Le blog de Lizzie Crowdagger

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Un début de roman

, 21:28 - Lien permanent

Cela fait quelques semaines que j'ai terminé le premier jet de mon dernier roman, et du coup je commençais à me dire qu'il était temps que je me remette à autre chose. J'avais dans ma tête des projets assez précis, avec un début de plan relativement détaillé et tout cela. Assez logiquement, l'autre jour, je me suis donc mise à écrire... sur complètement autre chose, sans avoir la moindre idée d'où j'allais.

Ne me demandez pas pourquoi.

Bref, voilà un début de roman écrit d'un trait et sans grande relecture. Je ne suis pas persuadée que je continuerai là-dessus, j'avais surtout besoin d'écrire pour me changer les idées et, comme je l'ai dit, je n'ai pas la moindre idée de ce qui pourrait se passer ensuite. Comme ça faisait longtemps que je n'avais rien posté ici, j'avais tout de même envie de le faire partager, sachant que ce n'est vraiment pas la chose la plus littéraire que j'ai écrite et que j'ai plutôt l'impression en relisant ce que j'ai commis que c'est de pire en pire.

Bref, si ça intéresse des gens, le texte est après la coupure.

Il y a une chose que je n'aime pas

Il y a une chose que je n'aime pas dans la vie, une putain de chose, et c'est courir.

D'accord, il y a d'autres choses que je n'aime pas, des tas d'autres, quand j'y réfléchis, mais à ce moment-là, alors que je courais dans cette putain de forêt, je ne les avais pas trop en tête, et je me disais surtout que je détestais courir.

J'entendais les boum boum boum de mon cœur marteler à mes tempes, mes jambes hurlaient de douleur, j'avais envie de dégobiller. C'est dans ces moments-là que je maudissais le fait d'être grosse. Je n'en était déjà pas bien fan en temps normal, notez, mais là, alors que je devais courir entre ces arbres, à échapper à des poursuivants beaucoup plus sportifs que moi, je maudissais vraiment cette graisse qui me ralentissait.

Ça, et la clope. J'avais l'impression que j'allais cracher mes poumons. Ah, et puis mes rangers, aussi. Je veux dire, que je maudissais, pas que j'allais cracher. C'était de belles rangers toutes neuves, que je n'avais pas eu le temps de faire correctement. Je m'étais dit que ce n'était pas grave, parce que je n'avais pas prévu de marcher beaucoup. Je n'avais pas prévu que j'aurais à courir. Je devais avoir l'arrière des pieds en sang.

Je me suis arrêtée un instant contre un arbre, essayant de reprendre mon souffle. Foutues clopes. Je n'avais plus le courage de continuer, plus le courage de fuir, mais il fallait que je reparte. Sinon, ils me rattraperaient.

Sauf que je n'avais aucune chance de m'échapper. Ils étaient beaucoup plus rapides que moi, et ils ne faisaient que jouer avec moi, attendant que je sois complètement épuisée avant de passer à l'attaque. Je n'avais aucune chance.

Quel choix j'avais ?

Je me suis élancée à nouveau, ignorant toutes les alarmes que m'envoyaient différentes parties de mon corps. J'ai couru encore, à travers cette putain de forêt uniquement éclairée par la pleine lune. Une dizaine de mètres plus tard, je me suis écroulée.

Alors que j'essayais péniblement de me relever, encore à quatre pattes, j'ai entendu les bruits de pas dans mon dos. Voilà, ils avaient assez joué, c'était le moment de la mise à mort.

« Déjà fatiguée, bébé ? » a fait mon poursuivant.

Je ne pouvais pas le voir, mais j'ai reconnu sa voix. Colonel George Fontenoy, un type d'une cinquantaine d'années dans l'armée de terre. Il était beaucoup plus vieux que moi, mais ce connard n'était même pas essoufflé.

Je l'ai entendu approcher, j'ai imaginé le sourire qu'il devait arborer sur sa sale gueule en me voyant à bout de forces, et je me suis dit que c'était le moment, ma seule chance.

Parce que je n'étais pas vraiment à bout de forces. Je n'étais pas en très grande forme, d'accord, mais je pouvais en fait encore tenir debout. J'avais juste décidé de m'écrouler maintenant, plutôt qu'un kilomètre ou deux plus loin, quand je n'en aurais plus pu. Et en tombant par terre, je m'étais arrangée pour ne pas être trop loin d'une grosse caillasse, que j'avais saisi lorsque je m'étais mise à quatre pattes.

Je me suis retournée vivement et lui ai envoyé le gadin à la tête. Évidemment, il ne s'attendait pas à ça, et il l'a pris en pleine poire. Le temps qu'il réagisse, je lui avais déjà sauté dessus. Ou plus exactement sur ses jambes, parce que je n'avais pas le temps de me relever.

Il est tombé par terre, en arrière. Je me suis mise à genou au-dessus de lui, et j'ai commencé à lui tataner la tête, histoire de finir ce que ma pierre avait commencé.

L'adrénaline me boostait et me hurlait : « tue-le, tue-le, tue-le ! », et j'étais bien déterminée à l'écouter jusqu'au bout, ne faisant pas attention à la douleur à mes phalanges.

