Le blog de Lizzie Crowdagger

Ici, je discute écriture et auto-édition, fanzines et livres numériques, fantasy et fantastique, féminisme et luttes LGBT ; et puis de mes livres aussi quand même pas mal
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Quelques astuces pour l'impression de fanzines

, 15:17

Articles précédents dans la série :

  1. L’auto-édition, pourquoi ?
  2. Typographie, composition et mise en page
  3. Le format EPUB

Cette fois-ci, je voudrais faire un retour d’expérience sur quelque chose qui est rarement abordé dans les conseils pour auto-édité·e·s, ce qui est un peu dommage parce que c’est quand même une méthode Do It Yourself plutôt chouette pour avoir des exemplaires papiers de ses textes (surtout pour des nouvelles) : l’impression de fanzines.

Pré-requis

Évidemment, avant d’imprimer, vous aurez besoin d’avoir une version maquettée, a priori en PDF. Il vous faudra ensuite trouver une boîte à copies (la Corep étant à ma connaissance la plus grande chaîne du genre) pour faire vos impressions. Et là… ça dépendra…

Le cas idéal

Dans le cas idéal, vous aurez une boîte à copies qui dispose d’une de ces imprimantes tout en un qui est directement capable d’imprimer des brochures. À partir d’un fichier au format A4 ou A5 au format « classique » (avec les pages dans l’ordre : 1, 2, 3, … N), elle pourra imprimer des exemplaires au format A4 plié en deux. Pas juste de les imprimer, d’ailleurs, mais aussi de les relier et de les agrafer.

Autant dire que si vous avez ça à côté de chez vous, pour l’impression de fanzines, c’est Noël. Pas besoin de s’embêter, vous pouvez lancer l’impression de cinquante fanzines à la suite, aller manger un kebab, et revenir les récupérer pliés et agrafés. Franchement, c’est le top.

L’imposition (des mains)

Maintenant, dans la plupart des boutiques où je suis allée, il faut se contenter d’imprimer en recto-verso, et plier et agrafer soi-même. Et, surtout, il faut présenter un fichier au format brochure, avec les pages dans un ordre différent pour que ça tombe bien, avec la première et la dernière page au format A5 en vis-à-vis sur la première page au format A4, la seconde et l’avant-dernière sur la deuxième, etc.

Ce procédé s’appelle apparemment l’imposition, et il y a des logiciels qui vous permettent de faire ça, comme BookletImposer en mode interface graphique, ou, sous Linux, si vous avez installé le logiciel pdfjam, avec la commande suivante :

pdfjam entree.pdf --booklet true --landscape --outfile sortie.pdf

Attention : dans le premier cas, il faudra choisir pour l’impression recto-verso « retourner sur le bord court », alors que dans le second ce sera « retourner sur le bord long ». Dans tous les cas, mieux vaut faire un premier test avec un fichier qui ne fait pas trop de pages et sans lancer l’impression à 20 exemplaires…

Et si on n’a pas de recto-verso ?

S’il n’est pas possible d’imprimer en recto-verso, il est évident que ça se complique. Si c’est juste pour tester chez vous et que vous avez une imprimante qui ne fait pas ça, normalement lorsque vous faites « imprimer » vous avez une option « imprimer les pages impaires » et « imprimer les pages paires ». Il suffit donc en théorie d’imprimer d’abord les pages impaires (ou vous pouvez commencer par paires, on s’en fout), puis de remettre les feuilles dans l’imprimante et d’imprimer les autres pages. En pratique, si vous êtes comme moi, il faudra trois ou quatre essais pour comprendre dans quel sens remettre les feuilles pour que ça marche.

La conversion au format brochure directement au moment de l’impression

Si vous avez de la chance, il est possible que les ordinateurs de votre boîte à copie aient une option pour convertir en brochure au moment de l’impression, vous pourrez donc vous passer de la partie « imposition des mains ». Cela dit, ça demande d’utiliser un ordinateur plutôt que de brancher une clé USB sur la photocopieuse/imprimante, et dans beaucoup d’endroits ça vous coûtera le double en unités sur votre carte. Donc, voilà, la conversion faite à l’avance mise sur une clé USB, ça permet des économies.

Et pour le A6 ?

Ok, là on rentre dans un monde de douleur, parce que je n’ai pas trouvé de ligne de commande ou de programme en interface graphique simple qui permettent de faire directement du A6 correctement, où il suffit ensuite de massicoter et de plier.

Le plus « simple » que j’ai trouvé est de commencer par générer votre brochure A5, comme pour l’étape précédente. Il vous faudra ensuite installer un paquet supplémentaire, pdftk, et exécuter la commande suivante pour dupliquer chaque page de la brochure :

pdftk A=brochure_a5.pdf shuffle A A output brochure_dup.pdf

(C’est peut-être possible de faire ça avec pdfjam, mais si c’est le cas je ne sais pas comment.)

Ensuite au lieu de mettre les pages dupliquées à la suite les unes des autres, on va les mettre sur une seule page, en les réduisant de moitié :

pdfjam brochure_dup.pdf --nup 1x2 --outfile brochure_a6.pdf

Cette commande correspond à une imposition en mode « paysage », si vous avez utilisée la commande pdfjam ci-dessus pour l’imposition. Si vous avez fait une imposation en mode « portrait » (en utilisant BookletImposer, par exemple), il faudra mettre --nup 2x1 (deux colonnes, une ligne) au lieu de --nup 1x2 (une ligne, deux colonnes).

Une fois que vous avez fait ça, vous avez la même brochure que votre brochure A5, mais réduite de moitié et avec deux pages par page ; vous n’avez donc plus qu’à l’imprimer, à massicoter au milieu, et à replier chacune des deux parties.

Du moins, en théorie. Si vous êtes comme moi, vous allez merder une paire de fois avant et jeter quelques centaines de pages à la poubelle, et vous dire que le format A5 c’est quand même pas si mal.

Si vous connaissez une méthode plus simple qui ne nécessite pas de passer par des lignes de commandes, n’hésitez pas à le signaler en commentaire.

La couverture

Le plus facile, pour avoir une couverture un peu jolie, est d’en faire un fichier séparé. Pour ça, j’utilise personnellement Inkscape, mais vous prenez ce que vous voulez.

Si vous voulez faire une brochure A6, une fois que vous avez votre couverture A5 (deux pages A6 côte à côte), vous pouvez répéter les mêmes lignes de commande que ci-dessus. Ou, alternativement, juste changer la dimension de la page dans Inkscape (ou le programme que vous utilisez) et faire un copié/collé manuel, vu qu’il n’y a qu’une page.

Avoir des fichiers séparés pour la couverture et le texte présente plusieurs avantages.

  • Déjà, les logiciel utilisés pour la mise en page d’un livre et pour faire de la manipulation graphique ne sont pas forcément les mêmes.
  • Si vous mettez tout dans le même fichier, il faudra vous assurer de laisser éventuellement des pages blanches à la fin si votre nombre de pages n’est pas un multiple de 4, pour que la quatrième de couverture tombe au bon endroit. (En plus, ça vous coûtera deux unités de plus si vous ne mettez rien au verso de la couverture, mais là on commence à chipoter.)
  • Avoir des fichiers séparés permet d’imprimer la couverture sur du papier différent (plus épais, ou coloré, ou …), ou encore de l’imprimer en couleur alors que le texte est en noir et blanc. Les impressions couleurs coûtent cher, donc autant ne le payer que pour une page A4 plutôt que pour toute la brochure.

Note sur l’impression couleur

Si vous le pouvez, prévoyez d’emmener les fichiers sources, modifiables, avec vous, et pas juste les versions PDF, en particulier pour la couverture. Le niveau des couleurs dépend énormément d’une machine à l’autre, et ça peut être bien si vous pouvez ajuster sans avoir à rentrer chez vous parce que vous êtes tombée sur une imprimante qui donne dans le super sombre.

