Le blog de Lizzie Crowdagger

Ici, je discute écriture et auto-édition, fanzines et livres numériques, fantasy et fantastique, féminisme et luttes LGBT ; et puis de mes livres aussi quand même pas mal
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Bilan auto-édition 2016

, 22:37

Vu que je l'avais fait l'an passé, revoilà un petit bilan pour mes livres auto-édités en 2016, qui, comme son nom l'indique, ne prend en compte que le versant auto-édition. Je suis un peu sceptique sur l'utilité de ce genre de bilans chiffrés, mais je me dis qu'ils peuvent être utiles pour des personnes qui hésiteraient à se lancer dans l'auto-édition (sinon, on n'a que les bilans en mode auto-congratulation des gens qui vendent des dizaines de milliers d'exemplaires et je pense que ce n'est pas très représentatif) ; et c'est aussi vaguement utile pour moi, je suppose.

Livres auto-édités

Je n'ai pas auto-édité de nouveaux livres en 2016 (ça viendra en 2017), donc il y a les trois mêmes que l'an dernier disponibles sur les différentes plate-formes de ventes de livre (Amazon, Kobo, Ibooks, etc. pour le livre numérique, et juste Amazon pour le livre papier) :

Vu comme ça, on dirait qu'il n'y a pas eu du tout de changement, mais c'est un peu plus compliqué que ça :

  • les trois livres (et la quasi-totalité des textes disponibles sur ce site) ont bénéficié d'une nouvelle mise en page, avec un nouveau logiciel, Crowbook ;
  • la couverture de Pas tout à fait des hommes a été changée ;
  • le prix de Sorcières & Zombies et Noir & Blanc sur les librairies numériques ont un peu fluctué, passant de 0,99€ à la gratuité, puis finalement à 2,99€. La raison de ce changement est surtout liée aux pourcentages que prélève Amazon (et d'autres plate-formes, c'est à peu près pareil pour Kobo même si c'est des chiffres différents). À 0,99€, je ne touche que 30% du prix de vente, et Amazon garde 70%, ce qui me faisait un peu chier ; j'ai envisagé de les mettre gratuitement, mais :
    • C'est compliqué sur Amazon (il faut mettre gratuitement sur une autre plate-forme, et qu'ensuite Amazon réalise que le livre est « vendu » moins cher ailleurs et adapte ses prix).
    • En fait, autant je trouve que ça a du sens de mettre ces livres téléchargeables gratuitement (ou plus exactement à prix libre, puisque cela va quand même avec un encouragement à faire un don via paypal ou à me soutenir sur Tipeee si vous avez aimé) ici, sur mon site, autant là j'avais juste l'impression de bosser gratuitement pour Amazon ou Kobo, et donc ça me faisait chier. J'ai tout de même laissé des nouvelles gratuites, parce que 2,99€ pour une nouvelle ça ferait un peu cher et aussi dans une stratégie marketing (et oui) d'espérer que des gens qui aimeraient ces textes en liraient d'autres, viendraient découvrir mon site, etc..

Chiffres

Et donc, au niveau des chiffres, ça donne quoi ?

  • Pas tout à fait des hommes s'est vendu en numérique à 145 exemplaires, dont 131 sur Amazon et 14 sur Kobo (en 2015, c'était 49 exemplaires vendus). Au total, il en est maintenant à 328 exemplaires vendus en numérique.
  • Sorcières & Zombies s'est vendu en numérique à... 5 exemplaires, dont 4 sur Amazon et 1 sur Kobo (en 2015, c'était 17 exemplaires vendus. Ouch). Total de toutes les années : 66.
  • Noir & Blanc s'est vendu en numérique à... 4 exemplaires, dont 3 sur Amazon et 1 sur Kobo (en 2015, c'était 49 exemplaires vendus. Re-ouch !). Total de toutes les années : 41.

Donc, que peut-on conclure de tout ça ?

