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Le Crowpack : télécharger librement et d'un seul coup tous mes romans et nouvelles publiés sous licence libre

, 21:20

(TL;DR: vous pouvez maintenant télécharger un fichier ZIP contenant l’intégralité de mes textes publiés sous licence libre ici)

Logo de Lizzie Crowdagger, écrivaine de romas de fantasy

Comme vous le savez peut-être, je publie un certain nombre de mes romans et nouvelles (la plupart de fantasy) sous licence libre, en l’occurrence la licence Creative Commons By-ShareAlike.

Cela veut dire que vous avez la possibilité de télécharger ces textes, mais également de les redistribuer et ou de les modifier sous certaines conditions (en gros, tant que ça reste sous la même licence).

Cela fait un moment que j’avais mis en place un dépôt Github pour héberger les fichiers sources de ces textes pour vous permettre d’y accéder plus facilement et éventuellement de proposer des modifications (j’ai eu ainsi quelques corrections de fautes d’orthographe, merci  ^^).

Ces derniers jours, j’ai passé un peu de temps à nettoyer ce dépôt pour faire en sorte que les noms des fichiers correspondent au titre actuel et pas à des choses qui n’avaient parfois plus rien à voir.

La conséquence de ça, c’est que ça m’a permis de réaliser une idée que j’avais en tête depuis un moment : proposer des archives ZIP contenant l’intégralité de ces textes libres.

Vous pouvez donc dès maintenant télécharger le Crowpack, c’est-à-dire une archive ZIP contenant l’intégralité de mes textes publiés sous licence libre. Il en existe trois variantes selon le format que vous préférez : PDF, EPUB ou HTML. Donc si vous ne saviez pas avec quoi remplir votre liseuse pour partir en vacances, ça peut faire un début ^^

Tous mes textes ne sont pas publiés sous licence libre, et ce pack n’inclut donc ni La chair & le sang, ni Enfants de Mars et de Vénus, ni Une autobiographie transsexuelle (avec des vampires), qu’il vous faudra donc vous procurer séparément si vous désirez les lire.

Cela dit, ça devrait quand même pouvoir faire un peu de lecture, puisque ces archives ZIP contiennent les textes suivant :

 

Je prévois de faire des mises à jour régulières de ce pack, lorsqu’il aura de nouveaux textes publiés sous licence libre ou simplement des mises à jour des textes existants.

Télécharger la version actuelle du Crowpack ici.


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Billets connexes

Les licences libres pour la fiction, intérêt et impact pour les auteurs et autrices : les slides

, 20:00

Aujourd’hui a eu lieu la conférence autour de l’intérêt et de l’impact des licences libres pour de la fiction, dans le cadre des Rencontres Mondiales du Logiciel Libre 2017. Merci à toutes les personnes présentes, et aux personnes organisant ces rencontres d’avoir accepté ma proposition de conférence ❤️

Je ferai peut-être une version plus rédigée un jour, et il est possible que les RMLL publient un enregistrement sonore, mais en attendant vous pouvez d’ores et déjà télécharger les slides que j’ai utilisés pour la présentation (au format PDF). Les sources sont disponibles au format LaTeX, sous licence CC-By-SA, sur Github.


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Billets connexes

Conférence à Saint-Étienne sur les licences libres pour la fiction, le 5 juillet, dans le cadre des RMLL

, 21:45

Je suis contente de vous annoncer (un peu tardivement) que je présenterai dans quelques jours une conférence autour des licences libres et de la fiction, dans le cadre des RMLL (Rencontres Mondiales du Logiciel Libre), qui commencent dès demain (1er juillet).

Pour plus d’informations, vous pouvez voir la fiche de présentation sur le site des RMLL.

Rencontres Mondiales du Logiciel Libre

Les Rencontres Mondiales du Logiciel Libre (RMLL) sont un cycle de conférences, d’ateliers et de tables rondes autour du Libre et de ses usages.

Elles existent depuis 2000, et ont lieu cette année pour la 17ème fois, 1er au 7 juillet. Cette année, elles se déroulent à Saint-Étienne.

Pour plus d’informations sur les Rencontres Mondiales du Logiciel Libre, vous pouvez consulter le site des RMLL 2017 .

 De quoi je vais parler

Voici la description que j’ai mise dans la fiche de présentation ; et maintenant qu’il s’agit de faire tenir tout ça en quarante minutes, je réalise que j’ai été un peu enthousiaste dans la liste de questions que je voulais aborder, mais je vais faire de mon mieux.

Si certain·e·s auteurs et autrices sont enthousiasmé·e·s par les idées de licences libres, force est de constater que ce n’est pas le cas de tout le monde. Il faut dire que la situation de beaucoup d’auteurs et d’encore plus d’autrices est précaire, et que la perspective que des éditeurs puissent publier une œuvre sans avoir à payer de droits d’auteurs a de quoi inquiéter. De fait, les débats entre « libristes » et « auteurs » (forcément deux camps bien distincts) sont régulièrement houleux et révélateurs de tensions (comme par exemple après la publication de Glénat de la bande dessinée Pepper&Carrot, publiée sous licence libre).

Parallèlement, le monde de l’écriture est en pleine mutation : développement du numérique (certes d’une manière qui chamboule moins le paysage que les évolutions qu’ont connu les domaines de l’audiovisuel), émergence de l’auto-édition et du crowdfunding, popularité des fanfictions… Autant de choses qui rendent moins impensable une conciliation entre licences libres et l’objectif de tirer des revenus de sa plume. Mais, en même temps, qui permettent aussi le développement de technologies pour rendre le lecteur ou la lectrice capti·f·ve et contrôler ses usages.

Au cours de cette conférence, j’aimerais m’interroger (à défaut des réponses tranchées) sur les questions suivantes :

  • Est-il pertinent de calquer les idées de licence libre qui sont avec le logiciel sur de l’art ?
  • Les licences libres nuisent-elle aux auteurs (individuellement et collectivement) ? Sont-elles du pain béni pour des éditeurs peu scrupuleux ?
  • Le développement de l’auto-édition est-elle une force d’émancipation pour les auteurs ? Ou, au contraire, s’inscrit-elle dans une logique d’« ubérisation » ?
  • Faut-il encore défendre le fait de pouvoir vivre de l’écriture et d’en faire son métier, à l’heure où tout le monde est devenu créateur ?
  • Le libre est-il le premier pas vers la collectivisation des moyens de production, ou simplement une manière pour certains d’exploiter le travail gratuit que d’autres fournissent ?

