Le blog de Lizzie Crowdagger

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Portrait : Kalia (Tout le monde ne déteste pas la police naturellement)

, 19:00 - Lien permanent

Pour faire vivre un peu ce blog sur lequel il n’y a plus eu beaucoup d’articles ces derniers temps, et pour me donner un prétexte pour revenir avec un peu de recul sur des écrits passés, j’ai décidé de faire cette petite série de portraits de personnages, en commençant avec l’héroïne de Pas tout à fait des hommes.Pas tout à fait des hommes, roman de fantasy

Kalia est une elfe, membre de la garde sans compétences ni appétences particulières pour ce métier, qui va rencontrer Axelle, une voleuse démoniaque, et être au centre de l’intrigue de ce roman de fantasy moyen-âgeuse à tendance humoristique. Elle n’a pas grand-chose d’une grande héroïne de fantasy : elle n’est pas douée pour le combat (malgré une arbalète automatique customisée), n’est pas une grande magicienne, et n’est pas non plus l’Élue de la prophétie.

« C’est une elfe, répondit le troll. Ils ont la réputation de ne pas être achetables et d’avoir une bonne vue. »

La jeune femme écarquilla les yeux et approcha son visage de Kalia, incrédule.

« Sérieux ? Je voyais les elfes plus… merde, plus grands, pour commencer ! C’est vrai, ce qu’il dit ?

— Oui », répondit la garde d’une petite voix.

Être elfe voulait normalement dire avoir les cheveux blonds, les oreilles pointues, une taille assez supérieure à la moyenne humaine, une beauté fascinante, une vision plus qu’efficace et une agilité redoutable. Malheureusement pour elle, Kalia n’avait qu’une partie de ces attributs, et pas les plus utiles, puisqu’il s’agissait de la couleur des cheveux et de la forme des oreilles.

« Je n’ai pas une bonne vue, cela dit, expliqua-t-elle. Et il fait noir.

— Alors, tu ne saurais pas dire qui je suis ? » demanda la voleuse en approchant encore son visage, le sourire aux lèvres.

Bref, un personnage qui est plus représentante du commun des mortals que du Héros mythologique. À un détail près : c’est quand même une policière (ou une « garde », plus exactement).

Pas tout à fait des hommes est un roman que j’ai écrit il y a maintenant bien longtemps (et qui, au passage, peut être lu gratuitement si vous voulez mieux voir de quoi je parle). Quand j’ai commencé à écrire, il faut être honnête, j’ai pas mal répliqué ce que je voyais dans la fiction et ce qui me semblait le plus évident, et ça implique notamment qui sont les héros les plus « faciles » à concevoir.

Dans les univers contemporains où il y a un peu d’action/enquête/etc., les policiers (ou agents secrets, du FBI, etc., sans compter les détectives privés, même si j’ai l’impression que ces derniers se font moins présents ces derniers temps qu’à une époque) sont bien représentés. Ce sont eux qui font avancer l’intrigue, cherchent à démasquer le coupable ou à empêcher une menace venue bousculer la situation initial.

En fantasy, c’est un peu moins le cas, mais à la place on a les chevaliers, les nobles ou les guerriers. Dans tous les cas, on retrouve cette propension à confier notre imaginaire à ceux qui détiennent la violence légitime.

Et c’est sans doute pour ça qu’au début de Pas tout à fait des hommes, Kalia est membre de la garde. Mais en même temps, elle n’en est pas vraiment membre à part entière : ses collègues ne l’apprécient pas, elle n’est pas bien vue de sa hiérarchie et fait juste ce boulot pour avoir de quoi vivre. Boulot que, sans trop spoiler, elle ne gardera d’ailleurs pas jusqu’à la fin du roman, parce que, soyons honnête, si le personnage de policier ou de noble ou de chevalier est peut-être adapté à un certain nombre d’histoires, cela devient un peu plus compliqué lorsqu’on essaie de parler de luttes et de révolution.

Si j’écrivais Pas tout à fait des hommes maintenant, je ferais peut-être des choix différents, notamment en terme de profession des personnages. Et en même temps, c’est peut-être ses contradictions et le fait qu’elle n’est pas vraiment à sa place dans le rôle qu’elle occupe qui fait que je continue à avoir beaucoup d’affection pour le personnage de Kalia, même si je n’ai pas écrit d’histoires avec elle depuis des années et que je n’en réécrirai probablement plus.

Kalia est aussi lesbienne, ce qui peut sembler évident maintenant (lequel de mes personages récents n’est pas LGBT ?) mais ne l’était pas du tout à l’époque. Ce que je disais plus haut sur la facilité de créer certains types de personnage plutôt que d’autres s’applique aussi évidemment à l’orientation sexuelle, et envisager autre chose que des relations amoureuses homme/femme était loin d’être évident quand j’ai commencé à écrire.

Pas tout à fait des hommes, s’il commence à être ancien, n’est pas non plus (du tout) le premier texte que j’ai écrit (même si c’est peut-être le premier que j’assume encore aujourd’hui), et il marque un peu le moment charnière entre écrire (pas souvent très bien) le même genre de choses que ce que je pouvais lire, et écrire à la place ce que j’aurais bien aimé lire si j’avais pu tomber dessus.

Et de ce point de vue, ça tombe bien que l’héroïne de ce roman soit Kalia, avec son manque d’assurance, ses hésitations, son sentiment de ne pas être à l’aise ou à sa place, mais son courage pour prendre sur elle et réussir à aller de l’avant quand même.

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