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Tutoriel : contribuer à un projet sur Github sans taper la moindre ligne de commande

, 20:14

Dans le billet précédent, j’ai essayé d’expliquer comment partager et modifier une œuvre sous licence libre Creative Commons. Ici, je voudrais aborder un autre point : comment contribuer à une œuvre libre existante pour proposes ses modifications à l’auteur ou l’autrice, avec l’exemple en particulier de Github.

Par exemple, les fichiers sources, au format Markdown, d’un certain nombre de mes textes sont disponibles sur Github, ce qui facilite la possibilité d’y apporter une contribution ou de proposer une version dérivée. Sauf que, si vous n’êtes pas développeu·r·se informatique, il y a des chances que vous ne trouviez pas cela très simple d’accès et que votre réaction soit quelque chose comme « oh la, c’est quoi encore ce truc de geek ?! ». Pourtant, il est possible d’utiliser Github pour apporter une contribution sans avoir à taper de commandes ésotériques.

Je prends ici l’exemple de mes textes, mais il est évident que ce sera peu ou prou la même chose si vous désirez apporter des modifications à d’autres textes libres hébergés sur Github, y compris s’il s’agit de la description ou de la documentation de votre logiciel libre préféré.

À des fins didactiques (et parce que ça m’amusait), ce billet contient un certain nombre de screenshots (moches). Ils ne sont pas forcément très lisibles tels qu’affichés dans le corps du texte, mais vous pouvez cliquer dessus pour les agrandir.

Étape préalable : vous créer un compte sur Github

Avant toute chose, si vous voulez contribuer à un projet hébergé sur Github, il vous faudra vous créer un compte. Bon, ce n’est pas très compliqué : ça demande juste de choisir un identifiant, de rentrer une adresse mail et de mettre un mot de passe. La procédure habituelle, certes rébarbative mais pas outrageusement ardue.

Github est axé pour les développeurs et développeuses informatique, et cela peut être intimidant si vous n’y connaissez rien. Cela dit, rassurez-vous : vous pouvez vous contenter d’ignorer les messages du type « Built for developpers », car il est aussi possible d’utiliser un certain nombre de fonctionnalités sans avoir à écrire la moindre ligne de code ni taper la moindre commande.

Signaler un souci, émettre une suggestion, etc.

La première possibilité est de faire remonter un souci (coquilles, mauvaise mise en page, répétitions à un endroit), etc. Pour cela, il est facile d’ajouter une issue sur Github :

Ajouter une issue sur Github

Ajouter une issue sur Github

Il suffit ensuite de décrire le problème, en donnant un titre et un commentaire. Bien sûr, plus c’est détaillé, mieux c’est :

Sujet : Fautes

Ouais y’a des fautes

n’est pas très utile, alors que

Sujet : Fautes dans Pas tout à fait des hommes

J’ai repéré quelques fautes dans Pas tout à fait des hommes :

- chapitre 3: “Il l’a mordu” -> “Il l’a mordue”

- chapitre 7: “Elle a attrapé son son épée” -> “son” en double

l’est beaucoup plus.

Bien sûr, il est possible de laisser des commentaires pour autre chose que des fautes, que ce soit pour faire remarquer qu’un passage n’est pas très compréhensible, signaler un problème de lecture sur telle liseuse, ou encore demander de nouvelles « fonctionnalités » (dans le cas d’un texte de fiction, le terme peut paraître étrange, mais on peut envisager des choses comme « je trouverais ça cool que les fichiers soient disponibles au format MOBI »).

Évidemment, pour tout ça, il n’est pas nécessaire en soi de passer par Github : dans mon cas, vous pouvez aussi m’envoyer un mail, par exemple (lizzie at crowdagger point fr). L’intérêt est surtout :

  • pour les projets (plutôt logiciels) qui ont beaucoup de rapports de bug à traiter ;
  • pour les projets un peu plus collaboratifs : ça permet aux contributeurs et contributrices de voir ce qu’il y a à faire, et de proposer des changements ;
  • à titre personnel, ça me sert plutôt de « TODO list », pour noter les choses qu’il faudrait que je fasse un jour.

Proposer des changements directement sur Github

Github propose également une interface en ligne pour modifier des fichiers. C’est d’autant plus facile avec des fichiers Markdown, car c’est ce qu’utilise Github pour sa documentation.

Le plus compliqué est sans doute de repérer à quel fichier Markdown correspond à le passage vous êtes en train de lire, et cela peut demander de fouiller un peu dans les répertoires. Notamment sur des dépôts comme le mien où tout n’est pas forcément toujours très bien rangé (et encore, vous n’avez pas vu mon appart’).

