Le blog de Lizzie Crowdagger

Ici, je discute écriture et auto-édition, fanzines et livres numériques, fantasy et fantastique, féminisme et luttes LGBT ; et puis de mes livres aussi quand même pas mal
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À propos d'auto-édition

, 04:10 - Lien permanent

La plupart de mes textes étant, à l'heure actuelle, auto-édités, je me suis dit qu'il était peut-être temps de répondre à la question : mais pourquoi l'auto-édition ? Je pense que je ferai une deuxième partie à cet article, pour parler un peu de comment ça se passe en pratique (peut-être donner quelques chiffes, même si je ne suis pas sûre que ça intéresse des gens), et revenir de façon un peu plus critique sur la forme que prend l'auto-édition actuellement.

L'auto-édition, c'est quoi ?

Un petit mot pour définir précisément ce que j'entends par auto-édition. Là, je parle au sens large, c'est-à-dire le fait de diffuser des textes sans passer par un éditeur, donc y compris le fait de mettre des textes en ligne plutôt que de vouloir passé par un éditeur. Cela dit j'ai longtemps diffusé des textes gratuitement par Internet sans me dire que c'était de l'auto-édition, ce qui paraissait un mot bien pompeux pour dire « avoir un site web ».

Quand je lis des trucs sur l'auto-édition, j'ai l'impression que les deux points de vue opposés pourraient être caricaturés comme suit :

  • D'un côté, celui qui voit les auteurs qui s'auto-éditent comme en gros des écrivains ratés, qui font de la merde, qui se sont fait jeter de toutes les maisons d'édition et qui du coup sont prêts à mettre de l'argent pour avoir la vanité de voir leur nom sur un livre. Selon ce point de vue, la montée de l'auto-édition est une grosse calamité qui ne fait que plomber la littérature.
  • De l'autre côté, l'idée que les éditeurs ne sont jamais, en tant que tel et de manière homogène, que de gros parasites et que du coup l'auto-édition permet de nourrir Amazon à la place s'en débarrasser et ouvre la voie vers un eldorado pour les auteurs.

Un éditeur c'est quoi ?

Ce qui m'emmène par dérivation à parler de ce qu'est un éditeur. Il y a des critiques que je peux partager sur lezéditeurs mais qui à mon avis ont le défaut de les présenter comme un truc homogène, souvent réduits aux grands éditeurs qui cherchent en bonne partie à faire de l'argent. Cela dit, le rôle d'éditeur n'est pas réservé à une (grande) entreprise : ça peut aussi être une association, un collectif, ou une personne qui fait ça à titre individuel.

Le rôle d'éditeur, c'est celui qui consiste à choisir des textes et à les diffuser. Ça implique un certain nombre de tâches supplémentaires (la correction, le maquettage, éventuellement s'occuper de trouver un imprimeur, un distributeur, etc.) mais à mon avis l'activité qui définit l'éditeur c'est de chosir des textes à diffuser. Partant de là, la notion d'éditeur couvre un étentail assez large[1] qui va des éditions Gallimard à la personne qui fait un zine ou un blog à partir de textes qu'on peut lui envoyer.

Si je n'ai pas d'aigreur particulière vis à vis des éditeurs, c'est peut-être parce que je n'ai jamais eu l'occasion de travailler avec un grand éditeur commercial. J'ai eu l'occasion une fois de travailler avec une petite entreprise (un petit éditeur), sinon c'était soit des associations, des collectifs, ou des individus, donc des cadres où il n'y a pas le même rapport d'exploitation qui peut sans doute exister ailleurs.

Bref, tout ça pour dire que l'auto-édition ne veut pas dire pour moi un rejet du rôle de l'éditeur en tant que tel, ne serait-ce que parce qu'en tant que lectrice, il y a plein de textes et d'auteurs que j'ai découvert grâce à des éditeurs : en dehors du fait évidemment d'avoir la possiblité physique de se procurer le livre ou qu'il soit traduit, le fait de voir un auteur inconnu dans la même collection que deux auteurs plus connus que j'aime bien, ça fait que je vais me dire « il y a des chances que j'aime bien aussi ».