À titre d’exemple, voici l’image originale de la couverture fanzine de Good cop, bad cop, épisode 2 de La chair & le sang :

episode_02_a4.png

Et l’impression couleur de la même image une fois à la Corep :

Et, enfin, la version imprimée après modification en urgence des couleurs :

corep_2.jpg

Ah, et dans le genre conseil pratique idiot : essayez de venir suffisamment longtemps avant la fermeture. Personnellement, je me retrouve toujours à devoir finir mes impressions en urgence parce que je me suis dit « si j’arrive une heure avant la fermeture, ça va, j’aurai le temps de tout faire ».

Pliage et agrafage

Bon, là-dessus je me sens moins compétente, mais vu que c’est un retour d’expérience, allons-y quand même.

Parfois, vous aurez la chance d’avoir une agrafeuse adaptée à votre disposition, mais sinon vous devrez faire l’acquisition d’une agrafeuse à bras long, pour pouvoir planter les agrafes au milieu de la page A4. Ne faites pas comme moi, achetez les agrafes en même temps plutôt que devoir y retourner deux fois pour d’abord acheter de mauvaises agrafes, puis les bonnes.

Pour ce qui est du pliage, je ne sais pas s’il y a une méthode plus recommandée qu’une autre. Au départ, j’avais tendance à plier les brochures par morceaux, trois feuilles à la fois, en me disant que ça permettrait une meilleure pliure. Maintenant, j’agrafe avant de plier, et je fais tout d’un coup. Non seulement c’est plus rapide, mais j’ai l’impression qu’en plus les feuilles sont un peu mieux alignées et que c’est plus facile d’avoir les agrafes qui tombent bien sur la pliure plutôt qu’un peu à côté.

Mais honnêtement, j’ai toujours été nulle en pliage, donc ne m’écoutez pas forcément.

(Accessoirement, au moment de joindre la couverture au texte, pensez à vérifier que c’est bien dans le même sens. Oui, c’est le genre de conneries que j’ai faites pas plus tard qu’aujourd’hui…)

Améliorations possibles

(Ajout du 1er avril 2018)

Si vous imprimez une couverture qui a un fond coloré ou qui prend toute la page, il y a des chances que l’imprimante vous ajoute des bandes blanches (marges) sur les côtés de la feuille, que vous pourrez trouver plus ou moins seyantes. Pour vous en débarrasser, vous pourrez évidemment opter pour le massicotage. Même si ces marges sont moins gênantes pour l’intérieur, pensez également à massicoter celui-ci pour ne pas avoir une couverture trop petite…

Et si vous voulez vraiment avoir quelque chose qui soit nickel, il faudrait idéalement décaler légèrement les marges intérieures et extérieures des pages les plus loin du pliage, afin de compenser par la partie de la page « mangée » par la pliure (et en massicotant une fois les pages pliées pour éviter que les pages du milieu ne « ressortent » un peu par rapport aux pages extérieures). Personnellement, j’avoue ne pas avoir essayé parce que je trouve que ça devient un peu compliqué pour de l’impression de fanzines DIY, mais j’ai vu sur un forum l’existence d’un script, pdflivre.sh (que je n’ai pas testé) qui promettait de faire cela pour vous (le décalage des marges, en tout cas, pas le massicotage, il ne faut pas pousser).

Conclusion

Bref, les fanzines, c’est cool, le format A5 (A4 plié en deux) reste assez simple à produire et donne des trucs qui sont (je trouve) assez sympas, mais on peut varier un peu les formats, soit en misérant avec du A6, soit en mode « journal » avec du A4 (impression sur du A3, plié en deux).

Évidemment, le mode plié et agrafé est surtout adapté pour les livrets de taille raisonnables. Vingt pages, c’est bien. Soixante pages, ça commence à devenir limite et à mettre l’agrafeuse à rude épreuve. Donc ce n’est pas adapté pour tout, mais pour des textes courts, et notamment des nouvelles, je trouve que c’est un moyen d’impression plutôt chouette.


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Billets connexes

Petit bilan Tipeee, et réflexion sur son intérêt pour des auteurs de fiction

, 20:52

Cela fait maintenant un peu plus de six mois que j’ai mis en place ma page Tipeee, et je me disais que l’heure était peut-être venue d’en tirer un premier bilan et quelques réflexions.

Je vais me concentrer dans cet article sur des aspects pratiques, et des réflexions sur « est-ce que ça peut être une piste pour gagner de l’argent avec son écriture ? », et je vais limiter au minimum les considérations politiques ou éthiques sur les impacts de ce genre de système de financement, non pas parce que je pense qu’elles ne méritent pas d’être posées, mais plutôt pour les traiter dans un autre billet de blog, qui se penche plus sur les impacts que cela a en terme de rapport au public, à la vie privée, etc.

C’est quoi le principe ?

Pour les gens qui ne connaîtraient pas forcément, le principe de Tipeee est similaire à celui de l’américain Patreon : un « créateur » lance une page et propose de recevoir des « tips » (pourboires) pour financer sa création, en échange d’éventuelles contreparties (les plus communes me semblant être : remerciements, accès à du contenu numérique (articles, livres, vidéos), carte postale, exemplaires papiers, goodies diverses, chat avec le créateur, etc.).

Par rapport à d’autres systèmes de financement participatif, la particularité est que, même s’il est possible de faire un don ponctuel, c’est surtout le don régulier (et donc l’abonnement) qui est encouragé, le créateur pouvant choisir dans ce cas entre des dons mensuels (proposant donc à son public de donner X€ chaque mois) ou sur une parution de nouveau contenu (proposant de donner X€ chaque fois qu’une vidéo, une nouvelle, ou un article de blog est posté).

Évidemment, il ne s’agit pas d’un service public, et Tipeee (comme Patreon) se met au passage une partie des dons dans la poche (8%).

Petit bilan personnel

J’ai créé une page Tipeee au courant de l’année 2016, et ai publié mes premières nouvelles réservées aux abonné·e·s (peut-être par manque d’esprit start-up, je me refuse à utiliser le terme tippers) en novembre. Et c’est surtout en 2017 que j’ai lancé la publication de la série La chair & le sang, à raison d’un épisode tous les deux mois.

Les deux principales contreparties que j’ai mises en place sont les suivantes :

  • à partir d’1€ par mois, vous avez accès aux version numériques des textes déjà publiés par ce biais ;
  • à partir de 5€ par mois, vous recevez ces textes imprimés au format fanzine dans votre boîte aux lettres.

Mes objectifs en créant cette page Tipeee étaient les suivants :

  1. avoir une alternative à Amazon et autres Kobo pour la diffusion de mes textes en numérique, en proposant un accès à ces textes contre abonnement mensuel ;
  2. me donner une occasion de donner une vie en papier à des textes courts, et là encore d’avoir une alternative à l’impression à la demande par Createspace (qui appartient à Amazon) pour les versions papiers ;
  3. devenir riche, ou tout du moins avoir une certaine stabilité financière.

Pour être honnête, je n’avais aucune idée de ce que ça allait donner : je craignais un peu de rester bêtement à zéro abonné·e·s, même si j’espérais évidemment un succès improbable. Au final, à l’heure où j’écris ces lignes, c’est entre les deux, puisqu’il y a 20 personnes qui sont abonnées sur Tipeee, pour un total de 95€ par mois. Sur lequel il faut enlever :

  • la part que prend Tipeee et la transaction financière ;
  • les cotisations sociales ;
  • les frais d’impression et d’envois postaux pour les fanzines.

Autant dire que pour devenir riche, ce n’est pas tout à fait ça, même si ça fait plaisir de voir qu’il y a un certain nombre de personnes qui aiment suffisamment ce que je fais pour me soutenir financièrement tous les mois. Au niveau de l’impression de fanzines, c’est pour moi la réussite principale de ce projet, que je trouve vraiment satisfaisante même si ça demande d’y consacrer un peu de temps. Pour ce qui est de l’indépendance par rapport à Amazon/Kobo/etc., le bilan est mitigé : certes, ça permet d’avoir une alternative, mais je fais toujours l’essentiel de mes ventes numériques sur ces plate-formes, et mes abonné·e·s sur Tipeee viennent essentiellement de mes followers Twitter et visiblement assez peu de personnes qui auraient acheté l’épisode 1 sur Amazon et se seraient ensuite dit « Ah, on peut les avoir autrement, trop bien, dans ta face Jeff Bezos ! », mais c’était au final assez prévisible.