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Tutoriel : contribuer à un projet sur Github sans taper la moindre ligne de commande

, 20:14

Dans le billet précédent, j’ai essayé d’expliquer comment partager et modifier une œuvre sous licence libre Creative Commons. Ici, je voudrais aborder un autre point : comment contribuer à une œuvre libre existante pour proposes ses modifications à l’auteur ou l’autrice, avec l’exemple en particulier de Github.

Par exemple, les fichiers sources, au format Markdown, d’un certain nombre de mes textes sont disponibles sur Github, ce qui facilite la possibilité d’y apporter une contribution ou de proposer une version dérivée. Sauf que, si vous n’êtes pas développeu·r·se informatique, il y a des chances que vous ne trouviez pas cela très simple d’accès et que votre réaction soit quelque chose comme « oh la, c’est quoi encore ce truc de geek ?! ». Pourtant, il est possible d’utiliser Github pour apporter une contribution sans avoir à taper de commandes ésotériques.

Je prends ici l’exemple de mes textes, mais il est évident que ce sera peu ou prou la même chose si vous désirez apporter des modifications à d’autres textes libres hébergés sur Github, y compris s’il s’agit de la description ou de la documentation de votre logiciel libre préféré.

À des fins didactiques (et parce que ça m’amusait), ce billet contient un certain nombre de screenshots (moches). Ils ne sont pas forcément très lisibles tels qu’affichés dans le corps du texte, mais vous pouvez cliquer dessus pour les agrandir.

Étape préalable : vous créer un compte sur Github

Avant toute chose, si vous voulez contribuer à un projet hébergé sur Github, il vous faudra vous créer un compte. Bon, ce n’est pas très compliqué : ça demande juste de choisir un identifiant, de rentrer une adresse mail et de mettre un mot de passe. La procédure habituelle, certes rébarbative mais pas outrageusement ardue.

Github est axé pour les développeurs et développeuses informatique, et cela peut être intimidant si vous n’y connaissez rien. Cela dit, rassurez-vous : vous pouvez vous contenter d’ignorer les messages du type « Built for developpers », car il est aussi possible d’utiliser un certain nombre de fonctionnalités sans avoir à écrire la moindre ligne de code ni taper la moindre commande.

Signaler un souci, émettre une suggestion, etc.

La première possibilité est de faire remonter un souci (coquilles, mauvaise mise en page, répétitions à un endroit), etc. Pour cela, il est facile d’ajouter une issue sur Github :

Ajouter une issue sur Github

Ajouter une issue sur Github

Il suffit ensuite de décrire le problème, en donnant un titre et un commentaire. Bien sûr, plus c’est détaillé, mieux c’est :

Sujet : Fautes

Ouais y’a des fautes

n’est pas très utile, alors que

Sujet : Fautes dans Pas tout à fait des hommes

J’ai repéré quelques fautes dans Pas tout à fait des hommes :

- chapitre 3: “Il l’a mordu” -> “Il l’a mordue”

- chapitre 7: “Elle a attrapé son son épée” -> “son” en double

l’est beaucoup plus.

Bien sûr, il est possible de laisser des commentaires pour autre chose que des fautes, que ce soit pour faire remarquer qu’un passage n’est pas très compréhensible, signaler un problème de lecture sur telle liseuse, ou encore demander de nouvelles « fonctionnalités » (dans le cas d’un texte de fiction, le terme peut paraître étrange, mais on peut envisager des choses comme « je trouverais ça cool que les fichiers soient disponibles au format MOBI »).

Évidemment, pour tout ça, il n’est pas nécessaire en soi de passer par Github : dans mon cas, vous pouvez aussi m’envoyer un mail, par exemple (lizzie at crowdagger point fr). L’intérêt est surtout :

  • pour les projets (plutôt logiciels) qui ont beaucoup de rapports de bug à traiter ;
  • pour les projets un peu plus collaboratifs : ça permet aux contributeurs et contributrices de voir ce qu’il y a à faire, et de proposer des changements ;
  • à titre personnel, ça me sert plutôt de « TODO list », pour noter les choses qu’il faudrait que je fasse un jour.

Proposer des changements directement sur Github

Github propose également une interface en ligne pour modifier des fichiers. C’est d’autant plus facile avec des fichiers Markdown, car c’est ce qu’utilise Github pour sa documentation.

Le plus compliqué est sans doute de repérer à quel fichier Markdown correspond à le passage vous êtes en train de lire, et cela peut demander de fouiller un peu dans les répertoires. Notamment sur des dépôts comme le mien où tout n’est pas forcément toujours très bien rangé (et encore, vous n’avez pas vu mon appart’).

Par exemple, admettons que je veuille modifier Réagir sans violence pour changer la mise en page des dialogues. Le plus compliqué est sans doute de deviner qu’il s’agit du fichier hell_butches/sigkill.md (reagir_sans_violence.md serait sans doute plus logique, certes, mais voilà).

Une fois que je suis sur la bonne page, Github propose un bouton pour éditer le document :

Éditer un document sur Github

Une fois que j’ai cliqué dessus, il est possible d’éditer le texte, au format Markdown.

Une note sur le format Markdown

Le format Markdown est juste du texte, avec quelques éléments en plus pour dire qu’il s’agit d’un titre, d’un lien, ou pour mettre en italique. Concrètement, pour des romans, il y a essentiellement deux éléments pour la mise en page, les titres et les italiques :

  • ce *mot* est en italiques, ce *groupe de mots* aussi affichera « ce mot est en italiques, ce groupe de mots aussi ».
  • pour les titres, on « souligne » le titre de chapitre en mettant des ==== à la ligne suivante :
Titre de chapitre
=============

(Si vous voulez en savoir un peu plus, vous pouvez regarder le tutoriel Markdown in 60 seconds.)

Github utilise beaucoup Markdown, et il est donc possible de prévisualiser les modifications pour voir si le résultat correspond bien à vos attentes.

