Le blog de Lizzie Crowdagger

Ici, je discute écriture et auto-édition, fanzines et livres numériques, fantasy et fantastique, féminisme et luttes LGBT ; et puis de mes livres aussi quand même pas mal
Home

Aller au menu | Aller à la recherche

L'intérêt du réalisme dans la Science-Fiction : The Expanse (James Corey)

, 13:03 - Lien permanent

L'éveil du Léviathan, The Expanse tome 1Cela faisait un bout de temps que j’avais envie de faire des espèces de critiques sur ce blog, mais li se trouve qu’après avoir lu ou vu une œuvre j’ai rarement beaucoup de choses intéressantes à en dire, mis à part « j’ai aimé » (ou pas). Il se trouve que pour une fois j’avais quelques réflexions en lisant les romans de la série The Expanse ; il ne s’agit pas à proprement parler d’une critique de l’œuvre, mais j’ai l’impression que ce format me convient mieux et que j’ai plus de choses à dire. Peut-être même que je parlerais d’autres livres ou films, qui sait ?

The Expanse

The Expanse est une série de livres, également adaptée dans une série télé, qui se déroule dans un futur où l’humanité a colonisé Mars et une bonne partie du système solaire. Résultat, il y a des guerres avec des gros vaisseaux spatiaux, des meufs ingénieures super ingénieuses, des exécutions à base de « retiens ta respiration j’ouvre le sas », et des explosions. Des grosses explosions.

Écrit par James SA Corey (pseudonyme commun de Daniel Abraham et Ty Franck), The Expanse est édité en français par Actes Sud et en anglais par Orbit Books. La série a également été adaptée en série télé par SyFy (deux saisons pour l’instant, au moins une troisième prévue en 2018) :

Dans ce billet, comme je vais un peu me concentrer sur ce qu’apporte le relatif réalisme, je vais surtout parler des livres ; la série est adaptée relativement fidèlement mais prend certaines libertés de ce point de vue pour des raisons relativement compréhensibles (j’imagine qu’il n’est pratique ni de tourner en gravité réduite ni de trouver des acteurs ayant grandi en gravité réduite et ayant donc un physique différent caractérisitique des belters). Cela dit, je tiens à signaler que ce que la série perd de ce point de vue, elle compense en coupe de cheveux cools.

Joseph Miller et Naomi Nagata dans The Expanse, saison 1
Naomi Nagata et Joseph Miller (The Expanse, saison 1)

Mon rapport au réalisme

Avant toute chose, je voudrais parler un peu de mon rapport au réalisme dans les œuvres de fiction. Pour résumer, disons que ce n’est pas un critère majeur auquel j’accorde d’habitude un intérêt démesuré. Au contrraire, quand on me présente un roman en me vantant la cohérence de l’univers et le réalisme du monde et le fait que l’auteur a lu quinze bouquins sur l’équitation pour avoir des scènes de cheval réalistes, c’est typiquement le genre de choses qui me donnent envie de ne pas lire ce bouquin. À titre d’exemple, une de mes séries préférées de science-fiction c’est Firefly, qui pourrait être résumé en « des cowboys dans l’espace », et dont les choses sont souvent plus justifiées par la règle du « c’est logique parce que c’est cool » qu’autre chose. (Même si Joss Whedon a été assez malin pour ne pas mettre de son dans les scènes qui ont lieu dans l’espace, ce qui lui donne une certaine « caution réalisme » à peu de frais).

Le côté plus réaliste de The Expanse

Alors, certes, The Expanse n’est pas non plus de la « hard SF », et elle s’embarasse assez peu de longues explications pour justifier les capacités des propulseurs ou autres avancées technologiques (et ce n’est pas un mal). En revanche, et ce que je trouvais assez intéressant dans ces livres, c’est qu’elle prend assez bien en compte un certain nombre de contraintes qui ont tendance à parfois être ignorées dans un certain nombre d’œuvres de ce genre (et plus particulièrement dans les versions cinématographiques et télévisuelles) :

  • la gravité n’est pas quelque chose qui est activé avec un bouton ON/OFF dans le vaisseau ou la station : elle existe soit parce que le vaisseau est en accélération ou décélération, soit parce qu’il y a un effet de rotation (mais qui ne permet pas d’avoir un niveau de 1g parfaitement homogène comme c’est souvent le cas) ;
  • par conséquent, les gens qui ont grandi dans l’espace avec une gravité réduite ont un physique assez différent de ceux qui ont grandi sur Terre, et même chose (dans une moindre mesure) pour les originaires de Mars ;
  • la vitesse de la lumière est un facteur à prendre en compte, notamment lorsqu’il  y a besoin d’avoir des transmissions d’un bout du système solaire à l’autre, qui ne peuvent par conséquent pas avoir lieu en temps réel ;
  • il n’y a pas de saut supraluminique pratique, par conséquent les voyages dans l’espace sont souvent longs ;
  • etc.

