Le blog de Lizzie Crowdagger

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Réflexions sur les enjeux dans un roman

, 20:51 - Lien permanent

Ça fait quelques temps que j’avais cette idée d’article en tête : parler des enjeux dans un roman (ou une nouvelle), pas dans le sens de parler des enjeux d’écrire un roman mais des enjeux qui sont présents dans l’histoire. En effet, une fiction prenante arrive à vous convaincre qu’il y a énormément de choses en jeu dans l’histoire et c’est a priori quelque chose de fondamental, peut-être pas pour le roman en général, mais au moins pour ceux qui ont une certaine vocation divertissante et en tous cas dans les genre de la fantasy, du polar ou encore de la science-fiction.

D’un autre coté, j’ai parfois l’impression qu’il peut y avoir l’idée qu’en gros, « plus il y en a, mieux c’est » : plus les enjeux sont importants, plus l’histoire sera captivante. Je pense que, pour le coup, c’est assez faux, ou en tout cas pas si simple. Même si ça reste un peu confus dans ma tête, je voulais donc essayer de mettre un peu au « propre » mon début de réflexion sur le sujet.

 Avertissement de rigueur

Comme à chaque fois que je m’aventure dans les eaux bourbeuses de la théorie, je tiens à préciser que je n’ai aucune formation littéraire : c’est juste que j’écris des bouquins, et des fois je me pose des questions. Notamment, je n’ai sans doute pas le vocabulaire « officiel » et je ne connais pas forcément les grands textes théoriques. Tout ça pour dire que si vous êtes un peu calé·e dans ce domaine, d’abord, soyez un peu indulgent·e, et surtout n’hésitez pas à me dire « là le concept que tu décris en fait c’est ce que Machin appelle bidule ».

 Définitions

Comme je le dis, je ne maîtrise pas le vocabulaire, donc il y a peut-être des mots qui existent déjà et qui ne sont éventuellement pas les mêmes (surtout pour le dernier d’entre eux), mais je voudrais quand même commencer par donner les définitions pour être sûre que ce soit à peu près clair (pour moi à défaut des autres).

Enjeu

Bon déjà l’enjeu c’est quoi ? En gros, c’est (oui le mot vient de là) ce qui est en jeu dans l’histoire (ou ailleurs, mais là je parle uniquement des enjeux à l’intérieur de l’histoire). Évidemment, il peut y avoir plusieurs enjeux différents, des enjeux différents pour des personnages différents, etc.

Par exemple, si les héros doivent empêcher des méchants de détruire le monde, l’enjeu c’est : « la survie du monde ». Dans une romance, en général l’enjeu sera « est-ce qu’ils/elles finissent ensemble ? » (spoiler : oui). En général il y a un enjeu principal (ou des enjeux principaux), et des enjeux secondaires : par exemple dans Die Hard on pourrait dire qu’ils correspondent respectivement à « les otages vont-ils être sauvés, les gentils triompher et les méchants être punis ? » et « John MacClane va-t-il réussir à sauver son couple ? ».

Évidemment, c’est en général plutôt lié aux objectifs des protagonistes et des antagonistes : si l’enjeu est « la survie du monde » il y a des chances pour que les héros veuillent le sauver et les méchants le détruire, même s’il peut y avoir des variations (la plus évidente, « les protagonistes veulent détruire le monde », mais aussi par exemple « les protagonistes et les antagonistes n’ont pas conscience, contrairement au lecteur, que le sort du monde dépend de leurs actions »). De même, pour une histoire comique d’enquête, on peut envisager que le ou la protagoniste ne cherche pas du tout à résoudre l’enquête mais le fasse par « mégarde », tout en ayant une histoire structurée de manière à présenter « la découverte de la vérité » comme l’enjeu principal de l’histoire.

Moyen/Actionmètre

Là, je pense qu’il y a un terme plus intelligent qui existe, mais en gros il y a les enjeux d’un côté, et les moyens mis en place de l’autre. Ce que je nommerai du coup l‘actionmètre et qui mesure en gros si y’a tout qui pète ou pas.

