Lizzie Crowdagger : le blog

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Des numéros de version pour de la fiction, quelle drôle d'idée !

, 17:09 - Lien permanent

Certaines personnes auront peut-être remarqué que depuis quelques temps, en tout cas pour les versions HTML, certains des textes disponibles sur ce site se voient affubler d’un numéro de version. Par exemple, sur Une mine de déterrés , si vous scrollez tout en bas de la page, vous pourrez voir :

Une mine de déterrés , version 1.1.2 (licence : CC BY-SA 4.0)

Pour ce qui est de la licence, je me suis déjà pas mal expliquée sur les choix d’utiliser une licence libre pour une bonne partie de mes textes de fiction, je ne vais donc pas revenir dessus.

Mais ce numéro de version, c’est quoi ? Pourquoi ? Comment ? N’est-ce pas juste une lubie de geek qui applique des outils utilisés pour l’informatique là où ce n’est pas approprié ?

Je voulais donc prendre le temps d’expliquer un peu ce choix, qui peut paraître étrange.

Les « versions » dans l’édition classique

Avant d’expliquer ce que j’ai décidé de faire, regardons d’abord ce qui se fait de manière « traditionnelle ». D’habitude, lorsqu’un roman (ou un autre livre, peu importe) sort, il n’y a évidemment pas de numéro de version : c’est le livre, il est fini, il ne bougera plus, point.

Ou… peut-être que si, en fin de compte. Peut-être qu’au fil des années l’auteur ou l’autrice a un peu modifié son œuvre, et fournit une nouvelle version à l’occasion d’une réimpression ; peut-être que la traduction a été révisée, ou que c’est une toute nouvelle traduction. Peut-être qu’il y aura une préface en plus écrite par quelqu’un d’autre. Bref, si on veut être sûr·e·s de parler exactement de la même chose (ou pouvoir donner les numéros de page précis d’une citation), on donnera non seulement l’auteur et le titre de l’œuvre, mais aussi l’édition en question. C’est pour ça que vous avez peut-être déjà dû, dans le cadre de vos études, racheter un livre que vous aviez déjà, mais dans une édition différente.

Parfois, il est clair qu’il s’agit d’une nouvelle édition et pas d’une simple réimpression à l’identique, et de ce que le changement implique. Par exemple, si l’on regarde le quatrième de couverture de la nouvelle édition du Seigneur des Anneaux, c’est assez évident qu’il s’agit d’une nouvelle traduction (d’ailleurs ce quatrième de couverture ne parle pratiquement que de ça).

Parfois, ça l’est un peu moins. Je me rappelle de ma confusion en lisant en français les romans de la série de Charlaine Harris, La communauté du Sud (peut-être plus connu sous le nom de son adaptation, True Blood). En résumé, ceux-ci avaient eu droit à une première traduction, qui avait notamment pris la liberté de changer des noms de certains personnages parce qu’ils devaient faire trop « étranges » pour des lecteurs français. Avec le succès de l’adaptation True Blood, l’éditeur a fait faire une nouvelle traduction, en gardant les mêmes noms qu’en version originale. Résultat, en tant que lectrice, il m’avait fallu un peu de temps pour comprendre en passant d’un roman à l’autre que deux personnages aux noms différents ne faisaient en fait qu’un.

Les changements apportés par le numérique

Regardons maintenant ce qui se passe avec le numérique. Je vais parler de ce que je connais, c’est-à-dire de mon cas et de ma façon de fonctionner.

  • J’ai finis un texte et je le publie, je peux le mettre sur ce site et sur différentes plate-formes de vente. Je suis contente, youpi.
  • Je relis le texte quelques jours après, je vois une faute. Je la corrige, et je republie sur mon site, mais probablement pas sur les plate-formes de vente, parce que perdre une demi-heure pour une faute, c’est pénible.
  • Quelqu’un me signale plusieurs fautes et des répétitions. Je les corrige, et je publie sur mon site. Je me dis vaguement qu’il serait temps que je publie aussi la nouvelle version sur les plate-formes de vente en ligne, mais, là, j’ai la flemme.
  • Deux semaines plus tard, je commande quelques exemplaires papier en édition à la demande pour les vendre ou les offrir. Histoire de pas avoir un texte plein de fautes sur papier, je me motive à mettre à jour la version disponible sur le site d’impression à la demande (mais pas les autres, déjà ça c’était chiant, les autres je le ferai un autre jour).
  • Un an après, je revois ce texte et je me dis qu’il y a un truc qui me gêne sur le fond. Je le retravaille de manière substantielle, mais je ne publie pas tout de suite, parce que je me dis que je vais laisser décanter un peu pour être sûre que cette modification soit vraiment intéressante.
  • Deux mois après, je relis, je me dis que les modifications sont cools et que je valide. Je repère aussi quelques coquilles que je corrige. Je me dis que oui, ça je peux le publier en nouvelle version.
  • Six mois après, je ne me rappelle plus si j’ai publié cette nouvelle version sur mon site ? Sur les autres plate-formes ? Et il me reste des exemplaires de ces bouquins papier, à quelle version ils correspondent, déjà ? Est-ce que je peux les vendre ou est-ce que je ferais mieux de les mettre dans un tiroir et d’en commander de nouveaux ? Est-ce que je dois republier sur toutes les plate-formes ou est-ce qu’il y en a pour lesquelles c’est déjà fait ? Purée, et c’est quoi les modifications que j’avais faites, déjà ?

