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Pseudoconseils autoédition #2 : Typographie, composition et mise en page

, 13:28 - Lien permanent

Article précédent dans la série : l’auto-édition, pourquoi ?

Avertissement : cet article est long et chiant.

Il y a sans doute déjà des tas d’articles existants, mais j’avais envie d’en faire un quand même pour essayer de récapituler mes apprentissages (et galères) dans le domaine de la typographie et de la mise en page. Et puis, soyons honnête, c’est surtout que je me disais que je ne faisais pas assez de billets chiants qui n’intéressaient personne.

La composition, la typographie, et la mise en page, c’est quoi?

Comme un peu trop souvent, je vais commencer un article en précisant que je ne sais pas trop ce dont je parle, et que je ne maîtrise pas forcément le vocabulaire. Ceci dit, en gros, telles que je vois les choses, je définirais un peu les trois termes comme ça :

  • la mise en page, c’est le fait de dire que les titres de chapitres doivent être centrés, que le texte des paragraphes doivent être justifiés, que les citations doivent avoir plus de marge que le reste du texte ou être en italique, etc.
  • la composition, c’est le fait de répartir des caractères sur des lignes et sur les pages pour que ça fasse un truc visuellement pas trop pourri. Par exemple, quand vous écrivez à la main, vous pouvez être dans la situation où vous voyez que vous n’avez pas la place de mettre tout le mot que vous voulez écrire sur la ligne : vous pouvez donc décider a) de couper le mot avec une césure b) de passer à la ligne suivante pour commencer le mot c) d’essayer d’écrire en tout petit pour que ça tienne. C’est de la composition.
  • la typographie, en gros, c’est la manière de « bien » présenter un texte. C’est un truc au final un peu fourre-tout qui inclut le fait de faire les fontes (c’est-à-dire, à l’origine, fabriquer les caractères mobiles en plomb), la composition, parfois aussi des choses liées à la mise en page, et surtout (pour cet article en tout cas) des « règles » sur les espaces avant les ponctuations, les bons tirets à utiliser, les règles de ponctuation dans des citations, etc. C’est surtout ce dernier point sur lequel je m’attarderai parce que a) j’ai l’impression que c’est souvent ce dont les gens parlent quand ils parlent de « typographie » et b) c’est ce qui concerne le plus des auteurs ou éditeurs. Mais, histoire, de rendre les choses plus compliquées, j’utiliserai parfois aussi « typographie » pour un peu tout englober.

Note préliminaire

‘Now then,’ he said pleasantly. ‘I know the rules. Wizards aren’t allowed to use magic against civilians except in genuine lifethreatening situa-

There was a burst of octarine light.

‘Actually, it’s not a rule,’ said Ridcully. ‘It’s more a guideline.

Terry Pratchett, Lord and Ladies (Nobliaux et Sorcières)

Contrairement à l’orthographe, où on a la « chance » d’avoir l’Académie Française qui fixe le la, il n’y a pas de règles typographiques « officielles ». Il y a bien le Lexique des règles typographiques de l’Imprimerie Nationale qui est souvent pointé comme une référence, mais dont il n’existe pas à ma connaissance de version simple d’accès en ligne et qui n’a pas vraiment de valeur normative. Si vous voulez un guide un peu explicatif, vous trouverez tout de même des ressources, comme les Petites leçons de typographie de Jacques André; et si le sujet vous intéresse, je vous invite à consulter le site Orthotypographie, basé sur le manuscrit Orthographe & Typographie françaises, par Jean-Pierre Lacroux, que je trouve notamment intéressant parce qu’on voit également des discussions sur différents sujets qui montrent qu’il n’y a parfois pas une vérité absolu. La typographie est essentiellement une affaire d’usages, qui évoluent avec le temps : par exemple, sur les sites de différents journaux, j’ai remarqué que les espaces insécables ont parfois tendance à disparaître (« bonjour » deviendra «bonjour» et 10 € 10€’) ; autre exemple, si les puristes continueront à trouver l’utilisation de ?! dans un roman parfaitement honteux, ou se scandaliseront de l’utilisation de guillemets anglais, il n’en reste pas moins que ce sont des usages qui ont tendance à augmenter.