Je dis ça un peu en rigolant mais quand même pour clarifier un truc : l’enjeu et les moyens (donc l‘actionmètre) sont a priori liés selon la logique de « la fin justifie les moyens » (et donc, s’il y a des enjeux super importants, ça justifie de tout faire péter). Cela dit, c’est pas non plus automatique ni vrai tout le temps. Prenons une histoire qui se passe pendant une guerre. Les enjeux peuvent être différents selon l’histoire que l’on raconte : cela peut être juste « la survie du héros » ou « le monde libre va-t-il continuer à exister ou la barbarie va-t-elle triompher ? ». Les moyens peuvent aussi varier : d’un côté, c’est la guerre, ça justifie de tout faire péter (donc beau niveau d‘actionmètre), mais on peut aussi voir les choses sous l’angle diplomatique, ou encore d’un·e mathématicien·ne qui cherche à déchiffrer un code cryptographique (donc un niveau sur l‘actionmètre plutôt calme), et ce même si les enjeux sont importants. De la même façon, typiquement dans les films catastrophe du genre 2012/San Andreas/… la catastrophe en elle-même n’est pas un enjeu (l’enjeu est plutôt la survie des protagonistes), même si elle justifie que tout pète autour des personnages principaux.

Qu’est-ce qui fait qu’on accroche à une histoire ?

Partant de là, qu’est-ce qui fait qu’on va accrocher à une histoire ? Je ne prétends pas avoir une réponse générale ni universelle, mais je voulais juste poser quelques réflexions liés à la question des enjeux.

 Un enjeu adapté à l’histoire et au genre

D’abord, il me semble que, pour le meilleur ou pour le pire, on attend d’une histoire qu’elle ait un enjeu qui lui soit « adapté ». Typiquement, l’enjeu principal pour une romance ne sera pas le même que pour un cycle de fantasy épique. Il me semble que là-dessus il y a quand même pas mal des conventions de genre : pour de la fantasy épique, c’est un peu un prérequis que l’enjeu soit au minimum du niveau d’une menace sur tout un pays, idéalement l’intégralité du monde.

Ou on peut peut-être voir ça de manière différente : la façon dont les enjeux sont présentés dans le roman déterminent, en partie, le genre de celui-ci. L’exemple le plus frappant, c’est la romance : on peut très bien avoir une romance qui se déroule dans les Terres du Milieu pendant la bataille du Gouffre de Helm, mais à partir du moment où l’histoire d’amour est l’enjeu principal, on peut dire que l’histoire est une romance. De même, si au lieu d’avoir comme enjeu «  la survie des Terres du Milieu face au Mordor », celui-ci est plutôt « la survie et l’adaptation d’un soldat de base de l’armée du Rohan », on pourrait argumenter que selon les classifications très précises des sous-genres de la fantasy, il ne s’agit plus de « fantasy épique » mais de « military fantasy ».

Des enjeux clairs

Un autre aspect qui fait à mon avis qu’on accroche à une histoire, c’est que les enjeux soient à peu près clairs et exposés assez tôt. Bien sûr, il y a des exceptions, mais j’ai l’impression que bien souvent quand je n’accroche pas c’est parce que je n’arrive pas bien à comprendre, mettons, pourquoi les gentils tiennent absolument à se tataner avec les méchants. C’est aussi comprendre en quoi les actions des protagonistes sont connectés à l’enjeu : par exemple, si le héros et le méchant s’affrontent dans une course de voiture ou de vaisseau spatial, et que tu vois bien que l’histoire essaie de te dire que du résultat de la course dépend le sort du monde, mais que tu ne vois vraiment pas pourquoi, tu risques de décrocher.

 Des enjeux dont t’as quelque chose à foutre

Autre point important pour accrocher à une histoire : que tu n’ais pas l’impression de n’avoir rien à faire des enjeux que celle-ci présente. Là-dessus, je pense que les affinités personnelles du lecteur ou de la lectrice jouent en partie : par exemple, sans doute parce que je suis une lesbienne aigrie qui trouve qu’on lui impose de l’hétérosexualité partout, je n’ai en général pas grand intérêt à savoir si deux hétéros vont finir ensemble, du coup si ça prend une part trop importante à l’histoire, il y a des chances que celle-ci (ou au moins cette sous-partie de l’histoire dans le cas où c’est un arc secondaire) me gonfle.

À moins, évidemment, qu’il y ait quelque chose qui arrive à me rendre ça intéressant. C’est à mon avis ce qui joue le plus : est-ce que l’œuvre arrive à te faire ressentir ces enjeux ? Est-ce que tu stresses pour la survie de l’héroïne ou est-ce qu’en fait tu t’en fous parce qu’il n’est absolument pas attachant ? Si l’enjeu est le résultat d’un match de boxe, est-ce que l’histoire a réussi à te faire comprendre pourquoi c’était important pour le protagoniste ?