Évidemment, si j’ai changé la couverture à un moment, c’est facile à voir, mais sinon ça peut être assez pénible de vérifier. Alors, certes, on peut se dire « ce texte, il est fini, je n’y touche plus jamais », et globalement j’essaie de moins retoucher à mes anciens textes que ce que je pouvais faire à une époque, mais ça reste parfois nécessaire. Et puis, je ne vois pas non plus de raison de répliquer « c’est fini, j’y touche plus » si on me signale une faute d’orthographe.

Bref, dans ce genre de cas, un numéro de version, ça peut aider. Si je sais que la dernière version sur mon disque dur c’est 1.1.1 et que la version sur mon site c’est 1.1.0, je sais que j’ai oublié d‘uploader. Si sur telle plate-forme c’est la version 1.1.0 qui est en ligne, je peux me dire « bon, il n’y a que quelques fautes corrigées, ça peut attendre ». Si en revanche c’est le version 1.0.0, je peux voir que j’ai fait des modifications substantielles depuis et que j’ai intérêt à mettre à jour rapidement.

Tout ça pour dire que cette histoire de numéro de version, c’est surtout un outil pour moi pour essayer de s’y retrouver. Après, peut-être que ça peut aussi avoir vaguement une utilité pour des lecteurs ou lectrices s’ils ou elles souhaitent savoir s’il y a eu de grosses modifications depuis la version papier achetée il y a un an.

Bref, à force de galérer, j’ai fini par me remettre à « versionner » mes textes. Je le faisais au début, puis j’avais arrêté parce que des gens trouvaient ça bizarre (« non mais l’autre elle crois que ses romans c’est des programmes informatiques ? lol »), mais au final c’est quand même pratique. Et puis, j’avoue que ce qui a achevé de me convaincre, c’est de voir que Brandon Sanderson l’avait fait pour son texte WarBreaker, d’ailleurs disponible sous licence Creative Commons NonCommercial-NonDerivative, ce que je trouve plutôt cool : je pouvais me dire « ça va, y’a des vrais auteurs de fantasy qui le font aussi ».

Et tu les choisis comment les numéros ?

Même si c’est peut-être trop rentrer dans les détails, détaillons un peu à quoi ces numéros correspondent.

  • La première version, c’est 1.0.0, c’est facile, c’est la première publication. Idéalement, c’est aussi la dernière version : ce texte est fini, je n’ai plus à y retoucher.
  • Pour des corrections très mineures (fautes d’orthographe, répétitions, typographie, …), j’augmente le numéro le plus à droite : 1.0.0 devient 1.0.1.
  • Pour des corrections un peu plus substantielles mais qui ne changent pas non plus fondamentalement l’histoire (ajout d’un chapitre pour détailler le background d’un personnage, suppression d’une scène chiante qui n’apportait rien, etc.), j’augmente le numéro du milieu (en remettant à zéro celui de droite) : 1.0.1 devient donc 1.1.0.
  • Pour des corrections majeures, qui changent l’histoire, j’incrémente le numéro le plus à gauche (pareil, en remettant à zéro les autres) : 1.1.0 devient donc 2.0.0. (En général, je fais assez rarement ça, mais c’est notamment arrivé pour Créatures de rêve).

(Pour les gens que ça intéresse, ça rejoint plus ou moins l’idée de semantic versioning pour le logiciel.)

Garder une trace des modifications

Évidemment, ce numéro de version en lui-même ne donne pas vraiment d’indications précises sur ce qui a été modifié. En général, on s’en fout un peu, que ce soit le/la lecteur/lectrice (qui ne va pas passer son temps à relire le même texte) ou même moi (je veux juste savoir si la version qui est sur telle ou telle plate-forme a un trop gros retard sur ma dernière révision).

Cela dit, il y a des gens que ça intéresse. Par exemple lorsque je disais à une amie qu’il y avait eu pas mal de versions différentes de Pas tout à fait des hommes, elle me disait qu’elle aurait bien aimé savoir comment il avait évolué au cours des années, et j’avais du mal à dire plus que « ben, j’ai changé des trucs ».

Donc, en plus des numéros de versions, je me suis remise à faire des ChangeLog, que je ne mets pas spécialement en avant (ça n’intéresse pas grand-monde), mais qui sont disponibles sur le dépôt Github contenant les sources des textes.

Mais tout le monde s’en fout, non ?

Après, j’ai bien conscience que c’est probablement le genre de trucs dont tout le monde se fout un peu. mais bon, je me disais, autant expliquer les choses, pis si vous n’êtes pas content·e vous n’aviez qu’à pas lire.

Na.


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