Par exemple, admettons que je veuille modifier Réagir sans violence pour changer la mise en page des dialogues. Le plus compliqué est sans doute de deviner qu’il s’agit du fichier hell_butches/sigkill.md (reagir_sans_violence.md serait sans doute plus logique, certes, mais voilà).

Une fois que je suis sur la bonne page, Github propose un bouton pour éditer le document :

Éditer un document sur Github

Une fois que j’ai cliqué dessus, il est possible d’éditer le texte, au format Markdown.

Une note sur le format Markdown

Le format Markdown est juste du texte, avec quelques éléments en plus pour dire qu’il s’agit d’un titre, d’un lien, ou pour mettre en italique. Concrètement, pour des romans, il y a essentiellement deux éléments pour la mise en page, les titres et les italiques :

  • ce *mot* est en italiques, ce *groupe de mots* aussi affichera « ce mot est en italiques, ce groupe de mots aussi ».
  • pour les titres, on « souligne » le titre de chapitre en mettant des ==== à la ligne suivante :
Titre de chapitre
=============

(Si vous voulez en savoir un peu plus, vous pouvez regarder le tutoriel Markdown in 60 seconds.)

Github utilise beaucoup Markdown, et il est donc possible de prévisualiser les modifications pour voir si le résultat correspond bien à vos attentes.

Prévisualiser les modifications sur Github

Cette fonctionnalité montre également les changements que vous avez apportés au fichier :

Changements apportés sur fichiers sur Github

Soumettre les modifications

Une fois satisfaite des modifications, je peux les soumettre à l’autrice[1] en remplissant le mini-formulaire en bas de la page :

Soumettre les modifications sur Github

Il ne me reste plus alors qu’à vérifier vite fait les modifications apportées, et je peux créer une pull request (en gros une proposition de modification toute automatisée, qui peut être acceptée d’un clic) qui sera envoyée à l’autrice.

Envoyer la Pull Request

Encore une dernière étape pour valider le texte du commentaire, et voilà, la contribution est envoyée, et l’autrice n’a plus qu’à la valider ![2]

À quel moment devient-on co-auteur (co-autrice) ?

On a jusque là uniquement parlé de l’aspect technique de la contribution. Il me semble pourtant que les aspects juridiques sont importants, et méritent d’être abordés. Et notamment la question : à partir de quel moment avez-vous un statut de « co-auteur » sur le texte final (à supposer, évidemment, que la contribution soit acceptée) ?

Je ne suis pas juriste, mais si je comprends bien les choses, le critère est qu’il y ait un aspect « créatif » à la contribution. Par exemple, corriger des fautes d’orthographe ne rentre pas dans cette catégorie, pas plus que mon exemple précédent sur la mise en page des dialogue. En revanche, à partir du moment où il y a, par exemple, rédaction d’un paragraphe supplémentaire, il y a dans ce cas une contribution « créative », et vous devenez, dans ce cas, co-autrice ou co-auteur du texte final.

Même si ce n’est pas toujours formalisé explicitement, il est en général admis qu’à partir du moment ou vous envoyez une contribution à un projet libre, vous acceptez que votre contribution soit également distribuée sous les conditions de la (ou des) licences du projet (en l’occurrence pour mes textes libres, Creative Commons Attribution - Partage dans les Mêmes Conditions 4.0 International).

À partir de ce moment là, vous êtes donc sur un pied d’égalité avec l’autrice de l’œuvre original : vous pouvez, comme elle, distribuer l’œuvre de votre côté (y compris, selon les licences, de manière payante). S’il s’agit (comme c’est le cas ici) d’une licence dite copyleft, vous n’êtes pas libre, en revanche, de distribuer l’œuvre de manière privatrice, mais l’autrice de l’œuvre originale ne peut pas le faire non plus (à moins évidemment de retirer votre contribution et de revenir à une œuvre dont elle est l’unique autrice).

Par exemple, à l’heure actuelle, je peux aller voir un éditeur, lui montrer Pas tout à fait des hommes, lui proposer de faire ensemble quelques modifications à l’œuvre et de diffuser cette version avec un contrat d’exclusivité[3]. Si vous contribuez à ce livre en réécrivant des passages, en ajoutant des scènes, etc., je n’aurais plus le droit de le faire (du moins sans votre accord).

Ça peut paraître un peu du pinaillage juridique, mais je pense que c’est important, car c’est ce qui met un garde-fou important (même s’il reste relatif) à l’exploitation du travail gratuit des contributeurs et contributrices.

