Le blog de Lizzie Crowdagger

Ici, je discute écriture et auto-édition, fanzines et livres numériques, fantasy et fantastique, féminisme et luttes LGBT ; et puis de mes livres aussi quand même pas mal
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Quelques astuces pour l'impression de fanzines

, 15:17

Articles précédents dans la série :

  1. L’auto-édition, pourquoi ?
  2. Typographie, composition et mise en page
  3. Le format EPUB

Cette fois-ci, je voudrais faire un retour d’expérience sur quelque chose qui est rarement abordé dans les conseils pour auto-édité·e·s, ce qui est un peu dommage parce que c’est quand même une méthode Do It Yourself plutôt chouette pour avoir des exemplaires papiers de ses textes (surtout pour des nouvelles) : l’impression de fanzines.

Pré-requis

Évidemment, avant d’imprimer, vous aurez besoin d’avoir une version maquettée, a priori en PDF. Il vous faudra ensuite trouver une boîte à copies (la Corep étant à ma connaissance la plus grande chaîne du genre) pour faire vos impressions. Et là… ça dépendra…

Le cas idéal

Dans le cas idéal, vous aurez une boîte à copies qui dispose d’une de ces imprimantes tout en un qui est directement capable d’imprimer des brochures. À partir d’un fichier au format A4 ou A5 au format « classique » (avec les pages dans l’ordre : 1, 2, 3, … N), elle pourra imprimer des exemplaires au format A4 plié en deux. Pas juste de les imprimer, d’ailleurs, mais aussi de les relier et de les agrafer.

Autant dire que si vous avez ça à côté de chez vous, pour l’impression de fanzines, c’est Noël. Pas besoin de s’embêter, vous pouvez lancer l’impression de cinquante fanzines à la suite, aller manger un kebab, et revenir les récupérer pliés et agrafés. Franchement, c’est le top.

L’imposition (des mains)

Maintenant, dans la plupart des boutiques où je suis allée, il faut se contenter d’imprimer en recto-verso, et plier et agrafer soi-même. Et, surtout, il faut présenter un fichier au format brochure, avec les pages dans un ordre différent pour que ça tombe bien, avec la première et la dernière page au format A5 en vis-à-vis sur la première page au format A4, la seconde et l’avant-dernière sur la deuxième, etc.

Ce procédé s’appelle apparemment l’imposition, et il y a des logiciels qui vous permettent de faire ça, comme BookletImposer en mode interface graphique, ou, sous Linux, si vous avez installé le logiciel pdfjam, avec la commande suivante :

pdfjam entree.pdf --booklet true --landscape --outfile sortie.pdf

Attention : dans le premier cas, il faudra choisir pour l’impression recto-verso « retourner sur le bord court », alors que dans le second ce sera « retourner sur le bord long ». Dans tous les cas, mieux vaut faire un premier test avec un fichier qui ne fait pas trop de pages et sans lancer l’impression à 20 exemplaires…

Et si on n’a pas de recto-verso ?

S’il n’est pas possible d’imprimer en recto-verso, il est évident que ça se complique. Si c’est juste pour tester chez vous et que vous avez une imprimante qui ne fait pas ça, normalement lorsque vous faites « imprimer » vous avez une option « imprimer les pages impaires » et « imprimer les pages paires ». Il suffit donc en théorie d’imprimer d’abord les pages impaires (ou vous pouvez commencer par paires, on s’en fout), puis de remettre les feuilles dans l’imprimante et d’imprimer les autres pages. En pratique, si vous êtes comme moi, il faudra trois ou quatre essais pour comprendre dans quel sens remettre les feuilles pour que ça marche.

La conversion au format brochure directement au moment de l’impression

Si vous avez de la chance, il est possible que les ordinateurs de votre boîte à copie aient une option pour convertir en brochure au moment de l’impression, vous pourrez donc vous passer de la partie « imposition des mains ». Cela dit, ça demande d’utiliser un ordinateur plutôt que de brancher une clé USB sur la photocopieuse/imprimante, et dans beaucoup d’endroits ça vous coûtera le double en unités sur votre carte. Donc, voilà, la conversion faite à l’avance mise sur une clé USB, ça permet des économies.

Et pour le A6 ?

Ok, là on rentre dans un monde de douleur, parce que je n’ai pas trouvé de ligne de commande ou de programme en interface graphique simple qui permettent de faire directement du A6 correctement, où il suffit ensuite de massicoter et de plier.

Le plus « simple » que j’ai trouvé est de commencer par générer votre brochure A5, comme pour l’étape précédente. Il vous faudra ensuite installer un paquet supplémentaire, pdftk, et exécuter la commande suivante pour dupliquer chaque page de la brochure :

pdftk A=brochure_a5.pdf shuffle A A output brochure_dup.pdf

(C’est peut-être possible de faire ça avec pdfjam, mais si c’est le cas je ne sais pas comment.)

Ensuite au lieu de mettre les pages dupliquées à la suite les unes des autres, on va les mettre sur une seule page, en les réduisant de moitié :

pdfjam brochure_dup.pdf --nup 1x2 --outfile brochure_a6.pdf

Cette commande correspond à une imposition en mode « paysage », si vous avez utilisée la commande pdfjam ci-dessus pour l’imposition. Si vous avez fait une imposation en mode « portrait » (en utilisant BookletImposer, par exemple), il faudra mettre --nup 2x1 (deux colonnes, une ligne) au lieu de --nup 1x2 (une ligne, deux colonnes).

Une fois que vous avez fait ça, vous avez la même brochure que votre brochure A5, mais réduite de moitié et avec deux pages par page ; vous n’avez donc plus qu’à l’imprimer, à massicoter au milieu, et à replier chacune des deux parties.

Du moins, en théorie. Si vous êtes comme moi, vous allez merder une paire de fois avant et jeter quelques centaines de pages à la poubelle, et vous dire que le format A5 c’est quand même pas si mal.

Si vous connaissez une méthode plus simple qui ne nécessite pas de passer par des lignes de commandes, n’hésitez pas à le signaler en commentaire.

La couverture

Le plus facile, pour avoir une couverture un peu jolie, est d’en faire un fichier séparé. Pour ça, j’utilise personnellement Inkscape, mais vous prenez ce que vous voulez.

Si vous voulez faire une brochure A6, une fois que vous avez votre couverture A5 (deux pages A6 côte à côte), vous pouvez répéter les mêmes lignes de commande que ci-dessus. Ou, alternativement, juste changer la dimension de la page dans Inkscape (ou le programme que vous utilisez) et faire un copié/collé manuel, vu qu’il n’y a qu’une page.

Avoir des fichiers séparés pour la couverture et le texte présente plusieurs avantages.

  • Déjà, les logiciel utilisés pour la mise en page d’un livre et pour faire de la manipulation graphique ne sont pas forcément les mêmes.
  • Si vous mettez tout dans le même fichier, il faudra vous assurer de laisser éventuellement des pages blanches à la fin si votre nombre de pages n’est pas un multiple de 4, pour que la quatrième de couverture tombe au bon endroit. (En plus, ça vous coûtera deux unités de plus si vous ne mettez rien au verso de la couverture, mais là on commence à chipoter.)
  • Avoir des fichiers séparés permet d’imprimer la couverture sur du papier différent (plus épais, ou coloré, ou …), ou encore de l’imprimer en couleur alors que le texte est en noir et blanc. Les impressions couleurs coûtent cher, donc autant ne le payer que pour une page A4 plutôt que pour toute la brochure.

Note sur l’impression couleur

Si vous le pouvez, prévoyez d’emmener les fichiers sources, modifiables, avec vous, et pas juste les versions PDF, en particulier pour la couverture. Le niveau des couleurs dépend énormément d’une machine à l’autre, et ça peut être bien si vous pouvez ajuster sans avoir à rentrer chez vous parce que vous êtes tombée sur une imprimante qui donne dans le super sombre.

À titre d’exemple, voici l’image originale de la couverture fanzine de Good cop, bad cop, épisode 2 de La chair & le sang :

episode_02_a4.png

Et l’impression couleur de la même image une fois à la Corep :

Et, enfin, la version imprimée après modification en urgence des couleurs :

corep_2.jpg

Ah, et dans le genre conseil pratique idiot : essayez de venir suffisamment longtemps avant la fermeture. Personnellement, je me retrouve toujours à devoir finir mes impressions en urgence parce que je me suis dit « si j’arrive une heure avant la fermeture, ça va, j’aurai le temps de tout faire ».

Pliage et agrafage

Bon, là-dessus je me sens moins compétente, mais vu que c’est un retour d’expérience, allons-y quand même.

Parfois, vous aurez la chance d’avoir une agrafeuse adaptée à votre disposition, mais sinon vous devrez faire l’acquisition d’une agrafeuse à bras long, pour pouvoir planter les agrafes au milieu de la page A4. Ne faites pas comme moi, achetez les agrafes en même temps plutôt que devoir y retourner deux fois pour d’abord acheter de mauvaises agrafes, puis les bonnes.

Pour ce qui est du pliage, je ne sais pas s’il y a une méthode plus recommandée qu’une autre. Au départ, j’avais tendance à plier les brochures par morceaux, trois feuilles à la fois, en me disant que ça permettrait une meilleure pliure. Maintenant, j’agrafe avant de plier, et je fais tout d’un coup. Non seulement c’est plus rapide, mais j’ai l’impression qu’en plus les feuilles sont un peu mieux alignées et que c’est plus facile d’avoir les agrafes qui tombent bien sur la pliure plutôt qu’un peu à côté.

Mais honnêtement, j’ai toujours été nulle en pliage, donc ne m’écoutez pas forcément.

(Accessoirement, au moment de joindre la couverture au texte, pensez à vérifier que c’est bien dans le même sens. Oui, c’est le genre de conneries que j’ai faites pas plus tard qu’aujourd’hui…)

Améliorations possibles

(Ajout du 1er avril 2018)

Si vous imprimez une couverture qui a un fond coloré ou qui prend toute la page, il y a des chances que l’imprimante vous ajoute des bandes blanches (marges) sur les côtés de la feuille, que vous pourrez trouver plus ou moins seyantes. Pour vous en débarrasser, vous pourrez évidemment opter pour le massicotage. Même si ces marges sont moins gênantes pour l’intérieur, pensez également à massicoter celui-ci pour ne pas avoir une couverture trop petite…

Et si vous voulez vraiment avoir quelque chose qui soit nickel, il faudrait idéalement décaler légèrement les marges intérieures et extérieures des pages les plus loin du pliage, afin de compenser par la partie de la page « mangée » par la pliure (et en massicotant une fois les pages pliées pour éviter que les pages du milieu ne « ressortent » un peu par rapport aux pages extérieures). Personnellement, j’avoue ne pas avoir essayé parce que je trouve que ça devient un peu compliqué pour de l’impression de fanzines DIY, mais j’ai vu sur un forum l’existence d’un script, pdflivre.sh (que je n’ai pas testé) qui promettait de faire cela pour vous (le décalage des marges, en tout cas, pas le massicotage, il ne faut pas pousser).

Conclusion

Bref, les fanzines, c’est cool, le format A5 (A4 plié en deux) reste assez simple à produire et donne des trucs qui sont (je trouve) assez sympas, mais on peut varier un peu les formats, soit en misérant avec du A6, soit en mode « journal » avec du A4 (impression sur du A3, plié en deux).

Évidemment, le mode plié et agrafé est surtout adapté pour les livrets de taille raisonnables. Vingt pages, c’est bien. Soixante pages, ça commence à devenir limite et à mettre l’agrafeuse à rude épreuve. Donc ce n’est pas adapté pour tout, mais pour des textes courts, et notamment des nouvelles, je trouve que c’est un moyen d’impression plutôt chouette.


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Billets connexes

Petits changements de tarif : prix libre numérique, mais ça monte pour les fanzines

, 18:03

Pour faire bref, le cœur du message de ce billet de blog, c’est que les versions numériques des épisodes de La chair & le sang seront maintenant à prix libre, tandis que les versions fanzines seront beaucoup plus chères, à 10€.

Mais comme je n’aime pas faire bref, ce billet de blog vous expliquera aussi l’intérêt du prix libre, pourquoi je suis obligée d’augmenter les tarifs pour les fanzines (non, ce n’est pas juste pour me payer la Switch), et inclura également des râleries sur les tarifs de La Poste.

Passage au prix libre pour Les coups et les douleurs (version numérique)

Dimanche dernier, je publiais (pour l’instant uniquement pour les abonné·e·s Tipeee) Good cop, bad cop, deuxième épisode de La chair & le sang, série de fantasy urbaine lesbiano-garou-vampirique.

J’en ai profité pour bidouiller un peu avec Paypal et j’ai modifié les prix du premier épisode, Les coups et les douleurs. Celui-ci est donc maintenant disponible à prix libre : c’est vous qui décidez de ce que vous voulez mettre (et non plus 2,99€ comme c’était le cas avant). Cette possibilité est également disponible sur la plate-forme Smashwords, mais pas sur les grosses plate-formes comme Amazon ou Kobo qui continueront donc à demander un prix fixe. La même chose sera possible pour le second épisode lorsqu’il sera publié plus largement que pour les abonné·e·s, d’ici début avril.

Le prix libre, pourquoi ?