Il y avait autre chose à laquelle je ne prêtais pas suffisamment attention, c'était la main gauche du colonel. Sa main droite, je l'avais dans la face, qui essayait de me repousser, et je ne pouvais voir qu'elle, mais c'était la gauche dont j'aurais dû me méfier.

J'ai réalisé ça trop tard, évidemment, quand j'ai senti la lame de couteau s'enfoncer dans mon ventre. J'ai hurlé de douleur et je me suis arrêtée de taper. Le colonel en a profité pour faire un mouvement de jambes qu'il avait dû apprendre à l'armée et il m'a envoyée rouler par terre à côté de lui, remuant au passage le couteau dans la plaie. Marrant, hein, quand j'y pense, remuer le couteau dans la plaie, c'est une expression que j'avais souvent utilisée, mais c'était la première fois que je sentais ce que ça donnait réellement. Hé bien, croyez-moi sur parole, ça fait putain de mal.

Alors que le sang coulait de mon bide, et que ma vision commençait à se troubler légèrement, j'ai mis la main sur la poignée du couteau. Un moment, j'ai pensé à essayer de le retirer, puis je me suis dit que ce n'était sans doute pas une bonne idée.

« Jolie tentative, a admis le colonel. Je ne m'attendais pas à ça. »

Il était maintenant debout, me toisant comme un connard. Son visage était en sang, mais il n'avait pas l'air de s'en préoccuper.

Il a ensuite posé son pied juste sur le couteau, m'écrasant la main au passage, même si ce n'était pas ce qui me faisait le plus mal. Il s'est mis à appuyer, de plus en plus fort.

« Quand tu y réfléchis bien, la douleur n'est qu'une information sensorielle », m'a alors dit Jayne.

Sauf qu'elle ne me l'a pas vraiment dit, vu que Jayne était morte depuis dix ans. En ce moment elle était beaucoup dans ma tête, sans que je ne sache trop pourquoi. Elle était bien gentille, Jayne, mais ce n'était pas elle qui avait un couteau dans le bide. Elle était morte d'une balle dans la caboche, Jayne. Au moins, ça avait été rapide.

« Le truc, c'est de ne pas essayer de rejeter la douleur, continuait-elle. Bien au contraire. Il faut l'embrasser, l'accueillir. La douleur n'est pas ton ennemie, tu sais ?

— C'est vraiment des putain de conneries de putain de masochistes, ce que tu racontes. »

Jayne a fait sa moue, la petite moue qu'elle avait à chaque fois que je disais une idiotie alors qu'elle essayait de m'expliquer des trucs super philosophiques. Jayne avait tendance à se prendre au sérieux, des fois.

« Tu n'avais pas dit que tu essaierais de réduire ton utilisation de ce mot ? a-t-elle demandé.

— Quoi ?

Putain. D'accord, ce n'est qu'une interjection, mais ça reste un reliquat de la culture patriarcale que tu m'avais promis d'essayer d'employer moins souvent. »

J'ai secoué la tête, atterrée.

« C'est vraiment le bon moment pour me faire chier sur mon putain de vocabulaire ? Je suis en train de crever, au cas où tu n'aurais pas remarqué.

— Non, tu n'es pas en train de crever », a-t-elle répliqué.

Ben voyons. L'obscurité totale autour de nous, la disparition du colonel et de la forêt, le fait que Jayne était en train de me causer, ça ne pouvait vouloir dire qu'une chose : j'étais inconsciente. Et quand on perd connaissance alors qu'on a un couteau dans le bide, on a des chances d'être en train de crever.

« Oh, si, ai-je répondu. Attends un peu, il va y avoir la lumière blanche et je vais te rejoindre dans l'au-delà.

— Je ne suis pas dans l'au-delà. Je suis dans ta tête. Et tu as oublié un détail.

— Quel détail ? ai-je demandé.

— La seule lumière blanche à laquelle tu es exposée, c'est celle de la pleine lune. »

J'ai mis quelques secondes à comprendre où elle voulait en venir.

« Oh, putain ! ai-je juré.

Tssss, a-t-elle fait avec sa moue de réprobation.

Purée, ai-je repris, pas une nouvelle fois ! Ça fait tellement mal, je n'ai pas envie de vivre ça à nouveau. Je ne peux pas plutôt mourir et te rejoindre ?

Non », a-t-elle soupiré, puis elle m'a regardée comme si j'étais une enfant de quatre ans. « Tu ne peux pas me rejoindre. Je suis dans ta tête. Je ne suis pas la Jayne que tu as connue et qui est morte il y dix ans, je suis une projection de ton subconscient. Tu sais cela, hein ?

— Ouais, ouais.

— Alors il est temps de te réveiller, maintenant. »

J'ai levé les yeux au ciel. Vous l'aurez comprist, quand je dis qu'il y a une chose que je n'aime pas dans la vie, c'est une façon de parler, parce qu'il y en a des tas. Mais à ce moment-là, il y avait une chose que je n'aimais pas, et c'était être une louve putain de garou.

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