Par ailleurs, il arrive fréquemment que les règles de typographie soient en contradiction les unes avec les autres. Par exemple, mettons que l’on veuille suivre les règles suivantes :

  • ne pas couper (faire de césure) dans les URL (adresses web) ;
  • avoir des espaces insécables à l’intérieur des tirets d’incises (donc après l’ouverture d’une incise et avant sa fermeture) ;
  • avoir une espace insécable fine avant le point d’exclamation.

Et qu’on ait le texte suivant :

Je ne suis pas sûre de me rappeler l’adresse – http://crowdagger.fr/blog/ ? – mais ce site est excellent !

Sur une page avec suffisamment de largeur, il n’y aura sans doute pas de problème, mais si elle est plus petite, « on » (plus exactement le compositeur, qui de nos jours est en général un programme informatique) risque de se retrouver avec le choix suivant :

  • ne pas respecter les espaces insécables et remplacer une espace d’incise ou avant le point d’interrogation par un retour à la ligne ;
  • ne pas respecter la règle sur les URL et la couper ;
  • passer à la ligne juste après « adresse », quitte à laisser une ligne avec beaucoup de vide, ce qui, si le texte est justifié, veut dire laisser de grands espaces entre les mots, voire les lettres ;
  • avoir un texte qui sort de la page (ou en tout cas de la marge), ce qui est probablement la dernière chose que vous voulez.

C’est quelque chose qu’on peut avoir tendance à perdre de vue lorsqu’on lit une succession de règles (et je trouve le site Orthotypographie intéressant justement parce qu’il nuance parfois les choses, notamment en parlant des espaces insécables liées au tiret d’incise, pour dire qu’en faire une règle absolue peut mener à des résultats moches).

En dehors de ces cas limites, le plus important en matière de typographie est surtout d’avoir une certaine cohérence, a minima à l’intérieur de l’œuvre, mais aussi éventuellement au sein d’une même collection, d’une maison d’édition ou (pour un·e auto-édité·e) des livres que vous publiez.

 La composition

Je vais commencer par aborder ce point uniquement parce que je vais vite m’en débarrasser, vu qu’il y a maintenant des outils informatiques qui sont chargés de ce boulot. Donc je ne reviendrai pas en détail sur :

  • où mettre des césures ou pas ;
  • des trucs plus pointus comme le crénage, les ligatures, etc. qui me passent un peu au-dessus de la tête :
  • etc.

car c’est le logiciel qui devrait faire ça pour vous et, s’il le fait pas ou mal, on rentre dans des barbareries que je ne préfère pas parler.

Pour un livre papier (ou PDF), l’essentiel que vous aurez à faire manuellement sera éventuellement de repasser derrière votre logiciel pour repérer les endroits où il n’a pas osé faire une césure et où ça déborde, ou encore pour vérifier qu’il n’y ait pas de veuves et d’orphelines (je ne me rappelle jamais à quoi correspond quel mot, mais en gros c’est quand une page se termine par une seule ligne du début d’un paragraphe, ou commence par la dernière ligne de la fin d’un paragraphe). La tâche du compositeur sera d’autant plus compliquée que la page est petite (puisqu’il y a moins de caractères par ligne et de lignes par page, donc moins de marge de manœuvre): d’après mon expérience, en A5 il y a rarement besoin de passer derrière pour corriger de gros soucis, mais en A6 c’est une tâche qu’il vaut mieux prendre le temps d’effectuer. Attention, donc, si vous avez scrupuleusement relu votre livre mais que vous changez la taille des pages au dernier moment.

Dans le domaine du livre numérique, vous pouvez essayer de limiter les dégâts avec certaines directives mais il y a de fortes chances pour que le rendu soit de toute façon fait in fine par un compositeur fini à la pisse. Le plus important à faire est de renseigner correctement les méta-données relatives à la langue, pour pouvoir permettre au logiciel de faire les césures correctement (ce qui ne veut pas dire qu’il le fera, mais dans ce cas ce sera sa faute et pas la vôtre).

