27 mar.

Good cop, bad cop (La chair & le sang #2) en précommande, sortie le 3 avril

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Good cop, bad cop, épisode 2 de la série de fantasy urbaine La chair & le sang, qui mêle romance lesbienne, baston, enquête et intrigues surnaturelles, sortira officielle en version numérique le 3 avril (cet épisode est déjà disponible pour les abonné·e·s Tipeee).

« Être une vampire, ça craint. T’as une foule de givrés qui viennent se prosterner à tes pieds pour t’offrir leur sang, mais personne ne vient jamais te proposer de patates »

Précommandes

Cet épisode est disponible en précommandes, ce qui veut dire que vous pouvez le précommander (oui, je me répète un peu) sur :

Pourquoi précommander ?

Hé bien, évidemment, c’est pour être sûr·e d’avoir un exemplaire le jour de la sortie, car un livre numérique peut rapidement être épuisé.

Euh, ouais, non.

En fait c’est très simple, l’intérêt c’est que…

Ouais non, d’accord, il n’y en a pas vraiment, c’est juste que c’est plus pratique pour moi pour que ça soit la même date sur toutes les plate-formes (là il y en a encore où c’est pas apparu), et il paraît que d’un point de vue marketing ça permet de trop percer de faire des pré-commandes mais en vrai je dubite un peu là-dessus.

D’accord mais j’ai pas lu l’épisode 1, je vais rien capter, non ?

Euh, ouais, un peu quand même. Enfin, je sais pas, ça se tente, mais sinon tu peux aller choper l’épisode 1, Les coups et les douleurs, c’est à prix libre à partir de 50 centimes (ce qui, d’après mes calculs pour comparaison pourries, ne fait même pas deux clopes). Ou si c’est ça qui te bloque tu peux me demander gentiment par mail ou sur twitter et je peux t’envoyer une version.

Pis comme je me suis fait chier à faire du code HTML chiant pour faire un peu plus joli qu’un bouton acheter je le copie/colle ici, tiens.

  Acheter sur ce site : Acheter ailleurs :
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Prix libre

Du coup j’ai pas compris je peux te payer en clopes ?

Alors, je serais pas contre, mais vu les tarifs de la Poste ça va pas être rentable en fait.

Franchement au lieu de faire encore de la pub t’as pas des fanzines à imprimer ?

Ah, ah. Si. Mais j’ai une très bonne justification, vous voyez, c’est que je m’implique beaucoup dans l’écriture de mes histoires et j’essaie de mettre dans la peau des personnages, donc là comme ça parle de vampires ben j’ai un rythme qui rend un peu plus compliqué de réussir à me lever avant que les boîtes à copies soient fermées.

Mais j’ai fait l’acquisition de lunettes de soleil, d’une casquette, et d’un foulard, ces accessoires devraient me permettre de survivre à une expédition diurne.

Vazy fais péter un extrait

Ok, mais un petit alors pour pas que ça spoile trop les gens qui ont pas lu le premier épisode.


Prologue

Séléna a écrasé sa cigarette dans la bouteille de bière vide qui lui servait de cendrier. Le nombre de mégots qui résidaient dans leur prison de verre indiquait qu’elle se trouvait là depuis un moment.

Séléna attendait. D’après son expérience, environ 95 % de son activité était consacrée à attendre. Il n’y avait pas grand-chose d’héroïque ou d’excitant derrière. Elle ne se plaignait pas. Ça faisait partie du boulot. Ça ne semblait pas demander de compétences particulières : n’importe qui était capable d’attendre. Pourtant, Séléna avait remarqué que c’était souvent ce qui posait le plus problème. Les gens manquaient de patience. En temps normal, ce n’était pas non plus le point fort de Séléna, mais elle avait appris à l’accepter dans le cadre professionnel. Après tout, elle était payée à ne rien faire, ce qui était tout à fait différent de poireauter gratuitement. Sans la perspective du paiement, elle n’aurait pas pris avec autant de philosophie le fait de passer sa troisième nuit consécutive dans un appartement non éclairé au sixième étage d’un immeuble parisien, assise devant une fenêtre ouverte.

Enfin, une légère tache plus claire que le reste est apparue dans ses lunettes de vision thermique, indiquant une présence sur le toit du bâtiment d’en face.

