Le blog de Lizzie Crowdagger

Ici, je discute écriture et auto-édition, fanzines et livres numériques, fantasy et fantastique, féminisme et luttes LGBT ; et puis de mes livres aussi quand même pas mal
Home

Aller au menu | Aller à la recherche

Pseudoconseils autoédition #1: l'auto-édition, pourquoi ?

, 13:52 - Lien permanent

Il semble être d’usage pour à peu près tout écrivain·e pratiquant l’auto-édition et ayant un blog de faire une série d’articles donnant des conseils sur l’auto-édition, et, malgré ma réticence à donner des conseils, j’ai finalement décidé de me plier au jeu ^^

J’avais en effet un peu envie de faire quelques articles résumant mon expérience dans ce domaine, surtout que je ne me retrouve pas forcément dans les articles que je lis régulièrement sur le sujet. Non pas qu’ils soient forcément mauvais, mais parce qu’ils ne s’inscrivent en général pas tout à fait dans la même perspective : j’aimerais en effet parler (comme les autres) publication sur Amazon ou comment faire une couverture vendeuse, mais aussi (comme moins d’autres) impression DIY, publication de textes gratuits ou encore licences libres.

Dans ce premier article, je voudrais revenir un peu sur les intérêts et inconvénients de l’auto-édition, les comparaisons avec le fait d’être éditée, et les bonnes et mauvaises raisons de s’auto-éditer.

Auto-éditer un livre, ça veut dire quoi ?

Mais d’abord, vu que j’aime bien commencer par des définitions, essayons de délimiter plus précisément ce dont on parle.

Livre

D’abord, un livre c’est quoi ? Ça peut paraître évident, mais ça ne l’est pas forcément tant que ça. Est-ce qu’un livre numérique est un livre ? Est-ce qu’une nouvelle est un livre ? Est-ce qu’un fanzine est un livre ?

Je n’ai pas forcément la réponse fondamentale à ces questions, mais en tout cas, dans ce contexte, je répondrai « oui » aux trois, ne serait-ce que parce que les mêmes problématiques s’appliquent (plus ou moins). En gros, ce dont je vais parler ici en parlant de « livre » peut s’appliquer à peu près à n’importe quelle collection de mots ou d’images que vous présentez comme un livre, peu importe au final la valeur « littéraire » ou encore la taille.

Auto-édition

Ensuite, qu’est-ce que l’auto-édition ? C’est le fait de publier soi-même son propre livre, plutôt que de passer par le biais d’un éditeur (en un sens, il serait peut-être préférable de parler d‘auto-publication). Si la définition semble à peu près claire, ça regroupe des réalités très variées, qui vont du système non-marchand à l’entrepreneur, puisqu’il peut s’agir de :

  • publier gratuitement ses œuvres sur son propre site ou en filant des exemplaires photocopiés à ses potes ;
  • vendre ses œuvres de façon directe ou sur des plate-formes de vente en ligne, en faisant tout soi-même ;
  • recruter un correcteur (pour le contenu des livres), une maquettiste (pour mise en page), un graphiste (pour la couverture), une développeuse web (pour le site), un community manager (pour les réseaux sociaux), etc. pour vendre ses livres plus efficacement.

Le troisième exemple paraît improbable dans une version aussi excessive, mais dans les faits il n’est pas forcément rare de voir des auto-édité·s payer (souvent mal) un·e graphiste ou un·e correcteur/correctrice. (Les témoignages d’«auto-édités» que j’ai vus qui rentraient le plus à fond dans cette catégorie pratiquaient également le recours à des ghostwriters, ce qui techniquement n’en fait plus vraiment des auteurs auto-édités mais plutôt une entreprise d’édition somme toute assez classique.)

(Minute lutte de classe : une analyse en terme de classe des auto-édité·e·s qui essaient d’en faire un gagne-pain est assez déprimante : des personnes sans aucune sécurité de l’emploi, aucun revenu minimal, qui vont fournir un travail énorme par rapport à ce qu’ils ou elles sont payé·e·s, et qui vont recruter/être clients d’autres personnes avec globalement les mêmes conditions de merde mais dans d’autres domaines, le tout dans une logique de concurrence «libre et non faussée» et d’auto-exploitation forcenée qui pousse les prix de tout le monde vers le bas, dans une espèce de plat de spaghetti où les rapports d’exploitation sont complètement entremêlés. Cela dit, s’il est difficile de démêler les spaghetti, on voit bien tout de même que c’est des entreprises dont le chiffre d’affaires s’évalue en dizaines de milliards de dollars qui mangent toute la viande.)

