Like a Dragon : Infinite Wealth

Like a Dragon Infinite Wealth : une suite dispensable ?

Cri­tique du jeu vidéo Like a Drag­on : Infi­nite Wealth, dévelop­pé par Ryū Ga Gotoku et pub­lié par Sega

Tl;Dr

Je fais un titre un peu trompeur pour faire croire que je vais cri­ti­quer mais j’ai évidem­ment adoré même si je trou­ve dom­mage qu’il reste enfer­mé par l’héritage des épisodes précédents

Like a Drag­on : Infi­nite Wealth est la suite de Yakuza : Like A drag­on, qui est sans aucun doute le jeu qui m’a le plus mar­quée ces dernières années, puisqu’il m’a non seule­ment fait faire l’intérêt des jeux Yakuza/Like a drag­on (une petite dizaine en tout) mais est aus­si claire­ment une source d’inspiration majeure pour mon pro­jet actuel de roman au nom de code mys­térieux 8–9‑3.

Trivia nul

L’origine du mot « yakuza » appa­raît sous le shogu­nat des Toku­gawa (1603–1867). Il est tiré d’une com­bi­nai­son du jeu de cartes japon­ais appelé oicho-kabu, proche du bac­cara, qui est tra­di­tion­nelle­ment joué avec des cartes de kabu­fu­da ou de hana­fu­da. À la fin d’une par­tie, les valeurs des cartes sont addi­tion­nées et l’unité de la somme représente le score du joueur. Le but du jeu est de s’approcher le plus de 9.
« Ya » vient de yattsu, qui sig­ni­fie huit (peut égale­ment se dire hachi), « ku » veut dire neuf (le mot kyu est aus­si util­isé), et « za » est sans doute une défor­ma­tion de « san » qui veut dire trois. Ya-ku-za est donc la somme de 8, 9 et 3, soit 20 et donc un score de 0, qui est une main per­dante. Ce nom sig­ni­fie donc « per­dants », « bons à rien ». Les yakuzas sont à l’origine issus des plus pau­vres, des exclus de la société.

(La page Wikipé­dia de Yakuza)

Yakuza : Like a Drag­on était à l’époque un nou­veau départ pour la série de jeux Yakuza, cen­trée à la fois sur un nou­veau per­son­nage et avec un tout nou­veau sys­tème de jeu, et mar­que aus­si le rebrand­ing de Yakuza en Like a Drag­on en Occi­dent, ce qui rend la numéro­ta­tion et les titres inutile­ment com­pliqués, mais voilà.

En japon­ais, Like a Drag­on : Infi­nite Wealth s’appelle juste 龍が 如く8 (Ryū Ga Gotoku 8, ou en français Tel un drag­on 8) et est la suite de 龍が如く7. Le jeu est dévelop­pé par le stu­dio 龍が如くスツジオ (Ryū Ga Gotoku Stu­dio) et, voilà, là tout a le même nom c’est beau­coup plus simple.

Con­traire­ment à ses prédécesseurs, qui adop­taient un style que certain·e·s ont pu qual­i­fi­er de beat’em all (tabassez-les tous) mais était déjà en vrai forte­ment empreint d’éléments de RPG, Yakuza : Like a Drag­on relève du JRPG pur et dur au tour par tour. Ce qui est cohérent avec le choix comme per­son­nage prin­ci­pal d’Ichiban Kasuga, ancien yakuza, per­dant mag­nifique et sorte de Don Qui­chotte qui se prend pour un héros de Drag­on Quest. On suiv­ait donc son par­cours, et Kazu­ma Kiryu, le pro­tag­o­niste des jeux précé­dents, n’apparaissait que très briève­ment et de manière rel­a­tive­ment anecdotique.

Aujourd’hui encore, je recom­mande vrai­ment cet épisode si vous voulez décou­vrir la série, d’une part parce que je pense que c’est celui dont je préfère l’intrigue et aus­si parce que grâce à ce choix de se cen­tralis­er sur un nou­veau per­son­nage il y a au final assez peu de références aux jeux précédents.

Ce n’est pas tout à fait le cas de cette suite, Like a Drag­on : Infi­nite Wealth, qui non seule­ment reprend le per­son­nage d’Ichiban Kasuga mais voit aus­si réap­pa­raitre Kazu­ma Kiryu comme per­son­nage impor­tant. Il faut dire qu’entre-temps il y a eu Like a Drag­on Gaiden: The Man Who Erased His Name, où il était à nou­veau le pro­tag­o­niste et qui voy­ait son point de vue pen­dant les évène­ments de Yakuza : Like a Drag­on. Ouais, c’est un peu le bazar.

Je n’irais pas jusqu’à dire qu’il est indis­pens­able d’avoir fait Yakuza : Like a Drag­on avant de jouer à ce nou­v­el opus, parce que l’intrigue reste com­plète en elle-même, mais si vous êtes du genre à vouloir voir les films dans l’ordre même quand ils sont à peu près indépen­dants, oui ça peut être mieux de com­mencer par celui-là.

