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Lizzie Crowdagger

Blonde à forte capacité pulmonaire

Kalia est une elfe blonde à forte capacité pulmonaire.

Blonde, c’est indiscutable. Même si ses longs cheveux ne sont pas, en ce moment, très propres, ils en sont pour le moins jaune pâle ; il n’y a donc pas de doute à ce sujet.

Elfe, cela se voit moins. En fait, la seule chose qui permet de dire que Kalia en est une, ce sont ses oreilles pointues, mais elles sont en général cachées par les cheveux mentionnés précédemment. Elle n’est ni grande, ni mince, comme le sont la majorité de ses congénères ; à vrai dire, elle est plutôt petite et elle a pris quelques kilos dernièrement. En ce qui concerne l’éblouissante beauté elfique, tout est dans l’œil de l’observateur, mais il faut reconnaître que la plupart des observateurs ne semblent pas si éblouis que ça.

Quant à sa capacité pulmonaire, même si sa poitrine est significativement moins volumineuse que la moyenne des femmes adultes, elle est plutôt forte, puisque Kalia entame sa troisième minute sous l’eau et qu’elle n’a pas encore perdu connaissance.

Si elle se trouve actuellement sur le fond vaseux de la Malsaine, le fleuve qui traverse la ville de Nonry et qui mérite particulièrement son nom en aval de celle-ci, ce n’est pas parce qu’elle a envie de batifoler dans l’eau. La raison à sa présence ici, c’est qu’elle a été jetée d’un pont, pieds et poings liés, attachée à une solide barre en fonte ; et c’est, indirectement, parce qu’un homme bien habillé est venu frapper à la porte de son appartement il y a deux jours.

Lorsqu’il est entré, il a essayé de cacher sa surprise ; il n’a pas, en revanche, tenté de dissimuler son mépris devant l’impression de misère que lui inspirait la pièce.

Kalia avait essayé de transformer son logement en bureau et avait ajouté une table et une pile de documents qui donnaient un air sérieux ; malheureusement, le lit qu’on pouvait apercevoir derrière ruinait cette impression.

« C’est bien ici, qu’il y a un détective ? a demandé l’homme.

— C’est moi », a simplement répondu la jeune femme.

Elle se lançait tout juste dans le métier, à vrai dire. Elle avait été garde, avant, mais avait été mise à pied pour avoir désobéi à son supérieur. Elle avait envisagé de travailler à la forge Durfer, mais on n’avait pas voulu d’elle parce qu’elle était une femme. Alors, elle s’était dit qu’elle allait devenir détective. Même si l’homme la rendait nerveuse, elle était quelque peu soulagée de voir son premier client.

« Asseyez-vous », a-t-elle dit en passant derrière ce qui lui servait de bureau.

L’homme a jeté un regard à la chaise bancale, a hésité un moment, et s’est finalement assis dessus. Puis il a retiré son chapeau haut-de-forme et l’a posé sur ses genoux.

« Vous… n’êtes pas comme je l’imaginais, a-t-il constaté.

— Désolée, a dit Kalia en s’asseyant à son tour. Excusez le désordre, nous sommes en train de déménager notre local. »

Bien sûr, c’était un mensonge, mais cela faisait sans doute plus sérieux que « on n’a pas de quoi se payer plus qu’une planche et des tréteaux ».

« Qu’est-ce qui vous amène, alors ?

— Je m’appelle Antoine Delacour, a commencé l’homme. J’ai vu l’une de vos annonces.

— Oui ?

— Il s’agit de ma femme. Elle a disparu, il y a deux jours. »

Kalia a hoché la tête.

« Je vois.

— Si elle est partie avec quelqu’un d’autre, j’aimerais le savoir. Mais… hum, si cela pouvait ne pas s’ébruiter…

— Je comprends très bien. »

Monsieur Delacour et la jeune détective ont ensuite discuté rapidement des honoraires de cette dernière, qui se sont révélés plutôt bon marché. Il lui a alors expliqué qu’il voulait qu’elle lui remette un rapport détaillé quoiqu’elle trouve. La requête lui a semblé un peu étrange mais elle a accepté. Enfin, il lui a proposé de passer dans l’après-midi à son manoir pour commencer le travail.

