Le blog de Lizzie Crowdagger

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Extrait du premier Lacets rouges & magie noire : Betty et Karima

, 18:09 - Lien permanent

The Fat and the Furious, épisode 1 de la série de fantasy urbaine Lacets rouges & magie noireVoici un nouvel extrait du premier épisode de Lacets rouges & magie noire. Intitulé The Fat and the Furious, celui-ci est maintenant disponible en version numérique pour les abonné·e·s Tipeee. Abonnez-vous (à partir d’1€ par mois) pour avoir accès à la version numérique ; et si vous  préférez recevoir dans votre boîte aux lettres des versions papiers imprimées au format fanzine, vous avez encore quelques jours pour souscrire l’abonnement papier (à partir de 5€ par mois).

Cet extrait fait suite au précédent, qui présentait le personnage de Cookie. Celui-ci introduit deux nouveaux personnages, Betty et Karima.

Segmentation Fault (Core dumped)

Jérémy pesta devant l’écran de son ordinateur portable. Cela faisait maintenant une bonne demi-heure qu’il essayait désespérément de trouver d’où venait le bug dans son programme, et il commençait à perdre patience. Saloperie de Travaux Pratiques en C++.

Jérémy était étudiant en quatrième année dans une école d’ingénieur. Il avait passé la soirée de la veille à Paris, et était à l’heure actuelle dans le TGV qui le ramenait sur Nantes. Le trajet n’était pas désagréable en lui-même, mais ce fichu bug commençait à lui taper sur les nerfs.

Ça, et les deux pouffiasses assises en face de lui, qui n’arrêtaient pas de parler à voix basse en regardant un magazine féminin. La première, directement en face de lui, était blanche et blonde, avec une coupe au carré et un maquillage vulgaire. Assise à sa droite, penchée sur le magazine, se tenait la seconde, une Maghrébine qui portait une casquette.

Jérémy n’était pas quelqu’un de raciste, pas plus qu’il n’était sexiste (en tout cas, il faisait partie de ces personnes qui se sentaient obligées de préciser qu’elles n’étaient ni racistes, ni sexistes), mais il trouvait tout de même que lorsque l’on avait des activités aussi futiles, il ne fallait pas s’étonner, dans la vie, que les employeurs ne veuillent pas de vous ou ne veuillent pas vous payer autant que ceux qui accordaient de la valeur au travail.

Jérémy, lui, y accordait de la valeur, et occupait par exemple ses trajets en train à bosser plutôt qu’à faire la dinde. Bien sûr, s’il avait été parfaitement honnête avec lui-même, il aurait dû reconnaître que, s’il devait travailler dans le train pour finir son projet à rendre, c’était parce qu’il avait passé trop de temps dans des soirées étudiantes fortement alcoolisées qui ne lui permettaient pas d’être au top le lendemain matin. Seulement, à l’heure actuelle, Jérémy était trop agacé par les deux jeunes filles pour être honnête avec lui-même.

Elles discutaient à voix pas-si-basse autour du quiz « quelle sexy girl êtes-vous ? ». Pour l’instant, la blonde semblait avoir obtenu une majorité de carrés, mais il restait encore à déterminer quel était le résultat correspondant.

Jérémy n’attendit pas la révélation de ce grand moment de suspens. Il regarda les deux jeunes femmes avec un air sévère et demanda :

— Vous pourriez faire un peu moins de bruit, s’il vous plaît ?

Les deux filles se regardèrent un instant, interdites, tandis que l’étudiant en informatique revenait à son programme C++.

— T’as qu’à faire le quiz toute seule, lança la blonde à son amie. On fera moins de bruit.

Jérémy était soulagé. Il allait pouvoir se remettre à travailler. Ah ! Voilà peut-être d’où pouvait venir son problème. Il corrigea quelques lignes de code, lança la compilation du programme, attendit quelques secondes, puis tenta de l’exécuter.