Je fonctionne déjà avec le principe du prix libre pour la plupart des textes publiés sur ce site, sur un mode un peu différent, puisque vous pouvez les télécharger librement (y compris gratuitement), et vous êtes invité·e à faire un don ou à prendre un abonnement de soutien si ça vous a plu.

Je voulais quand même un peu revenir là-dessus, parce que ça me paraît important. L’idée est de permettre de rendre la culture, ou le divertissement[1], accessibles à plus de monde. Y compris, donc, à des gens qui n’ont pas trop de moyens financiers, ce qui est d’autant plus important, à mon avis, pour des œuvres qui mettent en avant des personnages de lesbiennes, trans, etc., des communautés qui sont souvent marginalisées dans la fiction mais aussi, malheureusement, dans la réalité. Dans l’autre sens, je ne suis pas non plus quelqu’un qui roule sur l’or, et si je mets un prix vraiment pas cher ou gratuit, c’est moi qui vais être dans la galère (surtout, là encore, vu les thématiques abordées : la perspective de faire partie des best-sellers en écrivant ce genre d’histoire me paraît compliquée).

Le prix libre permet un compromis entre les deux : permettre aux gens qui n’ont pas les moyens de donner peu (voire rien dans certains cas), et aux gens qui ont une situation confortable de pouvoir donner plus. Ça permet de faire marcher la solidarité, et de mettre en pratique le vieil adage « de chacun·e selon ses moyens, à chacun·e selon ses besoins ».

S’il y a quelque chose dont je suis plutôt contente[2] dans ma « carrière d’écrivaine » (ce qui est un bien grand mot, évidemment) à ce stade, c’est que la très grande majorité de mes textes sont disponibles sans cette barrière, que ce soit pour les textes auto-édités sur ce site mais aussi pour Une autobiographie transsexuelle (avec des vampires) et Enfants de Mars et de Vénus, édités par Dans nos histoires, qui sont disponibles à la vente en version papier mais peuvent être lus en ligne gratuitement (version lyber) sur le site de l’éditeur.

Prix libre ou accès libre

Une petite différence que j’ai vite évoquée, mais qui n’est quand même pas négligeable, c’est la possibilité ou pas de ne rien donner. Par exemple Sorcières & Zombies peut être lu dans son intégralité en cliquant juste sur le lien adéquat, il y a simplement une mention comme quoi c’est sympathique de donner de l’argent si vous appréciez l’œuvre. À l’inverse, vous ne pourrez (normalement) pas lire Les coups et les douleurs sans avoir donné une somme, même symbolique ; avec les désagréments qui vont avec, de devoir sortir sa carte bleue ou se connecter à Paypal, qui peuvent rebuter beaucoup de gens (moi la première).

Là encore, après réflexion, j’ai décidé d’opter pour un compromis, cette fois-ci sur la durée. Je pense que d’ici quelques temps, ce texte passera en accès libre de manière similaire aux autres (sans doute en affinant un peu pour que ce soit moins facile de passer à côté du fait que c’est pas juste gratuit).

Augmentation des versions fanzines de La chair & le sang

Malheureusement, après tous ces beaux discours sur la nécessité d’être accessible financièrement, je suis triste de vous dire que je ne vais pas pouvoir aller dans le même sens pour ce qui est des fanzines. Au contraire, j’ai dû prendre la décision d’augmenter les versions fanzines de La chair & le sang (et peut-être les autres aussi, il faudra que je regarde ça d’un peu plus près).

Pourquoi ? Hé bien, au tout début, je pensais que vendre un fanzine 5€, port compris, c’était un peu cher et que j’abusais un peu. Malheureusement, la réalité, et notamment postale, m’a remise un peu les idées en place. En gros, imprimer, ça ne coûte pas trop cher[3]. Par contre, les envois par La Poste, si.

À ça s’ajoute que j’ai maintenant un statut d’auto-entrepreneur et que je dois payer des sous sur ce que je gagne. En soit, c’est normal (c’est sécu, retraites, impôts), mais le problème c’est que là, avec le statut que j’ai (et j’ai peut-être raté une possibilité parce que j’avoue que je n’y comprends rien à tous ces trucs administratifs[4]), c’est que je paye un pourcentage sur le chiffre d’affaires (donc en gros le prix de ce que je vends) et pas sur les bénéfices (le prix de ce que je vends, moins les coûts). Ça fait à peu près 25%[5].

À ça s’ajoute le fait que je suis par ailleurs au RSA, et qu’une partie de l’argent que je gagne est déduit de mes prochaines allocations, ce qui m’enlève donc encore 25%[6]. Au total sur le prix de vente d’un livre, il n’y a que 50% qui me reviennent dans la poche, et ce avant de prendre en compte les coûts.

Prenons deux exemples, en mettant que je vende un livre à 10€, en numérique et en format fanzine :

  • en numérique, Amazon ou Kobo va prendre 3€ (30%) et me donner 7€ (70%). Là dessus il y a la moitié, donc 3,5€, qui sont un vrai gain par rapport à si je ne n’avais pas vendu ce livre. Sur une vente directe sans passer par Amazon, je gagnerais un peu moins de 5€.
  • en fanzine, je vais toucher la moitié, donc 5€, auxquels je dois enlever à peu près 3€50 de frais postaux et d’impression. Donc je gagne 1€50 par rapport à si je ne vendais rien.

Le problème, c’est que 10€, c’est malheureusement cher, et que jusqu’à maintenant les prix c’était 5€ pour le fanzine, et 3€ (2,99 en fait mais on ne va pas chipoter) pour la version numérique ce qui donnait :

  • en numérique, Amazon/Kobo prend 90 centimes (30%), et me donne 2€10 (70%), sur lesquels la moité, donc 1€05, sont un gain par rapport à si ne je vendais rien (1,50€ sur une vente directe). Comme il n’y a pas de coûts pour moi, ce que je gagne est une simple règle de trois du prix de vente, que je suis libre de fixer un peu comme je veux… ou de vous laisser le fixer.
  • en fanzine, je touche la moitié, donc 2€50, auxquels je dois enlever à peu près 3€50 de frais postaux et d’impression, donc je gagne… euh non, une seconde, je perds un euro par rapport à si je n’avais rien vendu.

Donc voilà, j’espère que vous comprendrez pourquoi je suis obligée de monter les prix pour les versions fanzines de La chair & le sang. Ça me fait chier, parce que du coup ça devient super cher, mais je n’ai pas vraiment le choix.

Des livres papiers pour La chair & le sang ?

Une alternative à ça, ce serait de passer par des livres imprimés à la demande qui, étonnamment, en passant par CreateSpace (filiale d’Amazon) pourraient revenir moins cher (du moins frais de ports compris puisque ceux-ci sont offerts).

  • Pour un livre vendu à 7€ sur Amazon, je toucherais environ 2€50 de royalties. Comme à aucun moment les 7€ ne vont directement dans ma poche, je n’aurais à déclarer que ces bénéfices, et il me resterait donc 1€25 de gain par rapport à si je n’avais rien vendu, donc à peu près autant que sur une vente d’un fanzine à dix euros.

D’un autre côté, ça me fait chier, parce que si la situation est comme ça, c’est en bonne partie parce que La Poste, qui est à la base censée être un service public, ne fait qu’augmenter ses prix pour les particuliers, tout en proposant des deals avantageux à son plus gros client, Amazon. Il n’y a pas que moi que ça touche, ça concerne aussi notamment les petites librairies et les petits éditeurs.

Et en même temp, si j’essaie de proposer du prix libre et du libre accès pour les versions numériques, c’est pour enlever un facteur bloquant, qui est l’argent. Or, je sais très bien que la lecture numérique est aussi un facteur bloquant pour plein de gens (notamment, d’ailleurs, les personnes qui n’ont pas forcément les moyens d’investir dans une liseuse) et je n’ai pas envie d’avoir des versions papiers qui sont hors de prix alors que ce n’est pas non plus la qualité d’un livre imprimé de manière « pro ».

Bref…

Bref, c’est la merde. Difficile de se dépatouiller entre les différents objectifs : proposer quelque chose de DIY et si possible d’un peu plus éthique que le management à la Amazon ; être accessible au plus grand monde ; et pouvoir, quand même, gagner un peu d’argent.

Au final, je ne suis pas encore tout à fait sûre de ce que je vais faire, mais je pense que je vais proposer les deux solutions pour le papier. D’un côté, des fanzines DIY qui seront chers, de l’autre une version low cost mais avec une éthique pas terrible. J’imagine que c’est une façon pour moi de me décharger de ce choix en demandant aux lecteurs et lectrices de le faire à ma place, un peu comme quand vous avez à choisir entre faire les courses à Lidl ou au marché.

Tout en sachant par ailleurs qu’il reste quand même possible de proposer ces fanzines à prix libre quand c’est sur place et qu’il n’y a pas le coût des envois, même si ça limite pas mal géographiquement. Il est aussi possible de réduire un peu les coûts en faisant une commande d’un certain nombre d’exemplaires ; la boutique que j’ai sur le site ne prend absolument pas ça en compte, mais n’hésitez pas à me contacter par mail (lizzie at crowdagger point fr) ou autre moyen si vous voulez commander plusieurs fanzines différents, ou plusieurs exemplaires du même fanzine, pour que ça vous revienne moins cher.

Pour finir, je tiens à préciser que tout ça ne change rien pour les gens ayant pris l’abonnement papier sur Tipeee : elles continueront à recevoir un épisode tous les deux mois de La chair & le sang au format fanzine.

Notes

[1] Je ne saurais pas forcément donner la différence exacte entre les deux, et j’aurais bien du mal à dire dans quelle case mes œuvres se situent.

[2] Même si je n’aurais pas forcément été tout à fait contre le fait de me retrouver dans la position de devoir choisir entre accepter un contrat juteux et l’accessibilité financière de l’œuvre…

[3] Tant qu’on ne se retrouve pas à foutre 300 pages à la benne à cause d’une erreur de manipulation, ce qui arrive quand même de temps en temps.

[4] En bref quand même : les chiffres que je donne là valent parce que je suis classifiée en « activité libérale ». Peut-être qu’il y aurait moyen de faire passer la partie sur les ventes de fanzines en achat/vente, ce qui serait plus avantageux, mais comme j’ai déjà eu assez de mal à comprendre cette partie-là je ne suis pas persuadée de mes chances de réussite même si c’était possible.

[5] 24,9% plus exactement.

[6] Alors, là, le calcul est un peu compliqué : la CAF enlève 38% du montant des revenus, sachant que le revenu déclaré se fait lui-même avec un abattement de 34% par rapport au chiffre d’affaires, ce qui au total enlève donc 0,38 * (1 - 0,34) = 25,08%. On notera au passage qu’ajouté à la cotisation précédente, ça fait 49,98% ; avant de faire les calculs, j’étais persuadée que mon « 50% » était entièrement pifométrique, mais en fait pas tant que ça (même s’il est possible que je me sois plantée dans les calculs).

Ce que j'aimerais dans une association (syndicat?) d'auto-édité·e·s

, 22:07

Il y a quelques jours, Neil Jomunsi annonçait la création de l’Alliance des Auteurs Indépendants Francophones, puis, son désistement au profit d’une Fédération des Auteurs Indépendants.

Il y a eu un certain nombre de discussions, notamment sur les réseaux sociaux, et ce billet de blog a pour objectif d’essayer d’exposer mon point de vue de manière un peu plus abouti que ce que permet Twitter et Facebook. Je ne prétends pas que ça ait valeur de parole d’évangile, et je pense que j’ai sans doute un point de vue assez minoritaire sur le sujet, mais voilà.

Note sur ma vision des choses

Je ne vais pas me cacher et avancer masquée : je suis communiste libertaire et j’ai une analyse en terme de rapport de classe, et je pense que c’est cette vision qu’il faut avoir pour parler de regrouper des gens en fonction de leur statut par rapport à leur travail.

Parce que oui, je considère ici l’écriture comme un travail : on pourrait discuter des années de savoir si ça devrait en être un ou pas, de savoir si c’est une passion ou pas, mais à partir du moment où il y a une vente d’un produit (et oui, dans le monde capitaliste, le livre est un produit comme les autres) qui permet à des entreprises (Amazon, éditeurs, entreprises à mi-chemin entre Amazon et les éditeurs et qui essaient souvent de concilier le pire des deux mondes, distributeurs, …) de faire du bénéfice je pense que la façon d’analyser ça et d’en tirer des revendications, de s’organiser, de développer de la solidarité avec d’autres travailleuses et travailleurs c’est de voir qu’on fait un travail sur lequel d’autres gens font une plus-value.

Pour reprendre une métaphore que j’avais faite ailleurs et que j’aime bien : une analyse en terme de classe des auto-édité·e·s qui essaient d’en faire un gagne-pain est assez déprimante : des personnes sans aucune sécurité de l’emploi, aucun revenu minimal, qui vont fournir un travail énorme par rapport à ce qu’ils ou elles sont payé·e·s, et qui vont recruter/être clients d’autres personnes avec globalement les mêmes conditions de merde mais dans d’autres domaines, le tout dans une logique de concurrence «libre et non faussée» et d’auto-exploitation forcenée qui pousse les prix de tout le monde vers le bas, dans une espèce de plat de spaghetti où les rapports d’exploitation sont complètement entremêlés. Cela dit, s’il est difficile de démêler les spaghetti, on voit bien tout de même que c’est des entreprises dont le chiffre d’affaires s’évalue en dizaines de milliards de dollars qui mangent toute la viande.