Prévisualiser les modifications sur Github

Cette fonctionnalité montre également les changements que vous avez apportés au fichier :

Changements apportés sur fichiers sur Github

Soumettre les modifications

Une fois satisfaite des modifications, je peux les soumettre à l’autrice[1] en remplissant le mini-formulaire en bas de la page :

Soumettre les modifications sur Github

Il ne me reste plus alors qu’à vérifier vite fait les modifications apportées, et je peux créer une pull request (en gros une proposition de modification toute automatisée, qui peut être acceptée d’un clic) qui sera envoyée à l’autrice.

Envoyer la Pull Request

Encore une dernière étape pour valider le texte du commentaire, et voilà, la contribution est envoyée, et l’autrice n’a plus qu’à la valider ![2]

À quel moment devient-on co-auteur (co-autrice) ?

On a jusque là uniquement parlé de l’aspect technique de la contribution. Il me semble pourtant que les aspects juridiques sont importants, et méritent d’être abordés. Et notamment la question : à partir de quel moment avez-vous un statut de « co-auteur » sur le texte final (à supposer, évidemment, que la contribution soit acceptée) ?

Je ne suis pas juriste, mais si je comprends bien les choses, le critère est qu’il y ait un aspect « créatif » à la contribution. Par exemple, corriger des fautes d’orthographe ne rentre pas dans cette catégorie, pas plus que mon exemple précédent sur la mise en page des dialogue. En revanche, à partir du moment où il y a, par exemple, rédaction d’un paragraphe supplémentaire, il y a dans ce cas une contribution « créative », et vous devenez, dans ce cas, co-autrice ou co-auteur du texte final.

Même si ce n’est pas toujours formalisé explicitement, il est en général admis qu’à partir du moment ou vous envoyez une contribution à un projet libre, vous acceptez que votre contribution soit également distribuée sous les conditions de la (ou des) licences du projet (en l’occurrence pour mes textes libres, Creative Commons Attribution - Partage dans les Mêmes Conditions 4.0 International).

À partir de ce moment là, vous êtes donc sur un pied d’égalité avec l’autrice de l’œuvre original : vous pouvez, comme elle, distribuer l’œuvre de votre côté (y compris, selon les licences, de manière payante). S’il s’agit (comme c’est le cas ici) d’une licence dite copyleft, vous n’êtes pas libre, en revanche, de distribuer l’œuvre de manière privatrice, mais l’autrice de l’œuvre originale ne peut pas le faire non plus (à moins évidemment de retirer votre contribution et de revenir à une œuvre dont elle est l’unique autrice).

Par exemple, à l’heure actuelle, je peux aller voir un éditeur, lui montrer Pas tout à fait des hommes, lui proposer de faire ensemble quelques modifications à l’œuvre et de diffuser cette version avec un contrat d’exclusivité[3]. Si vous contribuez à ce livre en réécrivant des passages, en ajoutant des scènes, etc., je n’aurais plus le droit de le faire (du moins sans votre accord).

Ça peut paraître un peu du pinaillage juridique, mais je pense que c’est important, car c’est ce qui met un garde-fou important (même s’il reste relatif) à l’exploitation du travail gratuit des contributeurs et contributrices.

Parfois, certains projets demandent, avant d’envoyer une contribution, de signer par ailleurs une cession de droits envers l’auteur original (ou une entreprise ou une association), ce qui lui permet ainsi une plus grande flexibilité pour pouvoir changer de licence pour le projet. Je ne suis pas très fan de ce genre de procédé[4], qui casse l’égalité entre les contribut·eur·rice·s, et fait, je trouve un peu rentrer la contribution dans le domaine du travail gratuit plus que de la collaboration.

Quand contribuer, et quand créer une œuvre dérivée ?

Cette question n’est pas forcément spécifique aux textes, mais peut aussi s’appliquer aux programmes : à quel moment faut-il plutôt essayer de contribuer à l’œuvre originale, et à quel moment vaut-il mieux créer une œuvre dérivée (ou un fork dans le monde du logiciel) ?

Évidemment, ça dépend un peu de chaque personne, mais j’aurais tendance à dire :

  • Pour des modifications mineures, dont on sait clairement qu’il y a des chances qu’elles soient acceptées (correction de fautes d’orthographe, bugfixes), il paraît plus constructif de contribuer à l’œuvre originale ; à vrai dire, si quelqu’un publiait une version modifiée d’un de mes textes libres en disant « celle-là est mieux, j’ai corrigé plein de fautes » et en me laissant galérer à essayer de trouver ce qu’il a corrigé, je l’aurais un peu mauvaise (sauf bien sûr s’il m’a envoyé les modifications mais qu’il s’agit d’un vieux texte sur lequel je n’ai plus envie d’accorder la moindre énergie).
  • Pour des modifications d’importance, dont on n’est pas certain que l’autrice va vouloir les intégrer (réécriture d’une partie de l’histoire, ajouts de paragraphes, ajout ou modification de fonctionnalités pour un logiciel), on peut toujours les soumettre, mais tout en ayant en tête qu’elles seront peut-être rejetées parce qu’il est possible qu’elle soient incompatibles avec une certaine vision du projet.
  • Parfois, un effet, il y a en effet des visions divergentes d’une même œuvre ou d’un même logiciel. C’est l’intérêt du libre de pouvoir permettre qu’elles coexistent, plutôt que de donner tout le pouvoir à la personne qui détient les droits originaux. Dans ce cas, il est logique de créer une œuvre dérivée plutôt que d’essayer à tout prix de concilier deux visions inconciliables (pour reprendre mon exemple du début : histoire lesbienne ou histoire gay, ou encore : logiciel qui fait plein de chose ou logiciel qui se spécialise sur quelque chose de précis et ne cherche pas à gérer le reste).

Conclusion

J’espère aussi vous avoir un peu convaincu·e que contribuer à un projet libre n’est pas aussi compliqué que cela peut le sembler. J’ai personnellement mis longtemps avant d’oser envoyer des pull requests sur Github, mais avec l’interface Web, cela peut se faire de manière plutôt simple lorsqu’il s’agit de corriger des fautes, des liens cassés ou de reformuler une phrase pas très compréhensible, et cela ne requiert en fait aucune compétence en informatique.


Notes

[1] Qui, dans ce cas précis, n’est autre que moi-même, certes.

[2] Ce qu’elle a d’ailleurs fait très rapidement, à croire qu’elle savait qu’elle allait recevoir une telle contribution.