Évidemment, là on s’écarte un peu de la thématique de cet article, mais je trouve que la force des histoires bien écrites c’est d’arriver à t’impliquer y compris sur des enjeux et des sujets qui ne t’intéressent pas des masses à la base.

Une bonne évolution des enjeux au cours de l’intrigue

Un autre truc à prendre en compte, à mon avis, c’est l’évolution des enjeux (et particulièrement de l’enjeu principal, évidemment) au cours de l’intrigue. On pourrait penser que ça « marche » mieux si on a une idée des enjeux dès le début, mais que ça va crescendo jusqu’au « climax » (apparemment en français on est censé dire « acmé »). Par exemple (d’un point de vue « est-ce que c’est prenant », en tout cas), je pense que pour une série de type 24 Heures Chrono, il vaut mieux que les enjeux évoluent de cette façon :

  • le protagoniste va-t-il réussir à arrêter un suspect de terrorisme ?
  • menace dans un supermarché ;
  • un avion va-t-il exploser ?
  • la ville va-t-elle être détruite à cause d’une tête nucléaire ?

que dans l’autre sens. Cela dit, je pense qu’en soi il n’y a pas de problème à ce que l’enjeu principal reste fondamentalement le même depuis le début : ce qui peut aller crescendo, c’est aussi les moyens mis en œuvre, la compréhension de ces enjeux et de ce que ça implique, les risques encourus, l’impression que tout est perdu, etc. Par ailleurs, en contre-exemple de ce truc où c’est bien si les enjeux vont en augmentant, la saison 5 de 24 heures Chrono est à mon avis celle qui est la plus prenante, même si l’enjeu en fin de saison (« le vrai responsable de tout ça sera-t-il arrêté ? ») peut sembler « moindre » que celui en début et en milieu (en exagérant un peu, « la survie d’à peu près tout Los Angeles »). On pourrait aussi prendre l’exemple de New York 1997, qui part sur un enjeu d’ampleur (le président des USA en danger, des bandes contenant des informations capitales qui doivent être récupérées, etc.), mais qui, avec son héros cynique et blasé qui n’en a rien à branler de rien, le fout finalement un peu à la « poubelle », puisque ce à quoi on s’intéresse surtout c’est la survie de Snake Plissken (qui passe par celle du président des USA et la récupération des données importantes, mais qui devient plus un moyen qu’un enjeu).

Je pense d’ailleurs que ce truc d’« aller en augmentant » peut parfois être assez contre-productif quand ça donne l’impression que ça monte jusqu’à l’absurde (ce n’est plus le monde qui est menacé, mais le multivers tout entier !!! Y compris si tu viens de découvrir l’existence d’univers parallèles dont tu n’as par conséquent strictement rien à foutre). Et autant je pense que ce crescendo peut avoir du sens au sein d’une même histoire, autant je trouve que lorsqu’il s’agit d’une suite et donc d’une autre histoire, le fait de vouloir toujours en faire plus est plus fatigant qu’autre chose.

Par contre, ce qui m’intrigue c’est quand j’ai l’impression que toute la partie la plus « sous tension » d’une œuvre se déroule alors… qu’il n’y a plus aucun enjeu. Deux exemples de films où j’ai eu cette impression sans trop savoir si c’était voulu ou pas :

  • dans X-Men: days of the future past, il y a une superbe scène d’action dans le futur. Sauf que Wolverine a déjà changé le passé (et ne fait d’ailleurs plus rien dans le film à part rester coincé sous la flotte, donc il ne le modifie pas plus) et donc le futur va de toute façon être réécrit donc en fait… on s’en fout, non ? Ou c’est moi qui n’ai pas compris ?
  • dans Pompei, on voit Jon Snow et Jack Bauer se mettre sur la gueule, ce qui est plutôt cool, sauf qu’à ce moment-là du film on sait qu’aucun ne va réussir à échapper au volcan et que du coup le seul enjeu c’est savoir qui va mourir quelques secondes plus tôt. Après ça m’avait fait un peu bizarre en voyant le film mais pour le coup c’est peut-être voulu, « de toute façon on va crever, on s’aime pas, alors autant qu’on se tatane la gueule ». Je ne sais pas trop.

(Je ne parle évidemment pas du cas où on découvre après coup que l’enjeu n’était pas réel : par exemple si l’enjeu de tout le roman est d’empêcher l’explosion d’une bombe nucléaire, le fait qu’on découvre en conclusion qu’il n’y a jamais eu de bombe nucléaire et que c’était du bluff de la part du méchant n’enlève rien au fait que ça reste l’enjeu de l’histoire, ressenti à la fois comme tel par les protagonistes mais aussi le/la lect·eur·rice)

Du coup, plus les enjeux sont importants, mieux c’est ?