Si le sujet de la composition vous intéresse, je vous recommande cette vidéo en anglais de présentation du projet Sile mais qui revient aussi pas mal sur les enjeux et les difficultés d’une bonne composition.

La mise en page

Bon, pour ce qui est de la mise en page il y a encore moins de règles strictes que pour le reste, mais je vais tâcher d’en parler un peu quand même.

À l’intérieur des paragraphes

Si vous connaissez un peu le HTML (par exemple) ou que vous avez déjà joué avec LibreOffice, vous savez qu’il y a une certaine quantité de modifications qu’on peut faire à du texte à l’intérieur d’un paragraphe.

Pour un roman, c’est facile, vous les oubliez toutes, et vous vous dites que vous n’avez droit qu’aux italiques pour mettre l’emphase sur un bout de texte. Pas de gras, pas de guillemets, pas de couleur d’avant ou d’arrière-plan, pas de balise <blink> (qui ne passerait de toute façon pas très bien à l’impression). Un roman, c’est sérieux, il n’y a que des italiques.

pere_blaise.jpg

Enfin, sauf si vous pensez que c’est justifié, évidemment. Ce qui nous emmène au point suivant…

Les paragraphes

Les paragraphes, il faut qu’ils soient justifiés. En tout cas pour le corps du texte; pour des citations, des extraits de chansons ou de poèmes, il y a moyen de moyenner.

Parlons surtout de l’espacement. En gros, il y a deux façons de séparer des paragraphes :

  1. soit en indentant la première ligne du paragraphe ;
  2. soit en mettant des espaces verticaux entre les paragraphes.

Vous noterez bien le soit, ce qui implique un ou exclusif. Ne faites SURTOUT PAS les deux. Exemple : ce blog, c’est immonde, sérieusement. Je ne sais pas comment je me suis retrouvée avec ça, et si je n’avais pas une feuille de style CSS devenue imbitable à force de faire des modifs à l’arrache dedans et où tout pète dès que j’essaie d’y apporter une modification, je changerai ça de ce pas. Au moins, ça fait un bon exemple de ce qu’il ne faut pas faire.

Bref, pour un roman, ce qu’il faut utiliser, c’est la première méthode. On n’est pas sur un blog (et encore moins sur le mien) ou dans un article de journal, donc on ne met pas d’espaces verticaux entre les paragraphes, on se contente d’indenter leur première ligne.

On notera qu’il y a deux sous-écoles parmi cette école : les gens bien qui indentent le premier paragraphe, et les gens qui pensent que comme c’est le premier c’est pas bien la peine. Mon avis est que la seconde option est moche (sauf éventuellement dans les cas particulier où le premier paragraphe commence par une lettrine, auquel cas ça peut se justifier); d’un autre côté, c’est ce que fait LaTeX par défaut, et d’habitude LaTeX fait des trucs à peu près corrects, donc je ne sais pas trop quoi en penser.

La page

Passons maintenant au niveau au-dessus, et regardons les pages.

Et particulièrement, les marges. En gros, il faut des marges. Il y a grosso-modo deux écoles : les petits-bourgeois qui mettent des marges énormes pour montrer qu’ils n’en ont rien à foutre du prix du papier, et les gens qui ne sont pas nés avec une cuillère en argent dans la bouche.

Bon, en vrai, je rigole, je n’ai pas vraiment d’avis sur les marges, si ce n’est que si vous faites une version imprimée, il y a la question de l’asymétrie entre marge intérieure et marge extérieure (la marge intérieure, c’est celle qui touche la reliure, donc à droite sur une page paire et à gauche sur une page impaire ; et l’extérieure est celle qui est, ben, à l’extérieur du livre). En gros, il faut prévoir un peu plus de marge à l’intérieur parce qu’elle sera en partie (ou complètement si vous en mettez une trop petite) bouffée par la reliure et la pliure de la page.

N’espérez pas avoir de conseils sur la bonne différence à mettre, vu que ça dépend du nombre de pages, de comment le livre est relié, etc., mais c’est un truc sur lequel faire un peu gaffe.