Parfois, certains projets demandent, avant d’envoyer une contribution, de signer par ailleurs une cession de droits envers l’auteur original (ou une entreprise ou une association), ce qui lui permet ainsi une plus grande flexibilité pour pouvoir changer de licence pour le projet. Je ne suis pas très fan de ce genre de procédé[4], qui casse l’égalité entre les contribut·eur·rice·s, et fait, je trouve un peu rentrer la contribution dans le domaine du travail gratuit plus que de la collaboration.

Quand contribuer, et quand créer une œuvre dérivée ?

Cette question n’est pas forcément spécifique aux textes, mais peut aussi s’appliquer aux programmes : à quel moment faut-il plutôt essayer de contribuer à l’œuvre originale, et à quel moment vaut-il mieux créer une œuvre dérivée (ou un fork dans le monde du logiciel) ?

Évidemment, ça dépend un peu de chaque personne, mais j’aurais tendance à dire :

  • Pour des modifications mineures, dont on sait clairement qu’il y a des chances qu’elles soient acceptées (correction de fautes d’orthographe, bugfixes), il paraît plus constructif de contribuer à l’œuvre originale ; à vrai dire, si quelqu’un publiait une version modifiée d’un de mes textes libres en disant « celle-là est mieux, j’ai corrigé plein de fautes » et en me laissant galérer à essayer de trouver ce qu’il a corrigé, je l’aurais un peu mauvaise (sauf bien sûr s’il m’a envoyé les modifications mais qu’il s’agit d’un vieux texte sur lequel je n’ai plus envie d’accorder la moindre énergie).
  • Pour des modifications d’importance, dont on n’est pas certain que l’autrice va vouloir les intégrer (réécriture d’une partie de l’histoire, ajouts de paragraphes, ajout ou modification de fonctionnalités pour un logiciel), on peut toujours les soumettre, mais tout en ayant en tête qu’elles seront peut-être rejetées parce qu’il est possible qu’elle soient incompatibles avec une certaine vision du projet.
  • Parfois, un effet, il y a en effet des visions divergentes d’une même œuvre ou d’un même logiciel. C’est l’intérêt du libre de pouvoir permettre qu’elles coexistent, plutôt que de donner tout le pouvoir à la personne qui détient les droits originaux. Dans ce cas, il est logique de créer une œuvre dérivée plutôt que d’essayer à tout prix de concilier deux visions inconciliables (pour reprendre mon exemple du début : histoire lesbienne ou histoire gay, ou encore : logiciel qui fait plein de chose ou logiciel qui se spécialise sur quelque chose de précis et ne cherche pas à gérer le reste).

Conclusion

J’espère aussi vous avoir un peu convaincu·e que contribuer à un projet libre n’est pas aussi compliqué que cela peut le sembler. J’ai personnellement mis longtemps avant d’oser envoyer des pull requests sur Github, mais avec l’interface Web, cela peut se faire de manière plutôt simple lorsqu’il s’agit de corriger des fautes, des liens cassés ou de reformuler une phrase pas très compréhensible, et cela ne requiert en fait aucune compétence en informatique.


Notes

[1] Qui, dans ce cas précis, n’est autre que moi-même, certes.

[2] Ce qu’elle a d’ailleurs fait très rapidement, à croire qu’elle savait qu’elle allait recevoir une telle contribution.

[3] C’est d’ailleurs plus ou moins ce que je fais, sans le côté exclusivité : en effet, la couverture des versions de ce roman distribuées sur Amazon, Kobo, etc. n’est pas sous licence libre, et pour cette raison l’ebook distribué sur ces plate-formes n’est pas sous licence CC-BY-SA.

[4] Même si je nuancerais quand même un peu selon le destinataire : j’aurais moins de mal à signer cette clause pour la Free Software Foundation que pour Google.


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Tutoriel : partager et modifier une œuvre sous licence libre Creative Commons

, 15:30

Comme vous le savez peut-être, la plupart des textes qui sont publiés en auto-édition sur ce site sont diffusés sous licence libre Creative Commons Attribution-Partage sous les mêmes conditions, ce qui vous autorise (sous certaines conditions, notamment que ce soit sous cette même licence) à :

  • partager ces œuvres à l’identique ;
  • modifier ces œuvres ;
  • publier des versions modifiées.

Même si ça paraîtra peut-être évident à certaines personnes, j’avais envie de faire un petit billet pour expliquer les bonnes pratiques si l’on voulait partager ou modifier une œuvre diffusée avec sous ce type de licence.

Redistribuer une œuvre, sans la modifier

Commençons par le cas le plus simple : vous désirez simplement reproduire une œuvre, sans la modifier. Par exemple, mettons que vous ayez aimé Créatures de rêve et que vous aimeriez l’imprimer au format brochure pour qu’elle soit dans l’infokiosque que vous allez tenir à un concert punk.

