Enfants de Mars et de Vénus

Polar fantastique avec des lesbiennes, de la sorcellerie trans, des motos et des camions

Enfants de Mars et de Vénus, polar fantastique avec des lesbiennes, de la sorcellerie, des camions et des motos

Enfants de Mars et de Vénus est un polar fantastique.

Lev est une lesbienne motarde. Aussi, lorsqu’elle rencontre la mécanicienne Alys, ce pourrait être le début d’une longue et belle histoire romantique sur fond de bruits de moteur.

Sauf qu’Alys est trans. Qu’elle est soupçonnée d’être une tueuse en série psychopathe – peut-être parce qu’elle est trans, ou peut-être pas. Et qu’elle a des pratiques occultes. Des histoires de sorcellerie qui ne sont peut-être pas sans lien avec les étranges cauchemars dont commence à souffrir Lev.

Mais Lev est bien décidée à ne pas se laisser démonter. Elle pourra heureusement compter sur ses plus fidèles alliés : son poing américain, ses rangers coquées et ses deux best friends for life, M. Smith et M. Wesson.

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« Sauf qu’on n’est pas un couple, a tranché Alys.

— Vraiment ? ai-je demandé, un peu surprise.

— Lev, je t’aime bien, mais pour l’instant on a à peine couché deux fois ensemble et, pour ce que j’en sais, tu couches avec toutes les filles trans que tu rencontres. »

J’ai levé ma main en signe de protestation.

« Ce sarcasme est complètement infondé. Et puis, qu’est-ce que tu fais des lacrymos, des machos, des bastons avec les skins, des interrogatoires musclés et tout ça ? Ça ne compte pas, pour toi ?

— Si, mais ça correspond plus à la description d’un gang que d’un couple. »

J’ai haussé les épaules.

« D’accord, ai-je concédé. Être en gang, ça me va aussi. »

Enfants de Mars et de Vénus est édité par Dans nos histoires.

Extrait

Alys s’est retournée vers moi. Elle avait l’air sincèrement surprise par ma trahison. Elle a passé une main dans ses longs cheveux, sans doute pour se donner une vague contenance plus qu’autre chose. À cause de ses menottes, le geste avait quelque chose de bizarre.

Ses yeux fixaient le canon du .44 magnum que je pointais vers elle.

« Lev… » a-t-elle imploré.

Elle guettait sur mon visage une émotion particulière, le signe que je m’apprêtais à flancher ; mais je me suis contentée de sourire.

« Je t’avais dit de ne pas me faire confiance. Et puis, tu croyais quoi ? Que j’étais vraiment amoureuse d’un travelo ? »

J’espérais que mon air négligent masquerait mon manque d’assurance. Il faut dire que mon retournement de veste avait plus à voir avec un gros paquet de biftons et une carte chance « sortez de prison », mais je préférais encore jouer à l’enflure macho qu’admettre ça. Ou peut-être que c’était juste le flingue de l’inspecteur Harry qui réveillait en moi des relents de beaufitude.

Alys a soupiré, puis a plongé sa main dans la poche de sa veste. Je n’ai pas tressailli : je savais qu’elle n’avait plus d’arme sur elle. Elle a sorti une cigarette et me l’a montrée d’un air interrogateur.

Une condamnée à mort avait bien droit à une dernière clope, pas vrai ? C’était la règle. Je lui ai fait un petit signe de tête, puis ai attrapé le Zippo dans la poche de mon blouson, tout en tenant le lourd revolver de l’autre main.

Je lui ai lancé le briquet, qu’elle a attrapé d’un geste gracile malgré les menottes. Après quoi elle a allumé sa cigarette sans se presser.

« Alors, c’est la même vieille histoire ? a-t-elle demandé entre deux bouffées de tabac.

— Quelle histoire ?

— L’histoire du mec qui tue une transsexuelle à cause de ce qu’elle a entre les jambes, parce qu’il y a tromperie sur la marchandise. »

Je suis restée silencieuse quelques instants. Je la trouvais quand même un peu injuste, sur ce coup-là. Peut-être parce que j’avais l’impression que la tromperie était plutôt de mon côté.

Cela dit, si j’avais été sur le point de me faire descendre, j’aurais aussi sorti des vacheries. Je pense même que j’aurais été beaucoup plus vulgaire ; mais Alys avait toujours été plus classieuse que moi.

« Je ne suis pas un mec, ai-je finalement répondu.

— Non, a-t-elle admis, mais c’est le même schéma narratif. »

J’ai haussé les épaules. Peut-être qu’elle avait raison. Peut-être pas. Ça ne changerait pas grand-chose, au final.

« Est-ce que tu as autre chose à dire ? ai-je demandé en armant le revolver. Ce serait con que tes deux derniers mots soient schéma narratif… »

Elle a acquiescé de la tête, inspiré une dernière bouffée de tabac, et jeté sa cigarette par terre. Puis elle m’a regardée dans les yeux et elle a dégluti.

« Je t’aime », a-t-elle dit.

J’ai hoché la tête avant de lever mon arme vers elle.

« Moi pas », ai-je menti en appuyant sur la détente.

Il y a eu une détonation assourdissante, une explosion de sang, et Alys s’est écroulée par terre, sans vie.

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