Mot-clé : alys

Sorcière trans aux tendances punk

vendredi, septembre 28 2018

Fraiche et dispo

Fraiche et dispo, une fiction interactiveFraiche et dispo est une fiction interactive, autrement dit un livre dont vous êtes Lev est l’héroïne. Sorte de prequel au polar fantastique Enfants de Mars et de Vénus, vous y retrouverez une petite histoire qui confontera (selon vos choix) Lev à des ampoules au pied, des nazis, des flics, et/ou du surnaturel.

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samedi, septembre 1 2018

Enfants de Mars et de Vénus

Enfants de Mars et de Vénus, polar fantastique avec des lesbiennes, de la sorcellerie, des camions et des motos

Enfants de Mars et de Vénus est un polar fantastique.

Lev est une lesbienne motarde. Aussi, lorsqu’elle rencontre la mécanicienne Alys, ce pourrait être le début d’une longue et belle histoire romantique sur fond de bruits de moteur.

Sauf qu’Alys est trans. Qu’elle est soupçonnée d’être une tueuse en série psychopathe – peut-être parce qu’elle est trans, ou peut-être pas. Et qu’elle a des pratiques occultes. Des histoires de sorcellerie qui ne sont peut-être pas sans lien avec les étranges cauchemars dont commence à souffrir Lev.

Mais Lev est bien décidée à ne pas se laisser démonter. Elle pourra heureusement compter sur ses plus fidèles alliés : son poing américain, ses rangers coquées et ses deux best friends for life, M. Smith et M. Wesson.

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vendredi, mars 23 2018

Créatures de rêve

Créatures de rêve, nouvelle fantastique à thématique transgenreAlys, une jeune femme amnésique aux tendances punk, se dirige vers un petit village abandonné dans lequel elle est censée avoir vécue, dans l’espoir de se remémorer un passé oublié.

Mais les choses ne se passent jamais comme prévues et elle va rapidement être confrontée à un véritable cauchemar.

Ou bien c’est le cauchemar qui va être confrontée à elle, question de point de vue.

Livre électronique

Ebook gratuit

Livre papier

Cette nouvelle fait, avec trois autres, partie du recueil Sorcières & Zombies.

Commander (8€, 102 pages)

Extrait

Lorsqu’Alys entra dans le PMU, tous les regards se tournèrent immédiatement vers elle. Il faut dire que la clientèle était essentiellement masculine et qu’elle attirait un peu l’attention, avec ses longs cheveux blonds, son mètre quatre-vingt, sa petite jupe en treillis noir, ses bas résille et ses rangers aux lacets rouges.

Ensuite, les regards croisèrent celui de la jeune femme et jugèrent bon de revenir là où ils étaient quelques secondes plus tôt, parce qu’elle avait une façon de vous dévisager en retour qui mettait mal à l’aise la plupart des gens.

Alys alla près du bar, laissa tomber à terre un gros sac de voyage et s’assit sur un tabouret.

— Vous faites quoi, à bouffer ?

— Pas grand chose, répondit le barman. Il me reste des sandwiches.

— Un jambon-beurre, alors. Et puis une bière. Et un paquet de clopes.

Une fois que le barman lui eut apporté ses cigarettes, sa bière et son sandwich, Alys se mit à manger. Le pain était un peu rassis et la bière était tout juste buvable, mais ça remplissait l’estomac. Un type à côté d’elle tenta péniblement de la draguer pendant qu’elle avalait son repas, mais elle lui prêta à peine attention, concentrée qu’elle était sur sa tâche.

Ensuite, elle alluma une cigarette et demanda à la cantonade :

— Dites, ça fait un bail que je ne suis pas venue dans ce coin… pour aller vers Longsil, c’est par où, déjà ?

Pendant quelques secondes, le silence se fit.

— Ne répondez pas tous en même temps.

— Qu’est-ce que vous voulez aller faire là-bas ? demanda le type qui avait essayé laborieusement de flirter avec elle. Vous êtes journaliste ?

— Pas franchement. Je veux juste aller faire un tour dans ce patelin.

— Il n’y a plus personne, à Longsil.

— Je sais. Et alors ? Ça me va bien, d’être seule.

Avec un peu de chance, l’homme comprendrait qu’il pouvait arrêter d’essayer de la draguer.

— La ville hantée, fit mystérieusement un vieil homme assis près d’elle, le regard dans le vide. Il y en a qui n’en sont jamais revenus.

Alys se mit à sourire.

— Il paraît, ouais.