Bref, je ne sais pas s’il y a des règles, je fais ça au pifomètre complet. J’aurais juste tendance à ne pas mettre de marges pour les livres numériques (parce que les options utilisateurs vont avoir tendance à en rajouter, et que l’écran est déjà assez petit comme ça).

Il y a aussi une histoire de nombre « optimal » de caractères par ligne, ce qui fait que du coup logiquement ça dépend de la police que vous utilisez (et surtout de sa taille) et de la taille de la page. Pour du A4, ça se tient de mettre de grandes marges, mais pour du A6 c’est moins la peine, quoi. Cette notion se trouve surtout pour de la mise en page destinée au Web, où on évitera que la colonne de texte prenne tout l’écran si le texte est écrit tout petit, parce que des lignes de 200 caractères c’est beaucoup trop long.

Le livre

Bon, en soit le livre c’est juste un ensemble de pages, mais je voudrais parler des premières et des dernières. C’est un peu comme les marges, il y a l’école petite-bourgeoise qui va te coller 20 pages blanches ou pratiquement blanches au début et à la fin du livre. Bon, autant les marges je comprends l’intérêt en termes de lisibilité, mais là je ne sais pas trop d’où vient ce délire (à part peut-être que sur certaines reliures on ajoute des double-pages vierges au début et à la fin pour coller à la couverture ?).

Après, il y a des imprimeurs qui ont certaines exigences ; je sais que j’avait adapté le format :

  • page 1 : titre
  • page 2 : blanche
  • page 3 : titre + auteur + éventuellement autres trucs
  • page 4 : blanche

parce que c’était ce qu’un des sites d’impressions à la demande par lesquels je passais demandait. (En soi, je virerais bien les deux premières pages qui ne servent à rien). Pour les zines, en revanche, je vire complètement ces pages inutiles (le titre est déjà sur la couverture) et je commence directement par la première page du roman : en dehors du fait que ça coûte six centimes de moins, ça fait surtout une feuille de moins à agrafer (sachant que la limite du nombre de feuilles qu’on peut agrafer ensemble n’est pas énorme).

La typographie

Passons maintenant à la typographie (du moins avec une des définitions que j’ai données au début, vu qu’avec l’autre on est déjà dedans depuis le début, mais bref).

Les espaces insécables

Les espaces insécables, c’est un peu le merdier de la langue française. J’avais déjà écrit un article sur le sujet, Utiliser correctement les espaces insécables, c’est pas si facile, donc je vais me contenter de résumer mes conclusions. Je ferai remarquer qu’idéalement un bon logiciel doit faire en sorte que vous n’ayez pas à entrer ces espaces manuellement, donc la liste suivante servira surtout à vous permettre de déterminer si le logiciel que vous utilisez est bon ou pas (et peut-être d’en conclure qu’il est mauvais et de passer à Crowbook, mon plan de conquête du monde est bien huilé).

Donc en résumé, ce qu’il faut savoir sur les espaces (si vous n’y panez rien, allez voir mon article précédent qui devrait être plus clair et plus visuel) :

  • on dit une espace (pour parler du caractère (ou de la voiture mais c’est hors sujet); s’il y a un espace entre deux étagères ça reste au masculin) ;
  • une espace peut être :
    • sécable ou insécable (une espace sécable peut être transformée par le programme chargé de la composition en un retour à la ligne, alors qu’une espace insécable ne doit pas être coupée par un saut de ligne) ;
    • justifiante ou non-justifiante (une espace justifiante peut voir sa taille modifiée pour permettre de justifier le texte, une espace non-justifiante reste de taille fixe) ;
    • éventuellement si non justifiante elle peut être de différente taille (mais on dit chasse pour se la péter) (si elle est justifiante elle sera de différente taille d’une fois sur l’autre de toute façon).
  • je vois quatre espaces différentes à utiliser en typographie française :
    • l’espace « normale », que vous avez quand vous appuyez sur votre barre d’espace, qui est sécable et justifiante ;
    • l’espace « insécable », qui n’est pas la seule espace insécable mais qui est celle à laquelle les gens pensent quand ils parlent d’espace insécable, et qui est insécable et justifiante ;
    • l’espace insécable fine, qui est insécable, non-justifiante, et qui fait si je ne dis pas de connerie un huitième de cadratin (donc c’est fin, comme son nom l’indique) ;
    • le demi-cadratin (oui à la base « cadratin » c’est le nom d’une espace et pas du tiret), qui est insécable, non-justifiante, et qui fait comme son nom l’indique un demi-cadratin. (En anglais, cadratin c’est em, je dis ça parce qu’il y a des chances que vous tombiez plus souvent sur cette unité si vous éditez au hasard une feuille de style CSS.)