Donc avec cette vision, qu’est-ce que j’attends, ou pas, d’une association d’auto-édités ?

Pas un label qualité ou de la visibilité

Neil Jomunsi (encore lui) a écrit un article pour expliquer pourquoi il est contre la création d’un label de qualité pour la création indépendante, qui est intéressant mais qui ne parle pas de ce qui, pour moi, pose le plus problème.

À vrai dire, je me fous que des gens créent ce genre de label qualité ; pour moi le fond du problème c’est que je pense que défendre l’art, ou la littérature (ici en voulant promouvoir ou mettre un label sur les œuvres « de qualité », quoi que ça puisse vouloir dire) c’est fondamentalement autre chose que de vouloir défendre les droits des personnes qui créent cet art, et que c’est souvent le mélange des deux qui permet d’exploiter tranquillement les auteurs et autrices.

Le fait que sur un groupe de défense des auteurs on trouve plus de discussions sur la pertinence ou la façon de faire un label qualité ou des prix littéraires alternatifs que de discussions sur les revendications à avoir me laisse donc vraiment dubitative.

Une clarté sur les objectifs

Parce qu’en fait, ce que j’attendrais idéalement d’un tel regroupement, ce serait d’abord une certaine clarté sur les objectifs d’un tel regroupement. En particulier, je pense super important qu’un tel collectif défende les droits de toutes les personnes ayant ce statut : pas uniquement ceux des auteurs qui font de la vraie littérature digne de ce nom, ni non plus uniquement ceux des adhérent·e·s ou des membres d’un tel collectif.

J’attends également d’une telle structure un minimum de clarté politique. Pour ça, je suis assez sceptique sur le fait de vouloir se proclamer « indépendant ». qui est un joli mot qui permet de glisser subrepticement vers une pensée libérale du self-made man et des discours à la Macron et compagnie qui présentent comme génial la disparition du salariat et du droit du travail au profit de pseudo-indépendants qui en réalité ne le sont jamais vraiment.

Il me paraîtrait plus pertinent de justement nuancer cette indépendance : dans les faits, combien d’auteurs auto-édité·e·s sont véritablement indépendant·e·s face à Amazon, Kobo, Apple ? Lorsqu’Amazon met la pression pour « encourager » des auto-édité·e·s à s’inscrire à son programme d’exclusivité KDP Select, est-ce qu’il ne serait pas plus pertinent, plutôt que de draper dans son indépendance fantasmée, d’assumer qu’il y a une dépendance ? Est qu’on ne pourrait pas envisager de dire « ok, il y a de fait une cession de droits (certes sur une période de trois mois renouvelable tacitement plus courte que celle habituelle dans l’édition) contre rémunération, on demande donc à ce que ce soit reconnu comme un contrat d’édition classique », comme lorsque des auto-entrepreneurs font valoir que leur « client » est en vérité leur patron ? Même lorsqu’il n’y a pas cette exclusivité, est-ce qu’il ne serait pas plus intéressant de dire qu’à partir du moment où c’est Amazon, Kobo et compagnie qui vendent en réalité nos livres, et qu’on dépend de leur sélection, de leurs algorithmes et qu’on touche juste un pourcentage sur les ventes, il serait logique que cela soit compté comme des droits d’auteurs plutôt que d’avoir à adopter un statut auto-entrepreneur ?

Au minimum, il me paraît important d’avoir un regard critique sur le statut d’« indépendant » vanté par les libéraux et qui est en réalité bien souvent un cache misère à la précarité. Il me paraît important aussi d’avoir un regard critique sur le travail gratuit ou sous-payé qu’on peut faire, et à qui il profite, plutôt (et c’est je pense un risque réel avec l’auto-édition) que de promouvoir qu’au nom de l’Art on doit en faire encore plus (quoi, tu n’as pas fait quinze relectures pour être sûre de n’avoir aucune faute avant de soumettre à un éditeur ou, pire, de publier directement sur Amazon ?) ou qu’on peut également profiter du travail gratuit ou sous-payé des autres (souler ses proches pour qu’ils et elles fassent un travail de correction gratuit, payer 5$ à un·e graphiste galérien·ne et également auto-exploité·e pour faire sa couverture, se faire traduire grâce au crowdsourcing, voire pourquoi pas recruter d’autres auteurs ou autrices moins reconnues en tant que ghostwriters).

 Un lien avec d’autres luttes de travailleurs et travailleuses

Par ailleurs, on est rarement juste auto-édité·e, dans la vie. Parfois, on est aussi auteur ou autrice édité·e « classiquement » ; parfois, on refuse de signer des contrats merdiques pour préférer s’auto-éditer (et je pense qu’il y aurait des revendications sérieuses à avoir sur la disproportion entre droits cédés et rémunération). Par ailleurs, en dehors de l’écriture, on a souvent des boulots à côté, ou alors on touche le RSA, le chômage, etc. : rares sont les auteurs et autrices qui peuvent vivre uniquement de l’écriture. Or la question des galères administratives lorsqu’on est auteur et qu’on veut toucher le RSA en complément (ou qu’on est au RSA et qu’on gagne un peu de l’argent en écriture en complément, suivant comment on voit les choses), par exemple,sont rarement abordées, pas plus que les politiques de flicage des chômeurs et chômeuses et des allocataires de la CAF.

De même, ce que je reproche aux syndicats d’auteurs existants, c’est leur absence de lien avec les luttes des travailleurs d’autres secteurs. A minima, il me semblerait important d’avoir des liens avec les correct·eurs·rices· et les traduct·eurs·rices, qui ont souvent des statuts assez similaires, ainsi qu’avec les employé·e·s qui font face aux mêmes entreprises que nous (par exemple concrètement soutenir lorsqu’il y a une grève chez Amazon) ; de dénoncer le recours massif aux stagiaires ; et de soutenir par ailleurs les revendications de travailleurs « indépendants » qui veulent faire reconnaître qu’il s’agit en fait d’un rapport « patron/travailleur ».

Bref

Alors ouais, tout ça ça demande de parler de politique, peut-être de s’embrouiller, mais sans ça on risque d’avoir un amas de revendications vaguement libérales, d’injonctions à travailler plus (ou exploiter plus) pour gagner plus.

Comprendre le format EPUB

, 17:54

Articles précédents dans la série :

  1. L’auto-édition, pourquoi ?
  2. Typographie, composition et mise en page

Aujourd’hui, je vais parler un peu du format EPUB, utilisé pour le livre numérique. J’essaierai de ne pas trop rentrer dans les détails techniques, mais suffisamment tout de même pour que vous puissiez envisager de créer ou modifier un EPUB à la main.

Le format EPUB, c’est quoi ?

Bon, on ne va pas faire un historique, mais en bref, le format EPUB veut dire « Electronic Publication » et est utilisé pour le livre électronique (ou ebook). C’est, en gros, un moyen pour mettre ensemble différents fichiers HTML et les ressources dont ils ont besoin (feuilles de style, images, polices, …). Le format EPUB est très différent du PDF : dans ce dernier, on a une mise en page fixe, on connaît les dimensions de la page, la taille de la police, etc. Pour l’EPUB, la taille de la page dépendra de l’appareil utilisé (ordinateur, liseuse, smartphone), la police pourra être agrandie ou diminuée en fonction des besoins du lecteur ou de la lectrice, etc., donc la mise en page et la composition du texte doivent s’adapter. (En théorie, les évolutions du format permettent un fixed layout, donc une mise en page fixe, mais outre que je doute que ce soit très bien supporté à l’heure actuelle, c’est probablement une très mauvaise idée pour un roman.)

L’EPUB est un format ouvert, standardisé, développé par l’IDPF, qui est un consortium d’organisations. Bon, tout ça on s’en fout un peu, mais tout ça pour dire que si vous voulez voir les références complètes de ce format c’est vers le site de l’IDPF qu’il faut se tourner.

Il y a, à l’heure actuelle, trois versions de ce format :

  • EPUB 2.0 qui est toujours utilisé mais commence à dater un peu ;
  • EPUB 3.0 qui est plus récent et commence à être à peu près supporté par les différentes liseuses  ;
  • EPUB 3.1 qui vient tout juste de sortir en janvier 2017.

Je ne vais pas lister ici les différences entre ces versions, j’en parlerai un peu sur des points spécifiques. À l’heure actuelle, j’aurais tendance à utiliser EPUB 3.0 en faisant attention à faire en sorte que ce soit à peu près compatible pour des liseuses qui ne supportent que l’EPUB 2.0. Pour ce qui est de la version 3.1, j’attendrai un moment avant de m’en servir, d’autant plus que certains éléments de compatibilité avec EPUB2 ne sont plus acceptés.

Quelques outils pour créer ou manipuler un EPUB

L’objectif de cet article n’est pas de parler des outils qui peuvent être utilisés pour créer ou manipuler ce format, mais de voir à quoi il ressemble. Cela dit, citons quand même les logiciels libres suivant :

  • Calibre, qui en plus de vous permettre de gérer votre bibliothèque, peut faire un certain nombre de conversions à votre place (par exemple transformer un fichier MOBI en EPUB, ou vice-versa).
  • Sigil, un éditeur de fichiers EPUB que je dois admettre n’avoir jamais vraiment testé mais dont j’ai entendu dire du bien.
  • Pour ce qui est de créer un fichier EPUB à partir d’autres formats, il y a le plugin Writer2Epub pour LibreOffice. Si vous préférez écrire au format Markdown, pandoc exporte vers EPUB (et plein d’autres formats) ; et dans le même domaine, je ne peux évidemment pas ne pas faire de pub pour Crowbook.
  • Pour ce qui est de la lecture, il y a un plugin EpubReader pour Firefox.
  • Enfin, last but not least, epubckheck permet de vérifier qu’un fichier EPUB est correct. Il y a également une version en ligne si vous voulez tester ponctuellement un fichier sans rien avoir à installer.

Mais peu importe le logiciel que vous utilisez pour éditer ou créer votre fichier EPUB, regardons à quoi il ressemble.

En réalité, un fichier Zip

Très concrètement, un fichier EPUB est en réalité un fichier Zip qui contient un certain nombre d’autres fichiers.

Il y a quand même une petite subtilité : pour que le fichier soit bien reconnu comme un fichier EPUB, il doit contenir un fichier intitulé mimetype contenant le texte suivant, sans retour à la ligne à la fin: « application/epub+zip ».

Ce fichier doit être le premier de l’archive et ne doit pas être compressé. Concrètement, si vous voulez créer un fichier epub à la main en utilisant la commande zip, il faudra procéder en deux étapes (du moins, si vous voulez que les autres fichiers du livre soient compressés):

zip -X0 livre.epub mimetype
zip -9 livre.epub [reste des fichiers]

(L’option X dit de ne pas sauver les attributs de fichiers « extra » (comme à qui appartient le fichier sous Unix); 0 dit de ne pas compresser le fichier mimetype, et 9 de compresser au maximum le reste. Il y a beaucoup d’autres options que vous pouvez passer à la commande zip, mais ces deux-là devraient marcher pour générer un EPUB valide.)

En général, vous ne créerez pas un EPUB à partir de rien et juste en ligne de commande, mais si vous êtes amené·e à le faire autant connaître ce détail (je n’y avais pas prêté attention et j’ai mis du temps à comprendre ce qui clochait dans mes fichiers).

Une listes de fichiers XHTML

Le principal contenu du livre est une liste de fichiers XHTML, un par chapitre, ou par section, ou comme vous voulez. Bref, il n’y a pas grand chose à dire là-dessus, c’est du XHTML, si vous connaissez le HTML, vous ne serez pas dépaysé·e.

On notera tout de même que l’EPUB 3.0 permet d’utiliser le format XHTML5 alors que la version 2.0 ne supportait que XHTML 1.1. Il y a aussi un peu plus d’indications sémantique avec la version 3.0, notamment avec l’attribut epub:type, qui permet notamment sur certaines liseuses de comprendre qu’une note de bas de page est une note de bas et de l’afficher de manière plus adaptée. Si vous êtes plutôt auteur ou autrice d’articles scientifiques que de romans (ou que vous écrivez des romans avec des formules mathématiques), vous serez également heureu·x·se d’apprendre que MathML est supporté dans EPUB 3.