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Enfants de Mars et de Vénus

Vous pouvez également retrouver l’héroïne, Alys, dans Enfants de Mars et de Vénus, polar fantastique lesbien publié aux éditions Dans nos histoires.

Licence libre copyleft

Licence Creative Commons
Créatures de rêve de Lizzie Crowdagger est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution - Partage dans les Mêmes Conditions 4.0 International. Les fichiers sources (au format Markdown) sont disponibles sur Github.

Prix libre

Ce texte est à prix libre : vous pouvez le lire sans payer, mais si vous l’avez apprécié, vous êtes invité·e à ou à me soutenir sur Tipeee.

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jeudi, janvier 11 2018

Sorcières & zombies

Sorcières & Zombies, recueil de nouvelles fantastiques et de fantasySorcières & Zombies est un recueil de nouvelles mêlant fantastique et fantasy, humour et horreur, vampirisme et homosexualité, morts-vivants et enquête, transidentité et sorcellerie.

Ce recueil contient les quatre textes suivants :

Route de nuit

Claire s’est perdue en pleine campagne et, tombant de fatigue, a décidé de passer la nuit dans sa voiture avant de reprendre sa route le lendemain. Malheureusement pour elle, ses plans vont être quelques peu perturbés par une invasion de zombies, un manoir lugubre, des habitants étranges, ainsi qu’un chat mystérieux.

Une nouvelle qui revisite les clichés des films d’horreurs à coup de Remington

Créatures de rêve 

Alys, une jeune femme amnésique aux tendances punk, se dirige vers un petit village abandonné dans lequel elle est censée avoir vécue, dans l’espoir de se remémorer un passé oublié.

Mais les choses ne se passent jamais comme prévues et elle va rapidement être confrontée à un véritable cauchemar.

Ou bien c’est le cauchemar qui va être confrontée à elle, question de point de vue.

Ce n’est pas de l’horreur si l’héroïne n’a peur de rien

Sortir du cercueil

William, un jeune peintre, fait le voyage vers un château isolé et lugubre de Transye Vanille, où il doit y dresser le portrait de la fille d’un comte.

Il va alors réaliser que les occupants du château cachent un terrible secret…

Une nouvelle qui revisite le mythe de Dracula avec une touche d’humour

Une mine de déterrés

Deux détectives privés, Anya et Ray, sont engagés pour enquêter sur l’explosion d’une mine, dans une ville en quarantaine à cause de la présence de zombies. Ils devront surmonter bien des dangers s’ils veulent parvenir à découvrir la vérité…

Enquête, morts-vivants, magie noire et syndicalisme

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jeudi, janvier 19 2012

On ne peut pas faire confiance aux démons

On ne peut pas faire confiance aux démons est une nouvelle fantastique située dans le même univers (et avec les mêmes personnages) qu’Enfants de Mars et de Vénus. Elle implique donc les personnages d’Alys (que vous pouvez aussi retrouver dans Créatures de rêve) et Lev, qui ont toutes les deux été appelées pour pratiquer un exorcisme.

À l’origine, cela devait être la scène d’introduction pour un roman, ce qui explique peut-être le caractère légèrement inachevé de la chose. Quoiqu’il en soit, vous pouvez télécharger ce texte :

ou, tout simplement, le lire ci-dessous.


Les deux parents nous regardaient, l’air plein d’espoir, tandis que le psychiatre semblait beaucoup plus méfiant. Enfin, tout ce monde-là regardait surtout Alys, ma « partenaire » ; moi, ils ne m’avaient pas trop calculée depuis que j’étais entrée. Il faut dire qu’elle avait fait des efforts pour être impressionnante : ses cheveux blonds et courts étaient peignés presque correctement et elle avait enfilé sa panoplie complète de sorcière gothique, avec blouson en cuir noir qui lui descendait jusqu’aux chevilles, corset noir, longue robe noire, et bijoux occultes en veux-tu en voilà. À côté de ça, avec mon jean et mon débardeur, je paraissais sans doute insipide.

Moi, je m’appelle Lev ; ça vient de Leviathan, le gros serpent des mers ou la grande bête de l’apocalypse, au choix. Pas le petit truc, en tout cas, ce qui me correspond plutôt bien. Je suis en effet plutôt imposante, que ce soit au niveau de la taille ou du poids.

J’ai une dégaine de gouine assez caricaturale : cheveux tondus, à l’exception d’une mèche plutôt fashion, piercing à l’arcade, goût assez prononcé pour le couple treillis/rangers. Cela dit, j’ai quand même les ongles vernis ; en noir, quand même, faut pas déconner. Au moins, cet après-midi, ça me permettait de correspondre un tout petit peu au dress-code sorcellerie gothique.