 Mais alors, pourquoi tu t'auto-édites ?

Donc, si je n'ai pas de rancœur particulière vis à vis des éditeurs, pourquoi m'auto-éditer ?

D'abord, comme je l'ai mentionné plus tôt, je me suis longtemps « auto-éditée » sans mettre ce mot dessus, c'est-à-dire que pour moi mettre en ligne mes textes, de manière gratuite, c'était la façon la plus simple et la plus efficace pour les partager, et pour tout dire la seule à laquelle je pensais. Pendant des années, je ne me suis même pas posée la question de l'édition. J'écrivais des textes, j'avais un site, c'était logique de les mettre sur le site. Il faut dire que j'avais franchi le cap de me mettre à écrire parce que jJ'avais lu d'autres textes d'autres gens sur Internet, qui je pense pourraient être qualifiés pour certains de fan-fictions, et je m'étais dit « ah ouais, c'est cool, moi aussi je peux en faire ».

J'ai mis des années à me considérer comme écrivaine, et même maintenant, j'ai un peu du mal. J'écris, ouais, mais « écrivaine », dans ma tête, ça fait tout de suite intello et prétentieuse, un truc pour lequel je n'ai pas le niveau parce que c'est un peu réservé à une élite. Je veux dire, je ne m'auto-flagelle pas, je ne dis pas que je fais de la grosse merde : les textes que je diffuse sur ce site, je les aime bien, quand je les relis je ne les trouve pas moisis (ceux que je ne diffuse pas, c'est autre chose...), mais je n'ai pas l'impression d'avoir un talent spécial d'écrivaine ou quoi. En fait, je crois que lire des textes amateurs sur Internet, ça m'a permis de me décoincer de l'objet « livre », que je voyais un peu comme un truc sacré, forcément pondu par des gens super intelligents et cultivés. Là, je me disais juste : ouais, avec un peu de boulot, je peux le faire aussi. Ça ne fera pas un truc révolutionnaire, ça ne changera pas la face de la littérature, mais si je bosse assez ce sera un truc à peu près correct où j'aurai mis quelque chose de personnel qui peut-être plaira à d'autres gens.

Là où je veux en venir, c'est que si j'ai osé me mettre à écrire, c'est parce qu'à un moment dans ma tête il y a eu une désacralisation du roman, rendue possible par des choses qu'on peut je pense rapprocher de la culture D.I.Y. (Do It Yourself). Et si j'envoie aussi peu de manuscrits à des éditeurs, c'est peut-être en partie parce que j'ai peur qu'on me dise que je n'ai pas le niveau, mais c'est aussi que je n'ai pas spécialement la culture de l'envoi de manuscrits pour espérer décrocher un sésame permettant une publication. J'ai plus d'affinités avec la culture punk ou encore hacker qui consiste en gros à dire que si tu veux faire un truc, tu le fais ; s'il y a des choses que tu ne sais pas faire, t'apprends à les faire ou tu les fais avec des potes, et t'as pas besoin qu'il y ait un professionnel qui te mette un tampon « qualité approuvée ».

S'il y a un truc que je trouve chouette avec l'auto-édition, c'est que ça m'a permis d'apprendre plein de trucs : la mise en page, essayer de faire des couvertures, convertir au format Epub. Alors sans doute que la qualité est pas super professionnelle® mais il y a la satisfaction de l'avoir fait soi-même.

Éditeur et auto-édition, c'est incompatible ?