Exemple de fichier XHTML pour EPUB2:

<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?>
<!DOCTYPE html PUBLIC "-//W3C//DTD XHTML 1.1//EN" "http://www.w3.org/TR/xhtml11/DTD/xhtml11.dtd">
<html xmlns="http://www.w3.org/1999/xhtml" xml:lang="fr" lang="fr">
  <head>
    <meta http-equiv="Content-Type" content="text/html; charset=utf-8" />
    <meta http-equiv="Content-Style-Type" content="text/css" />
    <title>Exemple</title>
    <link rel="stylesheet" type="text/css" href="stylesheet.css" />
  </head>
  <body xml:lang="fr" lang="fr">
    <div id = "page">
      <h1>Exemple</h1>
      <p>Bla bla bla.</p>
    </div>
  </body>
</html>

Et pour EPUB 3.0:

<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?>
<!DOCTYPE html>
<html xmlns="http://www.w3.org/1999/xhtml"
      xmlns:epub="http://www.idpf.org/2007/ops" xml:lang = "fr" lang="fr">
  <head>
    <meta charset = "utf-8" />
    <link rel="stylesheet" type="text/css" href="stylesheet.css" />
  </head>
  <body xml:lang="fr" lang="fr">
    <section>
      <h1>Exemple</h1>
      <p>Bla bla bla.</p>
    </section>
  </body>
</html>

Remarque : vous noterez ici qu’il y a pas mal de redondance pour spécifier la langue. Ce n’est peut-être pas strictement nécessaire, mais ça ne fait pas de mal et ça permet d’être à peu près sûr que la liseuse ait bien compris. C’est assez important car sans cette information les césures ne seront pas faites au bon endroit.

Pour mettre en page ce contenu XHTML, vous utiliserez en général une feuille de style CSS. Là encore, EPUB 3.0 supporte une version de CSS plus récente, avec plus de possibilités de style, qui seront supportées, ou pas, par votre liseuse.

Des ressources supplémentaires

En plus des fichiers XHTML pour le contenu et des feuilles de style CSS, vous aurez peut-être envie d’inclure du contenu additionnel, comme des images, des fontes, etc. La version 3.0 d’EPUB supporte aussi des vidéos et de l’audio et des scripts. parce que pourquoi pas ?

Content.opf, un fichier pour tous les lier

Jusque là, vous avez quelque chose qui est à peu près équivalent à ce que vous auriez si vous faisiez un site web, avec chaque page correspondant à un morceau (chapitre, section, etc., selon comment vous avez découpé) de votre livre.

Pour mettre tout ça ensemble, EPUB vous demande également de fournir un package document, sous la forme d’un fichier content.opf (en fait, vous pouvez le nommer différemment si vous le voulez). Il s’agit d’un fichier XML, qui commence par une déclaration XML:

<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?>
<package version="2.0" xmlns="http://www.idpf.org/2007/opf" unique-identifier="epub-id-1">

(L’attribut version permet de spécifier le numéro de version EPUB (ici 2.0) ; unique-identifier doit correspondre à un identifiant défini dans l’élément metadata.)

Il contient ensuite quatre éléments principaux :

Metadata

L’élément metadata vous permet de renseigner des métadonnées, comme le titre, l’auteur, un « numéro d’identification » unique obligatoire (stressez pas, pas besoin de s’enregistrer, juste de générer une séquence de nombre aléatoires, mais vous pouvez mettre un numéro ISBN si vous en avez), etc.

Exemple (EPUB 2.0):

 <metadata xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
           xmlns:opf="http://www.idpf.org/2007/opf">
    <dc:identifier id="epub-id-1">urn:uuid:c3566ee1-8325-4489-b7df-aeade549b97e</dc:identifier>
    <dc:title>Exemple</dc:title>
    <dc:date>2017-01-29T19:44:59Z</dc:date>
    <dc:language>fr</dc:language>
    <dc:creator opf:role="aut">Lizzie Crowdagger</dc:creator>
    <meta name = "cover" content = "images/image_0.jpg" />
</metadata>

Avec la version 3.0, la déclaration de l’auteur se fera de manière légèrement différente :

    <dc:creator id="epub-creator-1">Lizzie Crowdagger</dc:creator>
    <meta refines="#epub-creator-1" property="role"
          scheme="marc:relators">aut</meta>

Manifest

Élément indispensable, manifest sert à lister tous les fichiers qui sont contenus dans votre archive zip. Si vous avez un fichier dans votre zip, il doit être répertorié là. Les esprit chafouins pourront trouver ça légèrement redondant, puisqu’on aurait tout aussi bien pu de se contenter de regarder ce qu’il y avait comme fichiers dans cette archive, mais c’est comme ça. (Cela dit, en plus du nom du fichier, il faut préciser dans l’élément manifest de quel type de fichier il s’agit, donc il y a quand même une légère information en plus, même si on peut argüer qu’elle pourrait être inférée d’une autre manière.)

Exemple:

<manifest>
    <item id="ncx" href="toc.ncx" media-type="application/x-dtbncx+xml" />
    <item id="nav" href="nav.xhtml" media-type="application/xhtml+xml" />
    <item media-type = "application/xhtml+xml"  id = "cover_xhtml" href = "cover.xhtml" />
    <item media-type = "application/xhtml+xml"  id = "title_page_xhtml" href = "title_page.xhtml" />
    <item media-type = "application/xhtml+xml"  id = "chapter_000_xhtml" href = "chapter_000.xhtml" />
    <item media-type = "text/css"  id = "stylesheet_css" href = "stylesheet.css" />
    <item media-type = "image/jpeg"  id = "cover-image" href = "images/image_0.jpg" />
</manifest>

Spine

L’élément spine est un peu le cœur de ce fichier, puisque qu’il indique l’ordre de lecture de vos différents fichiers XHTML. Seuls les fichiers (plus exactement, leurs identifiants tels que définis dans l’élément manifest) qui sont listés dans cet élément seront affichés de manière « linéaire » par la liseuse, ce qui peut être utile pour des fichiers « annexes » qui pourront être lus si le lecteur ou la lectrice suit un lien interne dans le livre mais qui ne seront pas affichés juste en tournant les pages.

Exemple :

<spine toc="ncx">
    <itemref idref = "cover_xhtml" />
    <itemref idref = "title_page_xhtml" />
    <itemref idref = "chapter_000_xhtml" />
</spine>

Guide

L’élément guide permet de lister un certain nombres de fichiers ressources et de dire à quoi elles correspondent. Par exemple, vous pourrez indiquer ici une table des matières, quelle est la page de titre, ou encore où commence vraiment le livre (après la couverture, la page de titre, l’éventuel page de copyright, etc.). Cet élément sert donc à faciliter la navigation.

Cet élément est obsolète dans EPUB 3.0, et est remplacé par l’élément landmarks dans le fichier nav.xhtml ; cela dit, je recommande de l’insérer quand même pour les liseuses qui l’utilisent encore.

Exemple :

<guide>
    <reference type = "cover" title = "Couverture" href = "cover.xhtml" />
    <reference type = "title-page" title = "Titre" href = "title_page.xhtml" />
    <reference type = "text" title = "Exemple" href = "chapter_000.xhtml" />
</guide>

 Un fichier container.xml

Dernier élément indispensable, le fichier container.xml, obligatoirement situé dans un répertoire META-INF. La seule utilité de ce fichier est de pointer vers votre fichier content.opf (ou coincoin.opf si vous l’avez nommé différemment). Là encore, on pourrait trouver ça un peu redondant (quitte à spécifier un fichier avec un nom précis, ça aurait aussi bien pu être directement le fichier package) mais c’est comme ça.

Exemple de fichier container.xml:

<?xml version="1.0"?>
<container xmlns="urn:oasis:names:tc:opendocument:xmlns:container" version="1.0">
  <rootfiles>
    <rootfile full-path="OEBPS/content.opf" media-type="application/oebps-package+xml"/>
  </rootfiles>
</container>

Une (des) table(s) des matières

Enfin, même si je ne suis pas sûre que ce soit obligatoire, il faut mettre une table des matières. Celle-ci aura un format différent avec la version 2.0 (où il s’agira d’un fichier « NCX ») et la version 3.0 (où là il s’agit d’un fichier XHTML plus classique) d’EPUB.

Le format NCX

Là encore, même si vous faites un fichier EPUB 3.0, il est préférable d’ajouter tout de même un fichier toc.ncx pour les liseuses qui continuent à ne lire que celui-ci.

Grosso modo, dans les deux cas il s’agit d’une liste de vos chapitres/sections/etc avec les liens qui vont bien vers les fichiers de contenu (ou des liens internes à ces fichiers). Cela dit, le format NCX est un peu plus imbitable et peut contenir également des indications de numéro de page et tout un tas de trucs dont en pratique vous ne vous servirez probablement jamais.

Exemple de fichier NCX (EPUB 2.0, mais c’est mieux de l’inclure aussi si c’est un EPUB 3.0) :

<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?>
<ncx version="2005-1" xmlns="http://www.daisy.org/z3986/2005/ncx/">
  <head>
    <meta name="dtb:depth" content="1" />
    <meta name="dtb:totalPageCount" content="0" />
    <meta name="dtb:maxPageNumber" content="0" />
  </head>
  <docTitle>
    <text>Table des matières</text>
  </docTitle>
  
  <navMap>
    <navPoint id = "navPoint-1">
      <navLabel>
	<text>Couverture</text>
      </navLabel>
      <content src = "cover.xhtml" />
    </navPoint>
    <navPoint id = "navPoint-2">
      <navLabel>
	<text>Titre</text>
      </navLabel>
      <content src = "title_page.xhtml" />
    </navPoint>
    <navPoint id = "navPoint-3">
      <navLabel>
	<text>Exemple</text>
      </navLabel>
      <content src = "chapter_000.xhtml" />
    </navPoint>
  </navMap>
</ncx>

XHTML

Le format XHTML est un peu plus facile d’accès si vous connaissez un peu le HTML, puisqu’il s’agit juste d’une liste, éventuellement imbriquée, insérée dans un élément nav. On notera qu’il est possible d’insérer plusieurs éléments nav dans le même fichier ; c’est notamment utile pour utiliser l’attribut landmarks, qui est à peu près équivalent à l’élément guide dans EPUB 2.0.

Exemple de fichier nav.xhtml (EPUB 3.0) :

<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?>
<!DOCTYPE html>
<html xmlns="http://www.w3.org/1999/xhtml" xmlns:epub="http://www.idpf.org/2007/ops">
<head>
  <meta charset = "utf-8" />
  <meta name="generator" content="crowbook" />
  <title>Table des matières</title>
  <link rel="stylesheet" type="text/css" href="stylesheet.css" />
</head>

<body>
  <nav epub:type = "toc" id="toc">
    <h1 id="toc-title">Table des matières</h1>
    <ol>
      <li><a href = "cover.xhtml">Couverture</a></li>
      <li><a href = "title_page.xhtml">Titre</a></li>
      <li><a href = "chapter_000.xhtml">Exemple</a></li>
    </ol>
  </nav>
  
  <nav epub:type = "landmarks">
    <ol>
      <li><a epub:type="cover" href = "cover.xhtml">Couverture</a></li>
      <li><a epub:type="titlepage" href = "title_page.xhtml">Titre</a></li>
      <li><a epub:type="bodymatter" href = "chapter_000.xhtml">Exemple</a></li>
    </ol>
  </nav>
</body>
</html>

Organisation des fichiers

Mis à part le fichier container.xml, qui doit obligatoirement se trouver dans un répertoire nommé META-INF, et le fichier mimetype qui doit se trouver à la racine, il n’y a pas de règles sur l’organisation des fichiers à l’intérieur de votre Zip : vous pouvez tout mettre à la racine si ça vous chante, ou au contraire faire 15 répertoires. En pratique, l’usage est de mettre le contenu dans un répertoire nommé OEBPS. Pourquoi ? Aucune idée, mais bon, tout le monde le fait, alors je le fais aussi.

Avis personnel sur ce format

Personne ne m’a demandé ce que je pensais de ce format, et personne n’en a probablement grand chose à faire, mais je vais tout de même donner mon avis sur le format EPUB.

Grosso-modo, je trouve qu’il s’agit d’un format qui fonctionne à peu près, même s’il me semble qu’il y a quand même pas mal de boilerplate qui aurait pu être évité.

Le problème principal du format EPUB, c’est son support aléatoire selon les liseuses et logiciels de lecture : tel élément ne sera pas pris en compte par tel logiciel, tel liseuse aura tendance à rajouter des règles CSS qui vont vous niquer votre mise en page, etc.

J’avoue que je suis un peu dubitative sur l’évolution de ce format : si, globalement, je trouve la version 3.0 d’EPUB plus agréable à écrire et modifier que la version 2.0 (du moins, elle le serait s’il n’y avait pas de problème de compatibilité à prendre en compte), je suis un peu sceptique sur le fait d’inclure du support audio, vidéo, script, et blabla sur le « livre enchi ». Pour moi, l’intérêt de l’EPUB c’est pour le livre numérique, et je trouve que ce serait déjà bien si les fonctionnalités pour afficher correctement un livre étaient supportées correctement par l’essentiel des liseuses. (Pour moi, ça inclut une composition correcte et de pas se planquer derrière l’argument du « oui mais ça doit être fait à la volée alors c’est bien normal qu’on fasse de la merde. »)

Pour l’instant, ce n’est pas le cas, et j’aimerais bien, à titre personnel, que les développeurs des logiciels qui permettent d’afficher des livres sur ma liseuse se concentrent sur ces fonctionnalités plutôt que sur implémenter des choses qui me paraissent un peu plus gadget, ou en tout cas que ce n’est pas à un format conçu pour les livres numériques de les gérer.


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Pseudoconseils autoédition #1: l'auto-édition, pourquoi ?