[3] C’est d’ailleurs plus ou moins ce que je fais, sans le côté exclusivité : en effet, la couverture des versions de ce roman distribuées sur Amazon, Kobo, etc. n’est pas sous licence libre, et pour cette raison l’ebook distribué sur ces plate-formes n’est pas sous licence CC-BY-SA.

[4] Même si je nuancerais quand même un peu selon le destinataire : j’aurais moins de mal à signer cette clause pour la Free Software Foundation que pour Google.


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Billets connexes

(Re)Publication de 17 textes sous licence Creative Commons BY-SA

, 18:22

Histoire que mes derniers articles sur les licences libres et la fiction n'aient pas été que du vent, je me suis attelée à la tâche de republier les textes déjà disponibles sur ce site sous licence libre. Au départ, je pensais me limiter à quelques uns, et rester sous le copyright classique pour les autres, et puis je me suis dit : pourquoi faire dans la demi-mesure ?

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Quelle licence libre (ou pas) choisir (pour de la fiction) ?

, 15:17

Ce texte est le dernier d'une trilogie de posts[1] qui parlent de licence libre pour la fiction, le premier étant Art, licence libre, édition et capitalisme : quelques réflexions et le second Textes sur Github, et réflexion plus personnelle sur l'intérêt d'une licence libre pour de la fiction.

Au départ, je voulais juste lister les différentes choses que j'aimerais voir dans une licence libre idéale, et dire laquelle j'allais choisir pour mes textes. Mais au final je me suis dit que ça pouvait être intéressant aussi de rappeler le type de clauses qu'on peut trouver dans ce genre de licences, parce qu'au vu des débats de ces derniers jours concernant (toujours) la publication par Glénat d'une BD « opensource », j'ai l'impression qu'il y a des choses qui ont été soit incomprises, soit négligées.

Cet article a aussi pour objectif de servir de base non pas pour que je rédige ma propre licence, mais pour préciser l'intention dans laquelle je diffuse certains textes sous ce type de licence. Si je me sens un peu poussée à faire ça, c'est aussi parce qu'au cours d'un certain nombre de discussions par rapport à l'édition par Glénat de la BD Pepper & Carrot (diffusée sous licence libre), j'ai été un peu irritée de lire à plusieurs reprises que critiquer l'utilisation d'une œuvre par une grande entreprise revenait à critiquer le choix de licence de l'auteur, ou que quelqu'un qui placerait une création sous licence libre devrait bien accepter un usage légal qui en est fait puisqu'il ou elle l'autorise. Ma position, c'est qu'il est impossible de mettre dans une licence tous les usages que je ne souhaiterais pas voir faits d'une création (que ce soit parce qu'il est difficile de les prévoir exhaustivement, et parce qu'il y a des chances que ces clauses soient jugées trop arbitraires, floues, etc.) mais que ça ne veut évidemment pas dire que je m'interdis le droit de critiquer un tel usage si je juge qu'il est néfaste (que ce soit pour moi, pour la société, pour les petits chats, etc.).

Voilà, ceci étant dit, je vais lister quelques clauses qui me semblent importantes dans une licence libre.

Note

[1] Oui, j'ai bien conscience que c'est parfaitement ridicule et outrancièrement pompeux de parler de trilogie pour des billets de blog.

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Textes sur Github, et réflexion plus personnelle sur l'intérêt d'une licence libre pour de la fiction

, 23:11

Création d'un compte (et de dépôts) sur Github

Cette annonce ne parlera sans doute qu'à un certain type de personnes, mais je suis quand même heureuse de vous annoncer que mes textes publiés sur ce site sont (pas encore tous, certes) maintenant également sur Github, avec pour l'instant :

Pour les gens qui ne connaissent pas Github, c'est une plate-forme de partage de code source, ce qui n'aura donc pas forcément d'intérêt pour la plupart des lecteurs et lectrices. L'objectif est cependant de pouvoir permettre un accès aux fichiers sources des textes (au format Markdown) pour rendre d'éventuelles modifications plus faciles, que ce soit :

  • si vous avez envie de faire un projet dérivé par rapport à un de ces textes (traduction, fiction interactive, version corrigée parce que vous aimez pas la fin, etc.)
  • ou simplement si vous voulez adapter un peu plus finement la mise en page : par exemple, je fournis en général une version PDF qui est au format A5[1], afin de permettre à la fois une possibilité de lire sur écran d'ordinateur et une impression au format "brochure" (avec deux pages par feuille A4)[2], mais vous pourriez avoir envie d'un autre format pour imprimer chez vous.

Merci au passage aux personnes sur Twitter qui m'ont donnée des conseils pour créer ces dépôts git à partir de mon dépôt privé en gardant l'historique correspondant aux textes en question. Ça ne m'a pas évité complètement les prises de tête, mais ça m'a encouragée à les surmonter ^^

 Réflexion sur l'utilisation d'une licence libre

La création de ces dépôts publics sur Github, ainsi que la discussion qui m'a emmenée à écrire l'article Art, licence libre, édition et capitalisme : quelques réflexions m'ont également conduite à réfléchir à quelle licence (si j'en mettais une) choisir pour ces textes.

La situation actuelle (un peu chaotique)

Actuellement, certains des textes publiés dans ces dépôts sont explicitement placés sous des licences libres. Ainsi, Pas tout à fait des hommes et Noir & Blanc sont placés sous la Licence Art Libre[3], tandis que les autres textes, eux, ne sont placés sous aucune licence, ce qui veut dire concrètement que vous n'avez pas le droit de les modifier et pas le droit de les diffuser ailleurs[4].

J'ai l'intention que ça change prochainement, pour deux raisons. D'abord, parce que ça n'a pas grand intérêt de les mettre sur Github dans le cas contraire[5] (mais j'aurais pu ne pas les mettre sur Github pour commencer). Ensuite, parce que je continue à trouver intéressant de placer des textes sous licence libre, malgré les limites que je peux trouver à ça.

Les freins à l'utilisation de licences libres

Tout d'abord, donnons les raisons qui sont à mon avis de bonnes raisons de ne pas utiliser de licence libre pour des textes de fiction. Il y a tout d'abord des raisons pour ne pas vouloir autoriser de modifications, en considérant qu'une œuvre est quelque chose de personnel, et qu'on ne veut pas voir quelqu'un d'autre la modifier. Ce n'est pas un rapport que j'ai en général avec mes textes de fiction : ça me gênerait éventuellement s'il y avait mon nom et le même titre sur la couverture d'une œuvre qui n'est plus la mienne et que je ne « valide » pas forcément, mais s'il est clair qu'il s'agit d'une œuvre différente, en soit[6] ça ne me pose pas vraiment de problème.