La plupart des gens disent que je suis masculine, mais je préfère le terme butch, qui vient du mot américain butcher — boucher, en français — qui était à l’origine utilisé pour dénigrer les lesbiennes trop visibles, à la façon de notre « camionneuse » local.

Cela dit, je suis plus portée sur les gros calibres que sur les fendoirs, et je préfère les motos aux camions.

« Vous avez fait ce genre de, euh, choses, n’est-ce pas ? » a demandé le père avec un air hésitant.

Il avait une quarantaine d’années, à peu près le même âge que sa femme, qui était assise dans un canapé à côté de lui. Couple petit-bourgeois moyen, bien assorti avec leur maison proprette située dans un quartier résidentiel.

J’ai jeté un coup d’œil à leur décoration. Rien de bien original : des meubles en bois massif, fauteuils et canapé en cuir, télévision seize neuvième à écran plat. Pas mal de valeur, mais rien de facile à trimballer, en a conclu mon instinct de cambrioleuse. Cela dit, on n’était pas venues pour ça.

Si on était là, Alys et moi, c’était plutôt à cause du petit dernier de la famille, un ado d’une quinzaine d’années dont quelques photos traînaient sur les murs, et dont les parents avaient fini par se persuader qu’il avait besoin d’un bon exorcisme. Ce dont le psychiatre, qui avait tenu à être présent, ne paraissait pas du tout convaincu.

« Oui, a fait Alys en sortant une cigarette. Étant donné le caractère peu courant de ce genre… d’opérations, je pense même être en mesure de dire que je fais partie des personnes les plus qualifiées dans le domaine. Je peux ? »

Elle montrait sa cigarette d’un air interrogateur, puis l’a allumée en voyant que personne n’avait l’air se s’y opposer explicitement.

« Comme je l’ai expliqué à monsieur et madame Delese, a commencé le psychiatre, je pense que, si Laurent est persuadé d’être possédé par… un démon, ou quelque chose, appelez cela comme vous voulez, pratiquer une sorte de… rituel… pourrait apporter des résultats. C’est une forme de suggestion, évidemment, mais…

— Question de perpective, je suppose, a fait Alys en hochant la tête.

Cependant, a repris le psychiatre, certains, hum, de vos confrères peut-être moins scrupuleux pourraient abuser de ce genre de situation en pensant avant tout à leurs revenus et pas au bien être du patient, si vous voyez ce que je veux dire ? »

Mon amie a soufflé sa fumée, puis a arboré un petit sourire carnassier.

« J’en suis bien consciente. Vraiment rien à voir avec les psys, évidemment. »

La mère, quant à elle, et contrairement aux deux hommes présents dans la pièce, s’était mise à me regarder avec un air interrogateur.

« Et vous, a-t-elle demandé, quel est votre rôle, exactement ?

— C’est mon assistante, a expliqué Alys.

— Partenaire », ai-je corrigé.

On s’est regardées une fraction de seconde, ma « partenaire » et moi, puis elle a haussé les épaules.

« Partenaire en général, a-t-elle admis, mais assistante dans ce cas particuler. Parce que tu ne fais pas d’exorcisme, hein, Lev ? »

J’allais protester que j’étais sûre d’être capable de le faire, et que ça n’avait pas l’air bien compliqué, mais je me suis dit que ça n’était peut-être pas une brillante idée devant nos clients.

« Assez de bla-bla, a repris Alys. Si on allait voir votre garçon ? »

     

Les parents, toujours accompagnés du psy, nous ont montré la chambre de leur gosse. Ça faisait typiquement chambre d’ado, avec un bordel digne de la mienne, des posters de groupes de rock sur les murs et une télé avec une console de jeu dans un coin de la pièce.

Ce qui était moins conventionnel, c’était de voir le gamin sanglé à son lit.

« Cool, n’ai-je pas pu m’empêcher de dire. Je ne pensais pas que ça se passerait vraiment comme dans les films. »

En m’entendant, l’adolescent — ou le démon qui l’habitait s’est redressé autant qu’il le pouvait et s’est mis à hurler des choses dans une langue que je ne comprenais pas. Si c’était vraiment une langue. Ça ne m’a pas effrayée plus que ça : ce n’était pas franchement pire qu’un type qui avait trop bu à un concert punk.

« Oui, je sais, ai-je soupiré. Ma mère suce des bites en Enfer. »

Tout le monde s’est retourné vers moi avec un regard désapprobateur : le père, sans doute choqué par ma vulgarité ; la mère, qui se demandait manifestement si elle avait bien fait de nous appeler ; le psychiatre, qui devait se dire que ses craintes étaient fondées ; et même Alys, qui aurait pu faire le même genre de remarques mais aurait préféré que je m’abstienne devant nos clients.