Dans ce cas, la seule chose dont il faut s’assurer, c’est qu’il y a bien l’information sur la licence. En l’occurrence, la version PDF que je propose contient déjà ces informations, donc vous pouvez vous contenter d’imprimer cette version. Il est important de ne pas retirer cette mention, ou de l’ajouter si je ne l’ai pas mise dans le texte même (par exemple pour les nouvelles courtes). Dans ce dernier cas, vous pourrez reprendre la description que j’insère dans la plupart des textes ; si vous trouvez ça trop long, vous pouvez vous contenter de juste mettre un truc du style :

Créatures de rêve, par Lizzie Crowdagger (http://crowdagger.fr) est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution - Partage dans les Mêmes Conditions 4.0 International.

(Normalement, il faut aussi mettre les liens vers la page de l’œuvre et les informations sur la licence, mais là comme on parle d’une version papier ça donnerait quelque chose d’assez moche. Cela dit, pour être rigoureux, il faudrait le faire, en mettant par exemple en note de bas de page les liens trop longs.)

Attention : si vous ne mettez pas ces informations, vous ne respectez pas la licence, et vous êtes dans l’illégalité. J’ai régulièrement vu des gens faire n’importe quoi avec des œuvres sous licence libre (pas que, certes) en disant « c’est bon, j’ai le droit de faire ce que je veux avec », ou avec l’idée en tout cas que ce serait « moins illégal » qu’avec une œuvre sous droit d’auteur classique. Sauf que non, à partir du moment où vous ne respectez pas les conditions de la licence (préciser l’autrice, redistribuer sous la même licence, bref tout ce qu’il y a dans le nom « Attribution-Partage sous les mêmes conditions »), celle-ci ne s’applique plus et vous perdez tous les droits de partage, modification, etc..

(Je précise que je ne suis par ailleurs pas forcément une maniaque du légalisme ; pour reprendre l’exemple de notre infokiosque à un concert punk, j’avoue que si les conditions ne sont pas scrupuleusement respectées, comme d’ailleurs s’il y a des photocopies de livres sous droit d’auteur, je m’en fous un peu ; par contre quand c’est des entreprises qui défendent par ailleurs vaillamment leur propriété intellectuelle qui ne respectent pas ces conditions, ça m’énerve un peu plus.)

Évidemment, les mêmes principes s’appliquent pour reproduire un texte sur Internet, par exemple si vous avez un blog ou un site. Cela dit, l’intérêt pour le partage à l’identique me paraît dans ce cas un peu plus limité, puisqu’un lien direct vers l’œuvre marche aussi bien et permet de pointer vers la dernière version.

Créer une œuvre dérivée

Maintenant, imaginons que quelqu’un (appelons-le Rudy Gaylord) trouve cool le texte Dykes vs Bastards. Seulement, il le trouverait encore mieux si, au lieu d’avoir un gang de lesbiennes motardes, c’était un groupe de gays skinheads. Il décide donc de modifier l’œuvre (soit en modifiant le fichier Markdown, soit en passant le tout sous LibreOffice, il fait bien ce qu’il veut). Le résultat lui plaît, et il décide de le publier sur son blog. Qu’est-ce qu’il doit faire pour respecter la licence ?

Évidemment, avec la condition de ShareAlike (« Partage dans les mêmes conditions » en français mais c’est plus long), il faut que cette œuvre soit publiée sous la même licence, comme pour le cas ci-dessus. Le problème est surtout : qui est l’auteur de l’œuvre, et comment indiquer la « paternité » et les contributions de celle-ci ?

D’un point de vue juridique, la licence Creative Commons Attribution-ShareAlike vous impose deux contraintes :

  • identifier l’auteur original ;
  • indiquer que l’œuvre a été modifiée.

Elle donne aussi la possibilité à l’autrice de l’œuvre originale de demander à ce que son nom soit supprimée de l’œuvre dérivée. C’est un peu une sorte de « droit moral » allégé, qui ne permet pas d’interdire une publication sous prétexte qu’elle ne respecte pas la volonté de l’autrice, mais qui lui permet tout de même de ne pas être rattachée à quelque chose qu’elle ne cautionne pas.

En terme de notice légale, et à moins d’une demande de « répudiation » de la part de l’autrice, cela pourrait prendre par exemple la forme du texte suivant :

Ce texte est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution - Partage dans les Mêmes Conditions 4.0 International. D’après Dykes VS Bastards, par Lizzie Crowdagger, modifié par Rudy Gaylord (qui en a fait une histoire gay au lieu d’une histoire lesbienne).

