Le blog de Lizzie Crowdagger

Ici, je discute écriture et auto-édition, fanzines et livres numériques, fantasy et fantastique, féminisme et luttes LGBT ; et puis de mes livres aussi quand même pas mal
Home

Aller au menu | Aller à la recherche

Pirate !

, 00:35

Apparemment, aujourd'hui c'est la « Journée Mondiale du livre et du droit d'auteur ». Ce qui m'a donné envie de ressortir une nouvelle que j'avais écrite il y a un bon bout de temps.

L'objectif était de dénoncer les DRMs : Digital Right Management. Pour reprendre la description de l'Electronic Fountier Foundation,  il s'agit de technologies qui cherchent à contrôler ce que vous pouvez faire et ne pas faire avec le matériel et les médias que vous avez achetés. Je crois qu'à l'époque était en train de passer le projet de loi qui empêchait de les contourner (y compris pour lire un DVD sous VLC). Cette nouvelle reprenait un personnage et l'univers de Pas tout à fait des hommes, qui était en cours d'écriture à ce moment là.

Le texte n'a pas en soi une grande qualité littéraire, mais je trouvais amusant de le ressortir des archives parce qu'à l'époque où je l'avais écrit, le livre numérique n'existait pas encore vraiment et que ça concernait surtout les musiques et les films. À l'heure actuelle, « grâce » à un certain nombre d'éditeurs qui imposent des DRMs sur leurs livres numériques, la métaphore de livres qu'on achète mais qu'on ne peut pas lire ne relève plus vraiment de l'imaginaire...

Vous pouvez lire cette nouvelle ici, ou juste ci-dessous avec une mise en page un peu plus médiocre.


Pirate !

Kalia entra dans la petite librairie et jeta un coup d'œil aux rayonnages. Il n'y avait pas un énorme choix, et il se limitait aux livres les plus connus, mais l'elfe se décida tout de même pour un recueil de poésie.

Ce fut au moment de payer, quand elle le posa sur le comptoir, en face du vendeur, que Kalia remarqua quelque chose de bizarre sur la couverture. Il était inscrit, en petit caractères : « livre protégé ».

— Ça veut dire quoi, ça ? demanda-t-elle au vendeur.

— Oh, ce sont les nouveaux livres, expliqua le vendeur. Ils sont protégés contre le piratage.

Kalia fronça les sourcils.

— On n'est pas un peu loin des côtes, pour se soucier du piratage ? Et ce n'est pas plutôt le bateau qui devrait être protégé ?

— Pas ce piratage là, expliqua le vendeur. Le livre ne peut pas être dupliqué.

Là, l'elfe comprenait mieux. Elle avait en effet entendu parlé d'une invention d'un mage nommé Delatoile qui permettait, par un processus qu'elle ne comprenait pas, de copier instantanément le contenu d'un livre sur du papier vierge. Ça ne la gênait pas plus que ça, étant donné qu'elle ne comptait pas utiliser cette invention.

— Moi, fit-elle, tant que je peux le lire...

— Ah, justement, fit le vendeur. La protection empêche la lecture à l'œil nu. Pour le lire, vous aurez besoin de ces lunettes.

Ça, ça la gênait plus, déja. Elle n'avait aucune envie de payer des lunettes en plus d'un livre qu'elle avait déjà acheté. Elle entrouvrit le livre pour examiner en quoi consistait la protection, et découvrit un entrelas de lignes vertes et rouges.

— Oh, fit-elle, je connais ce truc. Il faut mettre des verres de la bonne couleur, c'est ça ? J'ai des verres teintés chez moi, ça va être un peu pénible, mais...

— Je dois vous prévenir, coupa le vendeur, que leur utilisation sur ce livre est passible de prison.

— Quoi ? s'étonna Kalia. Mais pourquoi ? Ça n'a pas de sens !

— Cela correspondrait à une violation du dispositif anti-protection.

— Et vous ne voulez pas que je vous restitue mes verres teintés, tant que vous y êtes ?

— Et bien, fit le vendeur, ça serait le mieux. Pour montrer que vous n'êtes pas une pirate, hein ?

Kalia soupira. Elle n'avait jamais ressenti le besoin de se mettre un bandeau sur l'œil, de gueuler « à babord toute, mon capitaine ! », ou d'avoir une jambe de bois. À vrai dire, elle était malade en mer.

