’a qu’à cogner » que « est-ce que tout ça est bien réel ? ». J’ai commencé à écrire quelques bouts de texte avec elle, et je l’ai faite interagir avec Alys, à la base juste pour une nouvelle et sans me dire que j’allais l’utiliser pour ce projet-là. Sauf que j’ai réalisé tout de suite que ça marchait super bien et ça m’a complètement débloquée.

Du point de vue de l’autrice, ce qui était super cool avec Lev, c’est qu’elle avait une « voix » assez forte, ce qui permet de donner le ton tout de suite. Évidemment, ça ne règle pas tous les problèmes de construction d’intrigue, mais avec juste quelques lignes je savais tout de suite à quoi l’histoire allait ressembler, pas juste dans ce qu’elle racontait (je savais déjà, bien avant, ça que je voulais une enquête avec de la sorcellerie où les thématiques trans avaient une certaine importance), mais surtout comment elle allait être racontée, et à quoi elle pourrais ressembler, non pas dans ma tête, mais une fois couchée sur papier.

Un côté plus personnel

Je n’aime pas trop donner de détails sur ma vie privée, mais je pense que c’est dur de parler de Lev sans dire que c’est sans doute un des personnages que j’ai écrits dans lequel je me projette le plus, qui m’a en partie permise de me construire (et je ne prétends pas qu’elle était forcément une bonne influence, notez bien). Je pense que si elle a eu un aspect aussi libérateur sur l’écriture de ce roman, c’est aussi pour ça. C’est dur de vraiment décrire sans rentrer dans les détails, mais disons qu’elle m’a permis de lever des barrières que j’avais dans ma tête, et de m’autoriser des choses que je ne m’autorisais pas.

Un roman qui devient « communautaire »

Bref, l’irruption de Lev réglait un peu tous les problèmes que j’avais pour écrire ce roman. Sauf qu’évidemment, avec un personnage qui correspond un peu à tous les clichés qu’on peut avoir en tête quand on entend le mot « gouine » (plus peut-être quelques autres auxquels on ne pense pas forcément), l’idée d’avoir un personnage auquel le lecteur « lambda » peut s’identifier, c’était un peu mort.

À l’inverse, ça devenait tentant de jouer aussi un peu sur les clichés dans les représentations sur les lesbiennes dans la fiction : psychopathe, prête à trahir son amante à la moindre occasion, et (comme pour les personnages de meuf trans) avec une tendance à mourir avant la fin de l’histoire.

Le problème d’être en dehors des clous

Il y a eu ensuite Une autobiographie transsexuelle (avec des vampires), qui reprenait les mêmes ingrédients, mais à l’époque, ça n’allait pas de soit, pour moi, d’écrire un roman qui soit à ce point « communautaire ». C’était une période où, après avoir publié des textes en ligne de manière complètement gratuite, j’envisageais plutôt de passer par un éditeur, et je savais qu’un bouquin qui parlait aussi frontalement de ces thématiques n’allait pas être simple à « vendre ».

Même maintenant, ça m’arrive de me demander si je n’aurais pas plus de « succès » (à supposer que le terme veuille dire quelque chose en soi) si je faisais des choses un peu plus calibrées, qui correspondent un peu plus aux codes des genres (littéraires) tels qu’ils existent actuellement. Et en même temps, je repense au bien que ça m’a fait d’écrire ce genre de personnage, et je me dis que si des personnes peuvent ressentir 10% de cet effet, ben ça vaut le coup, et quelque part c’est plus important et ça a plus de sens que d’écrire un énième roman de fantasy avec un élu qui sauve le monde de la prophétie.

Bref

Bref, tout ça pour dire que je suis contente qu‘Enfants de Mars et de Vénus soit enfin sorti, et que les personnages d’Alys et de Lev soient enfin publics, surtout que j’ai un rapport assez particulier avec cette dernière.