Comme je le disais, je suis d’ordinaire assez peu attachée au réalisme, mais dans ce cas précis, ce que je trouve intéressant, c’est que ces contraintes donnent un vrai sentiment d’immersion, et sont aussi importantes pour l’intrigue : par exemple, il ne s’agit pas tant de rappeler la vitesse limitée de propagation de la lumière dans un exposé scientifique barbant, mais plutôt de montrer les conséquences que cela a, comme par exemple le fait que s’il y a des décisions à l’autre bout du système solaire il n’y a pas moyen de contacter sa hiérarchie en temps réel pour demander ce qu’il  faut faire.

Et ce que je trouve le plus intéressant, c’est qu’au final la science « dure » prend une place relativement limitée, mais que c’est surtout les conséquences sociales de ces éléments qui sont examinées, notamment avec la population des belters qui ont grandi dans les ceintures d’astéroïdes, avec peu de gravité. En dehors d’avoir un physique assez différent (en général plus grands et plus élongés), qui ont forcément des conséquences sociales (que ce soit la différence physique elle-même ou le fait que les belters auront plus de mal à s’adapter à une vie sur une planète à forte gravité), les belters parlent aussi leur propre langue, un créole qui mélange différentes langues terrestres (qui a d’ailleurs été développée plus extensivement par un linguiste, Nick Farmer, lors de l’adaptation en série télé ; si cela vous intéresse, je vous recommande ce podcast en anglais sur les langues construites dans la science-fiction, et plus particulièrement dans The Expanse). Leur langage corporel utilise plus les mains, parce que ce sont des gens qui passent du temps dans des scaphandres qui cachent l’expression du visage ; et certains codes moraux sont aussi fortement influencés par cette vie dans l’espace (les ressources étant plus limitées et leur manque pouvant avoir de sérieuses conséquences, arnaquer des gens sur des filtres de recyclage d’air sera vu comme beaucoup plus grave que sur Terre).

Si, dans les romans, on suit essentiellement le petit équipage du Rocinante, l’intrigue de la série est principalement dictée par les clivages géo(spatio?)politiques entre les différentes forces en présence, et les impacts sur ceux-ci provenant de l’irruption d’une nouvelle technologie d’origine extra-terrestre.

Conclusion

Au final, tout cela pour dire que ce que je trouve intéressant dans cette série de livres, c’est que l’aspect un peu plus « réaliste » n’est pas quelque chose que j’ai ressenti comme barbant : il ne s’agit pas de longues explications scientfiques, et sans doute que des experts dans le domaine trouveront que cet aspect laisse à désirer. En revanche, plutôt que de trouver des explications pratiques pour se débarasser de contraintes, elle en fait un atout, en montrant les impacts que ces contraintes ont sur les gens et les populations dans cet univers de science-fiction.

Sinon, voilà, c’était ma première tentative à faire une critique un peu construite d’un livre (en l’occurrence, d’une série de livres) ; au final, je ne sais pas si c’en est vraiment une, mais ça m’aura au moins permis de mettre un peu mes idées au clair sur des réflexions que je me faisais après avoir lu ces livres :)


Si vous aimez ce que j’écris, vous pouvez me soutenir en vous abonnant (à partir d’1€ par mois) sur Tipeee, et vous aurez en contrepartie accès à des textes inédits (et des zines à partir de 5€ par mois !).

Abonnez-vous sur : tipeee

Pour être tenu·e au courant de mes dernières parutions, vous pouvez vous inscrire à ma liste de diffusion (faible trafic, pas plus d’un message par mois) :

810 lectures

Ajouter un commentaire

Le code HTML est affiché comme du texte et les adresses web sont automatiquement transformées.

Fil des commentaires de ce billet