Kalia a profité de l’avance que lui laissait son client pour sortir de l’appartement et aller faire un tour au marché. Avec l’argent, elle a pu se payer de la viande. Après quoi elle est revenue à son « bureau » et s’est allongée un moment sur le lit.

Une vingtaine de minutes a passé avant que quelqu’un ne frappe à la porte. Kalia attendait cette visite.

« Entre », a-t-elle dit.

La porte s’est ouverte lentement et une femme aux cheveux noirs à l’air hébété est entrée avec une démarche hésitante. Elle s’appelait Nelly.

Le moins qu’on pouvait dire à son sujet, c’est qu’elle n’était pas très vive. Elle avait en effet trouvé la mort quelques mois plus tôt. Un nécromancien l’avait ressuscitée ; enfin, plus ou moins. La plupart des cadavres ambulants étaient retournés à la poussière après le décès du sorcier, mais pour une raison obscure Nelly était restée, à défaut d’être vivante, animée. Malgré son apathie, elle devait avoir une certaine volonté de rester dans ce monde.

Elle avait erré un certain temps avant de croiser la route de Kalia et d’essayer de la manger. L’elfe avait par miracle réussi à avoir le dessus, mais elle n’avait pas pu se résoudre à la tuer pour de bon. Bien sûr, les zombies n’avaient pas d’âme, mais l’église soutenait la même chose pour les femmes et elle trouvait la raison insuffisante pour leur couper la tête. Kalia avait décidé de résoudre leur différend par la discussion et, de manière surprenante, avait fini par y arriver. Si on considérait que les grognements et les grimaces étaient une forme de discussion, évidemment.

« Referme la porte, s’il te plaît. »

Nelly a grogné et a obéi avec lenteur.

« Comment ça va ?

— Huuurrrr.

— Pareil. Je t’ai apporté à manger, au fait. »

Nelly s’est approchée du sac qui était posé sur la table et l’a ouvert avec une certaine difficulté, puis elle a dévoré les morceaux de viande crue.

« Tu penseras à nettoyer le sang, après ? a demandé Kalia.

— Huuurrr.

— Bien, a fait l’elfe en se levant. J’ai un boulot discret à mener. Je te laisse, d’accord ? »

Nelly l’a regardée en penchant la tête, avec une moue interrogative.

« Un type dont la femme a disparu, a expliqué Kalia. Bon, j’y vais.

— Accompagne ? a demandé Nelly dans un râle.

— Non. Reste là. Je t’ai dit, il faut que ça soit discret. »

Nelly a fait une nouvelle grimace. Elle ne voyait pas pourquoi l’elfe ne la trouvait pas discrète.

***

La détective a frappé à la porte d’entrée de la villa et attendu un moment. Elle n’était pas à l’aise dans le Quartier Haut. Elle n’avait pas l’habitude d’être à l’aise dans beaucoup d’endroits, mais ici, dans un quartier chic, c’était encore pire. Elle avait bien l’impression que, si ces gens vivaient dans la même ville qu’elle, ils ne vivaient pas dans le même monde.

La porte s’est ouverte sur un valet et elle a refoulé son appréhension en parcourant le jardin parfaitement entretenu alors qu’il la guidait. Elle se sentait habillée comme une clocharde par rapport au serviteur. Ce dernier l’a fait entrer dans la maison et l’a menée jusqu’au bureau de monsieur Delacour.

Le contraste avec leur première rencontre était saisissant : à elle seule, la pièce était trois fois plus grande que tout l’appartement de Kalia et, au lieu d’une planche et deux tréteaux, Delacour était derrière un véritable bureau en bois verni, sur lequel traînait un encrier en or.

Il lui a dit quelques banalités puis l’a conduite à la chambre de sa femme. Elle était grande, bien rangée, superbement décorée et pleine de meubles chers.

« Bien. Je vous laisse chercher les indices, je suppose ? »

Kalia a hoché la tête et monsieur Delacour l’a laissée seule. Elle ne savait pas vraiment par où commencer : elle était tout de même relativement débutante.

Elle a commencé par regarder à l’intérieur des armoires, même si elle ne s’attendait pas à trouver grand-chose. Elle a été surprise de voir qu’il y avait si peu de vêtements. Bien sûr, il était possible que madame Delacour ait une garde-robe réduite, mais elle avait un peu de mal à y croire.