  • Déjà, heureusement que Pas tout à fait des hommes compense pour les autres, parce que sinon c'est vraiment pas glorieux, ce qui nous emmène au second point :
  • Le changement de couverture de Pas tout à fait des homme a vraiment boosté les ventes, donc voilà, pour vendre des livres, il faut avoir une couverture qui correspond un peu aux attentes du genre.
  • La baisse de ventes pour Noir & Blanc et Sorcières & Zombies est importante, mais avec 9 exemplaires vendus en 2016 contre 66 en 2015, je me suis quand même fait pratiquement autant d'argent dessus (un peu moins quand même : 18€ en 2016 contre 20€ en 2015), puisque mon pourcentage comme le prix ont augmenté. Amazon, en revanche s'en est fait beaucoup moins (8€ en 2016 contre 45€ en 2015).
  • J'ai beau ne pas les aimer plus que ça, la majorité de mes ventes (90%) se fait sur Amazon. Il y en a aussi quelques-unes sur Kobo, mais c'est très minoritaire (10%). Les ventes sur les autres plate-formes sont inexistantes, alors que ces textes sont pourtant aussi sur certaines d'entre elles (en passant par Smashwords). J'ai d'ailleurs quelques nouvelles gratuites qui sont téléchargées sur Ibooks, mais aucun téléchargement payant. Je ne sais pas si c'est une spécificité du marché français ou de mes textes (peut-être me suis-je moquée des maqueux, et qu'ils l'ont mal pris ?).
  • À noter qu'il y a toujours un certain nombre de revendeurs plus ou moins « indépendants » où il n'est pas possible d'être présente en temps qu'auto-éditée, donc ça joue aussi sur cette main-mise d'Amazon.
  • Je trouve quand même intéressant de noter que Pas tout à fait des hommes est maintenant sur les sites de vente en ligne depuis plus de six ans (et était déjà disponible sur ce site avant ça), et que même sans avoir jamais particulièrement « percé » dans les différents tops des ventes il continue (voire commence) à se vendre à peu près régulièrement, à quelques exemplaires tous les mois, donc on n'est pas, sur ce genre d'œuvres, dans un modèle où il y a une durée de vie de quelques mois à peine.

Sinon, ces textes peuvent aussi être commandés en version papier, avec de l'impression à la demande, qui passe par CreateSpace (filiale d'Amazon). J'ai fait une poignée de ventes de chaque mais je n'ai pas les chiffres exacts. Fait surprenant, les ventes de Noir & Blanc et Sorcières & Zombies sont, là, à peu près équivalentes à celles de Pas tout à fait des hommes. Je trouve intéressant que les ventes numériques sur Amazon ne semblent pas corrélées avec les ventes papiers sur Amazon. Ou alors, je pense qu'on peut émettre l'hypothèse que les livres avec '&' dans le titre sont plus adaptés à la vente en papier qu'en numérique.

Aussi, ma conclusion personnelle au moins serait que contrairement à un éditeur il me paraît plus facile pour une autrice ou un auteur auto-édité·e de vendre en numérique qu'en papier.

L'un dans l'autre, ces chiffres de vente ne sont pas mirobolants, mais pas si honteux non plus, surtout vu qu'à part le changement de couverture, je ne fais pas vraiment d'effort pour les vendre (puisque lorsque j'en parle, je mets en avant que vous pouvez les télécharger librement ici plutôt que des liens vers les boutiques Kobo/Amazon).

Abonnement Tipeee

À la rentrée 2016, j'ai également mis en place un abonnement Tipeee, avec l'idée d'essayer de publier régulièrement des textes réservés aux abonné·e·s, à la fois en numérique (à partir d'1€ par mois) mais aussi en version papier (à partir de 5€ par mois), imprimé au format A5 et agrafé façon fanzine.