J’en ai déduit qu’il valait mieux que je la ferme provisoirement.

« Je vois, a dit Alys sur un ton calme. Ça a dû être difficile pour vous. »

Les deux parents ont acquiescé d’un signe de tête, tandis que ma partenaire s’approchait de l’adolescent.

« Salut, a-t-elle lancé en accompagnant sa parole d’un geste amical de la main. Laurent, c’est ça ?

— Mon nom est Caacrinolas », a répondu le gamin avec une voix gutturale.

Alys a fait ce qu’elle pouvait pour cacher son sourire joyeux, mais je l’ai tout de même remarqué. Je savais ce que ça voulait dire : elle estimait qu’il s’agissait d’un réel cas de possession.

« Vous pourriez nous laisser seules dans la pièce, s’il vous plaît ? » a-t-elle gentiment demandé aux parents et au médecin.

Si les premiers ont hoché la tête et obéi docilement, le second ne semblait pas pressé de nous laisser avec le gamin.

« Écoutez, a-t-il dit à Alys alors que les parents étaient sortis. Je comprends que monsieur et madame Delese aient fait appel à vous, étant donné le manque de réponse que la médecine pouvaient leur apporter, mais…

— Ne vous en faites pas, a répondu l’exorciste à voix basse. Il ne s’agit pas réellement de sorcellerie, ou quoi que ce soit. Laurent vit probablement une crise d’adolescence difficile, et il s’est réfugié dans une fantaisie qui lui est propre. Un moyen d’attirer l’attention, un appel à l’aide, en quelque sorte. »

Le psychiatre a vigoureusement hoché la tête.

« Ce que je vais faire, c’est rentrer dans son jeu en récitant quelques incantations en latin et en agitant quelques crucifix et pentacles. Il faut qu’il sente qu’il est pris au sérieux, vous voyez ? »

Manifestement, le médecin avait toujours l’air d’approuver ce que disait mon amie.

« Vous me voyez comme une sorte de charlatan, a conclu celle-ci, mais, d’une certaine façon, nous faisons le même travail, vous et moi. Mes méthodes sont différentes, mais il s’agit aussi de psychologie, au final. »

Le laïus a rassuré le docteur, qui a fini par quitter la chambre à son tour. Alys a ensuite arboré un sourire radieux et s’est allumée une cigarette, avant de s’approcher de son « patient ».

« Ça ne te gêne pas si je fume, Caacrinolas ?

— Non, a répliqué l’adolescent, toujours avec une voix censée être démoniaque. Mais dis-moi, mortelle : es-tu comme cet homme borné qui refuse de croire ce qu’il voit pourtant ?

— Oh, non, a répliqué Alys. Je voulais juste m’en débarasser. Pourquoi est-ce que je refuserais de te croire ? Les gens qui ne sont pas vraiment possédés — et crois-moi, j’en vois un tas — se prennent en général pour Satan, ou Lucifer, des pointures. Aucun adolescent ne prétendrait être possédé par Caacrinolas, obscur démon de seconde zone. Ce serait la lose. »

Le démon de seconde zone en question n’a pas semblé apprécier le compliment, car il s’est agité et a craché à la figure de mon amie.

« Je suis le Prince des Enfers ! s’est-il mis à hurler. Le bras droit de Méphistophélès ! Je commande trente-six légions et je…

— T’as jamais été Prince, bébé, a rétorqué mon amie. Même quand Méphisto l’était encore, tu n’étais qu’un pauvre Duc, et depuis qu’il a perdu les grâces de Satan, tu n’es plus rien. N’essaie pas de te la raconter. »

Cette fois-ci, le démon n’a rien osé répondre.

« Et t’es pas obligé de prendre cette voix avec moi, a-t-elle continué. Ça va pour épater les touristes mais entre nous, ce n’est pas la peine.

— Qui es-tu ? a demandé Caacrinolas avec une voix normale.

— J’ai beaucoup de noms, a répondu mon amie avec un joyeux sourire. Lev, tu pourrais sortir le matos ? »

Le démon m’a dévisagée avec un air mauvais pendant que je sortais une épaisse pochette en cuir de mon sac en bandoulière.

« Donc, tu penses que c’est du sérieux ? ai-je demandé.

— Je crois, oui, a fait Alys sur un ton joyeux. Deux vrais cas de possession démoniaque en six mois, les affaires vont bien, en ce moment. »

Caacrinolas a poussé un soupir de lassitude.