Personnellement, j’en retire pour l’instant quelque chose de positif, un peu financièrement, un peu pour le fait de me sentir soutenu·e, et aussi parce que ça m’oblige à me fixer une certaine régularité et que ça m’a permis d’explorer un média (le fanzine) que je n’utilisais jusqu’ici pas pour mes fictions.

Et les autres, ils s’en sortent comment ?

Je voudrais regarder un peu comment s’en sortent les autres auteurs et autrices sur cette plate-forme. Pas pas jalousie ou au contraire pour me vanter, mais pour essayer d’avoir une idée de si ça « marche » en général, sachant que pour ce genre de cas comme pour beaucoup d’autres choses, on n’a tendance à parler que des succès, ce qui entraîne un léger biais du survivant. J’ai donc regardé les pages listées dans la catégorie « arts et culture » de Tipeee, en sélectionnant les auteurs et autrices de fiction ; j’ai aussi complété par une recherche google « écrivain Tipeee », car cette plate-forme ne liste que les créateurs qui ont au moins cinq donateurs, ce qui invisibilise forcément les (nombreuses) pages qui ne voient jamais l’ombre d’un seul.

J’ai fini par avoir dix-sept (j’en ai sans doute raté un certain nombre) pages Tipeee d’écrivain·e·s dans mes onglets, ce qui permet de faire quelques statistiques :

  • Trois de ces pages n’ont aucun donateur ; je pense que ce chiffre est très fortement sous-estimé parce que Tipeee ne les liste pas et que ma recherche google ne renvoyait pas tous les résultats (elle ne renvoyait pas ma propre page, par exemple).
  • Quatorze de ces auteurs et autrices écrivent de près ou de loin dans les genres dits « de l’imaginaire » (science-fiction, fantastique, fantasy). Ça fait plus de 80%, ce qui est évidemment une énorme sur-représentation. Je vois plusieurs facteurs qui pourraient expliquer cela : l’âge peut-être en moyenne plus jeune des amateurs de ces genres, une proximité avec les milieux « geeks » au sens large qui entraîne peut-être plus de facilité à se saisir de ces nouveaux outils, etc. En tout cas, je ne m’attendais pas à ce que ce résultat soit aussi marqué.
  • En moyenne, ces écrivain·e·s ont 150€ de tips, avec 17 abonné·e·s en moyenne, et donc un don moyen de 8,8€. Ces chiffres ne veulent cependant pas dire grand chose, car il y a beaucoup d’écart à tous les points de vue.

Pour voir cette répartition un peu plus en détail, je me suis amusée à faire quelques graphes, pour voir la répartition en nombre de donateurs, en terme de somme récoltée, et en don moyen :

Répartition des donateurs sur Tipeee

Répartition des sommes récoltées sur Tipeee

Don moyen sur Tipeee

Si le peu de chiffres paraît hasardeux pour en tirer des conclusions, je dois avouer que (pour les donateurs et la somme récoltée, en tout cas), je m’attendais à des écarts plus marqués, avec quelques « gros » d’un côté et une majorité à revenus très faibles de l’autre. Au lieu de cela, il y a un petit « peloton » entre 50 et 150€.

Pour ce qui est des « gros », il faut tout de même pas mal relativiser :

  • Un seul projet arrive à obtenir plus de 1000€… et ce n’est pas à strictement parler un écrivain qui publie ses textes, mais un projet de traduction (ce qui n’est évidemment pas un reproche, mais rend l’inclusion dans ce corpus discutable).
  • Deux auteurs arrivent à gagner un peu plus de 300€ par mois, de manière assez différente. D’un côté, Neil Jomunsi, avec un engagement du public assez fort, qui a plus de 70 abonné·e·s ; de l’autre Jérèm et Nico, « une histoire d’amour et de sexe entre garçons », qui n’a que 8 abonné·e·s mais qui donnent en moyenne plus de 42€.

Dans tous les cas, on est quand même loin de pouvoir devenir riche grâce à Tipeee, ni même de pouvoir vraiment espérer en vivre ; s’il y a quelques succès pour des Youtubeurs (Usul récolte plus de 10 000€ par épisode vidéo réalisé, même s’il s’agit, là aussi, d’une exception), cela semble être plus compliqué pour des écrivain·e·s.

Sur le site américain Patreon, on trouve plus de cas d’écrivain·e·s qui arrivent à gagner une somme conséquente d’argent, mais je ne suis pas sûre que ce soit très pertinent de se baser là-dessus pour espérer croire qu’il y a le potentiel pour aller vers ça, et ce pour deux raisons :

  • en écrivant en anglais il y a une base de public beaucoup plus large, et donc potentiellement plus de donateurs pour les grands succès ;
  • toujours à cause du « biais du survivant » : ces quelques succès viennent aussi sans doute du fait qu’il y a beaucoup plus d’écrivain·e·s inscrits sur Patreon.

Le « modèle économique »

Comme son nom l’indique, le modèle de Tipeee est basé sur le tip, c’est-à-dire le pourboire, avec l’idée qu’on va apprécier la vidéo (ou autre média, mais je pense quand même que ce système est surtout pensé pour les vidéos) et qu’on va soutenir son créateur. Dans une vidéo où il présente son entreprise sur un plateau télé, le fondateur de la boîte fait la comparaison avec le type qui joue de la guitare dans le métro et à qui on met des pièces dans son chapeau.

Pour la plupart des écrivain·e·s, j’ai pourtant l’impression qu’on n’est pas tout à fait dans ce système. Certes, certains proposent des textes gratuitement et une possibilité de tipper, mais souvent l’accès aux textes est conditionné par le « don » (qui, dans les faits, devient plutôt un achat à prix (semi-)libre).

À titre personnel, c’est aussi ce que j’ai choisi : même pour les textes qui peuvent être lus gratuitement, je préfère présenter la possibilité de soutenir sur Tipeee comme un « prix libre » (vous donnez ce que vous pouvez/voulez) plutôt qu’un don. C’est un peu jouer sur les mots, mais ça me donne un peu moins l’impression de demander l’aumône.

Cela dit, si le modèle économique pour l’entreprise est plutôt bien rôdé (avoir le plus d’inscrit·e·s possibles sur son site pour avoir le maximum de dons, mettre en avant les projets les plus « rentables »), pour les écrivain·e·s qui espèrent en profiter, la situation est sans doute encore un peu plus nébuleuse.

En effet, une des questions à se poser lorsqu’on crée un projet de ce genre, c’est le choix des contreparties, et j’avoue que j’ai tâtonné un moment. J’ai vu assez peu d’articles en français sur ce sujet (du moins pour les écrivains), mais un peu plus en anglais (pour Patreon, du coup), et parmi les conseils que j’ai pu lire figurent notamment :

  • Avoir plusieurs niveaux de contribution différents (parfois mis en place de manière très artificielle : « à 1 €, vous aurez mes remerciements, à 10 €, vous aurez de GROS remerciements, à 20 € des remerciements du fond du cœur et un bisou virtuel »).
  • Et surtout, celui qui me paraît être de meilleure facture et pas juste un argument marketing, faire en sorte que ces contreparties ne vous demandent pas (ou peu) de travail supplémentaire, par rapport à celui que vous faites déjà. Vous n’avez pas forcément envie d’une situation où vous allez devoir consacrer 2 semaines par mois pour réaliser les contreparties alors que vous n’avez que trois abonné·e·s. Pour ça, l’accès à des textes numériques est, pour les écrivains, le plus facile (à condition d’avoir des textes déjà écrits, évidemment). Le fait de faire des fanzines ne rentre pas tout à fait dans cette catégorie puisque c’est quelque chose qui me demande un peu de travail, mais au final je ne le regrette pas, parce que c’est quelque chose que j’avais envie de faire depuis un moment et pour lequel je ne trouvais pas la motivation. Par contre c’est ce qui fait que je n’ai pas proposé de récompense type « carte postale », parce que même si je trouve l’idée cool, je n’avais aucune envie de passer une journée par mois à rédiger des cartes postales.