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Il semble être d’usage pour à peu près tout écrivain·e pratiquant l’auto-édition et ayant un blog de faire une série d’articles donnant des conseils sur l’auto-édition, et, malgré ma réticence à donner des conseils, j’ai finalement décidé de me plier au jeu ^^

J’avais en effet un peu envie de faire quelques articles résumant mon expérience dans ce domaine, surtout que je ne me retrouve pas forcément dans les articles que je lis régulièrement sur le sujet. Non pas qu’ils soient forcément mauvais, mais parce qu’ils ne s’inscrivent en général pas tout à fait dans la même perspective : j’aimerais en effet parler (comme les autres) publication sur Amazon ou comment faire une couverture vendeuse, mais aussi (comme moins d’autres) impression DIY, publication de textes gratuits ou encore licences libres.

Dans ce premier article, je voudrais revenir un peu sur les intérêts et inconvénients de l’auto-édition, les comparaisons avec le fait d’être éditée, et les bonnes et mauvaises raisons de s’auto-éditer.

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Bilan auto-édition 2016

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Vu que je l'avais fait l'an passé, revoilà un petit bilan pour mes livres auto-édités en 2016, qui, comme son nom l'indique, ne prend en compte que le versant auto-édition. Je suis un peu sceptique sur l'utilité de ce genre de bilans chiffrés, mais je me dis qu'ils peuvent être utiles pour des personnes qui hésiteraient à se lancer dans l'auto-édition (sinon, on n'a que les bilans en mode auto-congratulation des gens qui vendent des dizaines de milliers d'exemplaires et je pense que ce n'est pas très représentatif) ; et c'est aussi vaguement utile pour moi, je suppose.

Livres auto-édités

Je n'ai pas auto-édité de nouveaux livres en 2016 (ça viendra en 2017), donc il y a les trois mêmes que l'an dernier disponibles sur les différentes plate-formes de ventes de livre (Amazon, Kobo, Ibooks, etc. pour le livre numérique, et juste Amazon pour le livre papier) :

Vu comme ça, on dirait qu'il n'y a pas eu du tout de changement, mais c'est un peu plus compliqué que ça :

  • les trois livres (et la quasi-totalité des textes disponibles sur ce site) ont bénéficié d'une nouvelle mise en page, avec un nouveau logiciel, Crowbook ;
  • la couverture de Pas tout à fait des hommes a été changée ;
  • le prix de Sorcières & Zombies et Noir & Blanc sur les librairies numériques ont un peu fluctué, passant de 0,99€ à la gratuité, puis finalement à 2,99€. La raison de ce changement est surtout liée aux pourcentages que prélève Amazon (et d'autres plate-formes, c'est à peu près pareil pour Kobo même si c'est des chiffres différents). À 0,99€, je ne touche que 30% du prix de vente, et Amazon garde 70%, ce qui me faisait un peu chier ; j'ai envisagé de les mettre gratuitement, mais :
    • C'est compliqué sur Amazon (il faut mettre gratuitement sur une autre plate-forme, et qu'ensuite Amazon réalise que le livre est « vendu » moins cher ailleurs et adapte ses prix).
    • En fait, autant je trouve que ça a du sens de mettre ces livres téléchargeables gratuitement (ou plus exactement à prix libre, puisque cela va quand même avec un encouragement à faire un don via paypal ou à me soutenir sur Tipeee si vous avez aimé) ici, sur mon site, autant là j'avais juste l'impression de bosser gratuitement pour Amazon ou Kobo, et donc ça me faisait chier. J'ai tout de même laissé des nouvelles gratuites, parce que 2,99€ pour une nouvelle ça ferait un peu cher et aussi dans une stratégie marketing (et oui) d'espérer que des gens qui aimeraient ces textes en liraient d'autres, viendraient découvrir mon site, etc..

Chiffres

Et donc, au niveau des chiffres, ça donne quoi ?

  • Pas tout à fait des hommes s'est vendu en numérique à 145 exemplaires, dont 131 sur Amazon et 14 sur Kobo (en 2015, c'était 49 exemplaires vendus). Au total, il en est maintenant à 328 exemplaires vendus en numérique.
  • Sorcières & Zombies s'est vendu en numérique à... 5 exemplaires, dont 4 sur Amazon et 1 sur Kobo (en 2015, c'était 17 exemplaires vendus. Ouch). Total de toutes les années : 66.
  • Noir & Blanc s'est vendu en numérique à... 4 exemplaires, dont 3 sur Amazon et 1 sur Kobo (en 2015, c'était 49 exemplaires vendus. Re-ouch !). Total de toutes les années : 41.

Donc, que peut-on conclure de tout ça ?

  • Déjà, heureusement que Pas tout à fait des hommes compense pour les autres, parce que sinon c'est vraiment pas glorieux, ce qui nous emmène au second point :
  • Le changement de couverture de Pas tout à fait des homme a vraiment boosté les ventes, donc voilà, pour vendre des livres, il faut avoir une couverture qui correspond un peu aux attentes du genre.
  • La baisse de ventes pour Noir & Blanc et Sorcières & Zombies est importante, mais avec 9 exemplaires vendus en 2016 contre 66 en 2015, je me suis quand même fait pratiquement autant d'argent dessus (un peu moins quand même : 18€ en 2016 contre 20€ en 2015), puisque mon pourcentage comme le prix ont augmenté. Amazon, en revanche s'en est fait beaucoup moins (8€ en 2016 contre 45€ en 2015).
  • J'ai beau ne pas les aimer plus que ça, la majorité de mes ventes (90%) se fait sur Amazon. Il y en a aussi quelques-unes sur Kobo, mais c'est très minoritaire (10%). Les ventes sur les autres plate-formes sont inexistantes, alors que ces textes sont pourtant aussi sur certaines d'entre elles (en passant par Smashwords). J'ai d'ailleurs quelques nouvelles gratuites qui sont téléchargées sur Ibooks, mais aucun téléchargement payant. Je ne sais pas si c'est une spécificité du marché français ou de mes textes (peut-être me suis-je moquée des maqueux, et qu'ils l'ont mal pris ?).
  • À noter qu'il y a toujours un certain nombre de revendeurs plus ou moins « indépendants » où il n'est pas possible d'être présente en temps qu'auto-éditée, donc ça joue aussi sur cette main-mise d'Amazon.
  • Je trouve quand même intéressant de noter que Pas tout à fait des hommes est maintenant sur les sites de vente en ligne depuis plus de six ans (et était déjà disponible sur ce site avant ça), et que même sans avoir jamais particulièrement « percé » dans les différents tops des ventes il continue (voire commence) à se vendre à peu près régulièrement, à quelques exemplaires tous les mois, donc on n'est pas, sur ce genre d'œuvres, dans un modèle où il y a une durée de vie de quelques mois à peine.

Sinon, ces textes peuvent aussi être commandés en version papier, avec de l'impression à la demande, qui passe par CreateSpace (filiale d'Amazon). J'ai fait une poignée de ventes de chaque mais je n'ai pas les chiffres exacts. Fait surprenant, les ventes de Noir & Blanc et Sorcières & Zombies sont, là, à peu près équivalentes à celles de Pas tout à fait des hommes. Je trouve intéressant que les ventes numériques sur Amazon ne semblent pas corrélées avec les ventes papiers sur Amazon. Ou alors, je pense qu'on peut émettre l'hypothèse que les livres avec '&' dans le titre sont plus adaptés à la vente en papier qu'en numérique.

Aussi, ma conclusion personnelle au moins serait que contrairement à un éditeur il me paraît plus facile pour une autrice ou un auteur auto-édité·e de vendre en numérique qu'en papier.

L'un dans l'autre, ces chiffres de vente ne sont pas mirobolants, mais pas si honteux non plus, surtout vu qu'à part le changement de couverture, je ne fais pas vraiment d'effort pour les vendre (puisque lorsque j'en parle, je mets en avant que vous pouvez les télécharger librement ici plutôt que des liens vers les boutiques Kobo/Amazon).

Abonnement Tipeee

À la rentrée 2016, j'ai également mis en place un abonnement Tipeee, avec l'idée d'essayer de publier régulièrement des textes réservés aux abonné·e·s, à la fois en numérique (à partir d'1€ par mois) mais aussi en version papier (à partir de 5€ par mois), imprimé au format A5 et agrafé façon fanzine.

C'est un peu tôt pour faire vraiment un bilan de tout ça, puisque je n'ai pour l'instant publié que deux nouvelles par ce biais, en novembre et décembre, et que les choses sérieuses vont commencer avec la publication en 2017 d'une série feuilletonante, La chair & le sang (oui, encore un '&' dans le titre). Cela dit, je tiens déjà à remercier les personnes qui me soutiennent par ce biais : même si ça n'est pas des milles et des cents, je m'attendais un peu à ce que ça reste à zéro un bon moment, donc jusqu'ici je trouve ça plutôt chouette :)

Au niveau chiffres, il y a à l'heure où j'écris 13 abonné·e·s, ce qui est déjà plutôt pas mal. En dehors des chiffres, je trouve surtout intéressant de pouvoir sortir un peu du système Amazon, et même si on a peut-être moins l'impression d'avoir un « vrai » livre entre les mains, je trouve le format fanzine plus satisfaisant, parce que fait de manière DIY à la mimine plutôt qu'imprimé je ne sais pas où dans le monde, même si ça demande aussi plus de temps en impression/agrafage/envois. (Bon, ça marche pour des textes courts, pour un livre de 300 pages j'ai bien conscience que ça va être un poil plus compliqué.) Je ne sais pas trop ce que ça va donner sur la durée, mais je pense que c'est une piste intéressante.

Cinq raisons de reconsidérer l'auto-édition

, 22:03

Comme j'essaie en ce moment de gagner un peu d'argent avec ce que j'écris, ça implique de devoir un peu se transformer en community manager, et j'ai donc assez logiquement décidé de faire ce qui marchait : un article au titre clickbait pour parler d'auto-édition.

Bon, je n'ai pas poussé la logique jusqu'au bout : je ne vais pas filer une liste de raisons pour vous convaincre de vous auto-éditer et que grâce à ça vous allez pouvoir devenir les rois et reines du pétroles à condition de lire mon livre de bons conseils disponible que vous pouvez acheter tout de suite à prix promotionnel.

Non, en fait je voulais surtout m'interroger, concernant le livre numérique, sur le rapport entre l'auteur ou l'autrice auto-édité·e et la boîte qui vend les livres. La façon dont c'est présentée en général, c'est que l'auteur ou l'autrice est purement indépendant·e, son propre patron, quelqu'un qui fait partie du monde select des gens qui entreprennent, ceux qui font avancer le monde, qui créent de l'emploi et de l'innovation, etc. Je voulais proposer une vision un peu différente, et cinq raisons pour lesquelles ça ne me paraît pas forcément le plus pertinent de juste voir ça comme une entité indépendante (l'auteur ou l'autrice) qui utilise les services d'une autre entité indépendante (Amazon, Kobo, Apple, ...).

1 : C'est Amazon qui vend les livres, pas vous

D'accord, en théorie c'est l'auteur ou l'autrice qui vend ses livres à des lect·eur·rice·s, et Amazon prend un pourcentage (entre 30 % et 70 %) en échange de cette mise en relation et de sa prestation de services. Sauf qu'en vrai, c'est Amazon qui vend les livres aux lect·eur·rice·s, l'aut·eur·rice n'est jamais en contact avec, c'est Amazon qui se constitue une base de données de clients, c'est Amazon qui décide si l'achat est validé ou pas, etc.

2 : C'est Amazon qui décide du format, pas vous

Amazon vend ses livres au format Amazon. Si vous voulez que vos livres soient vendus sur cette plate-forme, vous devez utiliser le format Amazon. Vous ne pouvez pas dire « ah ben tiens moi je préférerais proposer un EPUB à la place. » Pas le top de la liberté et de l'indépendance, quand on y pense.

3 : Le prix de vente du livre, Amazon le décide pas mal aussi

En théorie, c'est l'auteur ou l'autrice qui fixe le prix de vente du livre. Sauf que. En pratique, il y a une fourchette (entre 3 et 10$, je crois), pour lesquelles vous touchez un pourcentage correct (70 %). En dessous, ou au dessus, ça passe à 30 %. Vous êtes tout à fait libre de vendre un livre à 1,99$, mais en pratique vous n'avez vraiment pas intérêt à le faire. En gros, vous devez vendre au prix auquel Amazon veut que vous vendiez.

4 : Amazon pousse fortement pour que vous signiez une clause d'exclusivité

Comme je l'avais déjà un peu expliqué dans Le fonctionnement d'Amazon pour les auteurs/autrices auto-édité·e·s, Amazon pousse fortement ses auteurs et autrices à proposer leurs livres exclusivement sur Amazon, par le biais de KDP Select. Sans ça, vous ne pouvez pas faire des promotions de quelques jours sur vos livres, et surtout ils ne peuvent pas être dans l'abonnement illimité, donc ils font un peu moins de « ventes » que les bouquins qui y sont, donc ils sont moins visibles dans le classement Amazon, donc les gens les achètent moins. Bref, vous êtes fortement poussé·e à accepter cette exclusivité.