perceval.jpg

Voilà, grâce à toutes ces nuances, vous pourrez briller en société (bon, OK, j’avoue, j’ai essayé, ça ne marche pas vraiment).

Et donc, maintenant pour les utiliser correctement :

  • le demi-cadratin, on le met juste dans les dialogues, après un tiret cadratin, pour le reste on ne s’en sert pas, au moins c’est facile;
  • l’espace insécable fine, elle vient se coller devant le ‘?’, le ‘!’ et le ‘;’, ainsi qu’à l’intérieur des nombres (‘10 000’) ou devant une unité ou une monnaie (‘10 €’);
  • l’espace insécable « de base » s’utilise pour les guillemets (même si personnellement je suis pour mettre plutôt une fine quand il n’y a qu’un mot entre « guillemets »), devant le ‘:’ et à l’intérieur des tirets d’incises;
  • et l’espace normale pour tout le reste, quoi.

Bon, tout cela est bel et bon, mais que faire quand on a un programme qui ne gère pas bien ces différents espaces, et notamment l’espace insécable fine? Je vois deux possibilités (à part changer de programme, qui n’est pas toujours le plus évident):

  • utiliser une espace insécable « normale » à la place;
  • ne pas mettre d’espace du tout.

Les rigoristes (mais pas si rigoureux, sinon ils foutraient des fines) de la typographie grinceront peut-être des dents, mais je suis de plus en plus pour la deuxième option. Ça peut paraître bizarre parce que je n’avais pas connaissance de cette règle jusqu’à il y a quelques mois, mais maintenant je trouve vraiment l’espace insécable « normale » très moche dans ce genre de cas, et qu’elle laisse vraiment trop d’espace. En plus, quitte à ne pas respecter scrupuleusement la typographie, autant que ce soit pour la simplifier, et suivre en ce sens l’usage en anglais par exemple, mais aussi en français dans d’autres pays (notamment au Québec, il me semble). D’un autre côté, j’ai quand même vachement le réflexe de taper une espace avant un ‘!’ ou un ‘?’ (j’ai essayé pour ce billet de blog de les virer, mais ça ne me vient pas spontanément…).

Dialogues

Il y a, en français, deux façons de faire pour les dialogues, que je nommerai la méthode « bâtarde »

« Salut, ça va?

— Très bien, répondit-il. »

et « full-tiret » :

— Salut, ça va?

— Très bien, répondit-il.

J’avais écrit un article pour comparer ces deux techniques, avec une réflexion sur le fait que la forme influence le fond, mais là je vais surtout parler des tirets.

Donc, pour les dialogues, on met un tiret cadratin. Certainement pas un trait d’union (‘-‘), encore moins des listes à puce. Un tiret demi-cadratin me choque un peu moins mais, quand même, je ne suis pas pour.

On rappellera qu’idéalement on met une espace non-justifiante après ce tiret (par exemple un demi-cadratin, mais l’espace, pas le tiret, le tiret lui il est cadratin, pas demi), pour que les dialogues commencent de manière alignée.

Les listes

Je parle des listes comme ça :

  • un;
  • deux;
  • trois.

Pour ces listes, on met un tiret cadratin aussi, même si je trouve que le tiret demi-cadratin se défend un peu plus, pour le coup. Mais pas, en tout cas, de trait d’union, pas de listes à puces non plus (même si je trouve que ça dépend des puces, genre un truc rond moche, c’est non, une jolie étoile ça passe encore), et bordel pas des underscores pitié (sur Twitter je suis tombée sur un prof réac qui entre autres râlait sur les élèves qui disent « sa va », et faisait une liste avec des underscores, c’était vraiment l’hôpital qui se foutait de la charité).