J’en profite pour rappeler que je serai présente à la librairie Terre des livres à Lyon pour parler un peu autour de ce livre (et éventuellement pour des dédicaces, il paraît que c’est quelque chose qui se fait). La veille (le 21 avril, donc), je serai également présente à l’émission de radio On est pas des cadeaux sur Radio Canut 102.2 FM.

Rencontre autour d'Enfants de Mars et de Vénus à la librairie Terre des Livres (Lyon) le 22 avril

, 17:47 - Lien permanent

J’ai le grand plaisir de vous annoncer que je serai présente le samedi 22 avril à la librairie Terre des livres, à Lyon, à 15h, pour une rencontre autour du polar fantastique (avec des lesbiennes, des flingues, de la sorcellerie, des motos et des camions) Enfants de Mars et de Vénus (publié en février dernier aux éditions Dans nos histoires).


Et un plaisir ne venant pas seule, je serai également présente la veille à l’émission de radio On est pas des cadeaux, sur Radio Canut (102.2 FM) de 17h à 18h.

Hey…
… Tu connais l’autrice qui écrit des livres de SF avec des gouines, du sang, de la passion pour les luttes, de la drague, des vampires, de la révolte et plein de force?…
Hey…
… Tu sais qu’elle sera présente à la librairie Terre des livres le Samedi 22 Avril à 15H00…
… Et que tu pourras lui faire dédicacer ton exemplaire d”Une autobiographie transsexuelle (avec des vampires)” ou de “Enfants de Mars et de Vénus”…
… Ou juste écouter parler Lizzie Crowdagger de ses inspirations féministes…
Bref, ramène toi au 86 Rue de Marseille Lyon 7ème, le Samedi 22 Avril à 15H00 pour qu’on vive un petit ensorcellement collectif!
… Et comme ça ne nous suffit encore pas, Lizzie Crowdagger sera présente sur les ondes de la plus rebelle des radios 102.2fm le vendredi 21 Avril à 17H00 dans l’émission On est pas des cadeaux!

 

Pseudoconseils autoédition #4 : l'impression de zines

, 12:54 - Lien permanent

Articles précédents dans la série :

  1. L’auto-édition, pourquoi ?
  2. Typographie, composition et mise en page
  3. Le format EPUB

Cette fois-ci, je voudrais faire un retour d’expérience sur quelque chose qui est rarement abordé dans les conseils pour auto-édité·e·s, ce qui est un peu dommage parce que c’est quand même une méthode Do It Yourself plutôt chouette pour avoir des exemplaires papiers de ses textes : l’impression de zines.

Pré-requis

Évidemment, avant d’imprimer, vous aurez besoin d’avoir une version maquettée, a priori en PDF. Il vous faudra ensuite trouver une boîte à copies (la Corep étant à ma connaissance la plus grande chaîne du genre) pour faire vos impressions. Et là… ça dépendra…

Le cas idéal

Dans le cas idéal, vous aurez une boîte à copies qui dispose d’une de ces imprimantes tout en un qui est directement capable d’imprimer des brochures. À partir d’un fichier au format A4 ou A5 au format « classique » (avec les pages dans l’ordre : 1, 2, 3, … N), elle pourra imprimer des exemplaires au format A4 plié en deux. Pas juste de les imprimer, d’ailleurs, mais aussi de les relier et de les agrafer.

Autant dire que si vous avez ça à côté de chez vous, pour l’impression de fanzines, c’est Noël. Pas besoin de s’embêter, vous pouvez lancer l’impression de cinquante fanzines à la suite, aller manger un kebab, et revenir les récupérer pliés et agrafés. Franchement, c’est le top.

L’imposition (des mains)

Maintenant, dans la plupart des boutiques où je suis allée, il faut se contenter d’imprimer en recto-verso, et plier et agrafer soi-même. Et, surtout, il faut présenter un fichier au format brochure, avec les pages dans un ordre différent pour que ça tombe bien, avec la première et la dernière page au format A5 en vis-à-vis sur la première page au format A4, la seconde et l’avant-dernière sur la deuxième, etc.

