Le blog de Lizzie Crowdagger

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Un début de roman (?)

, 14:56 - Lien permanent

Ça fait longtemps que je n'avais rien écrit, et encore moins posté d'extraits. Voici donc ce qui pourrait constituer le prologue (ou pas) d'un projet de roman... encore que je ne sois pas très convaincue par l'univers, donc je ne suis pas contre des retours, si ça vous donne envie ou au contraire si vous trouvez ça tout moisi. Il s'agit, pour une fois, d'un projet qui s'écarte de la ''fantasy urbaine'' et qui se passe dans un univers qui, sans être médiéval au sens strict est inventé de toutes pièces, et j'avoue que je ne suis pas forcément hyper à l'aise avec ce genre là. Mais bon, je vous laisse juger sur pièce...

Prologue

« Il n'est pas trop tard », dit, d'une voix faible, le ministre du commerce Silas de Vassarie. « Il est encore temps de faire machine arrière. »

Gladia dut se retenir pour ne pas éclater de rire. À la porte, des gardes tambourinaient et menaçaient d'entrer par la force si elle ne leur ouvrait pas. Il leur faudrait encore un peu de temps, cela dit : la porte du bureau était non seulement majestueuse, avec ses ornements décoratifs et ses dorures, mais également plutôt solide.

Gladia balaya la pièce des yeux. Elle était suffisamment spacieuse pour accueillir une bibliothèque personnelle, une commode qui renfermait, elle le savait, du matériel de papeterie et quelques bouteilles de boissons alcoolisées, un grand bureau en bois massif ainsi que plusieurs fauteuils. Le plus imposant de ceux-ci était celui du ministre, sur lequel son occupant, Silas de Vassarie était attaché par les poings et les pieds. Gladia, cependant, ne s'intéressait pas aux meubles, pas plus qu'au secrétaire personnel du ministre qui gisait, inconscient, au milieu de la pièce. Elle examinait la fenêtre aux rideaux tirés, seule autre issue à part la porte d'entrée. Elle n'avait pas besoin d'aller jeter un coup d'œil pour savoir que l'ouverture était située à une bonne centaine de mètres au-dessus du sol.

Foutues traditions elfiques, ronchonna Gladia. Cela faisait belle lurette que plus personne, à part quelques ahuris intégristes qui prétendaient vivre en communion avec Gaïa, ne songeait à habiter dans des arbres, mais il y avait toujours cette manie des hauteurs chez les aristocrates. Plus on habitait haut, plus on avait une place élevée dans la société, et le bureau des ministres se trouvaient tous ou presque au palais royal, qui était évidemment la construction la plus élevée du royaume d'Ypsili.

Cela n'était pas sans avantage : à moins que la garde royale n'ait déjà appelé un de ses dragons à la rescousse, il faudrait que les soldats arrivent à enfoncer la porte avant que Gladia ne soit interrompue.

« Il n'est pas trop tard », répéta le ministre, sur un ton implorant.

Mais il était méchamment trop tard pour faire machine arrière, songea Gladia en regardant l'homme couvert de sang. Elle avait dû le faire parler, comme elle avait fait parler beaucoup de gens avant lui. Elle voulait une confession, et elle l'avait obtenue. Elle n'avait pas eu à aller très loin : juste quelques coupures, une petite menace sur son intégrité physique, et monsieur de Vassarie s'était mis à table. Mais ces petites égratignures, même si elles pouvaient sembler dérisoires comparées aux actes de torture qu'avait pu commettre Gladia au service du roi, étaient suffisantes pour ne plus pouvoir faire machine arrière.

Sans compter qu'il y avait le contenu de la confession.

« Par les pouvoirs qui me sont conférés, commença Gladia, je vous déclare coupable de viol et de meurtre. La sentence est la mort.

— Réfléchissez, protesta le ministre, au bord des larmes. Vous avez du potentiel. Vous allez vraiment gâcher votre vie pour faire justice à une traînée ? »

Gladia dégaina sa dague. Le ministre hurla. Elle frappa d'un coup, brusque, précis, en plein cœur, puis le regarda dans les yeux alors que la vie le quittait.

« Je croyais que vous, les Hauts-Elfes, vous étiez immortels, lâcha-t-elle à son cadavre. On dirait que c'est des fadaises, hein ? »

De nouveaux coups sur la porte la ramenèrent à la réalité. Elle avait fait ce qu'elle avait à faire, il était maintenant temps qu'elle se tire de là. Gladia se leva, nettoya sa lame à l'aide d'une veste qui devait valoir son salaire mensuel, et se dirigea vers la fenêtre.

Celle-ci se brisa en éclats dès qu'elle tira le rideau. La garde royale avait effectivement fait vite pour rameuter ses dragons, ou au moins un de ceux-ci. Elle s'écarta de la fenêtre afin d'éviter de se prendre une décharge de fusil éthérique dans la tête, et espéra que le dragonnier éviterait de pousser sa monture à la réduire en cendres pour ne pas mettre la vie du ministre en danger.

« Ouvrez ! hurla-t-on du côté de la porte. Au nom du roi ! »

Les coups reprirent ensuite de plus belle. Gladia les ignora et attrapa le sac à dos avec lequel elle était venue. Elle en sortit un engin étrange, une petite sphère de la taille d'un poing munie d'une goupille. Elle enfila le sac à dos et prit une grande inspiration, afin de se préparer à ce qui allait suivre. Elle réalisa alors que les coups avaient cessé, ce qui n'était pas bon signe. Cela voulait probablement dire que quelqu'un avait trouvé des explosifs. Il était temps de déguerpir.

