Highway to Hell : le prologue

Quel miracle pourrait sauver Charlotte de la nullité de sa soirée ?

Highway to Hell, épisode 3 de la série de fantasy urbaine lesbienne Lacets Rouges et magie noire

 

Le texte qui suit n’est pas, à l’origine, vraiment une nouvelle, puisqu’il s’agit du prologue de Highway to Hell, le troisième épisode de la série Lacets rouges & magie noire. Cela dit, cette introduction peut se lire de manière indépendante du reste de l’œuvre, et j’avais envie de vous la partager, donc la voici ci-dessous.


La soirée s’annonçait définitivement nulle pour Charlotte. Elle ne voyait pas comment les choses auraient pu être pires. Enfin, n’exagérons rien : elle était, après tout, une jeune fille capable de mettre les choses en perspective, et elle pouvait tout à fait imaginer comment les choses pourraient être encore plus sombres. Il y aurait pu avoir un rendez-vous chez le dentiste, pour commencer.

Cela n’empêchait pas que la situation n’était pas rose. Son papa et sa maman l’avaient, de force, embarquée pour aller voir sa grand-mère, et Charlotte aurait préféré rester avec des copines. Malheureusement, ses parents ne l’avaient pas écoutée et, malgré l’argument imparable qu’à sept ans elle pouvait tout à fait se débrouiller seule ou passer quelques jours chez ses copines, elle s’était retrouvée dans la voiture familiale, à ne même pas avoir le droit de jouer avec sa tablette sous prétexte que ça allait la rendre malade.

Et maintenant, c’était la pause sur une aire d’autoroute pour manger. L’annonce avait mis un peu de joie dans le cœur de Charlotte, car qui disait restaurant d’autoroute disait habituellement frites, mais même là-dessus son paternel s’était montré rabat-joie et lui avait rappelé qu’elle en avait déjà mangé à midi. Et alors ? Charlotte se sentait tout à fait capable de recommencer, et elle n’avait aucune envie de se contenter de haricots verts.

Alors qu’elle attendait que ses parents descendent de voiture (elle s’était, de son côté, précipité dehors dès l’arrêt), Charlotte examina les alentours. Son regard fut happé par deux grosses motos, garées à quelques mètres et détonant avec l’insipidité du reste de l’aire. L’une d’entre elles avait des bandes violettes, ce qui plut à Charlotte, car c’était sa couleur préférée. Elle s’approcha un peu pour la regarder de plus près, et remarqua qu’en plus de cela, l’énorme moto était aussi affublée d’une tête de mort. Cool !

À ce moment-là, Charlotte remarqua la grande blonde qui était en train de manger des chips et avait l’air d’être la propriétaire du bel engin. Celle-ci la regardait avec un petit sourire.

Par politesse, ou peut-être parce qu’elle espérait secrètement qu’elle lui proposerait de monter sur la moto, Charlotte dit :

— Bonjour !

— Salut, répondit la blonde.

— Aïe, fit également une autre voix.

Celle-ci venait d’une autre femme, que Charlotte n’avait pas remarquée jusqu’ici, et qui se tenait à côté de l’autre moto, certes jolie mais comparativement moins enthousiasmante que la première. Charlotte se demanda pourquoi elle disait « aïe » : est-ce qu’elle s’était fait mal ? Mais elle n’eut pas le temps de se poser la question très longtemps, car elle fut tirée en arrière par son père, qui l’avait attrapée par la main.

— Charlotte ! la sermonna-t-il. Reviens ici !

— Relax, répliqua la grande blonde. Je sais que nous autres vampires on a la réputation de manger les enfants, mais pour l’instant je suis satisfaite de mes chips.

Pour illustrer son propos, elle en goba une nouvelle, qui craqua dans sa bouche. Intriguée, Charlotte parvint à se dégager de la main paternelle et se tourna vers l’inconnue :

— Vous êtes une vampire ? demanda-t-elle.

En guise de réponse, la blonde ouvrit la bouche et montra des canines proéminentes et, pour l’heure, pleine de morceaux de chips. Charlotte s’en trouva toute excitée. C’était la première fois qu’elle rencontrait une vampire pour de vrai !

— Vous avez de grandes dents, commenta-t-elle.

— Tsss, répliqua la vampire. On ne t’a pas appris que c’était le genre de phrases à ne pas dire ? C’est un coup à tirer la chevillette et à ce que la bobinette cherre, si tu vois ce que je veux dire ?

Charlotte se trouva un peu perdue (peut-être par l’invention d’un subjonctif au verbe choir, qui en était jusqu’ici cruellement dépourvu), et l’intervention de la comparse de la vampire, qui parlait une langue qu’elle ne comprenait pas, ne fit rien pour l’aider. Elle se raccrocha donc au sujet de la discussion.

— Elle aussi, c’est une vampire ? demanda-t-elle.

Elle montrait du doigt la mystérieuse interlocutrice qui disait « aïe » sans se faire mal et ne parlait pas français.

— Non, c’est une louve-garou.

— Cool ! s’exclama Charlotte.

Elle n’avait jamais non plus rencontré de loup-garou en vrai.

— Pourquoi elle parle bizarrement ?

Cette qualification valut une nouvelle diatribe de la part de la concernée, que Charlotte ne comprit pas.

— Elle est américaine, répondit la vampire.

Charlotte examina la louve-garou d’un nouvel œil. Louve-garou et américaine. Elle n’avait jamais rencontré d’Américaines non plus jusqu’ici, c’était une soirée pleine de nouveautés.

— Il faut qu’on y aille, intervint le papa de Charlotte.

— Vous ne voulez pas la laisser monter sur la moto avant ? demanda la vampire.

Même si la question ne lui était pas posée directement, Charlotte la prit comme une invitation et elle se précipita vers la moto avant de commencer à l’escalader. Ce n’était pas évident, et la vampire dut l’aider pour qu’elle puisse s’installer sur la selle.

— Trop bien ! commenta Charlotte. Maman, tu peux prendre une photo ?

Tandis que sa mère sortait un téléphone portable et prenait une photo de sa fille, puis une autre en mode selfie, la vampire regardait son paquet de chips d’un air concentré.

— C’est quand même fabuleux, le progrès, commenta-t-elle. Vous me croyez si je vous dis que ces chips sont au cheeseburger ? Ce n’est pas beau, franchement ?

Elle montra le paquet à Charlotte tandis que celle-ci redescendait de la moto.

— Je veux dire, reprit-elle, ils arrivent à mettre des cheeseburgers dans des chips. C’est quand même de la putain de magie noire, non ?

Le père de Charlotte grimaça en entendant le mot « putain » prononcé devant son enfant (qui, à son insu, le prononçait elle-même régulièrement lorsqu’il n’était pas dans les environs) mais n’osa pas protester.

Pendant ce temps, la vampire tendait son paquet à la jeune fille.

— Tiens, prends la fin. La moto, c’est cool, mais pas évident de manger des chips en conduisant.

Charlotte attrapa le sachet, ravie, mais, une fois encore, son père se montra rabat-joie lorsqu’elle en attrapa une pour essayer ces nouvelles chips qu’on lui avait présentées comme révolutionnaires :

— Tu n’es pas censée prendre de chips avant le repas, protesta-t-il.

— Bah, répliqua la vampire, vous croyez que, moi, je suis censée manger des chips ?

Puis elle termina sur une remarque on ne peut plus philosophique dont Charlotte se souviendrait tout sa vie :

— Que ce soit des gens ou des haricots verts, parfois, bouffer des chips au lieu de ce qu’on est censé grailler, ce n’est pas si grave.


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