Bref, du coup est-ce qu’on peut dire que plus les enjeux sont importants, mieux c’est ? Hé bien, dans un sens, oui : plus l’œuvre arrive à faire sentir au lecteur ou à la lectrice que les enjeux sont importants, plus il ou elle accrochera à l’œuvre. Par contre, je pense que ce n’est pas du tout un truc mathématique du type « la survie de l’univers entier est plus importante que celle d’un pays, qui est plus importante que celle d’une ville qui est plus importante que celle d’un personnage qui est plus importante que de savoir s’il va réussir tel truc ou si deux persos vont finir ensemble  ». Une planète entière peut être menacée, si l’œuvre n’arrive pas à me faire comprendre à quel point ce serait dramatique, ça ne sert à rien. À l’inverse, même si je me fous des courses de chevaux, si l’œuvre arrive à me faire ressentir à quel point c’est important pour le personnage principal, je peux être happée.

C’est pour ça notamment que je ne suis pas d’accord avec des déclarations du genre « Machin n’hésite pas à tuer ses personnages, c’est bien, du coup on sait qu’il y a un vrai enjeu parce qu’ils risquent de mourir » ou encore « le problème de la narration à la première personne c’est que ça casse un peu les enjeux parce qu’on sait que le narrateur va survivre ». Déjà, il y a d’autres enjeux envisageables que la survie des protagonistes, et puis si c’est bien traité je pense en tout cas pour ma part que je serais plus facilement « impliquée » dans la volonté de survie d’un personnage qui risque la mort si c’est bien raconté, si j’ai de la sympathie pour le personnage, même si je sais que le personnage ne va pas mourir (soit parce que l’auteur ne tue jamais ses personnages, soit parce que c’est écrit à la première personne, ou encore parce que je me suis allégrement spoilée), que parce que je sais que l’auteur a tendance à tuer ses protagonistes et qu’il risque donc « vraiment » de mourir.

Distinguer enjeu et prétexte

Il me semble important de distinguer l’enjeu et le « prétexte » à l’action. Si je décide d’écrire une histoire qui se déroule dans le cadre d’affrontements entre bande armées, il faut probablement que je trouve une raison pour ces affrontements, histoire de pouvoir avoir un bon niveau d‘actionmètre. Cela dit, c’est parfois un prétexte plus qu’un enjeu : si l’histoire tourne autour de l’amour impossible entre deux membres de bandes rivales armées, l’enjeu est probablement plus cet amour que sur la guerre elle-même. De même, une enquête policière peut surtout servir de prétexte à des courses en voiture, une histoire d’amour entre deux personnages peut être le début d’un roman d’aventure plus que d’une romance, etc.

J’ai l’impression que c’est un problème qui peut toucher des œuvres qui sont « mal vendues », pas au sens où elles se vendent forcément peu, mais où elles sont vendues sous une étiquette qui ne leur correspond pas vraiment, soit parce qu’elles sont classées dans un certain genre, soit à cause du quatrième de couverture ou de la bande-annonce, ou encore de la façon dont c’est présenté dans la presse. Des gens vont alors être déçus en s’attendant à trouver autre chose, peut-être en faisant d’un enjeu « secondaire » annexe, ou du prétexte à l’action, un enjeu principal. Par exemple, si on me présente un livre comme un polar, je risque d’être déçue si l’enjeu « résoudre l’enquête » disparaît à la moitié du livre, ce qui ne sera pas forcément le cas si on m’a présenté l’œuvre comme, mettons, la relation d’une fille avec sa mère.

Ça rejoint un autre sujet (sur lequel j’écrirai peut-être un jour) qui touche principalement les auteurs et autrices auto-édité·e·s (ainsi que les éditeurs) : la difficulté pour présenter une œuvre. La couverture, la quatrième de couverture, les catégories choisies, etc. vont conduire à voir les lect·eur·rice·s à voir une œuvre d’une certaine manière et à baser leurs attentes là-dessus. Par exemple, j’ai reçu quelques critiques assez négatives sur Noir & Blanc. Il est bien sûr possible qu’elles soient dues aux défauts de l’œuvre (dont elle n’est pas dépourvue), mais je me demande si ça ne vient pas en partie du fait que la couverture comme la quatrième présentent ce texte comme un polar (surnaturel, certes), alors que d’une certaine façon, la résolution de l’enquête est plus un prétexte, tandis que l’enjeu principal est peut-être finalement plus la relation entre les deux protagonistes.