Pour conclure je voudrais revenir au rôle des éditeurs. Comme je l'ai dit, je trouve que c'est un rôle qui est important, utile, et que je ne pense pas que l'auto-édition vise à faire disparaître. Ce que je trouve dommage, c'est qu'à l'heure actuelle, c'est souvent présenté comme un truc opposé : si tu choisis d'auto-éditer un bouquin (ou même une nouvelle), tu peux tirer une croix sur la possibilité que ce soit choisi par un éditeur, parce que non seulement il faut accorder l'exclusivité mais en plus que ce soit inédit, donc que ça n'ait jamais été publié, même juste sur ton site Web qui a trois visiteurs par jour (les bons jours).

Il y a des exceptions (je peux en témoigner : Une autobiographie transsexuelle (avec des vampires) a été auto-édité, ce qui n'a pas empêché Dans nos histoires de me contacter pour le publier), certes, mais en général et particulièrement pour les éditeurs les plus mainstream, à moins de faire un super carton (coucou Fifty Shades of Grey), c'est mort. Je trouve ça dommage de voir des éditeurs râler sur la montée en puissance de l'auto-édition à base de « ça fait plein de mauvais bouquins qui font de l'ombre à nos bons bouquns », alors que justement le rôle d'un éditeur pourrait aussi être de repérer et de faire découvrir le bouquin qui s'est vendu à deux exemplaires sur Amazon, qui est bourré de fautes d'orthographe, mais qui pourrait être édité dans une version révisée et qui plairait à fond au public de cette maison d'édition. Après, je ne me fais pas trop d'illusions, et j'imagine que les éditeurs qui veulent faire du pognon vont surtout se contenter de repérer les bouquins auto-édités qui se vendent le mieux, mais en tout cas dans l'idée je ne vois pas pourquoi les deux s'opposeraient.

En ce qui me concerne, j'aime bien aussi bosser avec des éditeurs (avec la définition assez large d'« éditeur » que j'ai donné plus tôt, encore une fois ça peut être une copine qui fait un fanzine) , mais quand je trouve que le projet est chouette, que le courant passe. Je n'ai pas spécialement envie de me coltiner des envois massifs de manuscrits en espérant que j'aurais une réponse positive. Après évidemment il n'y a pas que l'« envie » qui compte dans la vie, et par exemple le fait d'être chômeuse longue durée au RSA fait qu'à un moment il y a des chances que j'essaie de proposer des manuscrits au plus d'éditeurs possible pour espérer avoir un peu de thune, mais dans l'idée « l'auto-édition sauf quand c'est des projets d'édition qui me parlent » correspond plus à ma façon de voir l'écriture et la création de manière générale.

Bref, tout ça pour dire que non, l'auto-édition n'est pas juste une solution par dépit, de dernier recours. Et si je reconnais l'utilité du rôle d'éditeur, il y a un discours avec lequel j'ai un peu de mal qui consiste à en faire les gardiens permettant de différencier ce qui est digne d'être lu de ce qui ne l'est pas. J'ai conscience que les bouquins que j'auto-édite sont imparfaits, qu'il reste sans doute trop de fautes, que des fois il y a des soucis sur la mise en page, et j'essaie de m'améliorer, de traquer les coquilles, de régler les problèmes de césure au mauvais endroit, ou de faire des couverture moins moches. Mais surtout, je n'ai pas envie de voir l'écriture, et la création de façon générale, comme quelque chose de sacré, réservé à une élite[2], et qui doit forcément être parfait au niveau de la forme.

Notes

[1] Qui, cela dit, ne couvre pas les « éditeurs à compte d'auteur », qui ne sont pas des réels éditeurs mais des publieurs, qui vendent une prestation mais ne font pas de choix éditorial en tant que tel

[2] Même si je ne me fais pas d'illusions sur le fait que, oui, c'est plus facile d'écrire quand t'as pu faire des études, que t'as eu accès à des livres, que t'as un minimum de sentiment de légitimité pour ne pas trouver tout ce que tu fais comme une merde infâme, et accessoirement, tout à fait accessoirement, que t'as un petit peu de temps libre.

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