Les vampires ont une vision nocturne développée, aussi ont-ils souvent tendance à estimer que toutes ces lunettes destinées à voir dans l’obscurité sont des gadgets inutiles réservés aux pauvres mortels. Séléna, de son côté, n’était pas de cet avis. Elle trouvait un intérêt limité aux amplificateurs de lumière, même si elle les utilisait parfois en mission parce qu’ils ont un champ infrarouge plus large que celui de ses yeux de mort-vivante, rendant ainsi possible de marquer des cibles avec des émetteurs invisibles pour des gens non équipés de cette technologie. Cela dit, ce que Séléna préférait, c’était les lunettes de vision thermique. Elle pouvait en parler des heures ; si vous trouvez que je disserte un peu longuement sur ce sujet, sachez que ce n’est rien à côté du temps qu’elle a pu passer à me vanter cette technologie. Comme leur nom l’indique, les lunettes de vision thermique affichent une couleur (ou en l’occurrence, sur le modèle de Séléna, une nuance entre le noir et le blanc) en fonction de la température d’un objet. Ce que l’on voit ainsi est donc très différent de ce que l’on perçoit à l’œil nu : une vitre transparente paraît opaque (c’est pourquoi Séléna avait ouvert la fenêtre) tandis que le brouillard est parfaitement transparent. Séléna trouvait ça fascinant ; bien plus tard, elle me montrerait sur Youtube tout un tas de vidéos de différents objets ou animaux filmés avec une caméra thermique. Chacun ses passions, je suppose.

Pour l’heure, Séléna regardait la forme en train de se mettre en place sur l’immeuble voisin. La forme blanche ne permettait pas de reconnaître Baptiste Moretti, le nouveau tueur à gages de l’Ordre Vampirique, mais Séléna était convaincue qu’il s’agissait bien de lui. L’ordre était, à cette époque, en plein chamboulement : Montalès, une de ses figures proéminentes, avait été assassiné quelques mois plus tôt, tout comme Joseph Delerme, son tueur le plus efficace. En plus de ces pertes, le camp des vampires « progressistes » avait connu un scandale de corruption et n’avait plus vraiment le vent en poupe. L’homme montant était le conservateur Montéguy, mais il avait encore un certain nombre d’ennemis. Ceux-ci avaient engagé Baptiste Moretti ; Montéguy, pour assurer sa protection, s’était, de son côté, assuré les services de Séléna.

Séléna ne s’intéressait pas vraiment à la politique de l’Ordre Vampirique. De son point de vue, si tout ce beau monde pouvait s’entretuer, ça lui allait très bien. Mais Montéguy payait bien, et il s’était, jusque-là, montré à peu près réglo, pour ce qu’elle avait pu en voir.

La stratégie de Montéguy n’était pas de livrer une guerre sans merci au camp d’en face : il avait bien profité du chaos pour éliminer quelques-uns de ses adversaires les plus dangereux, et Séléna en avait elle-même abattu un petit nombre. Cela dit, il souhaitait maintenant faire la paix, et aboutir à un nouveau compromis avec le camp des vampires intégrationnistes. Beaucoup d’entre eux étaient tout à fait prêts à l’accepter : la mort de leurs « amis » les avait certes beaucoup chagrinés, mais elle leur avait également permis de monter un peu dans la hiérarchie des morts-vivants, alors, l’un dans l’autre, ils faisaient preuve d’une capacité admirable à savoir pardonner. De l’eau avait coulé sous les ponts, il n’était pas nécessaire de ranimer de vieilles querelles, c’était mauvais pour le business.

Cependant, tout le monde ne partageait pas ce bel esprit charitable, et certains avaient une réaction un peu plus émotionnelle. D’où Baptiste Moretti sur le toit d’en face, en train de sortir un fusil de sniper pour abattre Montéguy lorsqu’il sortirait de son restaurant.

Séléna ne s’intéressait pas vraiment à la politique de son employeur, mais elle s’était souvent demandé pourquoi il fixait autant de rendez-vous dans son restaurant. Contrairement à elle, et comme la plupart de ses congénères, le vieux vampire ne se nourrissait que de sang. Cela expliquait sans doute en partie leur côté cul serré : passer à côté des vrais plaisirs de la vie que sont les frites et les pizzas au chorizo devait forcément rendre un peu aigri. Et cela aurait dû rendre les restaurants assez peu attractifs.