Au niveau de la ponctuation, la règle que je vois souvent présentée est qu’on met un point-virgule, sauf pour le dernier point. Je suis globalement d’accord, mais avec quelques nuances :

  • Si c’est une liste avec des phrases complètes, on met un point à chaque fois.
  • Et on commence par une majuscule aussi, du coup. À plutôt utiliser si certains points peuvent faire plusieurs phrases.

Je pense aussi que si la liste ne termine pas la phrase, il est plus logique de mettre un point-virgule à la fin aussi. Par exemple, à midi j’ai mangé

  • des croque-monsieurs;
  • une tarte au citron;

et j’étais très contente comme ça.

Bon, cela-dit je m’éternise sur le sujet, alors qu’en vérité il y a assez peu de raison de coller ce genre de liste dans un roman ou une nouvelle, donc c’est un peu hors sujet.

Les tirets d’incise

En revanche, dans les romans, il y a plus souvent des tirets d’incise – ceux-là – donc parlons d’eux. Personnellement, je mets des tirets semi-cadratins, même si je sais que les tirets cadratins sont aussi utilisés. Là encore, les traits d’union ou « tirets du 6 » sont à éviter.

Même s’il n’y a pas l’air d’avoir tout à fait consensus pour ça, je suis pour que l’espace « intérieur » (après le tiret ouvrant l’incise et avant le tiret la fermant) soit insécable.

Après, personnellement, je préfère quand même les parenthèses.

Les parenthèses

Tiens, d’ailleurs, faisons une parenthèse pour parler des parenthèses. On pourrait croire qu’il n’y a pas grand chose à en dire : on met une espace (tout à fait normale, sécable et justifiante) avant une parenthèse ouvrante, et après une parenthèse fermante, mais globalement ça ne pose pas de soucis. Je voudrais néanmoins parler de l’usage des parenthèses.

Ça me rend triste que des auteurs ou éditeurs fassent tout leur possible pour ne pas mettre des parenthèses quand il s’agit de marquer une parenthèse – en mettant des tirets d’incise à la place, par exemple – et à côté de ça se servent des parenthèse comme ersatz de guillemets dans les dialogues :

— Salut, ça va? demanda-t-il. (Il décapsula sa bière.)

— Bien, répondit-elle. (Elle s’alluma une cigarette.) Et toi?

Non, franchement, les parenthèses c’est pas fait pour ça, désolée, ça devient n’importe quoi, ça m’énerve.

Ah, pour finir cette parenthèse : une parenthèse commence avec une minuscule (et se termine sans point, qui sera alors à l’extérieur). Sauf si c’est une phrase indépendante. (Vous voyez ce que je veux dire?)

Les points de suspension

Normalement, pour mettre des points de suspension, on n’utilise pas trois points normaux… mais le caractère points de suspensions… (Évidemment sur un clavier standard je crois que c’est difficile d’accès, donc ça rentre dans le registre des choses que le logiciel devrait faire pour vous). J’avoue que je vois moyennement l’intérêt vu qu’en français quand c’est bien fait ça a quand même peu ou prou la même gueule, et que parfois avec des polices bizarroïdes ça va faire un truc que je trouve assez dégueulasse, mais bon, voilà, c’est comme ça c’est la règle qu’on m’a dit donc je la suis (même si j’ai dit qu’il n’y avait pas vraiment de règles, j’ai pas dit que j’étais logique, hein).