Segmentation Fault (Core dumped)

Las. Ce n’était toujours pas ça. Qui plus est, la blonde, qui se taisait effectivement, était en train de se refaire le vernis des ongles, et cela empestait.

— Ah ! fit la fille à casquette, avec un accent du sud prononcé. Triangle. Je suis une…

— Excusez-moi, coupa Jérémy. J’essaie vraiment de me concentrer.

— De vous concentrer ? répéta-t-elle en fronçant les sourcils.

— Oui, reprit l’étudiant, de me concentrer. C’est quelque chose qui arrive parfois lorsqu’on doit faire des choses un peu moins triviales que répondre à un quiz débile !

Les deux jeunes femmes se regardèrent, puis ce fut la blonde qui reprit la parole, à nouveau pour répéter des mots de Jérémy :

— Des choses moins triviales ?

L’étudiant soupira. Les deux dindes étaient manifestement incapables de faire autre chose que de répéter ce qu’il disait.

— Oh, oui, vous ne savez peut-être pas ce que veut dire trivial ? railla-t-il.

Il y eut comme un froid. Manifestement, la blonde n’aimait pas qu’on la prenne de haut. Elle inspira, lutta pour ne pas s’énerver, puis finit par répondre d’une voix calme :

— Je sais ce que veut dire « trivial ». Cela veut dire, par exemple, trouver qu’une erreur de segmentation vient de la ligne 42 du code, parce qu’on a oublié de multiplier n par sizeof de int dans un malloc. Ça, c’est trivial.

Jérémy resta coi. Il ne s’attendait pas à ça, mais alors pas du tout. Il regarda son écran, ahuri, et constata qu’effectivement, il avait oublié une multiplication à la ligne 42. Comment est-ce que la pouffiasse qui était en face de lui avait pu voir ça ? Est-ce que l’écran se reflétait sur la vitre du train ?

Pendant qu’il se taisait, la fille à casquette pencha la tête sur son écran.

— Oh, con, un malloc en C++ ? constata-t-elle. Bon, pourquoi pas ? Personnellement, je ne kiffe pas le mélange des genres et quitte à faire du C, je préfère faire du C et éviter l’usine à gaz que t’apporte le “++”, mais je ne suis pas dans le jugement, hein ?

— Depuis quand tu t’abaisses à faire du C ? railla la blonde. Toi et tes langages fonctionnels de haut niveau, ah !

— Tu peux faire du bas niveau en Rust, répliqua la fille à casquette, au moins le compilateur ne laisserait pas passer un truc aussi couillon. Ça sert à ça, un système de types.

— Sinon, tu peux te contenter d’apprendre à utiliser un débugger. C’est pas fait pour les chiens, hein !

Jérémy ne répondit pas. Il avait vu en cours ce qu’était un débugger, mais ne s’était jamais trop penché sur son utilisation. Il ne voyait pas trop l’intérêt de passer beaucoup de temps là-dessus, c’était quelque chose pour les simples programmeurs, lui avait l’ambition de devenir chef de projet.

— C’est de notre faute, railla la blonde. On le déconcentrait avec nos quiz d’idiotes.

— Et puis c’est le genre d’erreurs qu’on a toutes faites, il faut bien le dire.

— Ouais. À douze ans.

Les deux harpies éclatèrent de rire. Jérémy referma le couvercle de son ordinateur et décida qu’il passerait les vingt minutes qu’il lui restait de trajet au wagon-bar. Ce n’était pas, absolument pas, parce qu’il avait été humilié et qu’il fuyait les deux pouffiasses. Non, il avait juste envie d’un bon café chaud.

Lorsqu’il fut parti, la jeune fille blonde, qui s’appelait Betty, posa un pied sur le siège en face d’elle, maintenant vacant. Une fois confortablement installée, elle entreprit de se mettre une seconde couche de vernis.

— Alors, demanda-t-elle à son amie, tu as eu quoi, à ce quiz ?


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