En revanche, j’avoue que je suis un peu plus dans le flou pour ce qui est du titre de l’œuvre et de ce qu’il faut mettre pour le ou les auteurs (sur une couverture, notamment), et j’ai eu du mal à trouver des informations sur ce sujet. Pour moi, avec de telles modifications, qui ne sont pas juste de forme, il est capital de s’assurer que personne ne puisse croire que cette œuvre est émise ou « approuvée » par l’autrice originale (qui n’a peut-être même pas connaissance de son existence), donc il est impensable pour moi que l’autrice de l’œuvre originale soit présentée comme autrice de l’œuvre dérivée, en lui laissant la charge de contacter la personne qui a réalisé cet adaptation si cela ne lui va pas.

La solution qui me paraît la plus raisonnable est donc d’avoir en « auteur » du livre quelque chose comme « Rudy Gaylord, d’après une œuvre de Lizzie Crowdagger » ; avoir quelque chose comme « Lizzie Crowdagger, Rudy Gaylord » ou, encore pire, « Lizzie Crowdagger » m’embêterait beaucoup, puisque ça sous-entendrait que j’ai validé un texte dont je ne connais même pas l’existence.

Même si je ne pense pas que ce soit forcément obligatoire, il me paraît également préférable dans ce genre de cas de modifier le titre, pour éviter la confusion parmi les lecteurs et lectrices. Dans cet exemple précis, il n’aurait d’ailleurs plus beaucoup de sens, et gagnerait à être remplacé par exemple par Fags VS Bastards.

Le cas des traductions ou des passages vers un autre format

En soi, une traduction vers une autre langue, ou un autre format (audio, par exemple) relèvent également de l’œuvre dérivée. À titre personnel, je ferai quand même une différence sur l’attribution : dans le cas d’une traduction qui a essayé de rester raisonnablement fidèle à l’original (certes avec des choix qui viennent de la traductrice, mais sans réécrire l’œuvre), ça ne pose pas les mêmes problèmes de garder l’autrice originale comme autrice de l’œuvre dérivée (en ajoutant évidemment la traductrice).

Même chose lorsqu’il s’agit essentiellement de modifications sur la forme, par exemple avec une mise en page différente. Dans ce cas, on peut garder le titre et l’autrice originale, et se contenter d’afficher une notice à l’intérieur de l’œuvre :

Titre par Auteur Original est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution - Partage dans les Mêmes Conditions 4.0 International. Mise en page modifiée par Nouvel Auteur

ou encore :

Titre original : Titre non traduit, de Autrice Originale, traduit de la langue par Traductrice. Cette œuvre est mise à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution - Partage dans les Mêmes Conditions 4.0 International.

Conclusion

Voilà, j’espère que cet article vous aura convaincu que le partage d’une œuvre libre doit se faire en respectant les conditions fixées par la licence, et que « ce texte est libre, alors je l’ai republié sur mon blog sans dire d’où il vient, ni la licence, ni qui l’a écrit » n’est clairement pas respecter la licence ; et que vous verrez un peu mieux comment créer une œuvre dérivée à partir d’une œuvre libre sous Creative Commons.

En rédigeant ce billet, j’ai été surprise de voir qu’il y a avait si peu d’informations concrètes sur ce dernier point, et j’espère que ça comblera un peu ce manque, même si le manque de choses claires à ce sujet fait que ça ressemble plus à « ce que j’aimerais que vous fassiez avec mes textes libres, si l’envie vous prend de les modifier » qu’à une vérité universelle.


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Licence Creative Commons
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Billets connexes

Des numéros de version pour de la fiction, quelle drôle d'idée !

, 17:09

Certaines personnes auront peut-être remarqué que depuis quelques temps, en tout cas pour les versions HTML, certains des textes disponibles sur ce site se voient affubler d’un numéro de version. Par exemple, sur Une mine de déterrés , si vous scrollez tout en bas de la page, vous pourrez voir :

Une mine de déterrés , version 1.1.2 (licence : CC BY-SA 4.0)

Pour ce qui est de la licence, je me suis déjà pas mal expliquée sur les choix d’utiliser une licence libre pour une bonne partie de mes textes de fiction, je ne vais donc pas revenir dessus.

Mais ce numéro de version, c’est quoi ? Pourquoi ? Comment ? N’est-ce pas juste une lubie de geek qui applique des outils utilisés pour l’informatique là où ce n’est pas approprié ?

Je voulais donc prendre le temps d’expliquer un peu ce choix, qui peut paraître étrange.

Lire la suite...