Bref, il me semble qu’il y a un espèce de compromis à trouver entre mettre suffisamment de « contreparties » pour que le projet soit vendeur et attire des abonné·e·s ; et en même temps éviter de se surcharger de travail en partant dans de l’auto-exploitation forcenée. En lisant des témoignages d’écrivain·e·s sur Patreon (qui sont plus nombreux que concernant Tipeee), on trouve certes en priorité les success-stories, mais on retrouve aussi des témoignages de personnes qui se sentent un peu « piégées » et doivent faire beaucoup de travail pour un nombre réduit d’abonné·e·s.

Est-ce que c’est un système que je recommande ?

Bref, tout ceci étant dit, quelles conclusions je tire de tout ça ?

Déjà, je dois dire que je trouve intéressant le système de permettre des dons réguliers, et ça permet quand même d’apporter une certaine stabilité dans un domaine qui en manque : par exemple les revenus de mes ventes numériques provenant d’Amazon oscillent entre 15 et 100€ ; quant à la signature d’un contrat d’édition, c’est en général synonyme d’un à-valoir conséquent suivi de plus rien pendant des années. Certes, les abonné·e·s peuvent se désabonner (encore heureux) mais la probabilité de passer d’un mois à l’autre de 100 à 15€ est quand même plus faible.

À côté de ça, je ne trouve pas Tipeee fabuleux : je trouve que c’est finalement cher pour ce que c’est. 8% de commission, ce n’est quand même pas rien, et si je comprends évidemment qu’on vit dans un monde capitaliste et qu’il s’agit d’une entreprise qui doit tirer des bénéfices, je trouve que ce qui est proposé en retour n’est pas folichon. Notamment, en tant qu’écrivaine, je trouve qu’avoir un système permettant de partager un répertoire contenant les fichiers pour les abonné·e·s, rangés proprement, plutôt que de juste avoir des news privées ne serait pas de trop ; de même, il n’y a que deux niveaux possible pour ces news (privées — réservées aux abonné·e·s — ou publiques), et il n’est pas possible d’avoir du contenu différent pour les abonné·e·s qui ont mis un peu plus. Au final, suivant les contreparties qu’on propose, ça demande à faire pas mal de bidouilles qui marchent plus ou moins bien. Après, voilà, ça reste plus simple à mettre en place si on veut accepter des paiements réguliers Paypal ou CB.

Évidemment, ça ne marche que si vous avez déjà un certain public, et il ne faut pas compter sur Tipeee pour permettre à des lecteurs et lectrices de vous découvrir : vous ne serez, selon toute probabilité, mis·e en avant que si votre projet fonctionne déjà bien et permet de rapporter de l’argent à l’entreprise.

Au niveau financier, à moins d’avoir déjà une énorme notoriété (auquel cas on n’a probablement pas besoin de ça pour gagner de l’argent), il ne faut pas s’attendre à des miracles, mais par rapport à d’autres systèmes je pense que ça peut avoir l’avantage d’être complémentaire plutôt qu’une alternative : le fait de proposer un texte en contrepartie à ses abonné·e·s Tipeee n’empêche pas de l’auto-éditer ensuite sur des plate-formes, voire éventuellement de le soumettre à un éditeur (point peut-être plus discutable, mais à moins d’avoir beaucoup d’abonné·e·es ça ne me paraît pas une diffusion beaucoup plus publique que de faire lire quelques exemplaires à ses potes, sa famille, des bêta-lecteurs, etc.).

Au-delà de l’aspect financier, ça peut aussi être quelque chose de positif pour les écrivain·e·s qui, comme moi, ont une assez forte tendance à la procrastination. Cela dit, je pense que ça peut vite devenir étouffant aussi, et se révéler demander autant de travail qu’un boulot à plein temps sans avoir le salaire qui va avec. Donc si l’idée vous intéresse, je recommande de réfléchir à ce à quoi vous engagez et de voir ce que ça implique. Je pense qu’il vaut mieux commencer en promettant peu, quitte à augmenter par la suite si ça marche bien et si vous arrivez à tenir la cadence, que promettre la lune et entraîner des déceptions, ou vous effondrer à cause d’un burn-out parce que cela vous demande un travail énorme pour peu de résultats.

Bref, ce système n’est pas parfait, encore moins miraculeux, et par ailleurs je pense que la multiplication de ces financements participatifs ne va pas sans poser des questions (que j’ai dit que je n’aborderai pas ici) ; en attendant, ça peut éventuellement permettre de compléter des revenus d’auteurs souvent assez maigrichons et de financer un peu des projets qui ne sont pas forcément les plus rentables sur d’autres médias.


Comme vous l’aurez compris en lisant cet article, vous pouvez me soutenir sur Tipeee, et vous aurez en contrepartie accès à des textes inédits.

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Billets connexes

Comprendre le format EPUB

, 17:54

Articles précédents dans la série :

  1. L’auto-édition, pourquoi ?
  2. Typographie, composition et mise en page

Aujourd’hui, je vais parler un peu du format EPUB, utilisé pour le livre numérique. J’essaierai de ne pas trop rentrer dans les détails techniques, mais suffisamment tout de même pour que vous puissiez envisager de créer ou modifier un EPUB à la main.

Le format EPUB, c’est quoi ?

Bon, on ne va pas faire un historique, mais en bref, le format EPUB veut dire « Electronic Publication » et est utilisé pour le livre électronique (ou ebook). C’est, en gros, un moyen pour mettre ensemble différents fichiers HTML et les ressources dont ils ont besoin (feuilles de style, images, polices, …). Le format EPUB est très différent du PDF : dans ce dernier, on a une mise en page fixe, on connaît les dimensions de la page, la taille de la police, etc. Pour l’EPUB, la taille de la page dépendra de l’appareil utilisé (ordinateur, liseuse, smartphone), la police pourra être agrandie ou diminuée en fonction des besoins du lecteur ou de la lectrice, etc., donc la mise en page et la composition du texte doivent s’adapter. (En théorie, les évolutions du format permettent un fixed layout, donc une mise en page fixe, mais outre que je doute que ce soit très bien supporté à l’heure actuelle, c’est probablement une très mauvaise idée pour un roman.)

L’EPUB est un format ouvert, standardisé, développé par l’IDPF, qui est un consortium d’organisations. Bon, tout ça on s’en fout un peu, mais tout ça pour dire que si vous voulez voir les références complètes de ce format c’est vers le site de l’IDPF qu’il faut se tourner.

Il y a, à l’heure actuelle, trois versions de ce format :

  • EPUB 2.0 qui est toujours utilisé mais commence à dater un peu ;
  • EPUB 3.0 qui est plus récent et commence à être à peu près supporté par les différentes liseuses  ;
  • EPUB 3.1 qui vient tout juste de sortir en janvier 2017.

Je ne vais pas lister ici les différences entre ces versions, j’en parlerai un peu sur des points spécifiques. À l’heure actuelle, j’aurais tendance à utiliser EPUB 3.0 en faisant attention à faire en sorte que ce soit à peu près compatible pour des liseuses qui ne supportent que l’EPUB 2.0. Pour ce qui est de la version 3.1, j’attendrai un moment avant de m’en servir, d’autant plus que certains éléments de compatibilité avec EPUB2 ne sont plus acceptés.

Quelques outils pour créer ou manipuler un EPUB

L’objectif de cet article n’est pas de parler des outils qui peuvent être utilisés pour créer ou manipuler ce format, mais de voir à quoi il ressemble. Cela dit, citons quand même les logiciels libres suivant :

  • Calibre, qui en plus de vous permettre de gérer votre bibliothèque, peut faire un certain nombre de conversions à votre place (par exemple transformer un fichier MOBI en EPUB, ou vice-versa).
  • Sigil, un éditeur de fichiers EPUB que je dois admettre n’avoir jamais vraiment testé mais dont j’ai entendu dire du bien.
  • Pour ce qui est de créer un fichier EPUB à partir d’autres formats, il y a le plugin Writer2Epub pour LibreOffice. Si vous préférez écrire au format Markdown, pandoc exporte vers EPUB (et plein d’autres formats) ; et dans le même domaine, je ne peux évidemment pas ne pas faire de pub pour Crowbook.
  • Pour ce qui est de la lecture, il y a un plugin EpubReader pour Firefox.
  • Enfin, last but not least, epubckheck permet de vérifier qu’un fichier EPUB est correct. Il y a également une version en ligne si vous voulez tester ponctuellement un fichier sans rien avoir à installer.