Ce procédé s’appelle apparemment l’imposition, et il y a des logiciels qui vous permettent de faire ça, comme BookletImposer en mode interface graphique, ou, sous Linux, si vous avez installé le logiciel pdfjam, avec la commande suivante :

pdfjam entree.pdf --booklet true --landscape --outfile sortie.pdf

Attention : dans le premier cas, il faudra choisir pour l’impression recto-verso « retourner sur le bord court », alors que dans le second ce sera « retourner sur le bord long ». Dans tous les cas, mieux vaut faire un premier test avec un fichier qui ne fait pas trop de pages et sans lancer l’impression à 20 exemplaires…

Et si on n’a pas de recto-verso ?

S’il n’est pas possible d’imprimer en recto-verso, il est évident que ça se complique. Si c’est juste pour tester chez vous et que vous avez une imprimante qui ne fait pas ça, normalement lorsque vous faites « imprimer » vous avez une option « imprimer les pages impaires » et « imprimer les pages paires ». Il suffit donc en théorie d’imprimer d’abord les pages impaires (ou vous pouvez commencer par paires, on s’en fout), puis de remettre les feuilles dans l’imprimante et d’imprimer les autres pages. En pratique, si vous êtes comme moi, il faudra trois ou quatre essais pour comprendre dans quel sens remettre les feuilles pour que ça marche.

La conversion au format brochure directement au moment de l’impression

Si vous avez de la chance, il est possible que les ordinateurs de votre boîte à copie aient une option pour convertir en brochure au moment de l’impression, vous pourrez donc vous passer de la partie « imposition des mains ». Cela dit, ça demande d’utiliser un ordinateur plutôt que de brancher une clé USB sur la photocopieuse/imprimante, et dans beaucoup d’endroits ça vous coûtera le double en unités sur votre carte. Donc, voilà, la conversion faite à l’avance mise sur une clé USB, ça permet des économies.

Et pour le A6 ?

Ok, là on rentre dans un monde de douleur, parce que je n’ai pas trouvé de ligne de commande ou de programme en interface graphique simple qui permettent de faire directement du A6 correctement, où il suffit ensuite de massicoter et de plier.

Le plus « simple » que j’ai trouvé est de commencer par générer votre brochure A5, comme pour l’étape précédente. Il vous faudra ensuite installer un paquet supplémentaire, pdftk, et exécuter la commande suivante pour dupliquer chaque page de la brochure :

pdftk A=brochure_a5.pdf shuffle A A output brochure_dup.pdf

(C’est peut-être possible de faire ça avec pdfjam, mais si c’est le cas je ne sais pas comment.)

Ensuite au lieu de mettre les pages dupliquées à la suite les unes des autres, on va les mettre sur une seule page, en les réduisant de moitié :

pdfjam brochure_dup.pdf --nup 1x2 --outfile brochure_a6.pdf

Cette commande correspond à une imposition en mode « paysage », si vous avez utilisée la commande pdfjam ci-dessus pour l’imposition. Si vous avez fait une imposation en mode « portrait » (en utilisant BookletImposer, par exemple), il faudra mettre --nup 2x1 (deux colonnes, une ligne) au lieu de --nup 1x2 (une ligne, deux colonnes).

Une fois que vous avez fait ça, vous avez la même brochure que votre brochure A5, mais réduite de moitié et avec deux pages par page ; vous n’avez donc plus qu’à l’imprimer, à massicoter au milieu, et à replier chacune des deux parties.

Du moins, en théorie. Si vous êtes comme moi, vous allez merder une paire de fois avant et jeter quelques centaines de pages à la poubelle, et vous dire que le format A5 c’est quand même pas si mal.

Si vous connaissez une méthode plus simple qui ne nécessite pas de passer par des lignes de commandes, n’hésitez pas à le signaler en commentaire.