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Textes sur Github, et réflexion plus personnelle sur l'intérêt d'une licence libre pour de la fiction

, 23:11

Création d'un compte (et de dépôts) sur Github

Cette annonce ne parlera sans doute qu'à un certain type de personnes, mais je suis quand même heureuse de vous annoncer que mes textes publiés sur ce site sont (pas encore tous, certes) maintenant également sur Github, avec pour l'instant :

Pour les gens qui ne connaissent pas Github, c'est une plate-forme de partage de code source, ce qui n'aura donc pas forcément d'intérêt pour la plupart des lecteurs et lectrices. L'objectif est cependant de pouvoir permettre un accès aux fichiers sources des textes (au format Markdown) pour rendre d'éventuelles modifications plus faciles, que ce soit :

  • si vous avez envie de faire un projet dérivé par rapport à un de ces textes (traduction, fiction interactive, version corrigée parce que vous aimez pas la fin, etc.)
  • ou simplement si vous voulez adapter un peu plus finement la mise en page : par exemple, je fournis en général une version PDF qui est au format A5[1], afin de permettre à la fois une possibilité de lire sur écran d'ordinateur et une impression au format "brochure" (avec deux pages par feuille A4)[2], mais vous pourriez avoir envie d'un autre format pour imprimer chez vous.

Merci au passage aux personnes sur Twitter qui m'ont donnée des conseils pour créer ces dépôts git à partir de mon dépôt privé en gardant l'historique correspondant aux textes en question. Ça ne m'a pas évité complètement les prises de tête, mais ça m'a encouragée à les surmonter ^^

 Réflexion sur l'utilisation d'une licence libre

La création de ces dépôts publics sur Github, ainsi que la discussion qui m'a emmenée à écrire l'article Art, licence libre, édition et capitalisme : quelques réflexions m'ont également conduite à réfléchir à quelle licence (si j'en mettais une) choisir pour ces textes.

La situation actuelle (un peu chaotique)

Actuellement, certains des textes publiés dans ces dépôts sont explicitement placés sous des licences libres. Ainsi, Pas tout à fait des hommes et Noir & Blanc sont placés sous la Licence Art Libre[3], tandis que les autres textes, eux, ne sont placés sous aucune licence, ce qui veut dire concrètement que vous n'avez pas le droit de les modifier et pas le droit de les diffuser ailleurs[4].

J'ai l'intention que ça change prochainement, pour deux raisons. D'abord, parce que ça n'a pas grand intérêt de les mettre sur Github dans le cas contraire[5] (mais j'aurais pu ne pas les mettre sur Github pour commencer). Ensuite, parce que je continue à trouver intéressant de placer des textes sous licence libre, malgré les limites que je peux trouver à ça.

Les freins à l'utilisation de licences libres

Tout d'abord, donnons les raisons qui sont à mon avis de bonnes raisons de ne pas utiliser de licence libre pour des textes de fiction. Il y a tout d'abord des raisons pour ne pas vouloir autoriser de modifications, en considérant qu'une œuvre est quelque chose de personnel, et qu'on ne veut pas voir quelqu'un d'autre la modifier. Ce n'est pas un rapport que j'ai en général avec mes textes de fiction : ça me gênerait éventuellement s'il y avait mon nom et le même titre sur la couverture d'une œuvre qui n'est plus la mienne et que je ne « valide » pas forcément, mais s'il est clair qu'il s'agit d'une œuvre différente, en soit[6] ça ne me pose pas vraiment de problème.

Ensuite, il y a ce qui est pour moi la raison majeure : c'est que ça rend le fait de trouver un éditeur très compliqué. La plupart des éditeurs n'aiment déjà pas trop avoir un texte qui n'est pas inédit[7], mais ne pas pouvoir avoir d'exclusivité[8], ça ça poserait vraiment des problèmes. C'est ce qui fait que je ne diffuserai clairement pas tous mes textes sous licence libre, parce qu'un éditeur apporte tout de même une diffusion qui n'est pas la même qu'en auto-édition (surtout pour le papier).