Mais peu importe le logiciel que vous utilisez pour éditer ou créer votre fichier EPUB, regardons à quoi il ressemble.

En réalité, un fichier Zip

Très concrètement, un fichier EPUB est en réalité un fichier Zip qui contient un certain nombre d’autres fichiers.

Il y a quand même une petite subtilité : pour que le fichier soit bien reconnu comme un fichier EPUB, il doit contenir un fichier intitulé mimetype contenant le texte suivant, sans retour à la ligne à la fin: « application/epub+zip ».

Ce fichier doit être le premier de l’archive et ne doit pas être compressé. Concrètement, si vous voulez créer un fichier epub à la main en utilisant la commande zip, il faudra procéder en deux étapes (du moins, si vous voulez que les autres fichiers du livre soient compressés):

zip -X0 livre.epub mimetype
zip -9 livre.epub [reste des fichiers]

(L’option X dit de ne pas sauver les attributs de fichiers « extra » (comme à qui appartient le fichier sous Unix); 0 dit de ne pas compresser le fichier mimetype, et 9 de compresser au maximum le reste. Il y a beaucoup d’autres options que vous pouvez passer à la commande zip, mais ces deux-là devraient marcher pour générer un EPUB valide.)

En général, vous ne créerez pas un EPUB à partir de rien et juste en ligne de commande, mais si vous êtes amené·e à le faire autant connaître ce détail (je n’y avais pas prêté attention et j’ai mis du temps à comprendre ce qui clochait dans mes fichiers).

Une listes de fichiers XHTML

Le principal contenu du livre est une liste de fichiers XHTML, un par chapitre, ou par section, ou comme vous voulez. Bref, il n’y a pas grand chose à dire là-dessus, c’est du XHTML, si vous connaissez le HTML, vous ne serez pas dépaysé·e.

On notera tout de même que l’EPUB 3.0 permet d’utiliser le format XHTML5 alors que la version 2.0 ne supportait que XHTML 1.1. Il y a aussi un peu plus d’indications sémantique avec la version 3.0, notamment avec l’attribut epub:type, qui permet notamment sur certaines liseuses de comprendre qu’une note de bas de page est une note de bas et de l’afficher de manière plus adaptée. Si vous êtes plutôt auteur ou autrice d’articles scientifiques que de romans (ou que vous écrivez des romans avec des formules mathématiques), vous serez également heureu·x·se d’apprendre que MathML est supporté dans EPUB 3.

Exemple de fichier XHTML pour EPUB2:

<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?>
<!DOCTYPE html PUBLIC "-//W3C//DTD XHTML 1.1//EN" "http://www.w3.org/TR/xhtml11/DTD/xhtml11.dtd">
<html xmlns="http://www.w3.org/1999/xhtml" xml:lang="fr" lang="fr">
  <head>
    <meta http-equiv="Content-Type" content="text/html; charset=utf-8" />
    <meta http-equiv="Content-Style-Type" content="text/css" />
    <title>Exemple</title>
    <link rel="stylesheet" type="text/css" href="stylesheet.css" />
  </head>
  <body xml:lang="fr" lang="fr">
    <div id = "page">
      <h1>Exemple</h1>
      <p>Bla bla bla.</p>
    </div>
  </body>
</html>

Et pour EPUB 3.0:

<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?>
<!DOCTYPE html>
<html xmlns="http://www.w3.org/1999/xhtml"
      xmlns:epub="http://www.idpf.org/2007/ops" xml:lang = "fr" lang="fr">
  <head>
    <meta charset = "utf-8" />
    <link rel="stylesheet" type="text/css" href="stylesheet.css" />
  </head>
  <body xml:lang="fr" lang="fr">
    <section>
      <h1>Exemple</h1>
      <p>Bla bla bla.</p>
    </section>
  </body>
</html>

Remarque : vous noterez ici qu’il y a pas mal de redondance pour spécifier la langue. Ce n’est peut-être pas strictement nécessaire, mais ça ne fait pas de mal et ça permet d’être à peu près sûr que la liseuse ait bien compris. C’est assez important car sans cette information les césures ne seront pas faites au bon endroit.

Pour mettre en page ce contenu XHTML, vous utiliserez en général une feuille de style CSS. Là encore, EPUB 3.0 supporte une version de CSS plus récente, avec plus de possibilités de style, qui seront supportées, ou pas, par votre liseuse.

Des ressources supplémentaires

En plus des fichiers XHTML pour le contenu et des feuilles de style CSS, vous aurez peut-être envie d’inclure du contenu additionnel, comme des images, des fontes, etc. La version 3.0 d’EPUB supporte aussi des vidéos et de l’audio et des scripts. parce que pourquoi pas ?

Content.opf, un fichier pour tous les lier

Jusque là, vous avez quelque chose qui est à peu près équivalent à ce que vous auriez si vous faisiez un site web, avec chaque page correspondant à un morceau (chapitre, section, etc., selon comment vous avez découpé) de votre livre.

Pour mettre tout ça ensemble, EPUB vous demande également de fournir un package document, sous la forme d’un fichier content.opf (en fait, vous pouvez le nommer différemment si vous le voulez). Il s’agit d’un fichier XML, qui commence par une déclaration XML:

<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?>
<package version="2.0" xmlns="http://www.idpf.org/2007/opf" unique-identifier="epub-id-1">

(L’attribut version permet de spécifier le numéro de version EPUB (ici 2.0) ; unique-identifier doit correspondre à un identifiant défini dans l’élément metadata.)

Il contient ensuite quatre éléments principaux :

Metadata

L’élément metadata vous permet de renseigner des métadonnées, comme le titre, l’auteur, un « numéro d’identification » unique obligatoire (stressez pas, pas besoin de s’enregistrer, juste de générer une séquence de nombre aléatoires, mais vous pouvez mettre un numéro ISBN si vous en avez), etc.

Exemple (EPUB 2.0):

 <metadata xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
           xmlns:opf="http://www.idpf.org/2007/opf">
    <dc:identifier id="epub-id-1">urn:uuid:c3566ee1-8325-4489-b7df-aeade549b97e</dc:identifier>
    <dc:title>Exemple</dc:title>
    <dc:date>2017-01-29T19:44:59Z</dc:date>
    <dc:language>fr</dc:language>
    <dc:creator opf:role="aut">Lizzie Crowdagger</dc:creator>
    <meta name = "cover" content = "images/image_0.jpg" />
</metadata>

Avec la version 3.0, la déclaration de l’auteur se fera de manière légèrement différente :

    <dc:creator id="epub-creator-1">Lizzie Crowdagger</dc:creator>
    <meta refines="#epub-creator-1" property="role"
          scheme="marc:relators">aut</meta>

Manifest

Élément indispensable, manifest sert à lister tous les fichiers qui sont contenus dans votre archive zip. Si vous avez un fichier dans votre zip, il doit être répertorié là. Les esprit chafouins pourront trouver ça légèrement redondant, puisqu’on aurait tout aussi bien pu de se contenter de regarder ce qu’il y avait comme fichiers dans cette archive, mais c’est comme ça. (Cela dit, en plus du nom du fichier, il faut préciser dans l’élément manifest de quel type de fichier il s’agit, donc il y a quand même une légère information en plus, même si on peut argüer qu’elle pourrait être inférée d’une autre manière.)