La couverture

Le plus facile, pour avoir une couverture un peu jolie, est d’en faire un fichier séparé. Pour ça, j’utilise personnellement Inkscape, mais vous prenez ce que vous voulez.

Si vous voulez faire une brochure A6, une fois que vous avez votre couverture A5 (deux pages A6 côte à côte), vous pouvez répéter les mêmes lignes de commande que ci-dessus. Ou, alternativement, juste changer la dimension de la page dans Inkscape (ou le programme que vous utilisez) et faire un copié/collé manuel, vu qu’il n’y a qu’une page.

Avoir des fichiers séparés pour la couverture et le texte présente plusieurs avantages.

  • Déjà, les logiciel utilisés pour la mise en page d’un livre et pour faire de la manipulation graphique ne sont pas forcément les mêmes.
  • Si vous mettez tout dans le même fichier, il faudra vous assurer de laisser éventuellement des pages blanches à la fin si votre nombre de pages n’est pas un multiple de 4, pour que la quatrième de couverture tombe au bon endroit. (En plus, ça vous coûtera deux unités de plus si vous ne mettez rien au verso de la couverture, mais là on commence à chipoter.)
  • Avoir des fichiers séparés permet d’imprimer la couverture sur du papier différent (plus épais, ou coloré, ou …), ou encore de l’imprimer en couleur alors que le texte est en noir et blanc. Les impressions couleurs coûtent cher, donc autant ne le payer que pour une page A4 plutôt que pour toute la brochure.

Note sur l’impression couleur

Si vous le pouvez, prévoyez d’emmener les fichiers sources, modifiables, avec vous, et pas juste les versions PDF, en particulier pour la couverture. Le niveau des couleurs dépend énormément d’une machine à l’autre, et ça peut être bien si vous pouvez ajuster sans avoir à rentrer chez vous parce que vous êtes tombée sur une imprimante qui donne dans le super sombre.

À titre d’exemple, voici l’image originale de la couverture fanzine de Good cop, bad cop :

episode_02_a4.png

Et l’impression couleur de la même image une fois à la Corep :

Et, enfin, la version imprimée après modification en urgence des couleurs :

corep_2.jpg

Ah, et dans le genre conseil pratique idiot : essayez de venir suffisamment longtemps avant la fermeture. Personnellement, je me retrouve toujours à devoir finir mes impressions en urgence parce que je me suis dit « si j’arrive une heure avant la fermeture, ça va, j’aurai le temps de tout faire ».

Pliage et agrafage

Bon, là-dessus je me sens moins compétente, mais vu que c’est un retour d’expérience, allons-y quand même.

Parfois, vous aurez la chance d’avoir une agrafeuse adaptée à votre disposition, mais sinon vous devrez faire l’acquisition d’une agrafeuse à bras long, pour pouvoir planter les agrafes au milieu de la page A4. Ne faites pas comme moi, achetez les agrafes en même temps plutôt que devoir y retourner deux fois pour d’abord acheter de mauvaises agrafes, puis les bonnes.

Pour ce qui est du pliage, je ne sais pas s’il y a une méthode plus recommandée qu’une autre. Au départ, j’avais tendance à plier les brochures par morceaux, trois feuilles à la fois, en me disant que ça permettrait une meilleure pliure. Maintenant, j’agrafe avant de plier, et je fais tout d’un coup. Non seulement c’est plus rapide, mais j’ai l’impression qu’en plus les feuilles sont un peu mieux alignées et que c’est plus facile d’avoir les agrafes qui tombent bien sur la pliure plutôt qu’un peu à côté.

Mais honnêtement, j’ai toujours été nulle en pliage, donc ne m’écoutez pas forcément.

(Accessoirement, au moment de joindre la couverture au texte, pensez à vérifier que c’est bien dans le même sens. Oui, c’est le genre de conneries que j’ai faites pas plus tard qu’aujourd’hui…)

Conclusion

Bref, les fanzines, c’est cool, le format A5 (A4 plié en deux) reste assez simple à produire et donne des trucs qui sont (je trouve) assez sympas, mais on peut varier un peu les formats, soit en misérant avec du A6, soit en mode « journal » avec du A4 (impression sur du A3, plié en deux).