C'est un peu tôt pour faire vraiment un bilan de tout ça, puisque je n'ai pour l'instant publié que deux nouvelles par ce biais, en novembre et décembre, et que les choses sérieuses vont commencer avec la publication en 2017 d'une série feuilletonante, La chair & le sang (oui, encore un '&' dans le titre). Cela dit, je tiens déjà à remercier les personnes qui me soutiennent par ce biais : même si ça n'est pas des milles et des cents, je m'attendais un peu à ce que ça reste à zéro un bon moment, donc jusqu'ici je trouve ça plutôt chouette :)

Au niveau chiffres, il y a à l'heure où j'écris 13 abonné·e·s, ce qui est déjà plutôt pas mal. En dehors des chiffres, je trouve surtout intéressant de pouvoir sortir un peu du système Amazon, et même si on a peut-être moins l'impression d'avoir un « vrai » livre entre les mains, je trouve le format fanzine plus satisfaisant, parce que fait de manière DIY à la mimine plutôt qu'imprimé je ne sais pas où dans le monde, même si ça demande aussi plus de temps en impression/agrafage/envois. (Bon, ça marche pour des textes courts, pour un livre de 300 pages j'ai bien conscience que ça va être un poil plus compliqué.) Je ne sais pas trop ce que ça va donner sur la durée, mais je pense que c'est une piste intéressante.

Cinq raisons de reconsidérer l'auto-édition

, 22:03

Comme j'essaie en ce moment de gagner un peu d'argent avec ce que j'écris, ça implique de devoir un peu se transformer en community manager, et j'ai donc assez logiquement décidé de faire ce qui marchait : un article au titre clickbait pour parler d'auto-édition.

Bon, je n'ai pas poussé la logique jusqu'au bout : je ne vais pas filer une liste de raisons pour vous convaincre de vous auto-éditer et que grâce à ça vous allez pouvoir devenir les rois et reines du pétroles à condition de lire mon livre de bons conseils disponible que vous pouvez acheter tout de suite à prix promotionnel.

Non, en fait je voulais surtout m'interroger, concernant le livre numérique, sur le rapport entre l'auteur ou l'autrice auto-édité·e et la boîte qui vend les livres. La façon dont c'est présentée en général, c'est que l'auteur ou l'autrice est purement indépendant·e, son propre patron, quelqu'un qui fait partie du monde select des gens qui entreprennent, ceux qui font avancer le monde, qui créent de l'emploi et de l'innovation, etc. Je voulais proposer une vision un peu différente, et cinq raisons pour lesquelles ça ne me paraît pas forcément le plus pertinent de juste voir ça comme une entité indépendante (l'auteur ou l'autrice) qui utilise les services d'une autre entité indépendante (Amazon, Kobo, Apple, ...).

1 : C'est Amazon qui vend les livres, pas vous

D'accord, en théorie c'est l'auteur ou l'autrice qui vend ses livres à des lect·eur·rice·s, et Amazon prend un pourcentage (entre 30 % et 70 %) en échange de cette mise en relation et de sa prestation de services. Sauf qu'en vrai, c'est Amazon qui vend les livres aux lect·eur·rice·s, l'aut·eur·rice n'est jamais en contact avec, c'est Amazon qui se constitue une base de données de clients, c'est Amazon qui décide si l'achat est validé ou pas, etc.

2 : C'est Amazon qui décide du format, pas vous

Amazon vend ses livres au format Amazon. Si vous voulez que vos livres soient vendus sur cette plate-forme, vous devez utiliser le format Amazon. Vous ne pouvez pas dire « ah ben tiens moi je préférerais proposer un EPUB à la place. » Pas le top de la liberté et de l'indépendance, quand on y pense.

3 : Le prix de vente du livre, Amazon le décide pas mal aussi

En théorie, c'est l'auteur ou l'autrice qui fixe le prix de vente du livre. Sauf que. En pratique, il y a une fourchette (entre 3 et 10$, je crois), pour lesquelles vous touchez un pourcentage correct (70 %). En dessous, ou au dessus, ça passe à 30 %. Vous êtes tout à fait libre de vendre un livre à 1,99$, mais en pratique vous n'avez vraiment pas intérêt à le faire. En gros, vous devez vendre au prix auquel Amazon veut que vous vendiez.