5 : ne voir que des acteurs indépendants ne permet pas de construire la solidarité

Et, surtout, ne voir qu'un ensemble d'acteurs indépendants qui proposent et utilisent des services les uns aux autres, c'est pratique pour ne surtout construire aucune solidarité. D'abord entre auteurs et autrices, qui sont juste des concurrents où le gagnant est celui qui s'adapte le mieux aux demandes de la plate-forme (y compris quand les règles changent brutalement du jour au lendemain) et ne peuvent surtout pas envisager de s'unir pour demander d'autres conditions. Ensuite, entre auteurs/autrices et travailleu·r·se·s d'Amazon : si je me vois uniquement comme cliente d'un prestataire de service, je peux être tentée de me dire « ah, si les employé·e·s doivent bosser plus pour gagner moins, très bien, ça va faire baisser les prix et augmenter mon pourcentage ». Si je considère qu'Amazon, pour maximiser ses profits, doit réussir à obtenir le plus de travail en dépensant le moins, qu'il s'agisse du travail des salarié·e·s qui permettent de faire tourner l'entreprise mais aussi de celui de tou·te·s ceux et celles qui produisent le contenu vendu sur le site, je peux me dire qu'il y a peut-être intérêt à créer des solidarités un peu plus larges y compris avec des gens qui n'ont pas le même statut.

Bref, tout ça pour dire que s'auto-éditer pour vendre ses livres au format numérique sur Amazon (et évidemment, ça s'applique aussi aux concurrents d'Amazon, à part peut-être le point 4), ce n'est pas vraiment être indépendant·e· C'est, d'une certaine façon, bosser pour Amazon. Ça ne me fait pas forcément plaisir, mais je pense que ça permet d'analyser les choses de manière un peu plus intéressantes. Parce que pour l'auto-édition comme pour l'auto-entrepreneuriat, avec cette espèce d'ode à la liberté et à l'indépendance qu'on nous vend beaucoup en ce moment, les quelques arbres des « réussites éclairs » qui passent bien sous les feux des projecteurs ont tendance à cacher la forêt des précaires qui essaient de trouver ce qu'ils et elles peuvent pour gratter quelques euros de plus à la fin du mois.

Le fonctionnement d'Amazon pour les auteurs/autrices auto-édité·e·s

, 00:50

Une fois n’est pas coutume, voici un article pour parler d’aspects un peu techniques de l’auto-édition, à la fois parce que ça peut potentiellement intéresser des personnes qui voudraient s’y mettre, mais aussi de manière plus large pour examiner un peu plus en détail certaines pratiques de cette entreprise, et sa mainmise sur le livre numérique.

Le livre numérique sur Amazon

Amazon est, comme vous le savez sans doute, l’un des plus grands fournisseurs de livres électroniques, à la fois parce que c’est devenu la librairie incontournable pour le livre en général, mais aussi parce que sa liseuse, la (le?) Kindle, est la plus répandue. Il y aurait beaucoup de choses à dire là-dessus, et notamment le choix de préférer le format MOBI plutôt que le format EPUB qui a le mérite d’être ouvert, le flicage auquel peut procéder Amazon, y compris en effaçant sur votre liseuse des bouquins que vous avez téléchargés (ils l’avaient notamment fait pour certaines éditions des livres de George Orwell, comme 1984 et La ferme des animaux, ce qui avait été d’autant plus mal perçu, mais ce petit scandale n’a semble-t-il pas beaucoup nui à leur succès).

Donc, en gros, Amazon vent des livres numériques (ebooks), que vous pouvez ensuite lire sur votre liseuse Kindle ou avec l’application, disponible pour Smartphone et ordinateur. N’étant moi-même pas une grande cliente en livre numérique chez Amazon, j’ignore un peu certains détails techniques de ce point de vue, donc je ne vais pas m’attarder là dessus et plutôt parler de la facette qui concerne les auteurs et autrices.

L’auto-édition sur Amazon

Il est très facile pour n’importe qui de publier un livre numérique sur Amazon : il suffit de s’inscrire à KDP, Kindle Direct Publishing, qui permet très facilement de publier un ebook qui sera disponible sur tous les sites Amazon (.com, .fr, .co.uk, .ca, etc.), puisqu’il suffit de convertir un fichier EPUB au format MOBI (par exemple via Calibre)[1], voire directement d’envoyer un fichier Word, de rentrer quelques détails sur la description, l’auteur/autrice, la couverture, etc., et c’est en général en ligne en vingt-quatre heures.

C’est sans doute ce qui a contribué à son succès : depuis, d’autres sites offrent la même facilité, mais je crois qu’Amazon a été la première librairie à permettre à n’importe qui de diffuser largement son livre au monde entier et de gagner de l’argent dessus. Pas forcément beaucoup pour l’auteur/autrice auto-édité·e qui ne vendra que quelques exemplaires, mais beaucoup plus pour Amazon et ses millions d’œuvres disponibles. Il faut bien voir qu’à côté de ça, pour pas mal de librairies numériques alternatives, c’est la croix et la bannière, ou tout simplement pas possible, si on veut y figurer en tant qu’auteur/autrice indépendante. On peut critiquer Amazon tant qu’on voudra (et je compte bien le faire), mais il faut reconnaître que s’ils ont une telle position c’est quand même parce qu’ils savent faire un truc qui techniquement tient la route et qu’ils ont été (parmi?) les premiers sur certaines évolutions des usages.

Bon, et niveau rémunération, ça se passe comment ? Ben sur le principe c’est assez simple : vous fixez un tarif, qui est de 0,99€/$ minimum, pour votre livre, et vous touchez un pourcentage sur chaque vente, qui est de 70% si vous êtes dans la fourchette de prix qui arrange Amazon (de 2,99€/$ à 9,99€/$), et de 30% sinon. Donc, si vous achetez un livre à 2,99$ sur Amazon, l’autrice touche 2,093$ (70%). Si vous achetez un livre à 0,99$, l’auteur touche 29,7 cents (30%).

Bon, en vrai quand on regarde dans le détail, c’est horriblement complexe, parce que chaque site doit s’adapter aux règles et usages de chaque pays, aux règles de TVA différentes, que pour certains pays il y a des fonctionnements un peu différents où le taux de 70% n’est pas disponible ou réservé aux auteurs et autrices KDP Select (je reviendrai en détail sur ce que c’est en dessous), qu’il est parfois possible d’avoir un livre en prix promo en dessous du seuil de 2,99 mais de quand même avoir un taux de 70%, mais en gros, c’est l’idée.

Ah, et un autre truc de positif pour Amazon : ils sont réglos pour ce qui est de payer. Société américaine oblige, c’est un peu la galère de remplir les formulaires de l’IRS (Internal Revenue Service), mais sinon une fois qu’on a filé un RIB, dès qu’Amazon nous doit de l’argent, il paye, sans avoir à s’emmerder avec des seuils à la con. Par exemple, j’ai déjà reçu des chèques de 30 centimes venant d’Amazon Allemagne. Ce qui n’est pas le cas de toutes les librairies numériques : Kobo, par exemple, ne paye que passé un seuil de 100€. Pour la majorité des auteurs et autrices auto-édité·e·s qui ne font pas tant de ventes que ça, ça veut dire que leur argent va dormir (ou plutôt, je le soupçonne, servir de fond de roulement) longtemps sur le compte de cette société. C’est vraiment un truc que je ne trouve pour le coup vraiment pas correct, mais bon, passons, pour le coup là on parle d’Amazon, qui est honnête là-dessus.

Le programme KDP Select

Là où on rentre, à mon avis, dans les trucs moins réglos, c’est quand on commence à regarder le programme KDP Select. Le principe est simple : vous offrez l’exclusivité de votre livre à Amazon, et en échange vous bénéficiez de certains avantages. Bon, clairement, le but est simple : s’assurer qu’une partie des livres numériques disponibles sur Amazon ne soient pas disponibles ailleurs, pour être sûr que les client·e·s achètent leurs livres sur Amazon, achètent des liseuses construites par Amazon, etc.

Ce qui déjà, quand on y réfléchit, est un peu chelou comme principe, non ? Pour un livre papier, il me semble que ça paraîtrait un peu fou qu’une librairie ait l’exclusivité d’un livre, et qu’on vienne dire “Le dernier Werber, on ne peut l’acheter qu’à la Fnac, tu ne peux pas le commander au libraire du coin”. Mais bon, soit.

Donc, vous accordez l’exclusivité de votre livre à Amazon sur une période de 3 mois (90 jours, plus exactement) minimum. C’est une exclusivité sur le contenu du livre, ou tout contenu « substantiellement similaire », donc pas juste sur une édition précise, donc pas possible de rajouter une préface à la con et de dire “Édition exclusive Amazon” (oui, j’y ai pensé) : il faut vraiment que le contenu du livre ne soit disponible sur aucune autre plate-forme et sur aucun autre site, même gratuitement. En échange de ça, vous bénéficiez de quelques avantages, dont notamment :

  • avoir droit à mettre le livre en promotion gratuite un maximum cinq jours tous les 3 mois ;
  • OU faire une promotion de prix un maximum de sept jours tous les 3 mois ;
  • et, surtout, faire partie de Kindle Unlimited ou Abonnement Kindle.

Les deux premiers points sont, à mon avis, un peu merdiques. Notamment parce que, si ton livre est disponible ailleurs, tu peux très bien changer le prix là-bas ou le mettre gratos, et Amazon sera obligé de fixer le même prix sur sa plate-forme à cause du prix unique du livre (du moins pour la France, mais de fait même pour les autres pays Amazon se calque sur les offres les moins chères qu’il repère ailleurs).

Le dernier point, en revanche, a quand même un intérêt non négligeable.

L’abonnement Kindle

L’offre d’abonnement Kindle est en effet un service où les gens payent 10€ par mois, et peuvent en échange lire tous les livres qu’ils et elles veulent. Du moins, tous les livres qui font partie de cette offre. Donc, pour les auteurs et autrices auto-édité·e·s, si vous avez bien suivi, uniquement les livres qui sont en exclusivité sur Amazon.

Comment ça marche pour les auteurs et autrices ? Tout l’argent des abonnements est collecté, et réparti entre tous les livres répartis dans cette offre (enfin, j’imagine qu’Amazon se garde une part, évidemment). La façon de répartir a un peu changé : avant, c’était par le nombre de téléchargements, ce qui avantageait plutôt les nouvelles courtes (si j’écris six nouvelles et que quelqu’un télécharge les six, ça compte comme six ventes, alors que si j’ai écrit un roman de mille pages, un téléchargement ne me fait qu’une seule vente). Maintenant, le système se fait en fonction du nombre de pages lues, ce qui avantage pour le coup plutôt les romans longs à, disons, un texte concis mais qui se lit moins vite.

Tous les mois, l’argent collecté par les abonnements est divisé par le nombre de pages lues, et un tarif par page est calculé, qui varie entre 0,4 et 0,5 centimes de dollars. Donc, si ce mois ci c’est 0,45 centimes par page, une nouvelle de 30 pages me rapportera (si elle est lue en entier) 0,135 dollars. Un roman de 400 pages me rapportera, lui (là encore, s’il est lu en entier) 1,8$.

En soi, cette rémunération n’est pas follichonne, mais elle est intéressante pour les auteurs et autrices pas très connu·e·s : un lecteur mettra plus facilement de l’argent pour le dernier tome de GRR Martin que pour le bouquin d’une illustre inconnue, alors qu’avec cette offre d’abonnement c’est possible d’avoir les deux sans payer plus et de découvrir quelqu’un qu’on ne connaît pas sans « prendre de risques ».

Possibilité, donc, à laquelle on n’a pas accès si on veut refuser de céder l’exclusivité de ses livres à Amazon.

À noter qu’à cause de la loi française sur les offres d’abonnement pour les livres (?), lorsqu’on est inscrit·e en France, il faut fixer soi-même un tarif par page, qui peut être de 0,1, 0,2, ou 0,3 centimes d’euro par page. Sur la page de ce choix, Amazon nous explique que cela n’aura aucune incidence sur la rémunération réelle, et que de toute façon il nous paiera son tarif à lui. J’avoue que je n’ai pas trop compris la raison du pourquoi de ce fonctionnement, et que je n’aurai rien contre un éclaircissement : je lis surtout ça comme « ah ah ah, encore une loi à la con censée nous empêcher de faire ce qu’on veut, mais on va faire comme avec l’interdiction du prix de port gratuit qu’on avait mis à un centime et vous faire un bras d’honneur. »

Les classements de vente

Sur Amazon comme sur la plupart des autres libraires, les classements de vente sont importants, puisqu’ils jouent sur quelles œuvres seront affichées en premier dans telle ou telle catégorie ou avec tels ou tels mots-clés. Ce n’est pas une nouveauté : il y a même des sites, à la légalité douteuse, qui vous proposent de payer pour qu’ils achètent votre livre plein de fois, ce qui le fait monter dans le classement mais vous coûte de l’argent, sauf que vous espérez que les ventes supplémentaires que cette visibilité vous accordera vous remboursera et vous fera gagner plus d’argent.

Les ventes qui passent par l’abonnement Kindle sont également comptabilisées dans ce classement, même si je ne suis pas sûre exactement de comprendre de quelle manière exactement : est-ce qu’une personne qui télécharge compte comme une vente, ou est-ce que c’est en fonction du nombre de pages lues ? Toujours est-il qu’en ayant votre livre dans l’offre d’abonnement Kindle, vous serez selon toute probabilité mieux classé·e (ventes normales + téléchargements des abonné·e·s Kindle) que s’il n’y est pas.