C'est ce qui fait aussi, paradoxalement, que je ne pense pas que le risque qu'un éditeur reprenne un de mes textes publiés sous licence libre et le diffuse sans me demander mon avis et sans me payer soit réel. Comme je l'expliquais dans mon article précédent sur ce sujet, je pense que pour un éditeur qui fait un boulot sérieux, il est plus intéressant de payer 10% de droits d'auteurs et de s'assurer ainsi que je vais faire un peu de promotion pour l'ouvrage, plutôt que de ne pas me payer et s'exposer à mon ire. Comme témoignait le président-directeur général et actionnaire majoritaire de SharkEditing, qui avait envisagé d'imprimer Pas tout à fait des hommes à 100 000 exemplaires sans me rémunérer afin de pouvoir se payer une nouvelle Porsche :

Elle ne disait rien. Elle ne menaçait pas, elle ne hurlait pas. Elle se contentait de me regarder. Et c'était pire. Ses yeux étaient comme une porte ouverte sur l'abîme, comme un tunnel ouvert vers l'Enfer. Son regard accusateur, pire que celui qui avait fixé Caïn dans la tombe, avait une intensité plus brûlante encore que les flammes qui avaient englouti ma première Porsche pendant la loi travail. J'ai senti une terreur s'emparer de moi comme je n'en avais pas connu depuis mes cauchemars d'enfance, et je me suis mis à courir en criant et pleurant, et j'ai arraché ma cravate et déchiré ma chemise, jurant de ne plus jamais penser à exploiter le travail de quelqu'un d'autre, comprenant que mon âme ne connaîtrait le repos que lorsque la propriété privée des moyens de production serait abolie.

Évidemment, c'est moins vrai pour un éditeur « vautour » qui ne chercherait pas à faire un boulot sérieux, mais à faire son beurre en vendant au format numérique de nombreux livres publiés sous licence libre. Cela dit, ce n'est pas très différent des sites de piratage[9] qui ne regardent pas spécialement si le texte est libre ou pas. Le fait qu'il y ait le droit de le faire ne change, au final, pas grand-chose.

Évidemment, je peux me tromper[10], mais dans les faits j'ai l'impression que contrairement au monde de l'informatique, jusqu'à maintenant l'exploitation commerciale de romans ou de BDs libres s'est plutôt faite soit de manière très marginale, soit avec l'accord de l'auteur.

Les raisons de le faire quand même

Voyons maintenant les raisons qui me poussent, malgré tout, à vouloir continuer à proposer des textes sous licence libre. D'abord, je dois admettre que ce n'est pas forcément évident : autant je suis convaincue non seulement de la pertinence, mais de la necessité d'utiliser des licences libres pour le logiciel, autant pour des œuvres culturelles ça me paraît plus discutable, d'autant plus pour quelque chose comme l'écriture qui reste, essentiellement, assez peu collaborative ou qui a besoin d'être adaptée. Autant il peut m'arriver d'avoir envie[11] de modifier un programme pour qu'il fasse quelque chose qui corresponde (plus) à mes besoins, autant je me suis rarement dit « ce bouquin est bien, mais ce serait mieux si la fin était différente, je pourrais la réécrire ». D'ailleurs, j'ai des bouquins qui doivent être sous licence libre depuis près de dix ans, et à ma connaissance personne n'en a fait de versions modifiées[12].

D'un autre côté, je vois quand même un certain nombre de choses qui pourraient avoir un intérêt et rentrent plus ou moins dans la notion d'œuvre dérivée, même s'il ne s'agit pas strictement de réécrire l'œuvre :

  • l'édition est peut-être celle qui se rapproche le plus de la réécriture, mais qui ne l'est pas forcément : je mets là-dedans à la fois le fait d'apporter des corrections orthographiques ou de lourdeurs, d'enlever ou de réagencer des passages, mais aussi l'aspect mise en page, ajouts d'illustrations, etc.
  • la traduction (qui entraîne forcément, aussi, une part de réécriture) ;
  • la « fanfiction », c'est-à-dire la reprise de personnages ou de l'univers pour faire d'autres histoires ;
  • l'adaptation sous d'autres formats (jeux vidéos, films, bande dessinée, etc.) ;
  • et, bien sûr, la simple reproduction sans modification (parfois avec une mise en page différente, donc ça se mélange un peu avec le premier point).

Pour le coup, même si ce n'est pas arrivé très régulièrement, j'ai déjà eu des demandes de ce genre pour des nouvelles, le plus souvent pour me demander l'autorisation de reproduire sans modification, et une fois ou deux pour des projets d'adaptation sous d'autres formats. J'ai toujours répondu positivement, mais avoir une licence (plutôt qu'une autorisation par mail ou message privé) permettrait, d'une part, d'éviter que des gens n'osent pas demander, et d'autre part de poser un cadre qui évite des conflits ou des incompréhensions[13].