4 : Amazon pousse fortement pour que vous signiez une clause d'exclusivité

Comme je l'avais déjà un peu expliqué dans Le fonctionnement d'Amazon pour les auteurs/autrices auto-édité·e·s, Amazon pousse fortement ses auteurs et autrices à proposer leurs livres exclusivement sur Amazon, par le biais de KDP Select. Sans ça, vous ne pouvez pas faire des promotions de quelques jours sur vos livres, et surtout ils ne peuvent pas être dans l'abonnement illimité, donc ils font un peu moins de « ventes » que les bouquins qui y sont, donc ils sont moins visibles dans le classement Amazon, donc les gens les achètent moins. Bref, vous êtes fortement poussé·e à accepter cette exclusivité.

5 : ne voir que des acteurs indépendants ne permet pas de construire la solidarité

Et, surtout, ne voir qu'un ensemble d'acteurs indépendants qui proposent et utilisent des services les uns aux autres, c'est pratique pour ne surtout construire aucune solidarité. D'abord entre auteurs et autrices, qui sont juste des concurrents où le gagnant est celui qui s'adapte le mieux aux demandes de la plate-forme (y compris quand les règles changent brutalement du jour au lendemain) et ne peuvent surtout pas envisager de s'unir pour demander d'autres conditions. Ensuite, entre auteurs/autrices et travailleu·r·se·s d'Amazon : si je me vois uniquement comme cliente d'un prestataire de service, je peux être tentée de me dire « ah, si les employé·e·s doivent bosser plus pour gagner moins, très bien, ça va faire baisser les prix et augmenter mon pourcentage ». Si je considère qu'Amazon, pour maximiser ses profits, doit réussir à obtenir le plus de travail en dépensant le moins, qu'il s'agisse du travail des salarié·e·s qui permettent de faire tourner l'entreprise mais aussi de celui de tou·te·s ceux et celles qui produisent le contenu vendu sur le site, je peux me dire qu'il y a peut-être intérêt à créer des solidarités un peu plus larges y compris avec des gens qui n'ont pas le même statut.

Bref, tout ça pour dire que s'auto-éditer pour vendre ses livres au format numérique sur Amazon (et évidemment, ça s'applique aussi aux concurrents d'Amazon, à part peut-être le point 4), ce n'est pas vraiment être indépendant·e· C'est, d'une certaine façon, bosser pour Amazon. Ça ne me fait pas forcément plaisir, mais je pense que ça permet d'analyser les choses de manière un peu plus intéressantes. Parce que pour l'auto-édition comme pour l'auto-entrepreneuriat, avec cette espèce d'ode à la liberté et à l'indépendance qu'on nous vend beaucoup en ce moment, les quelques arbres des « réussites éclairs » qui passent bien sous les feux des projecteurs ont tendance à cacher la forêt des précaires qui essaient de trouver ce qu'ils et elles peuvent pour gratter quelques euros de plus à la fin du mois.

Le fonctionnement d'Amazon pour les auteurs/autrices auto-édité·e·s

, 00:50

Une fois n’est pas coutume, voici un article pour parler d’aspects un peu techniques de l’auto-édition, à la fois parce que ça peut potentiellement intéresser des personnes qui voudraient s’y mettre, mais aussi de manière plus large pour examiner un peu plus en détail certaines pratiques de cette entreprise, et sa mainmise sur le livre numérique.