Séléna avait eu le temps de beaucoup penser à cela pendant qu’elle attendait dans son appartement vide au sixième étage mais, pour l’heure, elle ne réfléchissait plus. Elle avait retiré ses lunettes de vision thermique et attrapé à la place son fusil à lunettes Barett M82. Sans l’aide de la technologie, elle avait du mal à discerner la forme sur le toit, mais avec un peu d’effort, elle y est tout de même parvenue. Malheureusement, la vision thermique n’était pas compatible avec la lunette (à cause de l’opacité du verre dont je vous ai parlé, si vous suivez).

Séléna a bloqué sa respiration, ce qui est plus facile à faire sur une longue durée pour une vampire que pour un être humain, et elle a pressé sur la détente. La silhouette de Moretti s’est écroulée, la tête percée par une balle de calibre .50 BMG. Il y a, grosso modo, deux écoles pour les munitions à utiliser contre des vampires : la première privilégie les balles en argent, la seconde les gros calibres. Séléna était très clairement de celle-ci. Si ça peut immobiliser un blindé, alors il y a des chances que ce soit efficace contre un mort-vivant. L’argent, c’est mou et c’est plus léger. Si Séléna avait pu, elle aurait tiré avec des munitions à l’uranium appauvri. Cette fille n’était pas très écolo.

Après son tir, elle n’a pas contemplé son œuvre, et s’est empressée de ranger son matériel. Le fusil allait dans une mallette à la taille imposante, et ses lunettes dans son sac à dos. Dans celui-ci, elle a également rangé sa bouteille pleine de mégots. Séléna n’était pas écolo, mais pas non plus du genre à laisser ses déchets derrière elle, surtout s’ils risquaient de permettre à des enquêteurs de l’identifier.

Chargée de tout son matériel, la vampire s’est dirigée d’un pas pressé vers la porte de l’appartement. Elle comptait bien quitter les lieux avant que la détonation n’attire trop de gens. Elle a rabattu la capuche noire de son sweat-shirt sur sa tête avant d’ouvrir la porte, puis elle est sortie.

Et s’est trouvée nez à nez avec une gamine, qui était assise sur le pas de la porte d’à côté, la tête entre les mains et le visage plein de larmes. Séléna a tourné la tête et s’est dirigée vers l’escalier.

— S’il vous plaît, aidez-moi ! a dit la gamine. La porte a claqué !

Séléna s’est immobilisée, et elle l’a immédiatement regretté. Elle aurait dû l’ignorer, et continuer vers les escaliers. Mais la petite avait l’air paniquée.

La vampire a soupiré, et s’est retournée en arborant un petit sourire rassurant.

— Tu n’es pas un peu jeune pour être toute seule chez toi ? a-t-elle demandé.

La gamine a secoué la tête.

— Mes parents sont partis au cinéma. Mon frère devait rester, mais il voulait voir son copain. J’ai huit ans, je ne suis plus un bébé !

— Non, a admis Séléna.

Elle s’est approchée, et a commencé à examiner la porte et sa serrure. Elle était identique à celle de l’appartement dans lequel elle avait tant poireauté. Elle n’avait pas eu de mal à l’ouvrir, elle pouvait bien réitérer l’exploit.

— Tu t’appelles comment ? a-t-elle demandé en posant son sac à dos par terre.

— Léa.

Séléna a fouillé dans son sac à dos, et en a sorti son pistolet de crochetage.

— Léa, a-t-elle dit d’une voix douce alors qu’elle s’affairait, il vaut mieux que tu gardes ça entre nous, d’accord ? Tes parents ne seraient pas contents s’ils apprenaient que tu es restée enfermée dehors, hein ?

La petite fille a fait non de la tête. Séléna s’est encore activée quelques secondes, et la porte s’est ouverte.

— Bien, a fait la vampire. Alors, fais comme si tu ne m’avais pas vue. Bonne nuit, Léa.

Malheureusement, Léa n’a pas suivi le conseil que lui donnait Séléna. Deux jours plus tard, elle était retrouvée morte.