Ensuite, il y a ce qui est pour moi la raison majeure : c'est que ça rend le fait de trouver un éditeur très compliqué. La plupart des éditeurs n'aiment déjà pas trop avoir un texte qui n'est pas inédit[7], mais ne pas pouvoir avoir d'exclusivité[8], ça ça poserait vraiment des problèmes. C'est ce qui fait que je ne diffuserai clairement pas tous mes textes sous licence libre, parce qu'un éditeur apporte tout de même une diffusion qui n'est pas la même qu'en auto-édition (surtout pour le papier).

C'est ce qui fait aussi, paradoxalement, que je ne pense pas que le risque qu'un éditeur reprenne un de mes textes publiés sous licence libre et le diffuse sans me demander mon avis et sans me payer soit réel. Comme je l'expliquais dans mon article précédent sur ce sujet, je pense que pour un éditeur qui fait un boulot sérieux, il est plus intéressant de payer 10% de droits d'auteurs et de s'assurer ainsi que je vais faire un peu de promotion pour l'ouvrage, plutôt que de ne pas me payer et s'exposer à mon ire. Comme témoignait le président-directeur général et actionnaire majoritaire de SharkEditing, qui avait envisagé d'imprimer Pas tout à fait des hommes à 100 000 exemplaires sans me rémunérer afin de pouvoir se payer une nouvelle Porsche :

Elle ne disait rien. Elle ne menaçait pas, elle ne hurlait pas. Elle se contentait de me regarder. Et c'était pire. Ses yeux étaient comme une porte ouverte sur l'abîme, comme un tunnel ouvert vers l'Enfer. Son regard accusateur, pire que celui qui avait fixé Caïn dans la tombe, avait une intensité plus brûlante encore que les flammes qui avaient englouti ma première Porsche pendant la loi travail. J'ai senti une terreur s'emparer de moi comme je n'en avais pas connu depuis mes cauchemars d'enfance, et je me suis mis à courir en criant et pleurant, et j'ai arraché ma cravate et déchiré ma chemise, jurant de ne plus jamais penser à exploiter le travail de quelqu'un d'autre, comprenant que mon âme ne connaîtrait le repos que lorsque la propriété privée des moyens de production serait abolie.

Évidemment, c'est moins vrai pour un éditeur « vautour » qui ne chercherait pas à faire un boulot sérieux, mais à faire son beurre en vendant au format numérique de nombreux livres publiés sous licence libre. Cela dit, ce n'est pas très différent des sites de piratage[9] qui ne regardent pas spécialement si le texte est libre ou pas. Le fait qu'il y ait le droit de le faire ne change, au final, pas grand-chose.

Évidemment, je peux me tromper[10], mais dans les faits j'ai l'impression que contrairement au monde de l'informatique, jusqu'à maintenant l'exploitation commerciale de romans ou de BDs libres s'est plutôt faite soit de manière très marginale, soit avec l'accord de l'auteur.

Les raisons de le faire quand même

Voyons maintenant les raisons qui me poussent, malgré tout, à vouloir continuer à proposer des textes sous licence libre. D'abord, je dois admettre que ce n'est pas forcément évident : autant je suis convaincue non seulement de la pertinence, mais de la necessité d'utiliser des licences libres pour le logiciel, autant pour des œuvres culturelles ça me paraît plus discutable, d'autant plus pour quelque chose comme l'écriture qui reste, essentiellement, assez peu collaborative ou qui a besoin d'être adaptée. Autant il peut m'arriver d'avoir envie[11] de modifier un programme pour qu'il fasse quelque chose qui corresponde (plus) à mes besoins, autant je me suis rarement dit « ce bouquin est bien, mais ce serait mieux si la fin était différente, je pourrais la réécrire ». D'ailleurs, j'ai des bouquins qui doivent être sous licence libre depuis près de dix ans, et à ma connaissance personne n'en a fait de versions modifiées[12].

D'un autre côté, je vois quand même un certain nombre de choses qui pourraient avoir un intérêt et rentrent plus ou moins dans la notion d'œuvre dérivée, même s'il ne s'agit pas strictement de réécrire l'œuvre :

  • l'édition est peut-être celle qui se rapproche le plus de la réécriture, mais qui ne l'est pas forcément : je mets là-dedans à la fois le fait d'apporter des corrections orthographiques ou de lourdeurs, d'enlever ou de réagencer des passages, mais aussi l'aspect mise en page, ajouts d'illustrations, etc.
  • la traduction (qui entraîne forcément, aussi, une part de réécriture) ;
  • la « fanfiction », c'est-à-dire la reprise de personnages ou de l'univers pour faire d'autres histoires ;
  • l'adaptation sous d'autres formats (jeux vidéos, films, bande dessinée, etc.) ;
  • et, bien sûr, la simple reproduction sans modification (parfois avec une mise en page différente, donc ça se mélange un peu avec le premier point).

Pour le coup, même si ce n'est pas arrivé très régulièrement, j'ai déjà eu des demandes de ce genre pour des nouvelles, le plus souvent pour me demander l'autorisation de reproduire sans modification, et une fois ou deux pour des projets d'adaptation sous d'autres formats. J'ai toujours répondu positivement, mais avoir une licence (plutôt qu'une autorisation par mail ou message privé) permettrait, d'une part, d'éviter que des gens n'osent pas demander, et d'autre part de poser un cadre qui évite des conflits ou des incompréhensions[13].