Le livre numérique sur Amazon

Amazon est, comme vous le savez sans doute, l’un des plus grands fournisseurs de livres électroniques, à la fois parce que c’est devenu la librairie incontournable pour le livre en général, mais aussi parce que sa liseuse, la (le?) Kindle, est la plus répandue. Il y aurait beaucoup de choses à dire là-dessus, et notamment le choix de préférer le format MOBI plutôt que le format EPUB qui a le mérite d’être ouvert, le flicage auquel peut procéder Amazon, y compris en effaçant sur votre liseuse des bouquins que vous avez téléchargés (ils l’avaient notamment fait pour certaines éditions des livres de George Orwell, comme 1984 et La ferme des animaux, ce qui avait été d’autant plus mal perçu, mais ce petit scandale n’a semble-t-il pas beaucoup nui à leur succès).

Donc, en gros, Amazon vent des livres numériques (ebooks), que vous pouvez ensuite lire sur votre liseuse Kindle ou avec l’application, disponible pour Smartphone et ordinateur. N’étant moi-même pas une grande cliente en livre numérique chez Amazon, j’ignore un peu certains détails techniques de ce point de vue, donc je ne vais pas m’attarder là dessus et plutôt parler de la facette qui concerne les auteurs et autrices.

L’auto-édition sur Amazon

Il est très facile pour n’importe qui de publier un livre numérique sur Amazon : il suffit de s’inscrire à KDP, Kindle Direct Publishing, qui permet très facilement de publier un ebook qui sera disponible sur tous les sites Amazon (.com, .fr, .co.uk, .ca, etc.), puisqu’il suffit de convertir un fichier EPUB au format MOBI (par exemple via Calibre)[1], voire directement d’envoyer un fichier Word, de rentrer quelques détails sur la description, l’auteur/autrice, la couverture, etc., et c’est en général en ligne en vingt-quatre heures.

C’est sans doute ce qui a contribué à son succès : depuis, d’autres sites offrent la même facilité, mais je crois qu’Amazon a été la première librairie à permettre à n’importe qui de diffuser largement son livre au monde entier et de gagner de l’argent dessus. Pas forcément beaucoup pour l’auteur/autrice auto-édité·e qui ne vendra que quelques exemplaires, mais beaucoup plus pour Amazon et ses millions d’œuvres disponibles. Il faut bien voir qu’à côté de ça, pour pas mal de librairies numériques alternatives, c’est la croix et la bannière, ou tout simplement pas possible, si on veut y figurer en tant qu’auteur/autrice indépendante. On peut critiquer Amazon tant qu’on voudra (et je compte bien le faire), mais il faut reconnaître que s’ils ont une telle position c’est quand même parce qu’ils savent faire un truc qui techniquement tient la route et qu’ils ont été (parmi?) les premiers sur certaines évolutions des usages.

Bon, et niveau rémunération, ça se passe comment ? Ben sur le principe c’est assez simple : vous fixez un tarif, qui est de 0,99€/$ minimum, pour votre livre, et vous touchez un pourcentage sur chaque vente, qui est de 70% si vous êtes dans la fourchette de prix qui arrange Amazon (de 2,99€/$ à 9,99€/$), et de 30% sinon. Donc, si vous achetez un livre à 2,99$ sur Amazon, l’autrice touche 2,093$ (70%). Si vous achetez un livre à 0,99$, l’auteur touche 29,7 cents (30%).

Bon, en vrai quand on regarde dans le détail, c’est horriblement complexe, parce que chaque site doit s’adapter aux règles et usages de chaque pays, aux règles de TVA différentes, que pour certains pays il y a des fonctionnements un peu différents où le taux de 70% n’est pas disponible ou réservé aux auteurs et autrices KDP Select (je reviendrai en détail sur ce que c’est en dessous), qu’il est parfois possible d’avoir un livre en prix promo en dessous du seuil de 2,99 mais de quand même avoir un taux de 70%, mais en gros, c’est l’idée.