Ou alors elle était partie avec ses affaires.

Kalia a ensuite jeté un coup d’œil à la table de nuit et aperçu un bloc-notes à côté d’un ouvrage de poésie orque. Elle a commencé par regarder le livre et a remarqué avec désappointement que c’était une traduction, pas très bonne qui plus est. Elle l’a donc reposé et s’est concentrée sur le bloc-notes.

Elle n’était vraiment pas une enquêteuse chevronnée, aussi lui a-t-il fallu près de trois minutes avant qu’elle ne pense à prendre un crayon et à le passer rapidement sur la première page, afin de voir ce qui avait été écrit sur la feuille précédente.

Le message suivant est apparu :

Raymond, mon amour,

ça y est, j’ai décidé de franchir le pas. Je t’attendrai dans ta maison d’hiver.

Je t’aime.

I.D.

Kalia en a déduit que « I.D. » voulait probablement dire « Isabelle Delacour » et elle a trouvé ironique de signer une telle lettre avec son nom d’épouse.

Ensuite, satisfaite de tout ce qu’elle avait trouvé et jugeant que cela expliquait tout, elle est allée donner ses conclusions au mari.

Celui-ci a paru à la fois affligé par la nouvelle et soulagé. Kalia s’est demandé si c’était parce que sa femme n’était pas morte ou s’il s’agissait d’autre chose.

Ensuite, il lui a donné le reste de ses honoraires en lui faisant promettre de rédiger un rapport et l’elfe est rentrée chez elle.

***

C’est au milieu de la nuit que Kalia a commencé à avoir des doutes.

Elle avait passé une partie de l’après-midi à rédiger le rapport demandé par son client puis avait décidé de faire un peu de rangement et de se coucher tôt. Elle s’était endormie, mais Nelly l’avait réveillée en rentrant, vers les dix heures du soir.

Depuis, elle n’arrivait pas à retrouver le sommeil.

C’était peut-être tout simplement dû à un manque de fatigue. Elle n’avait pas eu de réelle affaire à traiter depuis qu’elle s’était lancée et elle s’ennuyait terriblement, aussi avait-elle beaucoup dormi les jours précédents.

Cependant, elle ne cessait de se repasser cette enquête dans sa tête. Il lui semblait que tout collait trop bien.

Kalia ne réussissait jamais rien, d’habitude. Pas du premier coup, en tout cas. Pas sans dégâts. Elle n’avait pas pu résoudre un cas de disparition en un quart d’heure.

Vers onze heures, décidant qu’elle ne trouverait pas le sommeil, elle s’est levée, bien résolue à faire disparaître ses derniers doutes.

« Accompagne ? » a plus ou moins demandé Nelly.

Kalia a hésité à refuser, mais elle s’est dit qu’elles ne seraient pas trop de deux pour trouver des indices.

***

Franchir le mur d’une villa, en principe, ce n’est pas très difficile, à condition de s’y connaître un minimum en escalade, ce qui était le cas de Kalia.

En revanche, faire franchir silencieusement le mur d’une villa à une mort-vivante est un exercice délicat.

L’elfe a finalement abandonné l’idée d’apprendre les rudiments de la grimpette à Nelly et est allée lui ouvrir la porte de l’intérieur. Accessoirement, cela leur permettrait de s’enfuir plus rapidement si le besoin s’en faisait sentir.

Kalia espérait que cela ne serait pas le cas, parce que s’enfuir rapidement lorsque l’on est accompagnée d’une zombie n’est pas non plus évident.

Les deux femmes se sont dirigées discrètement vers la fenêtre de madame Delacour.

« Je pense que j’ai raté quelque chose, a chuchoté Kalia. À moins que ça ne soit notre client qui ne me l’ait caché… »

Nelly n’a pas répondu. Ce n’était pas vraiment anormal étant donné qu’elle parlait peu, mais d’habitude elle grognait légèrement pour montrer qu’elle suivait.

Kalia s’est retournée et a réalisé que la mort-vivante n’était plus là.

« Et merde ! a-t-elle lâché entre ses dents. Nelly ? Bon sang, où tu es ? »

Elle a finalement retrouvé la zombie quelques dizaines de mètres plus loin, à genoux au milieu du potager. Cela lui a pris un certain temps, à cause de l’obscurité et parce qu’elle n’avait pas envie de tomber sur un gardien en cherchant son amie.