Évidemment, le mode plié et agrafé est surtout adapté pour les livrets de taille raisonnables. Vingt pages, c’est bien. Soixante pages, ça commence à devenir limite et à mettre l’agrafeuse à rude épreuve. Donc ce n’est pas adapté pour tout, mais pour des textes courts, et notamment des nouvelles, je trouve que c’est un moyen d’impression plutôt chouette.


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Sortie de Good cop, bad cop, épisode 2 de La chair & le sang

, 13:18 - Lien permanent

episode_02.png

Good cop, bad cop, épisode 2 de La chair & le sang, est sorti officiellement en version numérique aujourd’hui (cet épisode était déjà disponible depuis quelques semaines pour les abonné·e·s Tipeee).

« Être une vampire, ça craint. T’as une foule de givrés qui viennent se prosterner à tes pieds pour t’offrir leur sang, mais personne ne vient jamais te proposer de patates »

La chair & le sang, c’est une série de fantasy urbaine lesbiano-garou-vampirique, qui mêle romance lesbienne, baston, enquête et intrigues surnaturelles.

Je m’appelle Jessica, je viens d’emménager dans une nouvelle ville, et je cherche juste à faire comme tout le monde : trouver un travail, rencontrer l’amour, et avoir une vie stable et satisfaisante.

Sauf que mes seules opportunités professionnelles sont de bosser pour des vampires, que la voisine sur laquelle j’ai un crush est une skinhead louve-garou, et que mes tendances masochistes ne sont pas toujours très bien comprises ; et que la seule chose de stable dans ma vie, c’est ma capacité à attirer les emmerdes.

Acheter

Good cop, bad cop est disponible en version numérique, à prix libre (vous choisissez ce que vous voulez mettre) sur ce site et sur Smashwords, et à 2,99€ sur les autres plate-formes :

Acheter sur ce site : Acheter ailleurs :
Prix libre

Une version papier imprimée au format fanzine DIY est également disponible pour 10€, frais de port compris, dans la boutique.

Promo : l’épisode 1 gratuit pendant une semaine

À l’occasion de cette sortie, le premier épisode, Les coups et les douleurs, est disponible gratuitement pendant une semaine sur la plate-forme Kobo, en espérant que les autres plate-formes répercutent cette promotion (vous pouvez parfois leur « parler de prix plus bas » pour signaler qu’il y a une promotion ailleurs et qu’ils peuvent la suivre).

Critiques

Merci à Cassandra, qui tient le blog Le monde de K6 d’avoir déjà fait une critique de l’épisode 2 avant même sa sortie officielle !

Pour des livres auto-édités, ce n’est pas évident d’avoir un peu de relai, donc merci aux personnes qui en ont parlé sur leurs blogs et leurs réseaux sociaux, n’hésitez pas à le faire si vous avez apprécié (ou pas, d’ailleurs) un de ces épisodes ; accessoirement, je n’aime pas trop encourager à aller poster des commentaires sur Amazon parce que ça fait fonctionner cette multinationale, mais en même temps ça donne un peu de visibilité et un coup de pouce bienvenus, donc si vous pouvez le faire et que ça ne vous pose pas de dilemme moral, c’est gentil ♥

Liens

Auto-édition et sociétés de perception (ou : petites magouilles au nom du droit d'auteur)

, 14:37 - Lien permanent

Il y a quelques temps, je m’étais demandé comment ça se passait, pour des livres auto-édités, pour les bibliothèques. Et aussi, tiens, comment ça se passe pour l’argent de la taxe « le photocopillage tue le livre » dont je vois la petite affichette à chaque fois que je vais imprimer des fanzines ?