Si ce nou­veau Like a Drag­on se déroule en bonne par­tie dans un nou­veau lieu, Hawaï, du point du sys­tème de jeu il ne débous­sol­era pas les per­son­nes qui se sont essayées au précé­dent : il s’agit donc d’un JRPG au tour par tour punchy et effi­cace. Le sys­tème est peaufiné et amélioré : on peut main­tenant déplac­er son per­son­nage, faire des attaques de dos, plus d’attaques en util­isant des acces­soires (comme le fameux plot de circulation).

Combat dans Like a Dragon : Infinite Wealth

Glob­ale­ment j’ai beau­coup aimé ce sys­tème de com­bat, qui a l’avantage de pro­pos­er des com­bats qui sont à la fois assez rapi­des et très ciné­ma­tiques. En revanche ne vous atten­dez pas non plus à des som­mets de tac­tique : claire­ment, ce qui compte avant tout c’est d’avoir suff­isam­ment de niveaux et du matériel suff­isam­ment puis­sant, et si cer­tains boss­es deman­deront un peu de con­cen­tra­tion on est loin des exi­gences que peu­vent deman­der des RPG tac­tiques comme X‑Com ou Fire Emblem.

Comme pour le précé­dent, on a un sys­tème de jobs qui per­met de beau­coup s’amuser et de vari­er un peu, avec des métiers tou­jours aus­si bar­rés : sabreur, sur­feur, hôte, pis­tolero, etc. pour les hommes, cham­pi­onne de ten­nis, idole, dom­i­na, etc. pour les femmes. Ce qui m’amène à ma cri­tique prin­ci­pale dans ce sys­tème : cette répar­ti­tion gen­rée des métiers est non seule­ment affreuse­ment sex­iste mais lim­ite aus­si inutile­ment les possibilités.

Autre petit point négatif : s’ils sont intéres­sants, les com­bats peu­vent par­fois être nom­breux, et auraient sans doute gag­né, lorsqu’on se déplace en ville, à être moins nom­breux et/ou plus facile­ment esquivables.

À cette boucle de game­play prin­ci­pale s’ajoutent tout un tas d’activités annex­es, dont les clas­siques bornes d’arcade, jeux de cartes, sho­gi ou mah-jong, prac­tice de golf ou de base-ball, et évidem­ment l’indispensable karaoké. En plus de ces habituels, il y a aus­si quelques « gros morceaux » spé­ci­fiques à chaque épisode et dont je ne par­lerai pas plus en détail parce qu’autant per­so je me fiche qu’on me divul­gâche l’histoire mais j’aime bien être sur­prise par la présence d’un mini-jeu. Il y aura en tout cas de quoi faire, et le jeu est dia­ble­ment généreux.

Ce qui m’amène tout de même à une troisième cri­tique, qui peut s’appliquer à l’ensemble des jeux de la fran­chise : mal­heureuse­ment, ces jeux « annex­es » ne le sont pas entière­ment. Con­traire­ment à un jeu comme Elden Ring qui fait con­fi­ance aux joueu·r·se·s et rend pos­si­ble de com­plète­ment zap­per une majorité du jeu, le stu­dio Ryū Ga Gotoku a la fâcheuse ten­dance à vouloir absol­u­ment vouloir mon­tr­er ses gros min­is-jeux dans l’intrigue prin­ci­pale. Cela con­duit à devoir par­fois pass­er une demi-heure dans un mini-jeu (ou une intrigue sec­ondaire) avant de pou­voir repren­dre la suite de l’aventure prin­ci­pale, plutôt que de pou­voir tomber dessus à son pro­pre rythme à un moment où on a plutôt envie d’explorer ou de farmer des points d’expérience ou de l’argent.

Si la série des Yakuza/Like a Drag­on est tou­jours très généreuse en ter­mes de game­play dif­férents, elle l’est aus­si en scènes ciné­ma­tiques et dia­logue, ce qui peut ne pas plaire à tout le monde. Per­son­nelle­ment, j’adore, et j’ai l’impression de binge-watch­er une bonne série télé, mais je con­viens que tout le monde n’apprécie pas de pou­voir pos­er la manette pen­dant telle­ment longtemps que la con­sole va finir par met­tre un mes­sage « Atten­tion je vais me met­tre en veille si t’appuies pas sur un bouton ».

Comme d’habitude, la mise en scène est d’excellente qual­ité et arrive à ren­dre un dia­logue d’une dizaine de min­utes intéres­sant. Même chose pour les acteur·ice·s, et comme pour l’épisode précé­dent le jeu dis­pose de sous-titres français (pas de dou­blage VF par con­tre) et une tra­duc­tion de bonne qual­ité, même si j’ai observé quelques petites erreurs qui auraient pu être cor­rigées (et qui l’ont peut-être été depuis, j’ai vu qu’il y avait eu un patch par­lant de local­iza­tion issues, à voir).