Bref, tout ça pour dire que l’auto-édition peut regrouper des réalités assez variées, et qu’évidemment les méthodes qui seront bonnes pour les un·e·s ne le seront pas forcément pour les autres.

Pourquoi s’auto-éditer

Venons-en maintenant au cœur du sujet : pourquoi donc s’auto-éditer ? Ben, a priori, parce que vous avez écrit un livre (au sens large tel que défini ci-dessus) et que vous avez envie de le faire découvrir à des gens. À vrai dire, la question qui se pose le plus, c’est : «pourquoi s’auto-éditer plutôt que de passer par un éditeur ?». Je vois plusieurs bonnes réponses à ça :

  • parce que vous avez pas envie de passer par un éditeur ;
  • parce que vous avez la flemme d’envoyer votre manuscrit à des éditeurs ;
  • parce que vous aimez bien l’aspect maquettage et que vous ne voulez pas laisser un éditeur s’en occuper ;
  • parce que vous voulez que votre livre soit publié là, maintenant, tout de suite ;
  • parce que le contrat de l’éditeur qui voulait publier votre texte ne vous va pas;
  • parce que vous ne voulez pas céder les droits sur votre texte;
  • parce qu’aucun éditeur ne veut de votre texte.

Le dernier point est souvent présenté comme une mauvaise raison : mince, si vous avez envoyé votre texte à autant d’éditeurs et qu’ils vous ont dit non, c’est peut-être que vous feriez mieux de ne pas le publier. Je ne suis pas vraiment d’accord, le fait qu’un texte ne soit pas accepté ne veut pas forcément dire qu’il est mauvais, et quand bien même il serait mauvais, si ça vous fait du bien de le publier, faites-le. (Je vous suggère sur ce sujet d’aller lire La vraie raison pour laquelle personne ne veut publier ton roman par de Neil Jomunsi).

Il y a une raison que j’aurais tendance à trouver mauvaise : « parce que vous voulez gagner de l’argent ». Non pas parce que ce soit spécialement mal de vouloir gagner de l’argent, mais parce que l’écriture n’est probablement pas le moyen le plus facile pour ça. Et en même temps, sans doute que dans certains cas ça peut l’être, soit parce que vous avez une super capacité à écrire vite et bien et sur une longue durée, soit parce qu’il y a des choses dans votre vie qui font que trouver un boulot classique n’est pas forcément évident. Cela dit, je pense que commencer l’auto-édition (sans en avoir aucune pratique avant) en ayant cet objectif, c’est au mieux osé, au pire aller dans le mur.

Pourquoi préférer passer par un éditeur

Histoire que cet article ne semble pas trop biaisé, je tiens à dire qu’il y a aussi plein de raisons à préférer passer par un éditeur :

  • parce que vous voulez que votre livre ait une diffusion papier correcte (ce qui est très compliqué en auto-édition, contrairement au numérique) ;
  • parce qu’on vous a proposé un bon contrat et que vous n’avez pas envie de cracher sur un chèque, et qu’un tien vaut mieux que deux tu l’auras (et encore plus qu’un demi tu l’auras);
  • parce que vous appréciez que votre texte soit retravaillé par d’autres personnes, et pas juste pour corriger les fautes;
  • parce que vous n’avez pas envie de vous fader les tâches liées à l’auto-édition (voire ci-dessous).

Je reviendrai sur le dernier point (qui n’est pas négligeable), mais en gros je pense que choisir l’auto-édition ou passer par un éditeur pour un livre, c’est avant tout une question d’opportunités, de voir ce qui vous coûte le plus d’énergie, et aussi (parce que oui, ça peut jouer quand même) d’évaluer ce qui est le plus intéressant financièrement pour vous. Sachant qu’en soi auto-éditer un livre n’empêche pas de signer par la suite un contrat avec un éditeur (même si la plupart sont réticents à produire des livres qui ne sont pas inédits, à moins qu’ils se soient extrêmement bien vendus).