Avant de commencer, je vais être honnête : je trouve toutes ces structures différentes un peu incompréhensibles et j’ai tendance à m’y perdre, donc il n’est pas impossible que je dise des conneries. Mais en même temps, j’ai peu vu d’articles là-dessus, donc je me disais que ça valait le coup de faire un petit billet de blog récapitulatif de mes recherches, même si c’est parfois un peu approximatif.

Le prêt en bibliothèques

Commençons par le prêt en bibliothèques, parce que c’est le sujet sur lequel j’ai eu le moins de mal à trouver des informations, notamment grâce au site de l’ENSSIB (École Nationale Supérieure des Sciences de l’Information et des Bibliothèques), qui propose une fiche pratique récapitulative sur le droit de prêt en bibliothèque.

Grosso-modo, il y a une contribution à la fois par l’État, en fonction du nombre d’inscrit·e·s dans les bibliothèques, et directement au moment de l’achat, sur le prix de vente du livre. Tout cet argent est ensuite donné à la Sofia, qui le redistribue à égalité entre auteurs et éditeurs (avec aussi une partie pour financer des actions culturelles).

La Sofia

La Sofia, c’est la « Société Française des Intérêts des Auteurs de l’Écrit ». En tout cas, c’est comme ça qu’elle se présente, ce qui masque un peu le fait qu’elle est administrée à parité par les auteurs et les éditeurs. C’est elle qu’on va retrouver pour les différents revenus dont je vais parler dans cette article, puisqu’en plus de gérer l’argent venant des bibliothèques, c’est aussi elle qui est chargée des fonds provenant de la copie privée numérique, de la reprographie, et aussi (plus maintenant que ça a été retoqué, je suppose)… de ReLIRE, grand projet qui défend les intérêts des auteurs de l’écrit.

Quid des auto-édité·e·s ?

Du coup, vu que la Sofia est la « Société Française des Intérêts des Auteurs de l’Écrit », on pourrait s’attendre à ce que ça inclut assez logiquement les auteurs et autrices auto-édité·e·s de l’écrit. Non ?

Visiblement, non. Avec le bémol que leur formulation est peu claire, mais au moins pour le droit de prêt en bibliothèque, c’est définitivement non.

Dans la section Comment adhérer à la Sofia ?, on peut en effet lire :

Peut adhérer à Sofia tout auteur d’un ouvrage publié à compte d’éditeur, ou d’un article dans un périodique, ou d’une œuvre diffusée sur un site Internet, ou d’une contribution significative à une œuvre ou à un programme multimédia.

(On notera que, vu comme c’est formulé, ça laisserait entendre que le critère « à compte d’éditeur » ne s’applique pas, par exemple, aux « œuvres diffusées sur un site Internet » ; cependant, les formulaires d’inscription pour auteur requièrent tous de préciser un éditeur, et ceux pour éditeur de donner copie d’un contrat d’édition.)

Leur foire aux questions est un peu plus claire pour ce qui concerne les bibliothèques :

Sont exonérés de la rémunération au titre du droit de prêt :

les revues, magazines, abonnements…,

les ouvrages soldés en totalité par les éditeurs,

les livres anciens et les livres d’occasion,

les livres édités ou auto-édités vendus par leurs propres auteurs.

Cela dit, c’est encore une fois sur le site de l’ENSSIB qu’on trouvera une réponse plus claire sur ce que cela implique : les livres auto-édité·e·s étant exclus de cette rémunération, ça veut dire qu’il faut l’accord de chaque auteur ou autrice si une bibliothèque désire proposer ce livre. Il n’est pas possible (du moins en théorie) de se contenter de simplement l’acheter en librairie, car l’autrice ou l’auteur pourrait s’opposer à la présence en bibliothèque.

En pratique, ça veut dire que les livres auto-édités font partie des nombreuses choses que les bibliothèques doivent proposer dans un flou juridique, voire dans l’illégalité, comme par exemple pour le jeu vidéo.