Ah, et un autre truc de positif pour Amazon : ils sont réglos pour ce qui est de payer. Société américaine oblige, c’est un peu la galère de remplir les formulaires de l’IRS (Internal Revenue Service), mais sinon une fois qu’on a filé un RIB, dès qu’Amazon nous doit de l’argent, il paye, sans avoir à s’emmerder avec des seuils à la con. Par exemple, j’ai déjà reçu des chèques de 30 centimes venant d’Amazon Allemagne. Ce qui n’est pas le cas de toutes les librairies numériques : Kobo, par exemple, ne paye que passé un seuil de 100€. Pour la majorité des auteurs et autrices auto-édité·e·s qui ne font pas tant de ventes que ça, ça veut dire que leur argent va dormir (ou plutôt, je le soupçonne, servir de fond de roulement) longtemps sur le compte de cette société. C’est vraiment un truc que je ne trouve pour le coup vraiment pas correct, mais bon, passons, pour le coup là on parle d’Amazon, qui est honnête là-dessus.

Le programme KDP Select

Là où on rentre, à mon avis, dans les trucs moins réglos, c’est quand on commence à regarder le programme KDP Select. Le principe est simple : vous offrez l’exclusivité de votre livre à Amazon, et en échange vous bénéficiez de certains avantages. Bon, clairement, le but est simple : s’assurer qu’une partie des livres numériques disponibles sur Amazon ne soient pas disponibles ailleurs, pour être sûr que les client·e·s achètent leurs livres sur Amazon, achètent des liseuses construites par Amazon, etc.

Ce qui déjà, quand on y réfléchit, est un peu chelou comme principe, non ? Pour un livre papier, il me semble que ça paraîtrait un peu fou qu’une librairie ait l’exclusivité d’un livre, et qu’on vienne dire “Le dernier Werber, on ne peut l’acheter qu’à la Fnac, tu ne peux pas le commander au libraire du coin”. Mais bon, soit.

Donc, vous accordez l’exclusivité de votre livre à Amazon sur une période de 3 mois (90 jours, plus exactement) minimum. C’est une exclusivité sur le contenu du livre, ou tout contenu « substantiellement similaire », donc pas juste sur une édition précise, donc pas possible de rajouter une préface à la con et de dire “Édition exclusive Amazon” (oui, j’y ai pensé) : il faut vraiment que le contenu du livre ne soit disponible sur aucune autre plate-forme et sur aucun autre site, même gratuitement. En échange de ça, vous bénéficiez de quelques avantages, dont notamment :

  • avoir droit à mettre le livre en promotion gratuite un maximum cinq jours tous les 3 mois ;
  • OU faire une promotion de prix un maximum de sept jours tous les 3 mois ;
  • et, surtout, faire partie de Kindle Unlimited ou Abonnement Kindle.

Les deux premiers points sont, à mon avis, un peu merdiques. Notamment parce que, si ton livre est disponible ailleurs, tu peux très bien changer le prix là-bas ou le mettre gratos, et Amazon sera obligé de fixer le même prix sur sa plate-forme à cause du prix unique du livre (du moins pour la France, mais de fait même pour les autres pays Amazon se calque sur les offres les moins chères qu’il repère ailleurs).

Le dernier point, en revanche, a quand même un intérêt non négligeable.

L’abonnement Kindle

L’offre d’abonnement Kindle est en effet un service où les gens payent 10€ par mois, et peuvent en échange lire tous les livres qu’ils et elles veulent. Du moins, tous les livres qui font partie de cette offre. Donc, pour les auteurs et autrices auto-édité·e·s, si vous avez bien suivi, uniquement les livres qui sont en exclusivité sur Amazon.

Comment ça marche pour les auteurs et autrices ? Tout l’argent des abonnements est collecté, et réparti entre tous les livres répartis dans cette offre (enfin, j’imagine qu’Amazon se garde une part, évidemment). La façon de répartir a un peu changé : avant, c’était par le nombre de téléchargements, ce qui avantageait plutôt les nouvelles courtes (si j’écris six nouvelles et que quelqu’un télécharge les six, ça compte comme six ventes, alors que si j’ai écrit un roman de mille pages, un téléchargement ne me fait qu’une seule vente). Maintenant, le système se fait en fonction du nombre de pages lues, ce qui avantage pour le coup plutôt les romans longs à, disons, un texte concis mais qui se lit moins vite.