Exemple:

<manifest>
    <item id="ncx" href="toc.ncx" media-type="application/x-dtbncx+xml" />
    <item id="nav" href="nav.xhtml" media-type="application/xhtml+xml" />
    <item media-type = "application/xhtml+xml"  id = "cover_xhtml" href = "cover.xhtml" />
    <item media-type = "application/xhtml+xml"  id = "title_page_xhtml" href = "title_page.xhtml" />
    <item media-type = "application/xhtml+xml"  id = "chapter_000_xhtml" href = "chapter_000.xhtml" />
    <item media-type = "text/css"  id = "stylesheet_css" href = "stylesheet.css" />
    <item media-type = "image/jpeg"  id = "cover-image" href = "images/image_0.jpg" />
</manifest>

Spine

L’élément spine est un peu le cœur de ce fichier, puisque qu’il indique l’ordre de lecture de vos différents fichiers XHTML. Seuls les fichiers (plus exactement, leurs identifiants tels que définis dans l’élément manifest) qui sont listés dans cet élément seront affichés de manière « linéaire » par la liseuse, ce qui peut être utile pour des fichiers « annexes » qui pourront être lus si le lecteur ou la lectrice suit un lien interne dans le livre mais qui ne seront pas affichés juste en tournant les pages.

Exemple :

<spine toc="ncx">
    <itemref idref = "cover_xhtml" />
    <itemref idref = "title_page_xhtml" />
    <itemref idref = "chapter_000_xhtml" />
</spine>

Guide

L’élément guide permet de lister un certain nombres de fichiers ressources et de dire à quoi elles correspondent. Par exemple, vous pourrez indiquer ici une table des matières, quelle est la page de titre, ou encore où commence vraiment le livre (après la couverture, la page de titre, l’éventuel page de copyright, etc.). Cet élément sert donc à faciliter la navigation.

Cet élément est obsolète dans EPUB 3.0, et est remplacé par l’élément landmarks dans le fichier nav.xhtml ; cela dit, je recommande de l’insérer quand même pour les liseuses qui l’utilisent encore.

Exemple :

<guide>
    <reference type = "cover" title = "Couverture" href = "cover.xhtml" />
    <reference type = "title-page" title = "Titre" href = "title_page.xhtml" />
    <reference type = "text" title = "Exemple" href = "chapter_000.xhtml" />
</guide>

 Un fichier container.xml

Dernier élément indispensable, le fichier container.xml, obligatoirement situé dans un répertoire META-INF. La seule utilité de ce fichier est de pointer vers votre fichier content.opf (ou coincoin.opf si vous l’avez nommé différemment). Là encore, on pourrait trouver ça un peu redondant (quitte à spécifier un fichier avec un nom précis, ça aurait aussi bien pu être directement le fichier package) mais c’est comme ça.

Exemple de fichier container.xml:

<?xml version="1.0"?>
<container xmlns="urn:oasis:names:tc:opendocument:xmlns:container" version="1.0">
  <rootfiles>
    <rootfile full-path="OEBPS/content.opf" media-type="application/oebps-package+xml"/>
  </rootfiles>
</container>

Une (des) table(s) des matières

Enfin, même si je ne suis pas sûre que ce soit obligatoire, il faut mettre une table des matières. Celle-ci aura un format différent avec la version 2.0 (où il s’agira d’un fichier « NCX ») et la version 3.0 (où là il s’agit d’un fichier XHTML plus classique) d’EPUB.

Le format NCX

Là encore, même si vous faites un fichier EPUB 3.0, il est préférable d’ajouter tout de même un fichier toc.ncx pour les liseuses qui continuent à ne lire que celui-ci.

Grosso modo, dans les deux cas il s’agit d’une liste de vos chapitres/sections/etc avec les liens qui vont bien vers les fichiers de contenu (ou des liens internes à ces fichiers). Cela dit, le format NCX est un peu plus imbitable et peut contenir également des indications de numéro de page et tout un tas de trucs dont en pratique vous ne vous servirez probablement jamais.

Exemple de fichier NCX (EPUB 2.0, mais c’est mieux de l’inclure aussi si c’est un EPUB 3.0) :

<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?>
<ncx version="2005-1" xmlns="http://www.daisy.org/z3986/2005/ncx/">
  <head>
    <meta name="dtb:depth" content="1" />
    <meta name="dtb:totalPageCount" content="0" />
    <meta name="dtb:maxPageNumber" content="0" />
  </head>
  <docTitle>
    <text>Table des matières</text>
  </docTitle>
  
  <navMap>
    <navPoint id = "navPoint-1">
      <navLabel>
	<text>Couverture</text>
      </navLabel>
      <content src = "cover.xhtml" />
    </navPoint>
    <navPoint id = "navPoint-2">
      <navLabel>
	<text>Titre</text>
      </navLabel>
      <content src = "title_page.xhtml" />
    </navPoint>
    <navPoint id = "navPoint-3">
      <navLabel>
	<text>Exemple</text>
      </navLabel>
      <content src = "chapter_000.xhtml" />
    </navPoint>
  </navMap>
</ncx>

XHTML

Le format XHTML est un peu plus facile d’accès si vous connaissez un peu le HTML, puisqu’il s’agit juste d’une liste, éventuellement imbriquée, insérée dans un élément nav. On notera qu’il est possible d’insérer plusieurs éléments nav dans le même fichier ; c’est notamment utile pour utiliser l’attribut landmarks, qui est à peu près équivalent à l’élément guide dans EPUB 2.0.

Exemple de fichier nav.xhtml (EPUB 3.0) :

<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?>
<!DOCTYPE html>
<html xmlns="http://www.w3.org/1999/xhtml" xmlns:epub="http://www.idpf.org/2007/ops">
<head>
  <meta charset = "utf-8" />
  <meta name="generator" content="crowbook" />
  <title>Table des matières</title>
  <link rel="stylesheet" type="text/css" href="stylesheet.css" />
</head>

<body>
  <nav epub:type = "toc" id="toc">
    <h1 id="toc-title">Table des matières</h1>
    <ol>
      <li><a href = "cover.xhtml">Couverture</a></li>
      <li><a href = "title_page.xhtml">Titre</a></li>
      <li><a href = "chapter_000.xhtml">Exemple</a></li>
    </ol>
  </nav>
  
  <nav epub:type = "landmarks">
    <ol>
      <li><a epub:type="cover" href = "cover.xhtml">Couverture</a></li>
      <li><a epub:type="titlepage" href = "title_page.xhtml">Titre</a></li>
      <li><a epub:type="bodymatter" href = "chapter_000.xhtml">Exemple</a></li>
    </ol>
  </nav>
</body>
</html>

Organisation des fichiers

Mis à part le fichier container.xml, qui doit obligatoirement se trouver dans un répertoire nommé META-INF, et le fichier mimetype qui doit se trouver à la racine, il n’y a pas de règles sur l’organisation des fichiers à l’intérieur de votre Zip : vous pouvez tout mettre à la racine si ça vous chante, ou au contraire faire 15 répertoires. En pratique, l’usage est de mettre le contenu dans un répertoire nommé OEBPS. Pourquoi ? Aucune idée, mais bon, tout le monde le fait, alors je le fais aussi.

Avis personnel sur ce format

Personne ne m’a demandé ce que je pensais de ce format, et personne n’en a probablement grand chose à faire, mais je vais tout de même donner mon avis sur le format EPUB.

Grosso-modo, je trouve qu’il s’agit d’un format qui fonctionne à peu près, même s’il me semble qu’il y a quand même pas mal de boilerplate qui aurait pu être évité.

Le problème principal du format EPUB, c’est son support aléatoire selon les liseuses et logiciels de lecture : tel élément ne sera pas pris en compte par tel logiciel, tel liseuse aura tendance à rajouter des règles CSS qui vont vous niquer votre mise en page, etc.

J’avoue que je suis un peu dubitative sur l’évolution de ce format : si, globalement, je trouve la version 3.0 d’EPUB plus agréable à écrire et modifier que la version 2.0 (du moins, elle le serait s’il n’y avait pas de problème de compatibilité à prendre en compte), je suis un peu sceptique sur le fait d’inclure du support audio, vidéo, script, et blabla sur le « livre enchi ». Pour moi, l’intérêt de l’EPUB c’est pour le livre numérique, et je trouve que ce serait déjà bien si les fonctionnalités pour afficher correctement un livre étaient supportées correctement par l’essentiel des liseuses. (Pour moi, ça inclut une composition correcte et de pas se planquer derrière l’argument du « oui mais ça doit être fait à la volée alors c’est bien normal qu’on fasse de la merde. »)

Pour l’instant, ce n’est pas le cas, et j’aimerais bien, à titre personnel, que les développeurs des logiciels qui permettent d’afficher des livres sur ma liseuse se concentrent sur ces fonctionnalités plutôt que sur implémenter des choses qui me paraissent un peu plus gadget, ou en tout cas que ce n’est pas à un format conçu pour les livres numériques de les gérer.