Astuce filoutage : si vous voulez poster un tweet qui contient des points de suspension mais qu’il fait deux caractères de trop, vous n’avez qu’à remplacer vos trois points par un seul caractères « points de suspension »! (Si le tweet qui fait quelques caractères de trop n’a pas de points de suspension, vous pouvez quand même essayer de gagner des caractères en utilisant les ligatures, comme en remplaçant ‘f’ suivi de ‘i’ par le caractère ‘fi’, mais c’est un peu plus compliqué)

Quand il y a des points de suspension en fin de phrase qui se terminent par un point classique, les points de suspension « mangent » le point de fin de phrase, donc il y a toujours trois points, et pas quatre… (Bon après des fois ça se fait d’en mettre quatre mais je trouve ça chelou quand même…) Par contre, pour des points d’interrogation ou d’exclamation, on garde les trois points puis le point final: ‘… !’, pas ‘..!’ (Surtout si on met une espace insécable avant…)

 Les guillemets et apostrophes

Il y a des chances que votre traitement de texte s’occupe automatiquement de ça pour vous, mais au cas où: pour une bonne typographie, il ne faut pas utiliser l’apostrophe « droite » que vous avez comme symbole sur votre clavier, mais l’apostrophe courbée .

De même pour les guillemets anglais : “comme ça” et pas “comme ça”. Les guillemets « chevrons » sont cependant préférés en français, mais les premiers peuvent être intéressants pour des citations imbriqués :

« Ça veut dire quoi, “chevron”? » demanda-t-elle.

Les majuscules et les italiques

Je n’ai pas envie de détailler toutes les règles pour savoir quand est-ce qu’il faut mettre des majuscules (je ne parle pas quand c’est en début de phrase, mais par exemple: « bonjour, Monsieur » ou « ni Dieu, ni maître, ni État ») ou des italiques pour les mots étrangers, ne serait-ce que parce que bien souvent je trouve que les deux peuvent se défendre (zeitgeist est-il un mot étranger, ou inclus dans la langue française? et poltergeist? geek? serial-killer?). L’essentiel, c’est surtout d’essayer de faire en sorte d’être un minimum cohérent au sein d’un texte (ce qui ne veut pas dire, pour les italiques, qu’un même mot doit toujours être mis en italiques ou ne jamais l’être: par exemple, il me semble logique que cela dépende en partie de la familiarité du personnage point de vue avec ce mot).

Si vous êtes déçu·e que je ne rentre pas dans les détails, vous pouvez vous référer à:

Mais est-ce que je dois vraiment m’occuper de tout ça?

Cet article commençant à être beaucoup trop long, il est temps d’en venir à la conclusion, et d’aborder à la question: est-ce que c’est vraiment nécessaire de savoir tout ça ?

Ma réponse personnelle, c’est : non, clairement, ça ne devrait pas. On est au vingt-et-unième siècle, et la plupart des règles abordées ci-dessus sont suffisamment triviales pour pouvoir être entièrement par votre logiciel de traitement de texte pour que vous n’ayez pas à vous en occuper.

Sous LibreOffice, par exemple, si vous tapez l’apostrophe droite sur votre clavier, il va la remplacer par une apostrophe typographique; de même, si vous insérez un guillemet anglais (“) dans un document français, il va le transformer en guillemet chevron suivi d’une espace insécable (mais, bizarrement, si vous insérez directement un guillemet chevron, il vous laisse vous démerder pour l’espace insécable), etc. Il ne gère en revanche pas, à ma connaissance, les espaces insécables fines, ni les espaces non-justifiantes dans les dialogues. Le correcteur grammatical Grammalecte, en revanche, offre un plugin LibreOffice qui vient avec un formateur de texte qui permet éventuellement de gérer ça.

Au niveau Web, la bibliothèque PHP smartypants a l’air de non seulement gérer les « smart quotes » (remplacer les guillemets droits par des guillemets typographiques) mais de pouvoir aussi s’occuper des espaces insécables dans la ponctuation. Je n’ai pas encore eu l’occasion de le tester, mais apparemment il y a un plugin dotclear pour la typographie qu’il faudra que je regarde à un moment.

Et puis évidemment, je vais refaire un peu de pub pour Crowbook au passage, qui permet de convertir des livres écrits au format Markdown vers HTML, PDF et EPUB.

Donc voilà, il y a des outils qui existent et qui ne permettent pas avoir à trop s’emmerder, même si je pense que c’est bien d’avoir quelques notions de typographie pour pouvoir soit les configurer correctement, soit vérifier qu’ils donnent le résultat attendu.


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