Elle courut vers la fenêtre et écarta les rideaux. Une balle la toucha à la jambe et elle grimaça de douleur, mais elle parvint néanmoins à franchir la balustrade et à sauter dans le vide, tête la première. Alors que Gladia commençait à trouver son plan de sortie beaucoup moins attractif que lorsqu'elle l'avait préparé, elle dégoupilla la petite sphère qu'elle tenait entre les mains et la jeta.

Le petit engin avait pour nom militaire la grenade magnéto-éthérique. Elle avait été inventée trente ans plus tôt lors de la guerre contre la République de Manka. Le principe était simple : une petite capsule d'éther conçue pour émettre un puissant champ magnétique s'activait, projetant des morceaux de fers mortels dans toutes les directions. C'était, tout du moins, l'usage « normal » de l'engin. Le spécimen de Gladia différait quelque peu, puisque le mécanisme avait été modifié pour se déclencher sur quelques secondes au lieu d'une fraction. De plus, les éclats destinés à tuer avaient été retirés de l'engin. À la place, Gladia portait quelques kilos de ce métal dans son sac à dos.

L'idée était la suivante : lorsque la grenade explosait au sol, elle ne faisait pas de victimes, mais émettait un puissant champ magnétique qui ralentissait la chute du sac à dos, et de la personne qui le portait. Celle-ci s'immobilisait alors en plein air plutôt que de s'écraser par terre, puis descendait lentement à mesure que le champ magnétique disparaissait. Le dispositif n'avait, cependant, pas encore été testé dans des conditions réelles.

Il s'agissait donc d'une grande première scientifique et, comme beaucoup, elle ne se passa pas exactement comme prévu. Gladia eut d'abord l'impression qu'on lui arrachait les bras lorsque le champ magnétique s'activa ; puis elle rebondit contre le vide et fut projetée une vingtaine de mètres plus loin. Heureusement pour elle, le palais royal était entouré de jardins luxuriants, ce qui fit qu'elle s'écrasa dans l'herbe plutôt que sur des dalles en pierre.

Il lui fallut quelques secondes pour reprendre ses esprits. Elle avait mal partout : à la jambe gauche, celle qui avait été touchée par le dragonnier, d'abord, mais les bras et les dos venaient pas loin derrière, suivis de la tête et du ventre.

Elle se releva avec difficulté et retira son sac à dos, maintenant trop encombrant. Elle entendit un battement d'ailes de dragon dans son dos et décida qu'il valait mieux se mettre à courir. Sa jambe gauche protesta néanmoins, et elle dut se contenter de boiter en espérant ne pas être trop lente. Les choses ne se passaient pas exactement comme prévues, mais elle avait encore une chance d'atteindre les arbres. Là, elle pourrait espérer échapper au dragon.

Dans l'obscurité, elle n'arrivait pas trop à voir où étaient ces arbres en question. Cinquante mètres ? Cent ? Elle entendit alors les hurlements des loups, venant de quelque part vers sa gauche.

Merdasse, jura-t-elle intérieurement. Les loups du palais. Elle avait amené de quoi les repousser dans son sac, mais elle venait d'abandonner celui-ci, et il n'était pas question de faire marche arrière pour aller le rechercher. Pas avec ce dragon qui rôdait au-dessus d'elle et la guettait.

Un jet de flammes, quelques mètres devant elle, lui indiqua qu'il l'avait trouvée. Saloperies de dragons. Ils avaient une meilleure vision nocturne qu'elle, apparemment. Si elle avait été une Haute-Elfe plutôt qu'une elfe commune abâtardie, elle aurait peut-être pu partager ce don. Non pas que ça avait beaucoup aidé Silas de Vassarie.

« Les mains en l'air ! ordonna le dragonnier du haut de sa monture. Au nom du roi ! »

Gladia hésita quelques instants et évalua ses chances. Elle était blessée à la jambe, et avait laissé la plupart de ses armes dans son sac à dos. De plus, elle n'avait pas pour objectif de tuer un simple soldat qui ne faisait que son boulot. Elle n'était pas venue pour ça.

Elle leva donc les mains, lentement, et attendit que le dragon se pose devant elle. Elle perçut des cris lointains, qui semblaient se rapprocher.

« Je dois admettre », annonça-t-elle au dragonnier, qui la tenait en joue avec son fusil éthérique. « T'es plutôt doué. »

Le dragonnier releva les lunettes qui lui protégeait les yeux lorsqu'il était en vol, et afficha un air surpris.

« Gladia Courtelame ? s'étonna-t-il. C'est vous ? »

Gladia l'examina plus en détail. Il portait la tenue réglementaire de sa fonction, c'est-à-dire une armure en cuir légère marquée des armes d'Ypsili. Malgré l'obscurité, elle aurait juré ne l'avoir jamais vu. D'après son jeune âge apparent, il ne devait pas être au service du roi depuis très longtemps.

« On se connaît ? demanda-t-elle.

— Je m'appelle Artémon, expliqua le jeune homme. J'ai entendu parler de vous. »

Derrière elle, Gladia entendait des cris et des bruits de pas qui se rapprochaient. Les renforts. De quoi chasser toute idée de s'échapper en volant la monture d'Artémon. De toute façon, elle ne savait pas diriger un dragon.

« Par Gaïa, soupira le jeune homme, qu'est-ce que vous avez fait ? »

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Commentaires

1. Le mardi, mai 5 2015, 23:53 par Papermaiden

Moi j'aime bien, je trouve que ça a du potentiel. J'ai beaucoup vos récits qui sont plus fantasy.

2. Le mercredi, mai 6 2015, 01:22 par Lizzie Crowdagger

Merci pour le commentaire :) surtout que je me rends compte que ça n'a pas dû être simple de le poster, vu que je n'avais toujours pas corrigé la CSS et toute la partie commentaires s'affichait en blanc sur fond blanc... Oups...

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