Par contre, arborer un drapeau noir et aller massacrer au canon les types qui avaient eu cette idée de loi, ça commençait à la tenter sérieusement.

Ce texte est libre : vous pouvez le copier, le diffuser et le modifier selon les termes de la Licence Art Libre, version 1.3 ou ultérieure.

Blonde à forte capacité pulmonaire

, 22:44

Pour fêter la 189ème vente[1] de Pas tout à fait des hommes, j'ai décidé de republier ici une nouvelle qui se situe dans le même univers, et où l'on retrouve l'héroïne, Kalia.

pulmonaire.png

Kalia est une elfe blonde à forte capacité pulmonaire.

Blonde, c’est indiscutable. Même si ses longs cheveux ne sont pas, en ce moment, très propres, ils en sont pour le moins jaune pâle ; il n’y a donc pas de doute à ce sujet.

Elfe, cela se voit moins. En fait, la seule chose qui permet de dire que Kalia en est une, ce sont ses oreilles pointues, mais elles sont en général cachées par les cheveux mentionnés précédemment. Elle n’est ni grande, ni mince, comme le sont la majorité de ses congénères ; à vrai dire, elle est plutôt petite et elle a pris quelques kilos dernièrement. En ce qui concerne l'éblouissante beauté elfique, tout est dans l’œil de l’observateur, mais il faut reconnaître que la plupart des observateurs ne semblent pas si éblouis que ça.

Quant à sa capacité pulmonaire, même si sa poitrine est significativement moins volumineuse que la moyenne des femmes adultes, elle est plutôt forte, puisque Kalia entame sa troisième minute sous l’eau et qu’elle n’a pas encore perdu connaissance.

Si elle se trouve actuellement sur le fond vaseux de la Malsaine, le fleuve qui traverse la ville de Nonry et qui mérite particulièrement son nom en aval de celle-ci, ce n’est pas parce qu’elle a envie de batifoler dans l’eau. La raison à sa présence ici, c’est qu’elle a été jetée d’un pont, pieds et poings liés, attachée à une solide barre en fonte ; et c’est, indirectement, parce qu’un homme bien habillé est venu frapper à la porte de son appartement il y a deux jours.


Blonde à forte capacité pulmonaire est une nouvelle de fantasy. Vous pouvez la télécharger gratuitement :

Blonde à forte capacité pulmonaire a été initialement publiée dans le second numéro de Solstice, Crimes en imaginaire, publié en 2008 par les éditions Mille Saisons. À ma connaissance, cette anthologie n'est plus disponible sur le site de l'éditeur, mais il doit toujours être possible d'en trouver des exemplaires si vous vous débrouillez bien.

Le personnage central de Kalia est par ailleurs également l'héroïne du roman Pas tout à fait des hommes ; chronologiquement, celui-ci se déroule avant cette nouvelle. Deux autres nouvelles se situent dans le même univers (mais ne partagent pas les mêmes personnages) : Une mine de déterrés et Sortir du cercueil. Vous pouvez les retrouver toutes les deux (ainsi que deux autres nouvelles) dans le recueil Sorcières & Zombies.


Vous aurez pu faire le calcul vous-même, ce texte a été écrit il y a sept ans. Il y aurait peut-être des choses que je ne ferais pas de la même façon maintenant, comme, hum, le titre. Le but était de jouer sur la contradiction entre celui-ci et le contenu du texte, et de jouer sur le cliché qu'on peut parfois voir dans la fantasy (et ailleurs) avec des meufs qui sont réduites à des plantes vertes avec des gros seins. Sauf qu'au final je ne sais pas si le résultat permet vraiment une critique de ça, ou joue juste sur le côté racoleur. J'aurais pu le changer, évidemment, mais outre que c'est pénible de trouver un nouveau titre, ça a été publié comme ça. Il n'en reste pas moins que c'est une nouvelle que j'aime bien et que j'avais envie de partager à nouveau pour les gens qui n'auraient pas acheté cette anthologie à l'époque.

Note

[1] J'avais prévu d'attendre la 200ème, et puis je me suis dit que, merde, les chiffres ronds, c'est tellement convenu. On pourrait aussi me dire qu'il n'y a pas de quoi pavoiser d'avoir vendu 189 exemplaires, toutes versions confondues (papier et numérique) en à peu près cinq ans, mais pour un livre surtout disponible en téléchargement gratuit — et sous licence libre — je trouve que ce n'est, tout bien considéré, pas si honteux.