« Tu vas essayer de m’exorciser ? a-t-il demandé. Tu crois vraiment que c’est toi qui vas gagner ?

— Non, ce n’est pas vraiment un exorcisme. Je n’aime pas les exorcismes, c’est chiant à mourir et ça prend des plombes. Techniquement, ce que je fais, c’est plutôt l’inverse. »

Le démon n’a pas eu l’air de comprendre ce qu’elle disait.

« D’accord, a soupiré Alys tandis que je lui tendais sa pochette. L’exorcisme, ça consiste à faire sortir un esprit d’un corps qu’il occupe, ce qui est long et fastidieux. La plupart du temps, quand ça marche, c’est parce que le démon préfère partir que mourir d’ennui. »

Elle a ensuite inspiré une bouffée de tabac, sans doute pour faire une pause dramatique. Après quoi, elle a sorti une seringue de la pochette.

« Ma méthode, c’est l’inverse, a-t-elle repris. Je vais plonger ce corps dans le coma, et puis je vais vous rejoindre dans les rêves, toi et le propriétaire des lieux. C’est plutôt de l’inorcisme que de l’exorcisme, quand on y pense. »

Le démon a souri, montrant toutes ses dents, ce qui aurait été plus impressionnant si le corps qui l’hébergeait n’avait pas porté un appareil dentaire.

« Et après, mortelle ? Tiens-tu vraiment à te mesurer à moi ? Tiens-tu si peu à la vie ?

— Après, a fait Alys avec un grand sourire, je vais te coller la raclée de ta vie. C’est la partie que je préfère, dans ce job. »

Caacrinolas s’est mis à ricaner doucement.

« Et qui es-tu donc pour être aussi arrogante ? a-t-il demandé.

— Alys Morningstar. Alys avec y, j’y tiens. Ça fait plus sorcière, je trouve. »

Le démon s’est soudainement arrêté de rire, et a regardé ma partenaire avec ce qui ressemblait maintenant à de l’étonnement.

« Quoi ? Tu es Alys, la fille de Lucifer ?

— Hein ? ai-je fait, ignorant cet aspect de la vie de mon amie.

— Pardon ? a-t-elle fait à son tour. La fille de Lucifer ? Où est-ce que tu es allé chercher ça, sombre crétin ? »

Elle a levé les yeux au ciel et a inspiré une nouvelle bouffée de tabac.

« D’accord, je lui ai vendu mon âme. Et j’ai beaucoup de sympathie pour elle 1, sans vouloir faire de jeu de mot avec un certain morceau de musique. Mais sa fille ? Tu rêves, bébé. C’est peut-être ma marraine, tout au plus, mais certainement pas ma mère. Par pitié, tout sauf ça. »

Ces précisions n’ont pas eu l’air de vraiment rassurer le démon, qui regardait maintenant mon amie avec une certaine crainte.

« Je suis désolé, a-t-il dit en baissant soudainement les yeux. Je ne savais pas qui vous étiez. Je vais libérer ce corps, évidemment, Mademoiselle.

— Quoi ? s’est exclamée Alys. Tu te fous de moi ? Tu ne peux pas faire ça. Ce n’est pas drôle ! Ce genre de choses, c’est la partie que je préfère dans ce taf !

— Je ne suis pas idiot, Mademoiselle. Je ne tiens pas à subir le même sort que le prince Sitri. »

D’habitude, je n’aimais pas le terme « mademoiselle », que des types un peu machos avaient un peu trop tendance à utiliser pour infantiliser ou pour draguer. Mais là, l’intonation était différente : ça sonnait un peu comme un titre de noblesse.

« Hey, pourquoi tu te focalises sur elle ? ai-je demandé, légèrement vexée. Moi, je suis Leviathan, la grande bête de l’apocalypse, ça te fout pas un peu les chocottes aussi ? »

Mais c’était trop tard : l’adolescent a secoué les yeux, comme s’il se réveillait, et nous a regardées avec un air d’incompréhension profonde.

« Qui êtes-vous ? a-t-il demandé. Qu’est-ce qu’il s’est passé ? Pourquoi est-ce que je suis attaché ? »

Alys a rangé la seringue dans sa pochette, puis m’a tendue celle-ci d’un geste rageur.

« Putain de démons de merde, a-t-elle maugréé. On ne peut jamais faire confiance à ces connards. »


Licence Creative Commons
On ne peut pas faire confiance aux démons de Lizzie Crowdagger est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution - Partage dans les Mêmes Conditions 4.0 International. Les fichiers sources sont disponibles sur Github.

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