Les conséquences pour la culture

Évidemment, en tant qu’autrice passant (en partie) par l’auto-édition, je ne dirais pas non si je pouvais gagner quelques euros de plus. Cela dit, vu que même pour mes livres publiés à compte d’éditeur, je n’ai pas pris la peine de m’inscrire à la Sofia, car avant de toucher la moindre somme il faut d’abord que la Sofia prélève ses 38€ à elle et que je doute que mes livres aient récolté plus que ça en bibliothèques, ce n’est pas non plus ce qui me chagrine le plus.

Par contre, les conséquences pour l’accès à la culture sont tout de même assez gênantes : ça veut dire que, si elles veulent respecter la loi, les bibliothèques ne peuvent pas avoir de livres auto-édités sans l’accord de l’auteur. Donc, qu’un auteur auto-édité peut choisir d’empêcher la diffusion de ses livres de manière accessible à tout le monde. Quand on sait que l’auto-édition monte quand même pas mal, et qu’il y a des domaines plutôt délaissés par les éditeurs où ne pas avoir d’œuvres auto-édités revient à supprimer de larges pans de ce domaine, c’est quand même « un peu » embêtant.

(Accessoirement, je ne sais pas vraiment comment la ou le libraire ou le ou la bibliothéquaire est censé·e deviner ce qui fait l’objet d’un contrat d’édition ou pas. Par exemple, rien ne m’empêcherait d’éditer une copine signant sous le pseudo « Micheline Tartempion » en signant avec elle un contrat d’édition ; tout comme rien ne m’empêche d’écrire un livre sous le pseudo « Micheline Tartempion » et de l’auto-éditer. Les deux livres seront a priori tout à fait identiques, sauf que dans un cas il y a un contrat d’édition et pas dans l’autre.)

Quid du prêt numérique ?

Pour ce qui est du prêt de livres numériques… je vais préférer m’abstenir pour l’instant, la situation me semblant encore plus compliquée et encore en cours d’évolution. Je me contenterais de dire que, pour l’instant, j’ai l’impression que ça profite surtout à des entreprises privées qui vendent des solutions de verrou numérique pour pouvoir fliquer les utilisateurs et utlisatrices, mais pour ce qui est des auteurs et autrices là-dedans, et qui plus est auto-édité·e·s, je n’ai aucune idée de comment ça marche.

Les droits de reprographie et de copie privée numérique

Passons maintenant à la taxe sur la reprographie, que vous payez quand vous faites des photocopies, et celle sur la copie privée numérique, que vous payez quand vous achetez un disque dur.

Parce que bon, autant pour le droit de prêt en bibliothèques, les auto-édité·e·s se retrouvent exclu·e·s de la rémunération parce que leurs livres sont exclu·e·s des bibliothèques (à moins d’accord direct avec l’auteur), autant là il s’agit de compenser un « manque à gagner » qui cible a priori autant les auto-édité·e·s que les autres. Donc on pourrait trouver logique que les auto-édité·e·s aient droit à la rémunération, non ?

Évidemment, non, c’est encore la Sofia qui récolte les droits pour le livre, et celle-ci n’accepte (on l’a vu) pas l’inscription d’auto-édité·e·s

Cela dit, si la situation ne vous semblait pas assez complexe, notons que la Sofia ne gère pas tous les droits liés à la reprographie : c’est en fait le CFC (Centre Français d’exploitation du droit de Copie) qui récupère les sommes, et reverse à la Sofia les « sommes non documentées ». Pour les sommes « documentées », on peut passer directement par le CFC. On ne trouvera aucune mention d’auto-édité ou d’auto-édition sur leur site, et en lisant la page « apporter ses droits » on comprend que contrairement à la Sofia, chaque éditeur doit s’inscrire individuellement pour apporter ses droits, et que ce versant là de la rémunération ne concerne (si j’ai bien compris) qu’une autorisation pour des entreprises à reproduire ces œuvres en interne.