Une petite remarque pour finir : licence libre, cela veut dire en autorisant les modifications et sans restriction commerciale. J'avais aussi envisagé d'autres formes de licences, plus restrictives (notamment les clauses non-commercial et non-derivative des licences Creative Commons), mais je trouve ces restrictions au finales pas forcément pertinentes :

  • En ce qui concerne l'autorisation de modifications, personnellement elle ne me gêne pas plus que ça, et les inconvénients (restriction pour trouver un éditeur, risque que quelqu'un se fasse de l'argent sur mes textes sans me payer) sont a priori les mêmes sans autoriser de modifications, donc autant les autoriser.
  • En ce qui concerne la clause « pas d'utilisation commerciale », j'avoue qu'elle pourrait me parler, car l'idée que quelqu'un se fasse de l'argent sur mes textes sans me rémunérer ne me plaît pas trop. Cependant, une telle clause bloquerait aussi des usages que je n'ai pas envie d'empêcher, comme l'impression de type fanzine dans des lieux « alternatifs ». À l'inverse[14], elle n'interdit pas quelqu'un de diffuser un texte gratuitement sur un site qui se fait de l'argent grâce à son contenu gratuit (Facebook, hébergeur de blogs avec de la publicité, etc.). Dans les faits, je ne suis pas sûre qu'il y aurait une formulation qui puisse avoir du sens d'un point de vue juridique et qui permettrait de trancher facilement entre les usages que j'estime légitimes et ceux qui me posent problème.

 La suite au prochain épisode

Voilà, tout ça pour dire ce que je vous apprenais déjà à peu près dès le début : je compte passer prochainement les quelques textes disponibles sur ce site sous licence libre. Dans le prochain article de ce feuilleton qui commence à être un peu ennuyeux[15] et n'intéressera sans doute à ce stade plus que les libristes convaincu·e·s, je réfléchirai à ce que je voudrais voir dans une telle licence, et, partant de là, quelle licence choisir, sachant (teaser) qu'aucune ne convient parfaitement à ce que je voudrais.


Si vous aimez ce que j'écris et que vous voulez me soutenir financièrement, il y a une page Tipeee où vous pouvez vous abonner à partir d'1€ par mois. En contrepartie, vous aurez accès à mes prochains textes de fiction en avant-première.


Notes

[1] Bien que je ne suis pas sûre que ce soit très consistant pour tous les textes.

[2] En utilisant éventuellement un logiciel comme BookletImposer pour transformer le fichier en A4 avec deux pages A5 (et dans le bon ordre une fois les feuilles repliés) par page A4).

[3] Pas tout à fait des hommes est même sous double licence avec la GNU General Public License.

[4] Pour rajouter un peu de complexité, précisons également que la nouvelle couverture de Pas tout à fait des hommes n'est pas dans ces dépôts, puisqu'elle utilise des images tirées de sites de stock photos pour lesquelles j'ai une autorisation, mais pas le droit de refiler cette autorisation à d'autres gens.

[5] À part pour moi, puisque ça me fait un backup des données.

[6] Et ce n'est pas toujours la position que j'ai eue, ni celle que j'aurais forcément pour une œuvre plus « intime ».

[7] Avec l'argument que le texte a déjà été diffusé et a donc quelque part, trouvé son public. Assez ironiquement au vu des textes auto-édités qui sont ensuite repris par des grands éditeurs, il semblerait que ça s'applique paradoxalement plus à un texte diffusé à vingt personnes sur un blog qu'à un texte auto-édité et vendu à des centaines de milliers d'exemplaires. Allez comprendre.

[8] Et, faut-il le rappeler ? À partir du moment où on a autorisé des gens à diffuser un texte, on ne peut plus revenir sur cette autorisation et en empêcher sa diffusion.

[9] Qu'ils proposent réellement le texte ou pas, d'ailleurs ; je pense qu'un certain nombre arnaquent aussi la personne qui veut télécharger, en lui proposant juste des pages de pub sans fin ou des programmes vérolés.

[10] Et le développement du livre numérique fait que mes certitudes sont peut-être moins assurées que dans le passé.

[11] Les capacités techniques, le temps, la motivation, c'est autre chose.

[12] Certes, ce ne sont pas des non plus des best-sellers.

[13] Pour prendre un exemple, admettons qu'une dessinatrice me demande l'autorisation pour faire une BD sur son blog à partir d'une petite nouvelle et que je dise « ok, pas de problème ». La dessinatrice se met au travail et fait cette BD. Est-ce qu'elle a le droit de diffuser l'œuvre commercialement ? Ou gratuitement, mais ailleurs que sur son blog ? Est-ce que, moi, j'ai le droit de rediffuser cette BD sur mon site ? Et si, finalement, je n'aime pas cette BD, est-ce que je peux lui demander de ne pas la diffuser ? Tout ça n'est pas clair, et il vaut mieux s'assurer qu'on se comprenne bien avant que quelqu'un n'investisse de l'énergie dans un travail possiblement assez long.

[14] À condition que j'ai compris clairement le texte juridique de la licence, ce qui n'est pas tout à fait évident.

[15] Et qui contient beaucoup trop de notes de bas de page.

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, 05:44

Un article publié sur S.I.Lex, Pepper et Carrot : une bande dessinée Open Source publiée chez Glénat, a suscité pas mal de discussion et un peu de controverse entre libristes, aut·eur·ice·s, et aut·eur·ice·s libristes. J'avais envie de revenir dessus pour tenter de formuler mes réflexions un peu plus clairement que sur Twitter, parce que je pense que ça soulève des questions intéressantes.

Histoire du logiciel libre

Avant de parler de ce cas précis, revenons un peu en arrière pour examiner ce que le principe d'une licence libre, ce qui veut dire parler un peu d'où a émergé l'idée, c'est-à-dire du monde du logiciel.

À l'époque préhistorique où l'informatique n'était qu'émergente, la plupart des programmes circulaient sous forme de code source sans qu'il y ait vraiment d'attention porté à la propriété du code, pour différentes raisons : les logiciels venaient beaucoup du monde de la recherche et pas encore des industries, les systèmes d'exploitation offraient moins de sécurité mémoire ou de moyens de vérifier ce que faisait un programme donc il était préférable de pouvoir regarder le code source pour s'assurer que ça n'allait pas tout faire péter, etc.

Ensuite, les choses ont commencé à changer, il y a eu l'idée qu'un programme appartenait à une entreprise et que n'importe qui n'avait pas à mettre son nez dedans pour regarder comment c'était foutu et éventuellement l'adapter à ses besoins.

Cela dit, ça posait des problèmes. Parmi ceux-ci, il y a l'histoire d'une imprimante qui ne pouvait pas être réparée parce que le code source du logiciel n'était pas disponible. En 1983, le projet GNU (GNU is Not Unix) naît, impulsé par Richard Stallman, et la Free Software Foundation est créée en 1985. Celle-ci se donne comme objectif d'assurer quatre libertés fondamentales à l'utilisat·eur·rice d'un programme informatique :

  1. La liberté d'utiliser le programme comme tu en as envie et pour faire ce que tu veux ;
  2. La liberté d'étudier comment ce programme marche, et notamment pour ça d'accéder à son code source ;
  3. La liberté de redistribuer des copies pour que tu puisses aider ton voisin (c'est comme ça que c'est dit) ;
  4. La liberté de distribuer des copies des versions modifiées que tu as faites.