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Petit guide de typographie, composition et mise en page

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Article précédent dans la série : l’auto-édition, pourquoi ?

Il y a déjà des tas d’articles existants, mais j’avais envie d’en faire un quand même pour essayer de récapituler mes apprentissages (et galères) dans le domaine de la typographie et de la mise en page. Et puis, même si je ne suis pas exactement une référence dans le domaine, il y a tout de même certains points où j’ai mon opinion et que j’avais envie de regrouper tout cela.

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Quelques outils libres pour la correction grammaticale

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Écrire sans faire de fautes, c’est délicat, et je ne suis pas sûre que beaucoup de monde ait de souvenirs joyeux des dictées à l’école. Pourtant, quand on est écrivaine, il faut bien tâcher d’en faire un minimum, au risque de passer pour une incompétente. C’est d’autant plus vrai quand on passe par l’auto-édition : autant, dans le circuit « classique », on peut compter sur les corrections de l’éditeur, autant sans ce filtre, si on a fait une faute, on sait qu’elle se retrouvera sous les yeux des lecteurs et lectrices. Dans le pire des cas, il arrêtera sa lecture et publiera un commentaire rageur sur le fait que vous lui avez volé quelques euros (ou son temps si c’est disponible gratuitement), dans le meilleur elle te dira « j’ai bien aimé ton texte mais quand même il y avait quelques fautes », mais dans toutes les circonstances on se dit qu’on aurait bien aimé la voir avant, cette fichue faute.

Il n’y a pas de secret : si on veut traquer les fautes, il faut relire. Et relire encore. Et faire relire par d’autres gens. On répète le processus et on espère qu’à la fin il n’y en aura plus. Voilà, cet article est terminé, merci de votre attention, au revoir.

Non, plus sérieusement, je voulais présenter un peu les outils qui existent pour espérer automatiser un peu le processus. Je vais donc, ici, parler un peu des logiciels qui permettent de corriger l’orthographe et la grammaire, et en particulier de ceux auxquels j’ai accès, c’est-à-dire les logiciels libres.

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Le fonctionnement d'Amazon pour les auteurs/autrices auto-édité·e·s

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Une fois n’est pas coutume, voici un article pour parler d’aspects un peu techniques de l’auto-édition, à la fois parce que ça peut potentiellement intéresser des personnes qui voudraient s’y mettre, mais aussi de manière plus large pour examiner un peu plus en détail certaines pratiques de cette entreprise, et sa mainmise sur le livre numérique.

Le livre numérique sur Amazon

Amazon est, comme vous le savez sans doute, l’un des plus grands fournisseurs de livres électroniques, à la fois parce que c’est devenu la librairie incontournable pour le livre en général, mais aussi parce que sa liseuse, la (le?) Kindle, est la plus répandue. Il y aurait beaucoup de choses à dire là-dessus, et notamment le choix de préférer le format MOBI plutôt que le format EPUB qui a le mérite d’être ouvert, le flicage auquel peut procéder Amazon, y compris en effaçant sur votre liseuse des bouquins que vous avez téléchargés (ils l’avaient notamment fait pour certaines éditions des livres de George Orwell, comme 1984 et La ferme des animaux, ce qui avait été d’autant plus mal perçu, mais ce petit scandale n’a semble-t-il pas beaucoup nui à leur succès).

Donc, en gros, Amazon vent des livres numériques (ebooks), que vous pouvez ensuite lire sur votre liseuse Kindle ou avec l’application, disponible pour Smartphone et ordinateur. N’étant moi-même pas une grande cliente en livre numérique chez Amazon, j’ignore un peu certains détails techniques de ce point de vue, donc je ne vais pas m’attarder là dessus et plutôt parler de la facette qui concerne les auteurs et autrices.

L’auto-édition sur Amazon

Il est très facile pour n’importe qui de publier un livre numérique sur Amazon : il suffit de s’inscrire à KDP, Kindle Direct Publishing, qui permet très facilement de publier un ebook qui sera disponible sur tous les sites Amazon (.com, .fr, .co.uk, .ca, etc.), puisqu’il suffit de convertir un fichier EPUB au format MOBI (par exemple via Calibre)[1], voire directement d’envoyer un fichier Word, de rentrer quelques détails sur la description, l’auteur/autrice, la couverture, etc., et c’est en général en ligne en vingt-quatre heures.

C’est sans doute ce qui a contribué à son succès : depuis, d’autres sites offrent la même facilité, mais je crois qu’Amazon a été la première librairie à permettre à n’importe qui de diffuser largement son livre au monde entier et de gagner de l’argent dessus. Pas forcément beaucoup pour l’auteur/autrice auto-édité·e qui ne vendra que quelques exemplaires, mais beaucoup plus pour Amazon et ses millions d’œuvres disponibles. Il faut bien voir qu’à côté de ça, pour pas mal de librairies numériques alternatives, c’est la croix et la bannière, ou tout simplement pas possible, si on veut y figurer en tant qu’auteur/autrice indépendante. On peut critiquer Amazon tant qu’on voudra (et je compte bien le faire), mais il faut reconnaître que s’ils ont une telle position c’est quand même parce qu’ils savent faire un truc qui techniquement tient la route et qu’ils ont été (parmi?) les premiers sur certaines évolutions des usages.

Bon, et niveau rémunération, ça se passe comment ? Ben sur le principe c’est assez simple : vous fixez un tarif, qui est de 0,99€/$ minimum, pour votre livre, et vous touchez un pourcentage sur chaque vente, qui est de 70% si vous êtes dans la fourchette de prix qui arrange Amazon (de 2,99€/$ à 9,99€/$), et de 30% sinon. Donc, si vous achetez un livre à 2,99$ sur Amazon, l’autrice touche 2,093$ (70%). Si vous achetez un livre à 0,99$, l’auteur touche 29,7 cents (30%).

Bon, en vrai quand on regarde dans le détail, c’est horriblement complexe, parce que chaque site doit s’adapter aux règles et usages de chaque pays, aux règles de TVA différentes, que pour certains pays il y a des fonctionnements un peu différents où le taux de 70% n’est pas disponible ou réservé aux auteurs et autrices KDP Select (je reviendrai en détail sur ce que c’est en dessous), qu’il est parfois possible d’avoir un livre en prix promo en dessous du seuil de 2,99 mais de quand même avoir un taux de 70%, mais en gros, c’est l’idée.

Ah, et un autre truc de positif pour Amazon : ils sont réglos pour ce qui est de payer. Société américaine oblige, c’est un peu la galère de remplir les formulaires de l’IRS (Internal Revenue Service), mais sinon une fois qu’on a filé un RIB, dès qu’Amazon nous doit de l’argent, il paye, sans avoir à s’emmerder avec des seuils à la con. Par exemple, j’ai déjà reçu des chèques de 30 centimes venant d’Amazon Allemagne. Ce qui n’est pas le cas de toutes les librairies numériques : Kobo, par exemple, ne paye que passé un seuil de 100€. Pour la majorité des auteurs et autrices auto-édité·e·s qui ne font pas tant de ventes que ça, ça veut dire que leur argent va dormir (ou plutôt, je le soupçonne, servir de fond de roulement) longtemps sur le compte de cette société. C’est vraiment un truc que je ne trouve pour le coup vraiment pas correct, mais bon, passons, pour le coup là on parle d’Amazon, qui est honnête là-dessus.

Le programme KDP Select

Là où on rentre, à mon avis, dans les trucs moins réglos, c’est quand on commence à regarder le programme KDP Select. Le principe est simple : vous offrez l’exclusivité de votre livre à Amazon, et en échange vous bénéficiez de certains avantages. Bon, clairement, le but est simple : s’assurer qu’une partie des livres numériques disponibles sur Amazon ne soient pas disponibles ailleurs, pour être sûr que les client·e·s achètent leurs livres sur Amazon, achètent des liseuses construites par Amazon, etc.