Donc, puisque pour être proposé aux abonné·e·s Kindle, votre livre doit être dans le programme KDP Select, et donc en exclusivité sur Amazon, on voit apparaître un truc un peu pernicieux, qui ne m’a sauté aux yeux que récemment : un livre qui est disponible exclusivement sur Amazon sera, en général, mieux classé et plus visible qu’un livre qui est également disponible sur d’autres plate-formes.

La mainmise d’Amazon

Tous ces mécanismes ont pour effet d’inciter les auteurs et autrices à signer des pactes d’exclusivité sur leurs œuvres avec Amazon, ce qui a non seulement pour effet de permettre à Amazon d’avoir la mainmise sur les auteurs/autrices, mais également sur les lecteurs/lectrices, puisque si un livre n’est disponible que sur Amazon, quelqu’un qui veut l’acheter sera bien obligé de passer par Amazon. Ce qui fait, par conséquent, que les ventes de livres se font principalement par Amazon, et que les auteurs/autrices ont intérêt à privilégier les bénéfices d’une exclusivité avec Amazon au détriment des ventes que leur apporteraient d’autres plate-formes. Et la boucle est bouclée.

Je ne sais pas trop comment conclure cet article : je voulais juste parler du fonctionnement d’Amazon avec la facette que je connais un peu parce que c’est celle avec laquelle j’interagis. Personnellement, je vous encourage à passer par des altenatives à Amazon, soit en tant que lecteur/lectrice en achetant vos livres ailleurs, soit en tant qu’auteur et autrice en refusant cette exclusivité ; tout en ayant conscience que, parfois, le livre qu’on veut n’est disponible que sur Amazon, ou que parfois en tant qu’auteur/autrice on a besoin de la thune que nous apporte cette exclusivité de merde.

Et, bien évidemment : soutien aux travailleurs et travailleuses d’Amazon qui se sont mis en grève et ont bloqué trois des quatre sites de distribution en France ce jeudi. Je rêve qu’on ait un jour des syndicats d’autrices et auteurs qui aient un peu de la gueule et soient moins corporatistes (et, accessoirement, là aussi plus ouverts aux auto-édité·e·s), qui appelleraient à des retraits temporaires massifs de livres sur Amazon en soutien dans ce genre de circonstances, mais ça, c’est hors sujet.

Note

[1] Depuis la rédaction de cet article, ce processus n’est plus nécessaire, puisqu’Amazon accepte les EPUB, qu’il convertit lui-même.

Bilan (chiffré) auto-édition 2015

, 18:32

J'ai pas trop l'habitude de faire des bilans chiffrés des ventes, principalement parce que je n'en vois pas trop l'intérêr, mais je me dis que ça peut éventuellent intéresser d'autres auteurs et autrices auto-édité·e·s (ou qui envisagent de l'être), et puis en plus ça fait un article vite écrit, donc, ta-da, les chiffres de vente de mes bouquins auto-édités en 2015.

Quelques remarques :

  • C'est pas folichon.
  • Ça ne prend pas en compte les ventes d'Une autobiographie transsexuelle (avec des vampires), puisque c'est un livre édité par Dans nos histoires et pas auto-édité.
  • Les trois livres référencés ci-dessus sont aussi disponibles à prix libre sur ce site, avec l'idée que vous pouvez télécharger gratuitement mais que si ça vous plait vous pouvez faire un don en échange. Du coup il n'y a pas vraiment de notion de « vente » mais quelques personnes m'ont soutenue par ce biais, merci à elles !

À propos d'auto-édition, #2 : les moins bons côtés

, 18:41

Dans l'article précédent, je parlais de pourquoi je m'auto-éditais, et j'évoquais notamment la philosophie D.I.Y. (Do It Yourself). Dans cet article je voulais revenir un peu là-dessus, pour voir que si l'idée est belle, en pratique ce n'est pas forcément aussi simple.

En effet, si on parle beaucoup d'auto-édition en ce moment, c'est notamment grâce à des acteurs tels qu'Amazon, qui ont a pas mal misé là-dessus avec son offre numérique (le Kindle Directory Project), et dans une moindre mesure son offre papier (via CreateSpace, qui propose de l'impression à la demande). Or, on ne peut pas franchement dire qu'Amazon s'inscrive dans l'esprit DIY...

Bien entendu, il reste toujours possible de faire autrement. On peut se contenter de continuer à diffuser des textes sur son site Web, de façon gratuite ou payante, en proposant aussi éventuellement des livres papier. Malheureusement, à l'heure où la lecture numérique commence à se faire beaucoup sur liseuse (ce qui est compréhensible, ça fait quand même vraiment moins mal aux yeux que l'écran d'ordinateur), et où la liseuse en question a en général des outils super simple d'accès pour acheter des livres en un clic à condition de passer par le store lié au constructeur (Amazon, Kobo, ou encore la boutique Apple pour ce qui concerne les tablettes et smartphones), il devient difficile de faire concurrence à ces plate-formes quand on est simple auteur auto-édité (ce n'est déjà pas évident pour les librairies en ligne alternatives).

Ce n'est du reste pas quelque chose qui se limite à l'auto-édition de livres, mais qui s'inscrit tout à fait dans la logique du soi-disant « Web 2.0 », qui consiste à vendre une démocratisation de l'accès à la création. Tu voudrais avoir un site Web, mais tu n'as pas les compétences pour ? Pas de souci, voici un blog clé en main gratuit avec juste un peu de publicité dessus. Tu voudrais mettre des vidéos en ligne, mais tu n'as pas un serveur suffisant pour stocker des vidéos ? Pas de problème, tu n'as qu'à les mettre sur Youtube, et ils sont tellement sympas que si tu leur apportes beaucoup de trafic ils te donneront peut-être quelques euros. Au final le Web, censé être un grand espace de liberté, est surtout devenu trusté par quelques multinationales : YouTube et Blogspot (qui appartiennent à Google), Tumblr (acheté par Yahoo!), Facebook, Twitter, etc. Toutes ont en commun leur business-model, qui consiste à faire de l'argent grâce au contenu apporté par leurs utilisateurs.

Alors, certes, c'est toujours possible d'avoir ton propre site à toi et de ne pas dépendre de ces groupes-là, mais j'ai l'impression que c'est de plus en plus difficile. Si t'es pas un minimum sur Amazon, Twitter, Facebook, etc., il y a des chances que ton site soit complètement invisible. Alors, certes, ça touche un sujet plus large que l'auto-édition, mais je pense que cette évolution d'Internet n'est pas franchement une bonne chose. Je n'ai pas de stats globale sur l'évolution d'Internet, alors c'est peut-être juste que je suis une quiche à la gestion de site web (il n'y a qu'à voir le design de celui-ci), mais il y a quelques années il y avait beaucoup plus de gens qui tombaient sur mon site via un moteur de recherche, et qui j'imagine devaient chercher des livres et les télécharger. À l'heure actuelle, la plupart des gens qui viennent sur ce site arrivent par Facebook ou Twitter, et à côté de ça j'ai peut-être plus de téléchargements de livres sur Amazon que via le site même (c'est dur à évoluer, je reviendrai là-dessus plus bas).

C'est pour ça que je ne suis pas persuadée que l'auto-édtion en tant que telle soit forcément garante d'indépendance par rapport à l'édtion classique. Si tu te contentes de vendre tes bouquins sur Amazon, tu dépends complètement d'eux. Certes, tu ne signes pas de contrat d'exclusivité (et encore, pour bénéficier de certaines possibilités de la boutique Kindle, comme accorder des promotions pendant des périodes de temps spécifiques, tu dois t'engager à ne pas diffuser le bouquin sur d'autres plate-formes numériques) mais tu dépends quand même dans la pratique du bon vouloir d'Amazon, d'un changement d'algorithme qui ferait que ton bouquin n'aurait plus la même visibilité, d'une suppression de ton livre si ça leur plaît pas, d'un revirement de leur politique sur les livres auto-édités, etc.

Évidemment, tout ça ne veut pas dire qu'il est impossible de se contenter de diffuser ses livres sur son propre site web, ou, pour le papier (là, j'avoue que je parle surtout du numérique), en ayant une présence dans des petites librairies, des évènements, etc. Personnellement, j'ai le cul un peu entre deux chaises : dun côté je trouve important que mes textes soient disponibles avant tout sur un site qui est « à moi », hébergé par un hébergeur coopératif ; et d'un autre côté, comme ce site ne fait pas du tout un buzz phénoménal, si je veux que mes textes soient un peu diffusés je suis bien obligée de les mettre sur d'autres plate-formes, en l'occurrence notamment Amazon et Kobo. Du coup il y a une situation un peu ironique où c'est l'argent des ventes sur Amazon qui paie l'hébergement du site pour que je puisse proposer mes textes gratuitement.

Ce qui m'amène à un autre problème, à mon avis, de l'auto-édition, c'est qu'en gros, tant que tu ne cherches pas spécialement à être lu, je trouve ça plutôt chouette, mais dès que tu veux soit être lu soit toucher de l'argent (et a priori en tant qu'auteur c'est lié) il faut être prêt à avoir un rôle de vendeur, de commercial finalement. Je conçois tout à fait que ça puisse intéresser des gens, mais j'avoue que c'est la partie des tâches incombant à l'auteur auto-édité qui me branche le moins, et c'est un peu pour ça d'ailleurs que je n'en fais pas énormément là-dessus. Le plus gênant à mon avis c'est que ça induit parfois des méthodes un peu douteuses, comme payer pour manipuler le classement Amazon (en gros tu payes des gens pour qu'ils achètent tes bouquins — tu récupères une partie des sous grâce aux royalties — pour monter dans le nombre de ventes) ou débarquer sur un forum en mode « hé, regardez, j'ai adoré ce bouquin, achetez-le » sans mentionner que c'est toi qui l'a écrit, etc. Certes, ces méthodes ne sont pas propres à l'auto-édition, c'est plutôt le problème du marketing de façon générale, mais quand tu as plutôt mis le pied dans l'auto-édition parce que t'aimais le DIY et l'esprt de partage libre, ça pose un dilemne : est-ce que tu tires sur une croix sur le fait de « vendre » et d'être lu au nom de tes idéaux, ce qui n'est pas forcément évident quand tu consacres beaucoup de temps à l'écriture et que tu aurais peut-être envie, sinon de devenir riche, au moins d'un peu de reconnaissance ? J'avoue que je ne suis pas, ou plus, prête à faire ça, et du coup par exemple je suis sur Amazon même si dans l'absolu, j'aurais plutôt envie de les boycotter.

Bref, tout ça pour nuancer mon article précédent et dire que l'auto-édition ce n'est pas tout rose non plus. Surtout depuis que c'est mis sous les projecteurs et que c'est vraiment devenu un business. Après, je continue à trouver que l'auto-édition est une expérience chouette, tout en sachant qu'elle le serait beaucoup moins pour moi si je voulais vraiment en tirer de l'argent. Simplement, je pense que la vague actuelle concernant l'auto-édition n'est pas uniquement dûe au fait que « chouette, avec le numérique c'est la démocratisation et n'importe qui peut réussir » (une sorte de rêve américain 2.0). Ça apporte des choses chouettes, mais ça reste un business pour beaucoup de gens, il ne faut pas se leurrer. Et, si l'ère du numérique risque de bouleverser un peu le monde de l'édition et de la vente de livres, je laisserai le mot de la fin à Snake Plissken qui déclarait à Los Angeles en 2013 : « plus les choses changent et plus elles restent les mêmes ».


Bonus : quelques chiffres

Ah, et dans l'article précédent j'avais dit que je parlerais peut-être de chiffres. Je ne sais pas si ça intéresse grand monde, mais allons-y, comme ça vous pourrez vous dire que vu le peu que je vends, c'est bien la peine que je fasse deux articles pour parler d'auto-édition :

  • Sur mon site, il y a en général autour de la dizaine de téléchargements gratuits par texte (c'est un ordre de grandeur : ça peut aller de cinq à trente) et par mois. Le problème, c'est que je n'ai aucune idée desquels correspondent à des vrais lectures, lesquels sont téléchargés par des robots (genre ceux des moteurs de recherche, pas des cyborgs), ou si une personne le télécharge cinq fois pour le lire parce qu'elle l'enregistre pas (moi je fais souvent ça). Donc, c'est cool, j'ai des jolies stats, mais je n'ai aucune idée de leur valeur. Mystère et boule de gomme.
  • Au moins, les téléchargements payants ont l'avantage (en dehors de rapporter un peu d'argent) qu'ils veulent un peu plus dire quelque chose : pas forcément que la personne a lu le bouquin, mais au moins qu'il y a une vraie personne derrière prête à mettre un euro symbolique dedans. En terme de vente, je n'en fais pas beaucoup : une dizaine les bons mois. C'est pas énorme, mais par rapport au peu de téléchargements sur le site c'est quand même vraiment pas négligeable.
  • Mon bouquin qui s'est le plus vendu, c'est Pas tout à fait des hommes, avec 80 ventes en 18 mois sur Amazon. Bizarrement, le livre est aussi disponible sur Kobo, mais n'a pas connu une seule vente. Pourquoi ? Bon, c'est peut-être que Kobo fait moins de ventes qu'Amazon, sauf que...
  • Sorcières & Zombies, de son côté, s'est vendu à 21 exemplaires chez Kobo en 8 mois, alors qu'il n'y a eu que 8 ventes sur Amazon.
  • Les autres bouquins ne font pratiquement aucune vente.
  • Il y a aussi quelques nouvelles qui sont disponibles gratuitement (juste deux, pour des raisons techniques que je ne détaillerai pas) via Smashwords, qui distribue également sur les autres plate-formes : Amazon, Kobo, Sony, Apple, etc. Étrangement, Créatures de rêve, malgré une couverture absolument hideuse dont j'ai honte à chaque fois que je la vois, aurait été téléchargée plus de mille fois sur la boutique Apple. Et... heu, par contre, reste à zéro sur Kobo. Il y a peut-être une erreur quelque part, dans un sens ou dans l'autre, parce que c'est quand même vraiment chelou.

