Lizzie Crowdagger : le blog

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Si ça parle de lesbienne et de trans, c'est forcément érotique : droit de réponse à un article « universitaire »

, 13:56 - Lien permanent

Hier, j’ai réalisé qu’Une autobiographie transsexuelle (avec des vampires) était référencé dans un article d’une revue scientifique. Au départ j’étais plutôt heureuse : l’un de mes romans, étudié par des universitaires ? Oh la la !

Malheureusement, une fois que j’ai pu accéder au contenu de l’article, j’ai vite déchanté, puisqu’il est évident que l’auteur n’a pas lu l’ouvrage et l’a considéré au forceps comme faisant partie d’un corpus pour de la littérature érotique, quand bien même il ne contient aucune scène de ce genre.

Comme le fait d’être classé d’emblée comme « érotique » ou « pour adulte » est quelque chose d’assez fréquent pour les œuvres abordant des thématiques LGBT, qui relève d’une forme d’homophobie et de transphobie, et que ce genre d’amalgame me met un tantinet en colère ; et aussi pour défendre un peu de rigueur scientifique dans les revues universitaires, j’ai donc demandé un droit de réponse, que j’ai adressé au comité de direction de la revue Questions de communication, et que je reproduis ci-dessous.

Droit de réponse à l’article de Jean Zaganiaris sur les représentations transidentitaires dans la littérature « érotique »

Dans son article « Des filles au masculin, des garçons au féminin ? » : ambivalences du genre et sexualités non normatives dans la littérature érotique contemporaine, publié dans le numéro 31 de la revue Questions de communication, Jean Zaganiaris prétend « analyser les corps transidentitaires et l’inversion des rôles sexuels dans la littérature érotique » en se basant sur un « un corpus d’écrits érotiques ».

Parmi ces textes figure l’un de mes romans, Une autobiographie transsexuelle (avec des vampires), paru aux éditions Dans nos histoires, et dont l’intégralité du texte, dans une démarche d’accessibilité au plus grand nombre, peut être lue en ligne sur le site de l’éditeur.

Malgré cette facilité de lecture, il semble évident que Jean Zaganiaris n’a pas lu le roman qu’il cite pourtant dans son corpus. Ainsi, voilà comment il présente l’ouvrage :

Lizzie Crowdagger (2014), relatant les péripéties « d’une vampire transsexuelle » à partir de ses socialisations dans les clubs lgbt (Lesbiennes, gays, bi et trans)

L’utilisation des guillemets semble indiquer une citation de l’œuvre ; pourtant, une rapide recherche dans votre navigateur sur la version en ligne du roman vous permetra rapidement de constater que l’expression « vampire transsexuelle » n’apparaît pas dans l’ouvrage. Ce qui s’explique pour une raison assez simple : le personnage en question n’est pas une vampire et (spoiler) ne devient pas une vampire au cours du roman. Il est donc pour le moins étonnant de voir l’œuvre présentée ainsi dans un article se prétendant scientifique.

Jean Zaganiaris ajoute à cette présentation une note de bas de page, référençant une interview publiée sur le site Barbieturix :

Concernant L. Crowdagger, se présentant comme une lesbienne fréquentant les milieux lgbt , voir l’entretien dans le magazine en ligne Barbieturix

Une lecture de l’article révèlera que je ne me présente à aucun moment dans celui-ci comme « fréquentant les milieux lgbt » (et encore moins les « clubs LGBT »), mais uniquement comme « militante féministe et communiste libertaire ». On notera également que je présente Cassandra, la protagoniste de l’ouvrage, comme « une humaine ordinaire » : même sans ouvrir le roman, il suffisait donc de lire cet entretien pour comprendre que le livre ne relatait pas « les péripéties d’une “vampire transsexuelle” ».

Par ailleurs, Une autobiographie transsexuelle (avec des vampires) ne comporte aucune scène érotique, et est avant tout un roman de fantasy urbaine comportant une bonne dose d’action, de l’humour et un peu de romance. Il est donc, là encore, étonnant de le retrouver dans un corpus de textes érotiques. Étonnant, pour ne pas dire dérangeant : le fait de catégoriser d’emblée des œuvres LGBT dans des catégories érotiques ou pornographiques est une des formes que prennent l’homophobie et la transphobie, comme on a pu le voir avec les indignations contre des campagnes de prévention contre le VIH, ou encore l’annulation du visa d’exploitation du film La vie d’Adèle, toutes deux orchestrées par l’extrême-droite. C’est aussi l’un des arguments classiquement utilisés pour refuser de parler d’homosexualité ou de transidentité à des enfants. Autre exemple, à l’heure actuelle, des militant·e·s LGBT luttent pour que la plate-forme Youtube cesse de catégoriser comme adultes des vidéos parlant de ces thématiques.

En tant qu’écrivaine de fictions ayant souvent comme protagonistes des personnages lesbiennes, gays, bis ou trans, ce n’est pas la première fois que je suis confrontée à ce problème : mon site, crowdagger.fr, est ainsi classé comme « pornographique » par certains filtres (des personnes me signalent régulièrement qu’elles ne peuvent y accéder depuis leur entreprise ou université), et j’ai parfois dû lutter pour que certains de mes titres ne soient pas classés d’emblée comme « pour adultes » sur certaines plate-formes de publication à cause de l’utilisation de mots comme « lesbienne » ou « transsexuel·le ». Dans ce contexte où la catégorisation en « érotique », liée à des présupposés homophobes et transphobes, entraîne des difficultés supplémentaires en tant qu’autrice (moins de visibilité, avec des conséquences très concrètes en termes de revenus), autant dire que je considère donc comme pour le moins insultant de classer ainsi l’un de mes romans ne comportant pas de scène érotique, qui plus est dans une revue universitaire. Je doute très fortement que cela serait arrivé si les personnages n’étaient pas lesbiennes ou trans.

Je vous demande donc, puisque j’estime que cet amalgame me porte préjudice :

  • la suppression de toute mention de mon pseudonyme (Lizzie Crowdagger) et d’Une autobiographie transsexuelle (avec des vampires) dans la version en ligne de cet article, puisque mon œuvre ne relève pas d’un roman érotique ;
  • la publication de cette présente lettre comme droit de réponse dans le prochain numéro de votre revue.

Par ailleurs, j’attire votre attention sur le fait que les problèmes soulevés par la présente montrent non seulement un manque de déontologie scientifique ainsi que de respect de la part de l’auteur de l’article, mais également des lacunes en terme d’examen par les pairs. En effet, s’il est compréhensible que tous les livres d’un corpus ne soient pas lus en détail par les réviseurs, le simple entretien publié sur Barbieturix était suffisant pour se rendre compte que la description de ce roman était toute à fait erronée et que ce livre n’était pas un roman érotique.

J’espère donc qu’à l’avenir votre revue saura faire preuve de plus de rigueur, et que si l’un de mes romans est traité dans un prochain article, ce sera en se basant vraiment sur le texte, et pas sur des présupposés homophobes et transphobes qui assimilent thématiques LGBT à érotisme et pornographie.

Veuillez agréer l’expression de mes salutations distinguées,

Lizzie Crowdagger

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