Tous les mois, l’argent collecté par les abonnements est divisé par le nombre de pages lues, et un tarif par page est calculé, qui varie entre 0,4 et 0,5 centimes de dollars. Donc, si ce mois ci c’est 0,45 centimes par page, une nouvelle de 30 pages me rapportera (si elle est lue en entier) 0,135 dollars. Un roman de 400 pages me rapportera, lui (là encore, s’il est lu en entier) 1,8$.

En soi, cette rémunération n’est pas follichonne, mais elle est intéressante pour les auteurs et autrices pas très connu·e·s : un lecteur mettra plus facilement de l’argent pour le dernier tome de GRR Martin que pour le bouquin d’une illustre inconnue, alors qu’avec cette offre d’abonnement c’est possible d’avoir les deux sans payer plus et de découvrir quelqu’un qu’on ne connaît pas sans « prendre de risques ».

Possibilité, donc, à laquelle on n’a pas accès si on veut refuser de céder l’exclusivité de ses livres à Amazon.

À noter qu’à cause de la loi française sur les offres d’abonnement pour les livres (?), lorsqu’on est inscrit·e en France, il faut fixer soi-même un tarif par page, qui peut être de 0,1, 0,2, ou 0,3 centimes d’euro par page. Sur la page de ce choix, Amazon nous explique que cela n’aura aucune incidence sur la rémunération réelle, et que de toute façon il nous paiera son tarif à lui. J’avoue que je n’ai pas trop compris la raison du pourquoi de ce fonctionnement, et que je n’aurai rien contre un éclaircissement : je lis surtout ça comme « ah ah ah, encore une loi à la con censée nous empêcher de faire ce qu’on veut, mais on va faire comme avec l’interdiction du prix de port gratuit qu’on avait mis à un centime et vous faire un bras d’honneur. »

Les classements de vente

Sur Amazon comme sur la plupart des autres libraires, les classements de vente sont importants, puisqu’ils jouent sur quelles œuvres seront affichées en premier dans telle ou telle catégorie ou avec tels ou tels mots-clés. Ce n’est pas une nouveauté : il y a même des sites, à la légalité douteuse, qui vous proposent de payer pour qu’ils achètent votre livre plein de fois, ce qui le fait monter dans le classement mais vous coûte de l’argent, sauf que vous espérez que les ventes supplémentaires que cette visibilité vous accordera vous remboursera et vous fera gagner plus d’argent.

Les ventes qui passent par l’abonnement Kindle sont également comptabilisées dans ce classement, même si je ne suis pas sûre exactement de comprendre de quelle manière exactement : est-ce qu’une personne qui télécharge compte comme une vente, ou est-ce que c’est en fonction du nombre de pages lues ? Toujours est-il qu’en ayant votre livre dans l’offre d’abonnement Kindle, vous serez selon toute probabilité mieux classé·e (ventes normales + téléchargements des abonné·e·s Kindle) que s’il n’y est pas.

Donc, puisque pour être proposé aux abonné·e·s Kindle, votre livre doit être dans le programme KDP Select, et donc en exclusivité sur Amazon, on voit apparaître un truc un peu pernicieux, qui ne m’a sauté aux yeux que récemment : un livre qui est disponible exclusivement sur Amazon sera, en général, mieux classé et plus visible qu’un livre qui est également disponible sur d’autres plate-formes.