En tout cas, ce système est très sympathique, et montre bien ces sociétés de perception et répartition des droits sont dans une répartition égalitaire : en tant qu’autrice précaire, non seulement je ne peux rien toucher sur mes textes auto-édités, mais en plus je dois payer quand je les imprime au format fanzine pour que ça aille dans la poche de Guilllaume Musso[1].

Et pour les lectures ?

Je n’avais, à la base, pas prévu de parler des lectures, mais une polémique récente à propos des droits concernant les lectures m’a fait m’intéresser un peu au sujet. Si je comprends bien, c’est un peu le même principe que pour le CFC (du moins la partie qui n’est pas reversée à la Sofia), où des éditeurs peuvent signer un contrat avec la SCELF (Société Civile des Éditeurs de Langue Française) pour qu’elle s’occupe de gérer leurs droits d’adaptations.

Ce qui est amusant, c’est que cette autre société de perception et de répartition des droits d’auteurs, s’est quand même vue vertement critiquer par treize organisations d’auteurs à cause de demandes à la con concernant des lectures publiques.

Pour une autre répartition

Ces sociétés de perception et de répartition des droits d’auteurs sont censés aider les auteurs mais en fait n’en aident qu’une partie et font souvent des trucs dans leur dos. Entre la SCELF critiquée récemment et la fronde des auteurs et autrices contre le projet ReLIRE, dont les droits sont (étaient ?) gérés par la SOFIA, on peut se poser la question de la légitimité de ces structures bureaucratiques dont le fonctionnement est quand même assez opaque, qui ont un statut de droit privé mais une « mission reconnue d’utilité publique sous la tutelle du ministère de la Culture ».

Le fait que les auteurs et autrices auto-édité·e·s soient exclu·e·s de ces « mannes » montre bien, en tout cas, qu’il s’agit avant tout de défendre la perception de l’argent par les éditeurs, et que malgré leurs discours ces sociétés s’intéressent au final peu aux autrices et auteurs.

Alors, certes, on pourrait se contenter de demander l’inclusion des auto-édité·e·s dans ce processus, mais je trouve que ce qui serait encore plus intéressant serait de s’interroger un peu plus en profondeur sur cette répartition. Qu’il y ait une taxe pour la culture quand je fais des photocopies ou que j’achète un disque dur, pourquoi pas, mais je trouve dommage qu’il paraisse aussi inimaginable d’envisager sortir du modèle « au pro-rata », où l’idée est tout de même en général qu’il faut donner de l’argent à ceux qui en gagnent déjà. On s’emmerde à ficher les usages des gens et à limiter la diffusion de la culture (droit de prêt, lectures publiques, …), tout ça pour redistribuer l’argent collecté aux « bonnes personnes », c’est-à-dire, celles qui vendent ; le  tout en empêchant une partie des gens qui produisent des œuvres concernées par ces taxes et collectes d’y avoir accès. Pourquoi ne pas plutôt augmenter la partie consacrée à l’action culturelle, ou encore se servir de cet argent pour financer des services publics, qui profitent à tout le monde, et donc à tou·te·s les auteurs et autrices ?

Ironiquement, une telle proposition (qui aurait sans doute, je le reconnais, un impact négatif sur les quelques auteurs qui vendent le plus, et surtout sur les éditeurs qui vendent le plus) serait sans doute vue comme une atteinte aux fondements du sacro-saint droit d’auteur qu’il faut protéger à tout prix ; beaucoup plus, en tout cas, que lorsque la Sofia le bafoue avec le projet ReLIRE ou lorsqu’elle ne distribue pas les sommes qu’elle récolte à certain·e·s des auteurs et autrices ayant créé les œuvres concernées. Comme quoi, visiblement, le « droit d’auteur » ne mérite d’être défendu que lorsqu’il s’agit, en fin de compte, de droits pour les (gros) éditeurs…

Note

[1] Je n’ai rien contre lui, c’est juste que j’ai tapé « auteur le plus vendu en France ».


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