Bref, on est plutôt sur du très bon, le jeu arrivant tou­jours à surfer sur la ligne de crêtes entre choses sérieuses et dra­ma­tiques et un côté absurde et humoris­tique. Comme d’habitude, il essaie aus­si d’aborder un peu cer­taines thé­ma­tiques sociales, comme la réin­té­gra­tion des anciens yakuzas, les per­son­nes à la rue, ou la ques­tion des déchets que les pays rich­es voudraient juste pou­voir met­tre sous le tapis. On est pas for­cé­ment sur un film de Ken Loach mais c’est tou­jours agréable de voir cer­tains jeux vidéos par­ler de manière frontale de thé­ma­tiques actuelles.

Mal­gré tout ça, je ne peux pas m’empêcher d’être un peu mit­igée, parce que je trou­ve qu’on reste quand même un peu en deça de l’épisode précédent.

J’ai hésité à faire une sec­tion « avec spoil­ers » pour détailler exacte­ment tous les points qui m’ont un peu posé prob­lème mais je réalise que c’est plus « Com­ment j’aurais fait si c’était moi qui était scé­nar­iste » et ça n’a pas for­cé­ment grand intérêt.

Je dirai donc juste que, con­traire­ment à son prédécesseur, je trou­ve que l’intrigue de ce jeu est lestée par les épisodes précé­dents, avec Kazu­ma Kiryu qui revient pren­dre beau­coup de place dans l’histoire en faisant essen­tielle­ment du Kazu­ma Kiryu, ce qui en soi peut don­ner des his­toires intéres­santes mais qu’on a déjà vues dans Yakuza Zero, 1, 2, 3, 4, 5, 6 et Like a Drag­on : Gaiden.

À côté de ça, on a finale­ment assez peu de nou­veaux per­son­nages et, s’il n’est pas désagréable de retrou­ver Ichiban Kasuga, je ne suis pas sure que j’avais besoin de l’avoir en per­son­nage prin­ci­pal. L’histoire d’Ichiban Kasuga était géniale dans le jeu précé­dent mais pour moi elle est plus ou moins con­clue. J’aurais été con­tente qu’il appa­raisse comme per­son­nage jouable mais que l’intrigue tourne plus autour des nou­veaux per­son­nages et que ceux-ci soient plus approfondis.

Point posi­tif à not­er tout de même : mal­gré ma cri­tique sur l’aspect sex­iste du sys­tème de jobs, on a pour une fois un cer­tain nom­bre de per­son­nages féminins (on n’atteint certes pas la par­ité dans les per­son­nages jouables pour autant), et que j’ai trou­vées plutôt bien traitées, ce qui n’est pas tou­jours le cas dans les intrigues des jeux de cette série.

S’agit-il donc d’une suite dis­pens­able ? Eh bien, par cer­tains côtés, non, parce que je suis con­tente que ce jeu ait existé et il m’a fait pass­er un très bon moment. En revanche, je pense vrai­ment qu’il n’était pas indis­pens­able qu’il s’agisse d’une suite.

Après la sor­tie de Yakuza 6, la série, jusqu’ici cen­trée sur Kazu­ma Kiryu, com­mençait à s’essoufler. Le stu­dio Ryū Ga Gotoku avait relancé les choses en lançant deux nou­veaux jeux, cen­trés sur deux nou­veaux per­son­nages : d’un côté Judg­ment, spin-off cen­tré sur le per­son­nage de Yaga­mi, un détec­tive anci­en­nement avo­cat, et de l’autre Yakuza : Like a Drag­on cen­trée sur le per­son­nage de Kasuga.

Les deux étaient, à mon avis, géni­aux. Mal­heureuse­ment, je ne suis pas sure que Ryū Ga Gotoku ait tiré les bonnes leçons de ce suc­cès car, plutôt que de faire de nou­veaux, certes dans le même univers et la même fran­chise, mais avec des nou­veaux per­son­nages et de nou­velles his­toires, ils ont entre temps fait Lost Judg­ment, qui repre­nait le per­son­nage de Yaga­mi, Like a Drag­on : Gaiden, qui repre­nait le per­son­nage de Kiryu, et donc ce Like a Drag­on : Infi­nite Wealth qui reprend le per­son­nage de Kasuga.

Gageons que pour les épisodes suiv­ants, le stu­dio aura la sagesse d’explorer de nou­veaux per­son­nages et ne voudra faire autant d’épisodes cen­trés autour de Kasuga qu’il n’en a fait sur Kiryu.

Auteur / autrice


A propos Lizzie Crowdagger

Écrivaine holistique

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