Ce qui déjà, quand on y réfléchit, est un peu chelou comme principe, non ? Pour un livre papier, il me semble que ça paraîtrait un peu fou qu’une librairie ait l’exclusivité d’un livre, et qu’on vienne dire “Le dernier Werber, on ne peut l’acheter qu’à la Fnac, tu ne peux pas le commander au libraire du coin”. Mais bon, soit.

Donc, vous accordez l’exclusivité de votre livre à Amazon sur une période de 3 mois (90 jours, plus exactement) minimum. C’est une exclusivité sur le contenu du livre, ou tout contenu « substantiellement similaire », donc pas juste sur une édition précise, donc pas possible de rajouter une préface à la con et de dire “Édition exclusive Amazon” (oui, j’y ai pensé) : il faut vraiment que le contenu du livre ne soit disponible sur aucune autre plate-forme et sur aucun autre site, même gratuitement. En échange de ça, vous bénéficiez de quelques avantages, dont notamment :

  • avoir droit à mettre le livre en promotion gratuite un maximum cinq jours tous les 3 mois ;
  • OU faire une promotion de prix un maximum de sept jours tous les 3 mois ;
  • et, surtout, faire partie de Kindle Unlimited ou Abonnement Kindle.

Les deux premiers points sont, à mon avis, un peu merdiques. Notamment parce que, si ton livre est disponible ailleurs, tu peux très bien changer le prix là-bas ou le mettre gratos, et Amazon sera obligé de fixer le même prix sur sa plate-forme à cause du prix unique du livre (du moins pour la France, mais de fait même pour les autres pays Amazon se calque sur les offres les moins chères qu’il repère ailleurs).

Le dernier point, en revanche, a quand même un intérêt non négligeable.

L’abonnement Kindle

L’offre d’abonnement Kindle est en effet un service où les gens payent 10€ par mois, et peuvent en échange lire tous les livres qu’ils et elles veulent. Du moins, tous les livres qui font partie de cette offre. Donc, pour les auteurs et autrices auto-édité·e·s, si vous avez bien suivi, uniquement les livres qui sont en exclusivité sur Amazon.

Comment ça marche pour les auteurs et autrices ? Tout l’argent des abonnements est collecté, et réparti entre tous les livres répartis dans cette offre (enfin, j’imagine qu’Amazon se garde une part, évidemment). La façon de répartir a un peu changé : avant, c’était par le nombre de téléchargements, ce qui avantageait plutôt les nouvelles courtes (si j’écris six nouvelles et que quelqu’un télécharge les six, ça compte comme six ventes, alors que si j’ai écrit un roman de mille pages, un téléchargement ne me fait qu’une seule vente). Maintenant, le système se fait en fonction du nombre de pages lues, ce qui avantage pour le coup plutôt les romans longs à, disons, un texte concis mais qui se lit moins vite.

Tous les mois, l’argent collecté par les abonnements est divisé par le nombre de pages lues, et un tarif par page est calculé, qui varie entre 0,4 et 0,5 centimes de dollars. Donc, si ce mois ci c’est 0,45 centimes par page, une nouvelle de 30 pages me rapportera (si elle est lue en entier) 0,135 dollars. Un roman de 400 pages me rapportera, lui (là encore, s’il est lu en entier) 1,8$.

En soi, cette rémunération n’est pas follichonne, mais elle est intéressante pour les auteurs et autrices pas très connu·e·s : un lecteur mettra plus facilement de l’argent pour le dernier tome de GRR Martin que pour le bouquin d’une illustre inconnue, alors qu’avec cette offre d’abonnement c’est possible d’avoir les deux sans payer plus et de découvrir quelqu’un qu’on ne connaît pas sans « prendre de risques ».

Possibilité, donc, à laquelle on n’a pas accès si on veut refuser de céder l’exclusivité de ses livres à Amazon.

À noter qu’à cause de la loi française sur les offres d’abonnement pour les livres (?), lorsqu’on est inscrit·e en France, il faut fixer soi-même un tarif par page, qui peut être de 0,1, 0,2, ou 0,3 centimes d’euro par page. Sur la page de ce choix, Amazon nous explique que cela n’aura aucune incidence sur la rémunération réelle, et que de toute façon il nous paiera son tarif à lui. J’avoue que je n’ai pas trop compris la raison du pourquoi de ce fonctionnement, et que je n’aurai rien contre un éclaircissement : je lis surtout ça comme « ah ah ah, encore une loi à la con censée nous empêcher de faire ce qu’on veut, mais on va faire comme avec l’interdiction du prix de port gratuit qu’on avait mis à un centime et vous faire un bras d’honneur. »

Les classements de vente

Sur Amazon comme sur la plupart des autres libraires, les classements de vente sont importants, puisqu’ils jouent sur quelles œuvres seront affichées en premier dans telle ou telle catégorie ou avec tels ou tels mots-clés. Ce n’est pas une nouveauté : il y a même des sites, à la légalité douteuse, qui vous proposent de payer pour qu’ils achètent votre livre plein de fois, ce qui le fait monter dans le classement mais vous coûte de l’argent, sauf que vous espérez que les ventes supplémentaires que cette visibilité vous accordera vous remboursera et vous fera gagner plus d’argent.

Les ventes qui passent par l’abonnement Kindle sont également comptabilisées dans ce classement, même si je ne suis pas sûre exactement de comprendre de quelle manière exactement : est-ce qu’une personne qui télécharge compte comme une vente, ou est-ce que c’est en fonction du nombre de pages lues ? Toujours est-il qu’en ayant votre livre dans l’offre d’abonnement Kindle, vous serez selon toute probabilité mieux classé·e (ventes normales + téléchargements des abonné·e·s Kindle) que s’il n’y est pas.

Donc, puisque pour être proposé aux abonné·e·s Kindle, votre livre doit être dans le programme KDP Select, et donc en exclusivité sur Amazon, on voit apparaître un truc un peu pernicieux, qui ne m’a sauté aux yeux que récemment : un livre qui est disponible exclusivement sur Amazon sera, en général, mieux classé et plus visible qu’un livre qui est également disponible sur d’autres plate-formes.

La mainmise d’Amazon

Tous ces mécanismes ont pour effet d’inciter les auteurs et autrices à signer des pactes d’exclusivité sur leurs œuvres avec Amazon, ce qui a non seulement pour effet de permettre à Amazon d’avoir la mainmise sur les auteurs/autrices, mais également sur les lecteurs/lectrices, puisque si un livre n’est disponible que sur Amazon, quelqu’un qui veut l’acheter sera bien obligé de passer par Amazon. Ce qui fait, par conséquent, que les ventes de livres se font principalement par Amazon, et que les auteurs/autrices ont intérêt à privilégier les bénéfices d’une exclusivité avec Amazon au détriment des ventes que leur apporteraient d’autres plate-formes. Et la boucle est bouclée.

Je ne sais pas trop comment conclure cet article : je voulais juste parler du fonctionnement d’Amazon avec la facette que je connais un peu parce que c’est celle avec laquelle j’interagis. Personnellement, je vous encourage à passer par des altenatives à Amazon, soit en tant que lecteur/lectrice en achetant vos livres ailleurs, soit en tant qu’auteur et autrice en refusant cette exclusivité ; tout en ayant conscience que, parfois, le livre qu’on veut n’est disponible que sur Amazon, ou que parfois en tant qu’auteur/autrice on a besoin de la thune que nous apporte cette exclusivité de merde.

Et, bien évidemment : soutien aux travailleurs et travailleuses d’Amazon qui se sont mis en grève et ont bloqué trois des quatre sites de distribution en France ce jeudi. Je rêve qu’on ait un jour des syndicats d’autrices et auteurs qui aient un peu de la gueule et soient moins corporatistes (et, accessoirement, là aussi plus ouverts aux auto-édité·e·s), qui appelleraient à des retraits temporaires massifs de livres sur Amazon en soutien dans ce genre de circonstances, mais ça, c’est hors sujet.

Note

[1] Depuis la rédaction de cet article, ce processus n’est plus nécessaire, puisqu’Amazon accepte les EPUB, qu’il convertit lui-même.