Par ailleurs, l'idée est de lutter pour que tous les logiciels soient libres. C'est pour ça que la GNU General Public License (GPL), favorisée par la Free Software Foundation inclut une clause « virale » de copyleft : tu as le droit de redistribuer le logiciel, et sous des versions modifiées, mais à condition de donner les mêmes droits à l'utilisatrice, c'est-à-dire, sous la même licence.

Logiciel libre VS Open-source

Le projet GNU va connaître un certain succès, notamment lorsque le noyau Linux sort et permet en utilisant les deux ensemble d'avoir un système d'exploitation complet capable de faire fonctionner votre ordinateur : GNU/Linux, et qui est maintenant disponible avec plein de distributions différentes et ne nécessite plus un bac+5 en informatique pour être utilisable.

À la fin des années 90, le terme open-source commence à être utilisé. Sur un plan purement technique, il n'y a pas de différence fondamental avec le logiciel libre : une licence open-source est libre, une licence libre est open-source. En revanche, les motivations qui sont derrières sont différentes : là où le but du logiciel libre était de libérer l'utilisateur, l'open-source met surtout en avant un modèle coopératif qui marche mieux, qui permet aux entreprises de développer plus rapidement du code plus performant. Là où les défenseurs et défenseuses du logiciel libre poussent pour que le code distribué soit sous licence copyleft, pour assurer qu'une version modifiée ne puisse être « verrouillée », le camp de l'open-source insiste que ce n'est pas négatif, et que cela peut pousser les entreprises à contribuer à la version originale (mainstream) du projet tout en commercialisant sous licence propriétaire une version modifiée. Des tas de boîtes ont maintenant inclu ça dans leur business model en publiant une partie de leurs programme sous licence open-source : Google, Apple, et même Microsoft.

Un peu d'analyse politique en terme d'exploitation

Ni le logiciel libre, qui vise uniquement la liberté de l'utilisat·eur·rice, ni l'open-source, plus corporate friendly, ne se posent la question de l'exploitation que peut ou pas engendrer ces licences. Dans les deux cas notamment, rien n'interdit à quelqu'un de commercialiser le programme : une licence qui ne permet pas une utilisation ou une diffusion commerciale n'est pas libre.

En revanche, en favorisant des licences qui n'incluent pas de clause copyleft, l'open-source favorise l'exploitation des contributeurs et contributrices, et je pense que c'est d'ailleurs un des objectifs : si j'utilise une bibliothèque open-source de MegaCorp, et que je propose une amélioration qui correspond à mes besoins, et que cette entreprise peut ensuite utiliser cette amélioration dans les logiciels propriétaires qu'elle commercialise, alors de fait j'ai fait du travail gratuit pour MegaCorp. La clause de copyleft n'empêche pas cette exploitation, mais elle la minore un peu : au moins, je sais que les améliorations que j'ai pu apporter ne seront utilisées que dans des logiciels libres, que je pourrais à mon tour utiliser et améliorer. Ça n'empêche pas la boîte de faire de l'argent sur mon travail, mais au moins en contrepartie je peux utiliser ses améliorations à mon travail.

Malheureusement, cette question de l'exploitation est rarement abordée dans le milieu FLOSS (Free, Libre & Open-Source Software). Pire (oui, j'ai un point de vue orienté sur le sujet), j'ai l'impression que ces dernières années le courant open-source est devenu plus majoritaire et que les licences les plus populaires sont celles qui ne mettent aucun verrou sur des dérivés propriétaires par des entreprises.

Les licences libres pour l'art et la culture

À côté de ça, les licences libres ou open-source se sont étendues en dehors du monde de l'informatique, et on a vu l'apparition (entre autres) d'abord de la GNU Free Document License (FDL), utilisée d'abord pour les documentations techniques du projet GNU, puis par Wikipedia (et par d'autres projets, évidemment), puis des licences Creative Commons, qui sont une famille de licences dont certaines sont libres, d'autres pas (les clauses « pas d'utilisation commerciale » et « pas de modification » ne sont pas libres), certaines avec une clause copyleft (« partage dans les mêmes conditions »), d'autres pas.

On notera que la définition des quatre libertés ne peut pas s'appliquer exactement de la même manière que pour les logiciels : la question de la liberté d'utilisation ou de la liberté d'étudier l'œuvre ne s'appliquent pas vraiment pour un roman ou une bande dessinée[1]. Les libertés de pouvoir redistribuer l'œuvre et de la modifier restent pertinentes, et personnellement je trouve intéressant que des romans, des bandes dessinées, etc. soient diffusés sous ces licences. Je l'ai d'ailleurs fait moi-même, avec Pas tout à fait des hommes et Noir & Blanc, diffusés sous la plus très populaire Licence Art Libre.

Cependant, je pense que la situation n'est pas forcément la même que l'informatique. D'abord parce qu'un roman sous droit d'auteur classique n'est néfaste comme un logiciel propriétaire peut l'être (un roman ne risque pas de supprimer toutes vos données personnelles, d'envoyer votre numéro de carte bleue ou d'avoir une backdoor de la NSA[2]). Ensuite l'aspect collaboratif n'a en général pas la même ampleur (le simple programme affichant « Hello, world! » implique déjà l'utilisation de bibliothèques écrites par d'autres personnes et pour lesquels des problèmes de licence peuvent potentiellement se poser, alors qu'il est possible d'écrire tout un cycle de fantasy sans avoir à utiliser la moindre ligne écrite par quelqu'un d'autre). Et je pense aussi que la situation financière des auteurs/autrices et celle des informaticien·ne·s n'est en général pas la même, ce qui fait que je peux comprendre que des auteurs et autrices ne voient pas forcément d'un bon œil l'annonce d'« une bande dessinée Open Source publiée chez Glénat ».