« Nelly, a fait Kalia. Il faut qu’on y aille. »

La mort-vivante a obéi, manifestement à contrecœur, et s’est rapprochée de l’enquêtrice.

« Hé, une seconde, a demandé cette dernière. Tu es en train de manger ? »

Nelly était effectivement en train de sucer un petit os. Kalia le lui a arraché des mains. Toute personne autre qu’elle aurait alors immédiatement perdu au moins deux phalanges ; pourtant la zombie lâcha ce qu’elle tenait, se contentant d’une grimace boudeuse.

« Voyons voir, qu’est-ce que ça… »

L’elfe a étouffé un cri lorsqu’elle a réalisé que ce qu’elle tenait était un doigt humain. Elle a alors pris une grande inspiration et s’est approchée de l’endroit où s’était agenouillée Nelly, s’est baissée et a vu le reste du cadavre.

***

Le lendemain, Kalia est retournée voir monsieur Delacour. Il l’a faite patienter un moment dans un salon avant de la recevoir dans un bureau énorme. Elle s’est assise.

« Vous êtes venue me donner le rapport ? a demandé l’homme.

— Oui.

— Bien.

— J’ai… fait quelques modifications, a ajouté Kalia. Sur mes conclusions. »

Antoine Delacour a froncé les sourcils et invité la jeune femme à continuer.

« Je suis partie du postulat de base qui me paraît relativement réaliste, a-t-elle expliqué. C’est que votre femme voyait quelqu’un d’autre.

— Oui, ce Raymond. Sûrement Raymond du Puit de l’Ombre, un sale parvenu.

— Je ne sais pas, monsieur. En me basant là-dessus, j’ai émis une hypothèse hier, mais il se pourrait qu’elle ne soit pas la bonne.

— Comment cela ? Ne me faites pas perdre mon temps.

— Les vêtements de votre femme ont disparu, a repris Kalia. Cependant, rien n’indique que ce soit elle qui les ait pris. C’est comme pour le message sur le bloc-notes, il aurait pu être laissé par quelqu’un d’autre. Ce qui m’a conduit à formuler une hypothèse alternative. »

Il y a eu un petit moment de silence. L’elfe a laissé traîner le suspens un peu. Antoine Delacour n’osait pas lui demander de se presser.

« Cette hypothèse, a-t-elle finalement repris, c’est que vous avez tué votre femme. »

Ensuite, comment la jeune femme s’est retrouvée au fond de la Malsaine, une barre de fonte aux pieds, c’est assez évident. Son client était plus grand qu’elle et elle n’avait pas pris d’arme. Elle pensait qu’il se rendrait lorsqu’elle dirait avoir prévenu la garde.

Elle se trompait.

Kalia est maintenant au fond de l’eau depuis plus de trois minutes et, même si elle a une forte capacité pulmonaire, l’air commence à lui manquer sérieusement. Elle a invoqué la plupart des dieux qu’elle connaissait, mais on dirait que son sort ne les intéresse pas vraiment.

Elle profite de ses derniers instants pour essayer de comprendre l’élément qu’il lui manque toujours : pourquoi Antoine Delacour, s’il était le coupable, a fait appel à elle.

Et, alors qu’elle est sur le point de mourir, elle réalise que c’est assez évident et aussi quelque peu humiliant.

Il n’a fait appel à elle que parce qu’elle était assez incompétente pour se contenter des indices laissés sur un plateau d’argent. Elle aurait alors remis un rapport concluant à la fugue amoureuse et monsieur Delacour aurait été complètement insoupçonnable lorsque, quelques jours plus tard, des voisins auraient commencé à remarquer la disparition de sa femme.

Kalia aurait pu ne rien remarquer. Mais non, pour une fois, il a fallu qu’elle fasse preuve d’un peu de zèle et de compétence ; cela se retourne contre elle et risque fortement de lui coûter la vie.

Au moment où elle a ces idées noires, elle voit un couteau descendre du ciel, ou, plutôt, de la surface ; mais ce qui compte, ce n’est pas tant l’origine de l’objet que sa présence, qui lui offre une chance de survie pour peu qu’elle arrive à tenir un peu plus longtemps.