Eye of the Beholder

Avec tout ce que je dis, ça peut donner l’impression que l’enjeu principal est quelque chose qui est fondamentalement intrinsèque à l’œuvre et peut être déterminé de manière tout à fait objective, mais je voudrais quand même nuancer ça : c’est avant tout une alchimie entre le ou la lect·eur·rice et l’œuvre. Deux personnes différentes pourront donner, devant une même œuvre, deux enjeux « principaux » différents, surtout si plusieurs enjeux sont mélangés dans l’histoire. Des personnes différentes auront donc un ressenti différent selon celui qui pour eux était « le plus important ». La démarche de lecture est une démarche active où le lecteur ou la lectrice participe au final aussi en grande partie à « créer » l’œuvre qu’il ou elle lit et s’imagine dans sa tête.

C’est ce qui rend parfois compliqué le fait de présenter une œuvre qu’on a aimé à quelqu’un d’autre, et encore plus (notamment lorsqu’il s’agit d’écrire un quatrième de couverture) à un « public » hétérogène. Il m’est fréquemment arrivé qu’on me présente une œuvre sans que ça me donne aucune envie de la lire ; puis quelqu’un d’autre me présentait la même œuvre sous un angle très différent (peut-être, pour rattacher avec la thématique de cet article, en présentant des enjeux différents) et, , j’avais envie de la dévorer sur le pas.

L’enjeu, pas toujours si important ?

Il me semble aussi que pour certains genres, l’importance de l’enjeu purement interne à l’histoire est au final parfois moindre, tout simplement parce que l’importance de l’histoire elle-même est moindre. Il y a par exemple des romans plus littéraires où ce n’est pas tant l’intrigue qui est importante que le style ou une certaine « poésie » de l’auteur. De la même manière, je ne me souviens pas très bien de l’enjeu dans Fast & Furious 7, ni vraiment de l’histoire (mis à part que les personnages risquent leur vie et qu’il y a une histoire de hacker), mais, comme avec une poésie, je retiens surtout des images et des émotions. On peut citer aussi les histoires à vocation humoristiques, où l’enjeu interne à l’histoire est moins important que l’humour qui y est souvent externe (au sens où il n’est pas ressenti comme humoristique par les personnages).

La première règle, c’est qu’il n’y a pas de règles

Pour conclure, je voudrais tout de même rappeler que la première règle dans l’écriture d’un roman, c’est qu’il n’y a pas de règles. Notamment, à des moments je peux discuter de ce qui, à mon avis, « marche » ou « ne marche pas » pour accrocher le lecteur ou la lectrice. C’est bien entendu à prendre avec des pincettes et pas comme des conseils de ce qu’il faudrait faire ou pas. Déjà parce que je ne pense pas qu’« accrocher » soit forcément un but indispensable d’une œuvre, et qu’au contraire je trouve ça bien quand des œuvres assument de casser les codes, de ne pas proposer une résolution satisfaisante, de ne pas juste chercher à divertir ou à pousser les lecteurs et lectrices à tourner les pages en étant accro. Et, aussi, parce que ce n’est que mes réflexions très subjectives, qu’il y a sans doute des tas de contre-exemples qui « marchent » ou ne « marchent pas » en faisant à l’opposé de ce que je peux décrire ici.

Sans compter qu’il y a plein de choses très subjectives, par exemple sur les œuvres qui arrivent à bien faire passer les enjeux ou pas. Je ne l’ai pas mis dans les exemples avant parce que je sais que c’est une opinion très polémique, mais je peux le dire ici pour montrer à quel point tout ça est subjectif : je n’accroche pas à la première trilogie Star Wars, notamment à cause de ses enjeux. Il y a des planètes entières qui explosent mais on les voit tellement peu que je m’en bats la rate, des personnages en danger tout le temps mais jamais assez attachants pour que ça me remue, et des étoiles de la mort de plus en plus grosses mais où je ne vois toujours pas ce que leur taille monumentale apporte, sans parler de l’enjeu secondaire sur la relation père-fils qui me branche encore moins. Après, ça n’empêche pas que des tas de gens adorent ces films et que donc visiblement c’est que de ce point de vue-là ils marchent plutôt pas mal.

Et avec tout ça, je ne suis pas convaincue d’être plus avancée après avoir écrit ces réflexions qu’avant.


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