La mainmise d’Amazon

Tous ces mécanismes ont pour effet d’inciter les auteurs et autrices à signer des pactes d’exclusivité sur leurs œuvres avec Amazon, ce qui a non seulement pour effet de permettre à Amazon d’avoir la mainmise sur les auteurs/autrices, mais également sur les lecteurs/lectrices, puisque si un livre n’est disponible que sur Amazon, quelqu’un qui veut l’acheter sera bien obligé de passer par Amazon. Ce qui fait, par conséquent, que les ventes de livres se font principalement par Amazon, et que les auteurs/autrices ont intérêt à privilégier les bénéfices d’une exclusivité avec Amazon au détriment des ventes que leur apporteraient d’autres plate-formes. Et la boucle est bouclée.

Je ne sais pas trop comment conclure cet article : je voulais juste parler du fonctionnement d’Amazon avec la facette que je connais un peu parce que c’est celle avec laquelle j’interagis. Personnellement, je vous encourage à passer par des altenatives à Amazon, soit en tant que lecteur/lectrice en achetant vos livres ailleurs, soit en tant qu’auteur et autrice en refusant cette exclusivité ; tout en ayant conscience que, parfois, le livre qu’on veut n’est disponible que sur Amazon, ou que parfois en tant qu’auteur/autrice on a besoin de la thune que nous apporte cette exclusivité de merde.

Et, bien évidemment : soutien aux travailleurs et travailleuses d’Amazon qui se sont mis en grève et ont bloqué trois des quatre sites de distribution en France ce jeudi. Je rêve qu’on ait un jour des syndicats d’autrices et auteurs qui aient un peu de la gueule et soient moins corporatistes (et, accessoirement, là aussi plus ouverts aux auto-édité·e·s), qui appelleraient à des retraits temporaires massifs de livres sur Amazon en soutien dans ce genre de circonstances, mais ça, c’est hors sujet.

Note

[1] Depuis la rédaction de cet article, ce processus n’est plus nécessaire, puisqu’Amazon accepte les EPUB, qu’il convertit lui-même.

Contre la loi travail, mes textes seront suspendus des plate-formes de vente en ligne

, 21:56

N'étant pas salariée, je ne peux pas me mettre en grève le 31 mars contre la loi travail.Ça me frustrait un peu, parce que je pense que cette loi est un recul inacceptable.

Et puis je me suis dit : même si personnellement je me fais pas beaucoup d'argent avec, je vends aussi (en tant qu'auto-éditée) certains de mes romans sur Amazon, Kobo, ..., tandis que d'autres sont disponibles gratuitement. Je ne me fais pas beaucoup d'argent avec, mais de fait ces entreprises se font beaucoup d'argent avec les auto-édité·e·s (et même avec les textes disponibles gratuitement sur leurs plate-formes, ne nous faisons pas d'illusions).

Donc voilà, vu que le but d'une grève est quand même de bloquer l'économie, je me suis dit que supprimer temporairement mes textes des plate-formes de diffusion était ma façon de participer à la grève. Je ne me fais pas d'illusion sur le fait que mon action à moi, seule, aura un impact de malade.

Par contre je me dis que les boîtes qui tournent sur le travail semi-pro des gens c'est quand même un modèle qui se répand. En général il y a l'argument « non mais vous savez la plupart ont un boulot à côté, c'est juste une passion », sauf que dans le même temps y'a plus de boulot et qu'on est de plus en plus à juste avoir le RSA à côté. Donc à un moment donné, si on veut participer à ce moyen d'action qu'est la grève, faut voir un peu de nouvelles modalités.

Bref tout ça pour dire que dans quelques jours (le temps que ça se mette en place, j'espère que ça tombera pour le 31), et pendant quelques jours/semaines/mois (selon ce que donne la mobilisation et si le gouvernement recule), mes textes ne seront plus disponibles sur ces plate-formes. Et je me sens pas de faire un appel vibrant, mais vu qu'on parle tout le temps des nouvelles formes de mobilisation liées à Internet, je me dis que si d'autres auto-édité·e·s, youtube·ur·se·s, etc., décidaient également de bloquer les profits faits grâce à leur travail le 31 (voire de manière reconductible), je trouverais ça plutôt cool.