Où on finit enfin par revenir au sujet

Examinons donc un peu cette situation. Il y a une personne, David Revoy, qui a publié une bande dessinée, Pepper & Carrot, sous licence CC-BY, donc licence open-source sans clause de copyleft. Cette bande dessinée a un certain succès, a connu des traductions grâce au fait que la licence soit libre, et permet a son auteur de gagner pas mal d'argent grâce à du financement participatif. Et c'est plutôt bien, tant mieux pour lui.

Là où le titre de l'article Une bande dessinée Open Source publiée chez Glénat est un peu trompeur, c'est que Glénat ne publie pas vraiment une version open-source, mais, grâce à l'absence de clause copyleft, une version légèrement différente pour justifier une certaine plus-value. Cette version n'est pas libre ni open-source.

Donc, est-ce qu'il y a vraiment à se féliciter de ça ? Je ne trouve pas. Plus qu'autre chose, ça s'inscrit dans la tendance de pas mal de gros éditeurs à se reposer sur des œuvres qui connaissent le succès par d'autres biais plutôt que d'aller faire leur boulot de découverte. Si Glénat avait publié une BD sous licence libre qui était diffusée sur une page web à 20 vues par mois, peut-être que je pourrais saluer leur travail, mais là je ne vois rien de bien enthousiasmant.

Je ne trouve pas non plus que la décision de Glénat de rétribuer l'auteur (350€ par mois) ou d'avoir modifier l'œuvre en concertation avec lui alors qu'ils n'étaient pas obligés soit particulièrement généreuse. J'imagine que Microsoft paie ses développeurs plus que le salaire minimal sans y être obligés, mais dans les deux cas je doute que ce soit uniquement par bonté d'âme.

On revient pour le coup sur la différence entre logiciel et roman ou BD : contrairement au logiciel, une BD ou un roman reste associé·e fortement à un, ou deux, ou éventuellement trois auteur/autrice(s) et peu à l'éditeur. Ce n'est donc pas dans l'intérêt d'un éditeur qui veut diffuser un bouquin à une échelle un peu importante de ne pas s'assurer la coopération de l'auteur. Pourquoi risquer que des médias mettent en avant que l'auteur ne gagne rien sur l'œuvre, celui que l'auteur décourage d'acheter la version papier, alors que pour quelques dollars de plus tu peux faire en sorte qu'il fasse de la promo et t'assurer en prime une image positive ?

Bref, autant en tant que « libriste » je suis plutôt contente du succès de cette BD et que son auteur puisse en vivre comme ça, autant je ne comprends pas vraiment comment cette publication par Glénat peut être vue comme quelque chose de génial ni même de spécialement novateur (après tout, les éditeurs publient depuis longtemps des livres dont le contenu est dans le domaine public et donc « open-source » de fait).

Après, en tant qu'autrice, je ne pense pas non plus que l'utilisation pour des romans ou des BDs de licences libres/open-sources (même sans clause copyleft) soient vraiment une grosse menace pour les revenus, même si ça venait à se répandre. Pourquoi prendre le risque que l'auteur/l'autrice refuse de faire la promo, voire fasse de l'« anti-promo », alors qu'il y a tellement moyen de jouer sur le « vous avez de la chance d'être édité·e » pour s'assurer de son soutien, de son temps pour faire des dédicaces, etc. sans que ça coûte tellement plus cher ? Je pense que le vrai problème, il n'est pas dans l'utilisation des licences libres, mais dans cette idée que le moindre sou que dépense un éditeur pour l'auteur est un acte de générosité.

Je trouve que sur ce coup-là, la rémunération de Glénat est bien faible par rapport au nombre d'exemplaires tirés et ce qu'une avance et une part de droits d'auteurs décentes devraient être s'il y avait un contrat classique ; mais d'un autre côté, ce n'est pas un contrat d'édition classique qui garantit la décence de la rémunération, puisque des droits d'auteurs minimes, des avances inexistantes (voire des droits d'auteurs qui ne sont payés que si une certaine somme ou un certain nombre de livres vendus sont dépassés, donc l'équivalent d'une avance négative), c'est des pratiques qu'on trouve ailleurs, qui sont tout à fait légales, et où pour le coup l'auteur cède en plus tous ses droits sur ce qu'il a fait, donc ne peut pas gagner d'argent ailleurs (sur cette œuvre). Est-ce qu'il faut encenser Glénat parce qu'il y a d'autres éditeurs qui font pire ? Certainement pas. Mais je ne pense pas non plus que les auteurs et autrices devraient craindre spécialement que l'utilisation de licences libres se répande.

Après, c'est évident que l'émergence de l'auto-édition, d'autres formes de financement, (qui marchent plus ou moins bien), du numérique, les changements dans les modes d'impression, tout ça bouleverse un peu le jeu et qu'il y en a à qui ça va profiter et d'autres qui payer les pots cassés.

Est-ce qu'en soit cette évolution est positive ou pas ? Je pense que ce n'est pas vraiment la question. Dans un article sur les licences libres, je devrais peut-être citer Richard Stallman, mais là-dessus je pense que c'est deux autres barbus qui s'expriment le mieux :

La bourgeoisie n’existe qu’à la condition de révolutionner sans cesse les instruments de travail, par conséquent le mode de production, par conséquent tous les rapports sociaux. La conservation de l’ancien mode de production était, au contraire, la première condition d’existence de toutes les classes industrielles précédentes. Ce bouleversement continuel des modes de production, ce constant ébranlement de tout le système social, cette agitation, cette insécurité éternelles, distinguent l’époque bourgeoise de toutes les précédentes. Tous les rapports sociaux traditionnels et profondément enracinés, avec leur cortège de croyances et d’idées admises depuis des siècles se dissolvent ; les idées et les rapports nouveaux deviennent surannés avant de se cristalliser. Tout ce qui était stable est ébranlé, tout ce qui était sacré est profané, et les hommes sont forcés enfin d’envisager leurs conditions d’existence et leurs relations mutuelles avec des yeux désillusionnés.

(Karl Marx et Friedrich Engels, Manifeste du parti communiste, traduction de Laura Lafargue, citation prise sur Wikisource)

Notes

[1] Quoique, avec les DRM qui veulent interdire de faire ce qu'on veut des livres numériques qu'on a achetés, ça peut se discuter.

[2] Là encore, avec les livres numériques sous DRM, ce n'est pas tout à fait vrai, puisque la lecture du livre sous DRM implique l'utilisation d'un logiciel qui peut tout à fait avoir ces soucis, mais c'est un autre sujet.

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