Les tâches liées à l’auto-édition

Vu que je les ai évoquées dans la liste précédente, et pour faire de cet article une véritable suite de listes (et aussi donner un avant-goût de ce dont je pourrais être amenée à parler dans les articles suivants), voici une liste des tâches que je vois qui sont liées à l’auto-édition :

  • la correction;
  • le maquettage/la mise en page;
  • la réalisation d’une couverture;
  • la conversion en différents formats (EPUB et PDF principalement);
  • la mise en ligne sur diverses plate-formes;
  • l’impression;
  • la logistique pour les livres papier (recevoir, envoyer, gérer les stocks);
  • le marketing;
  • la réalisation de site web et l’aspect réseaux sociaux/mailing-lists/etc.;
  • les relations avec la presse/des blogueu·r·se·s/des festivals/des librairies/etc.

Toutes ces tâches ne sont pas obligatoires, et j’aurais même tendance à penser qu’aucune ne l’est. En soi, vous pouvez publier votre roman en version texte brut, sans le corriger, sur un forum on un site quelconque et il s’agit déjà d’auto-publication. Certaines choses peuvent plus vous brancher que d’autres (par exemple, je passe moins de temps sur le marketing ou à démarcher des critiques ou des festivals que sur la mise en page et la typographie), et il y en a certaines que vous pouvez avoir envie d’éviter voire de déléguer.

 Ma vision de l’auto-édition

Ce que je trouve personnellement intéressant avec l’auto-édition, c’est ce côté un peu touche à tout, de ne pas me dire « oh, la typographie je laisse ça à l’éditeur, la couverture à un graphiste », etc. Je trouve ça chouette que l’auto-édition m’ait amenée à apprendre comment faire une couverture (même si ce n’est sans doute pas du niveau d’un graphiste pro), à découvrir le format EPUB, ses subtilités, et le niveau variable de support par les liseuses (une expérience enrichissante à défaut d’être spécialement agréable), à faire des fanzines, voire à m’initier à la reliure. Dans l’ensemble, j’essaie de privilégier le DIY plutôt que d’avoir un résultat nickel.

D’un autre côté, j’essaie depuis quelques temps de gagner de l’argent avec ce que j’écris, ce qui emmène aussi à faire certaines choses qui ne me branchent pas plus que ça (l’aspect un peu marketing), voire des choix qui ressemblent parfois un peu à des compromissions (pour citer quelques exemples : je passe par Amazon/Kobo/Smashwords pour la diffusion de livres numériques, j’utilise des banques d’image pour certaines couverture, je propose de l’impression à la demande pour un certain nombre de livres, etc.).

Il ne s’agit pas de dire que c’est la bonne façon de faire de l’auto-édition ; simplement, dans les articles à venir (peut-être), j’aimerais accorder plus de place à ce côté DIY que je n’en vois dans les autres articles parlant d’auto-édition : parler de comment faire imprimer un livre à la demande, mais aussi comment faire un fanzine; parler de la vente d’ebooks sur Amazon, mais aussi de la pertinence de diffuser son texte sous licence libre, etc. J’aimerais aussi prendre le temps de ne pas juste parler de l’aspect technique, mais aussi « éthique » de certains choix qu’on peut être amené·e à faire.

Par ailleurs, j’utilise aussi des outils qui sont peut-être un peu différents de ceux utilisés par d’autres écrivain·e·s auto-édité·e·s (de fiction, en tout cas, c’est sans doute moins vrai pour les auteurs et autrices de manuels informatiques), comme git, le format Markdown sans parler d’un certain nombre de lignes de commandes. Je reviendrai peut-être un peu dessus aussi, ne serait-ce que pour mettre les choses que j’utilise régulièrement noir sur blanc afin de pouvoir les retrouver plus facilement.

Mais bon, honnêtement, à ce stade, tout ça relève de ce dont j’aimerais bien parler un jour sur ce sujet, on verra ce que je ferai réellement ^^


Si vous aimez ce que j’écris, vous pouvez me soutenir en vous abonnant (à partir d’1€ par mois) sur Tipeee, et vous recevrez en contrepartie accès à des textes inédits.

Abonnez-vous sur : tipeee

Pour être tenu·e au courant de mes dernières parutions, vous pouvez vous inscrire à ma liste de diffusion (faible trafic, pas plus d’un message par mois) :

Billets connexes

10215 lectures

Ajouter un commentaire

Le code HTML est affiché comme du texte et les adresses web sont automatiquement transformées.

Fil des commentaires de ce billet