Elle essaie de l’attraper alors qu’il chute, mais, avec les mains liées, ce n’est pas facile et elle le rate. Le couteau tombe dans la vase. Elle essaie de l’atteindre mais n’y parvient toujours pas. La boue qu’elle a agité s’est mélangée à l’eau et elle ne voit plus rien.

Enfin, alors qu’elle se sent mourir, elle touche quelque chose de dur avec ses doigts. Elle s’entaille légèrement un index sur la lame avant de trouver le manche, mais décide que ce n’est pas important. Elle se hâte pour se libérer les mains et y parvient en quelques secondes, puis se contorsionne pour libérer ses pieds.

Elle finit par y parvenir aussi. Finalement, dans un dernier effort, elle prend appui contre le fond vaseux et remonte vers la surface. La première bouffée d’air qu’elle peut respirer est sans doute celle qu’elle a le plus appréciée au cours de son existence. L’espace d’un instant, Kalia se sent étrangement heureuse d’être en vie.

Puis elle se dirige à la nage vers le bord du fleuve, remonte sur la terre ferme et reste quelques instants allongée, sur le dos, à regarder le ciel, un sourire béat sur le visage.

Elle remonte ensuite sur la berge, lentement, s’arrêtant parfois pour tousser un peu d’eau. Puis elle revient sur le pont et aperçoit une forme agenouillée là où se trouvait Antoine Delacour lorsqu’il l’a fait passer par-dessus bord.

« Pourquoi tu as mis si longtemps ?

— Aaah. Réésisster », lui lance Nelly en se retournant.

Kalia remarque qu’elle a du sang sous la bouche. Elle s’approche un peu de la mort-vivante et découvre avec horreur le cadavre d’Antoine Delacour, dont une partie a déjà été dévorée par son amie.

« Qu’est-ce que tu as fait ? Tu l’as tué ? »

Nelly s’arrête de mâcher et hausse les épaules.

« Tu l’as tué », affirme Kalia.

La zombie secoue la tête.

« Tu ne l’as pas tué ? demande l’elfe, sceptique.

— Sui-cide », grogne Nelly, avant d’arracher un nouveau morceau de chair à feu monsieur Delacour.

« Comment ça, suicide ? Il s’est tué ?

— M’a… at-ta-quée », répond Nelly dans un nouveau râle.

Kalia soupire.

« Tu ne peux pas manger les gens ! proteste-t-elle.

— Con-nard, grogne Nelly.

— Oui, d’accord, mais ce n’est pas une raison pour le manger ! Je veux dire… »

Elle soupire à nouveau. Elle a déjà eu le débat sur l’anthropophagie avec la zombie. Le problème est qu’il est plutôt dur de débattre lorsque votre interlocuteur se contente de grogner et de faire des grimaces.

Et puis, Nelly lui a sauvé la vie, alors elle ne peut pas trop lui en vouloir, même si elle a mis un peu plus de temps que prévu avant de lui passer un couteau et si elle ne s’est pas exactement conformée au plan initial en mangeant le coupable. Quand on fait équipe avec une zombie, on ne peut pas vraiment se permettre de faire la fine bouche.

À propos de cette nouvelle

Blonde à forte capacité pulmonaire a été initialement publiée dans le second numéro de Solstice, Crimes en imaginaire, publié en 2008 par les éditions Mille Saisons. À ma connaissance, cette anthologie n’est plus disponible sur le site de l’éditeur, mais il doit toujours être possible d’en trouver des exemplaires si vous vous débrouillez bien.

Le personnage central de Kalia est par ailleurs également l’héroïne du roman Pas tout à fait des hommes ; chronologiquement, celui-ci se déroule avant cette nouvelle. Deux autres nouvelles se situent dans le même univers (mais ne partagent pas les mêmes personnages) : Une mine de déterrés et Sortir du cercueil. Vous pouvez les retrouver toutes les deux (ainsi que deux autres nouvelles) dans le recueil Sorcières & Zombies.

Pour avoir les dernières informations sur les parutions de Lizzie Crowdagger, vous pouvez :

Pour une liste plus exhaustive et mise à jour, consultez le site http://crowdagger.fr.

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