Une petite remarque pour finir : licence libre, cela veut dire en autorisant les modifications et sans restriction commerciale. J'avais aussi envisagé d'autres formes de licences, plus restrictives (notamment les clauses non-commercial et non-derivative des licences Creative Commons), mais je trouve ces restrictions au finales pas forcément pertinentes :

  • En ce qui concerne l'autorisation de modifications, personnellement elle ne me gêne pas plus que ça, et les inconvénients (restriction pour trouver un éditeur, risque que quelqu'un se fasse de l'argent sur mes textes sans me payer) sont a priori les mêmes sans autoriser de modifications, donc autant les autoriser.
  • En ce qui concerne la clause « pas d'utilisation commerciale », j'avoue qu'elle pourrait me parler, car l'idée que quelqu'un se fasse de l'argent sur mes textes sans me rémunérer ne me plaît pas trop. Cependant, une telle clause bloquerait aussi des usages que je n'ai pas envie d'empêcher, comme l'impression de type fanzine dans des lieux « alternatifs ». À l'inverse[14], elle n'interdit pas quelqu'un de diffuser un texte gratuitement sur un site qui se fait de l'argent grâce à son contenu gratuit (Facebook, hébergeur de blogs avec de la publicité, etc.). Dans les faits, je ne suis pas sûre qu'il y aurait une formulation qui puisse avoir du sens d'un point de vue juridique et qui permettrait de trancher facilement entre les usages que j'estime légitimes et ceux qui me posent problème.

 La suite au prochain épisode

Voilà, tout ça pour dire ce que je vous apprenais déjà à peu près dès le début : je compte passer prochainement les quelques textes disponibles sur ce site sous licence libre. Dans le prochain article de ce feuilleton qui commence à être un peu ennuyeux[15] et n'intéressera sans doute à ce stade plus que les libristes convaincu·e·s, je réfléchirai à ce que je voudrais voir dans une telle licence, et, partant de là, quelle licence choisir, sachant (teaser) qu'aucune ne convient parfaitement à ce que je voudrais.


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Notes

[1] Bien que je ne suis pas sûre que ce soit très consistant pour tous les textes.

[2] En utilisant éventuellement un logiciel comme BookletImposer pour transformer le fichier en A4 avec deux pages A5 (et dans le bon ordre une fois les feuilles repliés) par page A4).

[3] Pas tout à fait des hommes est même sous double licence avec la GNU General Public License.

[4] Pour rajouter un peu de complexité, précisons également que la nouvelle couverture de Pas tout à fait des hommes n'est pas dans ces dépôts, puisqu'elle utilise des images tirées de sites de stock photos pour lesquelles j'ai une autorisation, mais pas le droit de refiler cette autorisation à d'autres gens.

[5] À part pour moi, puisque ça me fait un backup des données.

[6] Et ce n'est pas toujours la position que j'ai eue, ni celle que j'aurais forcément pour une œuvre plus « intime ».

[7] Avec l'argument que le texte a déjà été diffusé et a donc quelque part, trouvé son public. Assez ironiquement au vu des textes auto-édités qui sont ensuite repris par des grands éditeurs, il semblerait que ça s'applique paradoxalement plus à un texte diffusé à vingt personnes sur un blog qu'à un texte auto-édité et vendu à des centaines de milliers d'exemplaires. Allez comprendre.

[8] Et, faut-il le rappeler ? À partir du moment où on a autorisé des gens à diffuser un texte, on ne peut plus revenir sur cette autorisation et en empêcher sa diffusion.

[9] Qu'ils proposent réellement le texte ou pas, d'ailleurs ; je pense qu'un certain nombre arnaquent aussi la personne qui veut télécharger, en lui proposant juste des pages de pub sans fin ou des programmes vérolés.

[10] Et le développement du livre numérique fait que mes certitudes sont peut-être moins assurées que dans le passé.

[11] Les capacités techniques, le temps, la motivation, c'est autre chose.

[12] Certes, ce ne sont pas des non plus des best-sellers.

[13] Pour prendre un exemple, admettons qu'une dessinatrice me demande l'autorisation pour faire une BD sur son blog à partir d'une petite nouvelle et que je dise « ok, pas de problème ». La dessinatrice se met au travail et fait cette BD. Est-ce qu'elle a le droit de diffuser l'œuvre commercialement ? Ou gratuitement, mais ailleurs que sur son blog ? Est-ce que, moi, j'ai le droit de rediffuser cette BD sur mon site ? Et si, finalement, je n'aime pas cette BD, est-ce que je peux lui demander de ne pas la diffuser ? Tout ça n'est pas clair, et il vaut mieux s'assurer qu'on se comprenne bien avant que quelqu'un n'investisse de l'énergie dans un travail possiblement assez long.

[14] À condition que j'ai compris clairement le texte juridique de la licence, ce qui n'est pas tout à fait évident.

[15] Et qui contient beaucoup trop de notes de bas de page.

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