Tout ça pour dire quoi ? Pas pour pour me vanter de mes ventes (il n'y a pas vraiment de quoi...), mais je trouve intéressant de constater deux choses :

  • Paser au final beaucoup de temps pour maintenir un site n'apporte pas énormément de visibilité par rapport au fait d'être sur Amazon ou Kobo, parce que c'est LES plate-formes par lesquelles les gens passent « par défaut » pour choper des livres, et je pense qu'à moins d'être vraiment très connu c'est très dur de contre-carrer cette forme de « centralisation » d'Internet. Je trouve ça dommage, mais c'est comme ça.
  • il y a des écarts assez bizarres entre ce qui se « vend » ou pas sur différentes plate-formes. J'imagine que ça peut s'expliquer par le fait que plus un titre se vend, plus il a de la visiblité, et donc plus il se vend (et à l'inverse pour un titre qui ne se vend pas, c'est d'ailleurs toute la logique dans la manipulation de classement, le but c'est de faire des fausses ventes qui vont t'en apporter des vraies) ; j'imagine aussi qu'il y a des algorithmes différents pour choisir les bouquins à montrer, plus qu'une vraie différence dans le public. En tout cas ça me fait un peu relativiser l'importance à accorder au nombre de ventes.

À propos d'auto-édition

, 04:10

La plupart de mes textes étant, à l'heure actuelle, auto-édités, je me suis dit qu'il était peut-être temps de répondre à la question : mais pourquoi l'auto-édition ? Je pense que je ferai une deuxième partie à cet article, pour parler un peu de comment ça se passe en pratique (peut-être donner quelques chiffes, même si je ne suis pas sûre que ça intéresse des gens), et revenir de façon un peu plus critique sur la forme que prend l'auto-édition actuellement.

L'auto-édition, c'est quoi ?

Un petit mot pour définir précisément ce que j'entends par auto-édition. Là, je parle au sens large, c'est-à-dire le fait de diffuser des textes sans passer par un éditeur, donc y compris le fait de mettre des textes en ligne plutôt que de vouloir passé par un éditeur. Cela dit j'ai longtemps diffusé des textes gratuitement par Internet sans me dire que c'était de l'auto-édition, ce qui paraissait un mot bien pompeux pour dire « avoir un site web ».

Quand je lis des trucs sur l'auto-édition, j'ai l'impression que les deux points de vue opposés pourraient être caricaturés comme suit :

  • D'un côté, celui qui voit les auteurs qui s'auto-éditent comme en gros des écrivains ratés, qui font de la merde, qui se sont fait jeter de toutes les maisons d'édition et qui du coup sont prêts à mettre de l'argent pour avoir la vanité de voir leur nom sur un livre. Selon ce point de vue, la montée de l'auto-édition est une grosse calamité qui ne fait que plomber la littérature.
  • De l'autre côté, l'idée que les éditeurs ne sont jamais, en tant que tel et de manière homogène, que de gros parasites et que du coup l'auto-édition permet de nourrir Amazon à la place s'en débarrasser et ouvre la voie vers un eldorado pour les auteurs.

Un éditeur c'est quoi ?

Ce qui m'emmène par dérivation à parler de ce qu'est un éditeur. Il y a des critiques que je peux partager sur lezéditeurs mais qui à mon avis ont le défaut de les présenter comme un truc homogène, souvent réduits aux grands éditeurs qui cherchent en bonne partie à faire de l'argent. Cela dit, le rôle d'éditeur n'est pas réservé à une (grande) entreprise : ça peut aussi être une association, un collectif, ou une personne qui fait ça à titre individuel.

Le rôle d'éditeur, c'est celui qui consiste à choisir des textes et à les diffuser. Ça implique un certain nombre de tâches supplémentaires (la correction, le maquettage, éventuellement s'occuper de trouver un imprimeur, un distributeur, etc.) mais à mon avis l'activité qui définit l'éditeur c'est de chosir des textes à diffuser. Partant de là, la notion d'éditeur couvre un étentail assez large[1] qui va des éditions Gallimard à la personne qui fait un zine ou un blog à partir de textes qu'on peut lui envoyer.

Si je n'ai pas d'aigreur particulière vis à vis des éditeurs, c'est peut-être parce que je n'ai jamais eu l'occasion de travailler avec un grand éditeur commercial. J'ai eu l'occasion une fois de travailler avec une petite entreprise (un petit éditeur), sinon c'était soit des associations, des collectifs, ou des individus, donc des cadres où il n'y a pas le même rapport d'exploitation qui peut sans doute exister ailleurs.

Bref, tout ça pour dire que l'auto-édition ne veut pas dire pour moi un rejet du rôle de l'éditeur en tant que tel, ne serait-ce que parce qu'en tant que lectrice, il y a plein de textes et d'auteurs que j'ai découvert grâce à des éditeurs : en dehors du fait évidemment d'avoir la possiblité physique de se procurer le livre ou qu'il soit traduit, le fait de voir un auteur inconnu dans la même collection que deux auteurs plus connus que j'aime bien, ça fait que je vais me dire « il y a des chances que j'aime bien aussi ».

 Mais alors, pourquoi tu t'auto-édites ?

Donc, si je n'ai pas de rancœur particulière vis à vis des éditeurs, pourquoi m'auto-éditer ?

D'abord, comme je l'ai mentionné plus tôt, je me suis longtemps « auto-éditée » sans mettre ce mot dessus, c'est-à-dire que pour moi mettre en ligne mes textes, de manière gratuite, c'était la façon la plus simple et la plus efficace pour les partager, et pour tout dire la seule à laquelle je pensais. Pendant des années, je ne me suis même pas posée la question de l'édition. J'écrivais des textes, j'avais un site, c'était logique de les mettre sur le site. Il faut dire que j'avais franchi le cap de me mettre à écrire parce que jJ'avais lu d'autres textes d'autres gens sur Internet, qui je pense pourraient être qualifiés pour certains de fan-fictions, et je m'étais dit « ah ouais, c'est cool, moi aussi je peux en faire ».

J'ai mis des années à me considérer comme écrivaine, et même maintenant, j'ai un peu du mal. J'écris, ouais, mais « écrivaine », dans ma tête, ça fait tout de suite intello et prétentieuse, un truc pour lequel je n'ai pas le niveau parce que c'est un peu réservé à une élite. Je veux dire, je ne m'auto-flagelle pas, je ne dis pas que je fais de la grosse merde : les textes que je diffuse sur ce site, je les aime bien, quand je les relis je ne les trouve pas moisis (ceux que je ne diffuse pas, c'est autre chose...), mais je n'ai pas l'impression d'avoir un talent spécial d'écrivaine ou quoi. En fait, je crois que lire des textes amateurs sur Internet, ça m'a permis de me décoincer de l'objet « livre », que je voyais un peu comme un truc sacré, forcément pondu par des gens super intelligents et cultivés. Là, je me disais juste : ouais, avec un peu de boulot, je peux le faire aussi. Ça ne fera pas un truc révolutionnaire, ça ne changera pas la face de la littérature, mais si je bosse assez ce sera un truc à peu près correct où j'aurai mis quelque chose de personnel qui peut-être plaira à d'autres gens.

Là où je veux en venir, c'est que si j'ai osé me mettre à écrire, c'est parce qu'à un moment dans ma tête il y a eu une désacralisation du roman, rendue possible par des choses qu'on peut je pense rapprocher de la culture D.I.Y. (Do It Yourself). Et si j'envoie aussi peu de manuscrits à des éditeurs, c'est peut-être en partie parce que j'ai peur qu'on me dise que je n'ai pas le niveau, mais c'est aussi que je n'ai pas spécialement la culture de l'envoi de manuscrits pour espérer décrocher un sésame permettant une publication. J'ai plus d'affinités avec la culture punk ou encore hacker qui consiste en gros à dire que si tu veux faire un truc, tu le fais ; s'il y a des choses que tu ne sais pas faire, t'apprends à les faire ou tu les fais avec des potes, et t'as pas besoin qu'il y ait un professionnel qui te mette un tampon « qualité approuvée ».

S'il y a un truc que je trouve chouette avec l'auto-édition, c'est que ça m'a permis d'apprendre plein de trucs : la mise en page, essayer de faire des couvertures, convertir au format Epub. Alors sans doute que la qualité est pas super professionnelle® mais il y a la satisfaction de l'avoir fait soi-même.

Éditeur et auto-édition, c'est incompatible ?

Pour conclure je voudrais revenir au rôle des éditeurs. Comme je l'ai dit, je trouve que c'est un rôle qui est important, utile, et que je ne pense pas que l'auto-édition vise à faire disparaître. Ce que je trouve dommage, c'est qu'à l'heure actuelle, c'est souvent présenté comme un truc opposé : si tu choisis d'auto-éditer un bouquin (ou même une nouvelle), tu peux tirer une croix sur la possibilité que ce soit choisi par un éditeur, parce que non seulement il faut accorder l'exclusivité mais en plus que ce soit inédit, donc que ça n'ait jamais été publié, même juste sur ton site Web qui a trois visiteurs par jour (les bons jours).

Il y a des exceptions (je peux en témoigner : Une autobiographie transsexuelle (avec des vampires) a été auto-édité, ce qui n'a pas empêché Dans nos histoires de me contacter pour le publier), certes, mais en général et particulièrement pour les éditeurs les plus mainstream, à moins de faire un super carton (coucou Fifty Shades of Grey), c'est mort. Je trouve ça dommage de voir des éditeurs râler sur la montée en puissance de l'auto-édition à base de « ça fait plein de mauvais bouquins qui font de l'ombre à nos bons bouquns », alors que justement le rôle d'un éditeur pourrait aussi être de repérer et de faire découvrir le bouquin qui s'est vendu à deux exemplaires sur Amazon, qui est bourré de fautes d'orthographe, mais qui pourrait être édité dans une version révisée et qui plairait à fond au public de cette maison d'édition. Après, je ne me fais pas trop d'illusions, et j'imagine que les éditeurs qui veulent faire du pognon vont surtout se contenter de repérer les bouquins auto-édités qui se vendent le mieux, mais en tout cas dans l'idée je ne vois pas pourquoi les deux s'opposeraient.

En ce qui me concerne, j'aime bien aussi bosser avec des éditeurs (avec la définition assez large d'« éditeur » que j'ai donné plus tôt, encore une fois ça peut être une copine qui fait un fanzine) , mais quand je trouve que le projet est chouette, que le courant passe. Je n'ai pas spécialement envie de me coltiner des envois massifs de manuscrits en espérant que j'aurais une réponse positive. Après évidemment il n'y a pas que l'« envie » qui compte dans la vie, et par exemple le fait d'être chômeuse longue durée au RSA fait qu'à un moment il y a des chances que j'essaie de proposer des manuscrits au plus d'éditeurs possible pour espérer avoir un peu de thune, mais dans l'idée « l'auto-édition sauf quand c'est des projets d'édition qui me parlent » correspond plus à ma façon de voir l'écriture et la création de manière générale.

Bref, tout ça pour dire que non, l'auto-édition n'est pas juste une solution par dépit, de dernier recours. Et si je reconnais l'utilité du rôle d'éditeur, il y a un discours avec lequel j'ai un peu de mal qui consiste à en faire les gardiens permettant de différencier ce qui est digne d'être lu de ce qui ne l'est pas. J'ai conscience que les bouquins que j'auto-édite sont imparfaits, qu'il reste sans doute trop de fautes, que des fois il y a des soucis sur la mise en page, et j'essaie de m'améliorer, de traquer les coquilles, de régler les problèmes de césure au mauvais endroit, ou de faire des couverture moins moches. Mais surtout, je n'ai pas envie de voir l'écriture, et la création de façon générale, comme quelque chose de sacré, réservé à une élite[2], et qui doit forcément être parfait au niveau de la forme.

Notes

[1] Qui, cela dit, ne couvre pas les « éditeurs à compte d'auteur », qui ne sont pas des réels éditeurs mais des publieurs, qui vendent une prestation mais ne font pas de choix éditorial en tant que tel

[2] Même si je ne me fais pas d'illusions sur le fait que, oui, c'est plus facile d'écrire quand t'as pu faire des études, que t'as eu accès à des livres, que t'as un minimum de sentiment de légitimité pour ne pas trouver tout ce que tu fais comme une merde infâme, et accessoirement, tout à fait accessoirement, que t'as un petit peu de temps libre.